La Poétique (en grec : / , « De la poétique ») est un ouvrage d’Aristote portant sur la narratologie dans l'art poétique, et plus particulièrement sur les notions de tragédie, d’épopée et d’imitation. Il a probablement été rédigé autour de Il a influencé la réflexion occidentale sur l'art pendant des siècles et suscité de nombreux débats.

L'état de l'ouvrage a engendré maints questionnements sur le statut de la tragédie par rapport aux autres formes d'art mentionnées dans l'ouvrage. En effet, le traité sur la Poétique d'Aristote fait partie de ses enseignements ésotériques (c'est-à-dire pour les initiés, les disciples, par opposition à exotérique). On appelle aussi parfois ces écrits « acroamatiques », car ils faisaient l'objet de cours professés au Lycée et non de leçons écrites en vue d'être publiées, d'où l'expression parfois cryptique du texte.

Par de nombreuses allusions au fil du texte et d'autres indices, il semble que la Poétique telle qu'elle est parvenue n'est pas complète, plusieurs études, notamment sur la comédie, sont perdues.

Place de la Poétique dans l'œuvre d'Aristote Poétique et Métaphysique Les liens entre la Métaphysique et la Poétique sont nombreux bien que dispersés. Aristote distingue dans la Métaphysique trois types de sciences : les sciences théorétiques, (qui ont pour objet la connaissance, qui visent à la connaissance), les sciences pratiques et les sciences poétiques. La Poétique étudie la partie poétique dans une perspective descriptive et normative.

Poétique et Rhétorique Les liens entre la Poétique et la Rhétorique sont très étroits. Dans ces deux textes, Aristote se penche en effet sur les mêmes notions : persuasion, métaphore, expression (lexis). De manière plus générale, ces deux textes ont pour objet l'efficacité que peuvent avoir des productions verbales sur les auditeurs (dans le cas de la rhétorique) ou sur les spectateurs (dans le cas des arts poétiques). Certaines notions comme la métaphore et l'expression sont néanmoins plus longuement traitées dans la Rhétorique.

Mais on peut aussi mettre en relation la Poétique et la Politique d'Aristote dans la mesure où la notion clé qu'est la catharsis fait son apparition dans ces deux livresAristote, Politique, livre VIII, chap. VI, 1341 a 23 et 1341 b 38 à 1342 a 16..

Analyse Le plan de la Poétique d'Aristote n'est pas toujours parfaitement cohérent et facile à déterminer. Néanmoins, on peut établir les points suivants : Dans les chapitres 1 à 5, Aristote introduit les catégories et concepts grâce auxquels il classe et analyse les différentes formes de productions poétiques ; il classe ainsi ces dernières en fonction : de la façon dont elles représentent leur objet (est-ce qu'elles représentent leur objet comme il est, en mieux ou en pire ?), de leur moyen pour représenter cet objet (est-ce qu'elles le représentent au moyen de mots, d'images…), de la manière dont le poète intervient dans le récit (est-ce qu'il est un narrateur qui intervient dans le récit ou est-ce qu'il se retire par rapport à ses personnages comme au théâtre ?). Dans les chapitres 5 à 22, Aristote traite essentiellement de la tragédie, de la catharsis même s'il aborde aussi des questions relatives à l'expression, à la métaphore et il consacre aussi de courtes réflexions aux autres arts, notamment l'épopée, laquelle est analysée en profondeur dans les chapitres 22-24. Enfin, dans les chapitres 25 à 26 Aristote aborde un certain nombre de problèmes relatifs à Homère.

Lacune : la comédie Le traité d'Aristote est parvenu de manière incomplète, la partie traitant de la comédie n'y figure pas. Plusieurs allusions montrent que c'était dans les intentions d'Aristote. Au chapitre , il déclare Poétique, chap. VI, 1449 b 20.. La conclusion du traité actuel est une formule stéréotypée d'Aristote qui amorce un développement ultérieur. Et un manuscrit du traité (Riccardianus 46, sigla B), issue d'une tradition indépendante, annonce une étude de l'iambe et de la comédie. Le ridicule ou risible, (γελοῖος, geloîos), que la Rhétorique considère comme une partie de la poétique, est peu abordé. Par ailleurs, en tenant compte de la tendance d'Aristote au catalogage et à l'écriture de style encyclopédique, il est peu probable qu'il se soit limité à traiter presque uniquement de la tragédie dans un traité sur la poétique au sens large..

