La cité de Mistra ou Mystrás (en ou en grec byzantin ou dans la Chronique de Morée) est une ancienne cité de Morée (Péloponnèse) fondée par les Francs au , près de l'antique Sparte. Important centre politique, culturel et économique durant les siècles suivants, elle est pratiquement abandonnée à la suite des ravages subis lors de la guerre d'indépendance grecque.

Mistra est fondée en par Guillaume II de Villehardouin, alors prince d'Achaïe, qui cherche à construire une forteresse sur les hauteurs du Taygète dans le but de protéger Sparte, à ce moment-là lieu de résidence favori des Villehardouin.

Fondée par les Francs, la cité ne reste pas longtemps en leur possession. Fait prisonnier en à la bataille de Pélagonia, Guillaume doit céder Mistra en même temps que d'autres forteresses à Michel VIII Paléologue, en guise de rançon. L'empereur fait dès lors de Mistra la capitale du despotat de Morée, statut qu'elle conserve jusqu'à la chute de l'Empire byzantin. En , l'empereur Jean VI Cantacuzène nomme son fils Manuel à la tête du despotat, marquant le début d'une période de prospérité, à la fois économique, mais surtout culturelle, pour la ville. Désormais, Mistra est gouvernée par les fils ou les frères des empereurs byzantins. Sous le despote Théodore Ier Paléologue, Mistra est la deuxième plus grande ville de l'Empire après Constantinople, et l'ancien palais de Guillaume II devient la deuxième résidence des empereurs.

Mistra est également le dernier grand centre d'étude byzantine : Gémiste Pléthon, le philosophe néoplatonicien, y vit jusqu'à sa mort en , et sa présence attire à Mistra de nombreux intellectuels byzantins. Lui et d'autres disciples basés à Mistra influencent l'Italie de la Renaissance, particulièrement après avoir accompagné l'empereur Jean VIII Paléologue à Florence en .

Le dernier empereur romain d'Orient, Constantin XI, est despote à Mistra avant de monter sur le trône. Démétrios Paléologue, le dernier despote de Morée, rend la ville au sultan ottoman Mehmed II le . Mistra demeure une ville importante, accueille la résidence du Pacha de Morée et compte alors . Le commerce y est florissant, entre autres grâce au développement de la production de soie. Les Vénitiens occupent provisoirement la ville de à . En , Mistra est brièvement aux mains des Russes qui, soutenus par les Grecs, tentent de libérer la Grèce de la présence ottomane lors de la révolution d'Orloff. La reconquête de la ville par les Ottomans est suivie d'une terrible répression contre la population qui diminue pour ne plus compter que . Mistra reste ottomane jusqu'en et la guerre d'indépendance grecque. Reprise par les Ottomans une dernière fois en , elle est ravagée par Ibrahim Pacha et reste meurtrie. À l'issue de la guerre d'indépendance, le roi Othon I de Grèce fait de Sparte la nouvelle capitale administrative des environs, où les derniers habitants s'établissent à leur tour.

L'ancienne cité byzantine est totalement abandonnée dans les années 1850 pour devenir un site archéologique. En , les ruines, y compris la forteresse, le palais, les églises et les monastères, sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. La cité n'est plus habitée que par quelques religieuses orthodoxes qui occupent le monastère de la Pantanassa. La municipalité du nome de Laconie, qui siège dans la localité voisine de Magoúla, porte toutefois son nom.

Le site Mistra se situe au cœur du Péloponnèse, en Laconie, à environ au nord-ouest de la ville de Sparte, et domine la vallée de l'Eurotas. Le site occupe le flanc nord d'une colline, de forme conique, appartenant à un massif montagneux plus large, le Taygète, et se trouve à une altitude comprise entre environ (ville basse) et (au sommet).

Le site, escarpé, est quasi inaccessible depuis le sud et le sud-ouest, où les falaises rocheuses dominent un ravin. Les autres faces de la colline sont également suffisamment escarpées pour faire de ce site un lieu facile à défendre. Du sommet, la vue s'étend d'un côté sur toute la vallée de l'Eurotas et, de l'autre, sur deux gorges s'enfonçant dans le massif du Taygète. Le site de Mistra permet également le contrôle de la route vers Kalamata, la seule route à travers le massif où puisse passer une cavalerie. Elle passe dans la plaine au nord, venant presque jusqu'au pied de Mistra.

La colline sur laquelle repose Mistra contrôle l'entrée des gorges de la Mélingi, une rivière qui s'enfonce dans le massif du Taygète et qui tire son nom de la tribu slave des Mélinges, habitant la région au Moyen Âge.

Le site de Mistra s'inscrit à l'intérieur de deux enceintes fortifiées, le tout dominé par une forteresse. Le rempart extérieur part de la zone la plus septentrionale de la ville, contourne la ville basse par l'est en descendant jusqu'au pied de la colline et se termine au sud du site. Le second rempart part de la porte de Nauplie et contourne par l'est la ville haute dans laquelle se situe le palais. Seules deux portes permettent l'accès à la ville haute : la porte de Monemvassia et la porte de Nauplie.

Le site de Mistra est dominé par une citadelle qui servait de poste d'observation en temps de paix et de dernier refuge en temps de siègewww.laconia.org.

Origines du nom de la ville

Le site de Mistra est connu sous le nom de Myzithras avant même l'implantation des Francs et de la fondation de la forteresse en 1249. Bien que l'appellation de Mistra soit de nos jours la plus courante, sa forme médiévale est encore parfois utilisée. Il est généralement admis que la forme Mistra est une forme dérivée et abrégée de Myzithras.