Le catalogue des œuvres du philosophe par Diogène Laërce ainsi que les deux autres catalogues connus indiquent que la Poétique était en deux livres. Il est probable que le traité actuel est le premier livre, sur la tragédie, le second livre, perdu avant Andronicos et n'ayant eu aucun commentaire, était consacré à la comédie. Il fut tenté de reconstituer les pensées d'Aristote sur le genre. Un manuscrit, le , nommé d'après son propriétaire, Henri-Charles de Coislin, présenterait des réflexions aristotéliciennes sur la comédie compilées par un grammairien. Les savants et philologues sont très divisés sur le statut de ce texte, si c'est effectivement une prise de note ou un épitomé du second livre de la Poétique, ou bien que l'auteur s'est contenté du premier livre pour développer une réflexion sur la comédie.

La production poétique (chapitre 1 à 5) Aristote pense la création artistique et la production artisanale comme des productions poétiques (du grec / ) et non « pratiques » (de / ). Cela signifie qu'elles n'ont pas leur fin en elles-mêmes à la différence de la praxis, qui a sa fin en elle-même (telle l'action morale)La Poétique, III..

L'art poétique comme imitation Dans la Poétique, Aristote reprend le concept de mimèsis à Platon et semble, par là, s'inscrire dans la tradition platonicienne en présentant l’art comme une imitation. En effet, Platon explique au livre X de La République que l'œuvre d'art n'est qu'une imitation d'imitation, la copie d'une copie. L’artiste ne fait qu’imiter l’objet produit par l’artisan ou par la nature, objet sensible qui est lui-même la copie ou l'imitation de son essence (l'Idée ou Forme). L’art pour Platon, en tant que production d’objet, n’est donc qu’une imitation de second ordre, copie de la copie de l'Idée. L'œuvre d'art qui ne relèverait que de la représentation est ainsi de piètre valeur, car doublement éloignée de la vérité. L'artiste imitateur lui-même apparaît comme un danger pour la réalisation de la République, puisqu'il est un illusionniste, qui fait tenir pour vrai ce qui est faux et peut ainsi renverser dans l'apparence qu'il construit l'ordre des valeurs.

Source du plaisir esthétique C'est sur ce point qu'Aristote se sépare de Platon. En effet, Aristote ne songe pas à exclure les artistes-imitateurs de la cité. Aristote présente en effet la notion d’imitation sous un jour tout à fait nouveau. Pour lui, par nature, les hommes non seulement aiment imiter : c'est à travers l'imitation même que les hommes commencent leur apprentissageLa Poétique, IV.. Selon Aristote, il y a deux raisons à cela. D'abord, ils en retirent du plaisir car l'objet, tel que le représente le poète ou l'artiste, est plus beau qu'en réalité. . Ce serait ainsi en raison du , qu'une peinture, représentant par exemple des cadavres, procurerait un plaisir.

En outre, les hommes, par le travail des poètes, accèdent à une certaine forme de connaissance. Le poète permet de faire connaître la forme ou l'essence des choses car en voyant un objet représenté par un artiste, nous nous disons .

Le plaisir esthétique fait ainsi sa première apparition dans l’histoire de la philosophie. Il est produit par l'émotion que provoque l'œuvre, qui touche et excite nos passions qui trouvent en elle un exutoire : La Poétique, IX..

Il insiste cependant sur la distance existant entre la chose représentée et son imitation : l'imitation ressemble à cet objet mais n’est pas lui, elle résulte du travail de l’artiste, de la manière dont il met en forme son modèle ; l'imitation peut donc être belle, en tant que fruit de l’élaboration de l’artiste, à partir de n’importe quel modèle, et même si ce modèle n’est pas beau en lui-même.

En ce qui concerne la connaissance, Aristote s'oppose ici aussi radicalement à Platon qui nous exhorte à nous détacher des apparences sensibles et à nous tourner vers la réalité Idéale.

La tragédie (chapitre 4 à 18) L'imitation de l'action, c'est l'histoire, et cette histoire est le principe premier. Les caractères viennent en deuxième position. La tragédie pourrait avoir été d’abord liée au Satyre, compagnon mi-homme mi-bouc de Dionysos. Cette hypothèse semble étayée par Aristote qui affirmeLa Poétique, VI-XVIII. que la tragédie est d’origine satirique et légère (Poétique, 1449 a) traduction Jules Barthélemy Saint-Hilaire.. Elle soulève toutefois des difficultés : le satyre n’est jamais appelé « bouc » dans les textes grecs et bien peu de choses semblent relier les tragédies grecques conservées et le genre satirique.

Lorsque Aristote définit la tragédie, il distingue deux points essentiels dans son évolution. En effet, Eschyle fut le premier à porter de un à deux le nombre des acteurs sur scène, à diminuer les interventions du chœur, et à donner le premier rôle au dialogue. Avec Sophocle, la tragédie se développe davantage : le nombre d'acteurs passe à trois et des décors peints sont désormais sur la scène. En outre, Aristote identifie l'autre ampleur que la tragédie a gagnée avec l'abandon des histoires brèves et le langage comique. En effet, le passage du tétramètre au mètre iambique marque, selon lui, un pas décisif dans la constitution de la tragédie. Le tétramètre était utilisé parce que la poésie était liée au drame satyrique et plus proche de la danse. Le mètre iambique est celui qui convient le mieux aux échanges parlés, et donc le mètre le plus approprié à la tragédie.

La place qu'Aristote accorde à la tragédie est un point débattu entre philologuesJacques Darriulat, Aristote, La poétique [Lycée Henri IV, classe de Lettres Supérieures, 1996], 1997 in l'introduction de Michel Magnien à l'édition : ., à savoir si la partie de la Poétique consacrée à la comédie a vraiment été rédigée, ce que certains commentaires d'Aristote semblent attesterÀ propos des geloia : Poétique, Ch. 6, 49 b 21 ; Rhétorique (1372 a 1 : et 1419 b 6 )..

Définitions Il s'agit de l'La Poétique, VI..

Il s'agit d'une histoire qui possède une introduction, un développement et une fin. L'action des personnages doit être vraisemblable et il est conseillé qu’au moins l’un des personnages se réfère à une personne ayant existé. La tragédie se distingue de l'épopée en ce que cette dernière se fait au moyen de la narration.

Parties de la tragédie Selon Aristote, toute tragédie se caractérise par six éléments : La Poétique, VI, trad. Odette Bellevenue et Séverine Auffret.. L’histoire, ou « l'agencement des faits » est sa partie la plus importante, . Le caractère (ethos) est La Poétique, XV.. La « pensée » renvoie à la rhétorique qu'utilise le personnage dans son discours. L’expression est et l' : elle La Poétique, XVII.. Le chant est le « principal ornement » de la tragédie. .

L'histoire Aristote distingue deux types d'histoire : les histoires « simples » et les histoires « complexes ». Il entend par une . Par action complexe, au contraire, Aristote désigne les tragédies dans lesquelles ce changement s'effectue La Poétique, X.. Pour Aristote, les meilleures tragédies ont une action complexe. Les plus mauvaises sont celles qu'il appelle , c'est-à-dire .

Le caractère Le caractère est ce qui amène les personnages d'une pièce à agir ou à parler comme ils le font. L’ethos des personnages se réfère donc aux choix des personnages. Aristote utilise cependant cette notion de deux manières très différentes dans La Poétique. Dans le chapitre 2, le caractère d'un personnage renvoie à son statut social. Ce n'est qu'à partir du chapitre 6 qu'ethos renvoie aux choix, et donc aux caractères respectifs des personnages.

La pensée