L'origine du nom de Myzithras n'est pas certaine. Des hypothèses affirment qu'il pourrait être celui d'un propriétaire terrien de la région, qui aurait été fabricant de fromage (=Myzithras). Certains auteurs vont jusqu'à émettre l'hypothèse que le nom de Myzithras est issu de la forme particulière de la colline sur laquelle la ville fut fondée et qui ressemblerait à un fromage local portant le nom de Mizithra. Chateaubriand, lors de son passage dans la ville, écrit à ce sujet : « Si Sparte tirait son nom des genêts de son territoire, et non pas de Spartus, fils d'Amyclus, ou de Sparta, femme de Lacédémon, Misitra peut bien emprunter le sien d'un fromageF.R. Chateaubriand, Itinéraire de Paris à Jérusalem ».

Selon une autre hypothèse, on aurait donné le nom du préfet local, Mystras, à la forteresse fondée par Guillaume de Villehardouin.

Enfin, Mystras pourrait être une dérivation de l'ancien français maistresse, qui aurait désigné la forteresse parce qu'elle dominait toute la plaine de Laconie.

Histoire

Mistra avant 1249

On ne connaît pas grand-chose de l'histoire de Mistra avant la fondation de la forteresse par les Francs en 1249. Des inscriptions et des fragments de marbres antiques ont été retrouvés dans les murs des bâtiments de la ville, mais rien ne semble prouver une occupation du site aux périodes préclassique et classique. Un sarcophage romain, sur lequel sont gravés des Ménades, des griffons et un sphinx, est visible dans la cour de la Métropole de Mistra. Un autre sarcophage romain, désormais disparu, avait été retrouvé il y a environ cent ans. Tous deux ont servi pendant des siècles à recueillir l'eau jaillissant d'une source. Mais, tout comme les fragments de marbre, rien n'atteste leur présence sur le site avant l'arrivée des Francs. Pour Steven Runciman, s'il est certain que le site était inhabité, il y avait toutefois, au sommet de la colline, une petite chapelle, probablement dédiée à Élie, saint patron des montagnes.

De manière plus générale, le site de Mistra avant la fondation de la ville est lié à l'histoire de Sparte, la colline de Mistra faisant partie de sa fertile plaine. Bien que la cité antique de Sparte ne soit pas pourvue de remparts, il faut attendre le pour voir les armées d'autres cités grecques pénétrer dans la plaine laconienne.

Au , la vallée de Sparte passe sous le contrôle de l'Empire romain. La sévérité du régime spartiate semble alors disparaître dans l'ensemble de la vallée de l'Eurotas, qui devient réputée pour son indolence et son goût du luxe. Un retour aux valeurs morales semble se produire avec l'avènement du christianisme et on trouve la mention d'un évêché de Lacédémone à partir du . Les temples sont désertés ou transformés en églises, de sorte que toute trace de paganisme disparaît dans la région vers la fin du .

En 376, le gouvernement byzantin autorise les Wisigoths à franchir le Danube et à pénétrer dans l'Empire. En 395, emmenés par Alaric, ceux-ci s'enfoncent dans la péninsule grecque, pillent Athènes et traversent l'isthme de Corinthe pour entrer dans le Péloponnèse. Au cours de l'été 395, Sparte connaît le premier pillage de son histoire. Bien qu'Alaric ait, semble-t-il, souhaité s'installer dans le Péloponnèse, l'approche d'une armée impériale le fait repartir vers le nord quelques mois plus tard. Si la paix revient dans la plaine de Sparte, la confiance n'est plus de mise et la cité se pare de murailles pour la première fois de son histoire.

La région connaît alors un déclin long de deux siècles. Le triomphe du christianisme fait perdre de leur prestige aux anciennes cités antiques. Le commerce méditerranéen contourne désormais la Grèce et la taxation pèse lourdement sur un territoire aux faibles ressources naturelles.

À la fin du , c'est au tour des Slaves de pénétrer en Grèce, en partie pour échapper eux-mêmes à la domination des Avars. Les Slaves s'enfoncent dans le Péloponnèse dans les dernières années du et la première décennie du . De nombreux Grecs de la plaine de Sparte s'enfuient, soit vers les montagnes du Magne, soit vers les villes côtières fortifiées qui résistent aux Slaves, telles que Monemvasia. D'autres fuient jusqu'en Sicile où ils fondent une nouvelle Lacédémone, raccourcie en Démona.

Une série de campagnes sous Nicéphore I permet aux Grecs de reprendre possession du Péloponnèse en repoussant les Slaves dans les régions montagneuses. Dans la vallée de Sparte, les Slaves sont repoussés dans le Taygète et dans les montagnes de l'Arcadie. La vallée est alors repeuplée de Grecs d'Asie mineure et d'Arméniens. En 810, un nouvel évêché de Lacédémone est instauré sous l'autorité du Métropolite de Patras, puis est élevé au rang de Métropole en 1081. Les tribus slaves du Taygète, connues sous le nom de Mélinges et Ezerites, ne constituent plus alors une menace réelle. On leur accorde un droit d'autonomie tant qu'elles s'acquittent d'un tribut et se convertissent au christianisme.

La région de Sparte se trouve aussi épargnée de la menace turque et normande à la fin du , mais est pillée en 1146 par Roger II de Sicile après son échec de la prise de Monemvasia.

Un château franc