La cathédrale basilique métropolitaine de la Sainte-Croix et de Sainte Eulalie de Barcelone, souvent surnommée Seu en catalan, est la cathédrale de l'archidiocèse catholique de Barcelone.
La cathédrale actuelle, de style gothique, a été construite entre les sur l'ancienne cathédrale romane, elle-même bâtie sur une église datant de l'époque wisigothe au même endroit qu'une antérieure basilique paléochrétienne dont certains vestiges sont encore visibles dans le sous-sol, au musée d'histoire de Barcelone.
Les deux grandioses tours-clochers octogonales sont à la part postérieure de l'édifice, des deux côtés de la fausse croisée du transept. La façade principale est cependant beaucoup plus récente (). La grande flèche, haute de . est couronnée d'une statue colossale de Sainte Hélène portant la Croix, dont elle, selon une tradition ancienne, avait fait l'Invention. La cathédrale est classée bien d'intérêt culturel, en tant que monument historico-artistique national, depuis 1929. L'accès est gratuit sauf en début d'après-midi où il est payant.
Histoire de la construction gothique
Les travaux de construction de la cathédrale gothique commencèrent en , sous le règne de Jacques II d'Aragon (Jaume II el Just en catalan) et le mandat épiscopal de Bernat Pelegrí.
Chapitre de la Toison d'or de Barcelone thumb|left|200px|Le chœur de la cathédrale : sur le dossier des stalles se trouvent encore les tableaux aux armes des chevaliers de l'ordre. Lors de son premier séjour en Espagne, le futur empereur Charles Quint insista pour y tenir un chapitre de son ordre de la Toison d'or. On choisit la cathédrale de Barcelone pour des raisons de commodité : le roi devait venir dans cette ville pour recevoir l'investiture comme comte de Barcelone et la proximité de la Méditerranée assurait des communications faciles avec l'Allemagne alors que se préparait la succession de Maximilien de Habsbourg, grand-père du jeune monarque. Il fallait enfin une église aux vastes proportions pour accueillir les imposantes cérémonies de cette fête.
Dès 1518, le roi d'armes et le trésorier de l'ordre furent donc chargés de préparer le sanctuaire à la tenue du chapitre qui devait avoir lieu au début de l'année 1519. Jean Micault, le trésorier, escorta le trésor de l'ordre depuis les Pays-Bas, tandis que Thomas Isaac, le roi d'armes, devait diriger le peintre Juan de Borgonya dans la décoration du chœur de la cathédrale. Elle est toujours visible sur les dossiers des stalles des chanoines.
Outre les cinquante-et-un panneaux de bois représentant les titres et armoiries des différents chevaliers de l'ordre, Juan de Borgonya réalisa des inscriptions, et surtout une série de devises illustrant un programme très clair. On trouve en effet dans les coins du chœur deux tableaux représentant le rabot de Jean sans Peur, et de part et d'autre de l'entrée, deux tableaux à la devise de Charles-Quint : les colonnes d'Hercule. La mention de cet ancêtre du jeune roi, seul membre de la maison de Bourgogne à avoir pris part à une croisade, établissait une sorte de généalogie cherchant à montrer aux sujets espagnols du futur empereur que la nouvelle dynastie ne comptait pas rompre avec l'idéal de croisade des rois catholiques. De façon très manifeste, la titulature de Charles de Habsbourg qui accompagne ses armes dans le chœur fait mention du royaume de Jérusalem (titre sans souveraineté que le roi tenait par son royaume de Naples), alors qu'elle omet des territoires tenus effectivement.
Il s'agit d'un des ensembles monumentaux liés à l'ordre de la Toison d'or les mieux conservés, notamment car il n'a jamais été déplacé et que les devises et inscriptions sont toujours présentes. Cela tient au fait que c'est également le seul chapitre de l'ordre à s'être déroulé hors de la « couronne » de Bourgogne. Contrairement aux Pays-Bas, la péninsule Ibérique n'a connu ni l'iconoclasme calviniste (en particulier la furie iconoclaste d') ni les destructions révolutionnaires lors de la « chasse aux armoiries » de 1793-1795, très importantes dans le Nord de la France et le Midi de la Belgique. C'est enfin un des deux seuls armoriaux capitulaires datant du à avoir été conservé (avec celui de Gand). Bien qu'il n'ait pas été démonté, comme celui de Gand, deux tableaux ont été retirés lors de l'installation du doxal de marbre destiné à clore le chœur côté nef ; il a été également en partie défiguré par l'ajout de chinoiseries lors d'une restauration peu rigoureuse au .
Dédicace à Sainte Eulalie La cathédrale est initialement, et toujours depuis 599, dédiée à la Sainte Croix. À partir de 877 est ajoutée à la dédicace sainte Eulalie, patronne de la ville de Barcelone.
Eulalie de Barcelone est, selon la tradition catholique, une jeune gardienne d'oies du village de Sarrià qui souffrit le martyre à l'époque romaine. La légende raconte que la jeune fille fut exposée nue sur le forum de la ville et qu'une miraculeuse chute de neige, en plein printemps, vint pudiquement la recouvrir. Furieuses, les autorités romaines décidèrent de l'enfermer dans un tonneau planté de couteaux et empli de verre brisé et de clous, et de lancer le tonneau dans la pente de la rue aujourd'hui éponyme (Baixada de Santa Eulàlia, descente Sainte-Eulalie).
Suivirent d'autres tortures qui portèrent à 13 supplices différents le martyre de la sainte, pour correspondre à son âge.
Elle fut finalement crucifiée sur une croix en forme de X, devenue symbole de la cathédrale et du diocèse de Barcelone, et attribut iconographique de sainte Eulalie.
En référence à la sainte gardienne d'oies morte à 13 ans, le cloître gothique de la cathédrale est gardé par treize oies blanches. Cependant lorsque l'une d'entre elles meurt, il arrive que seulement 12 oies vivent effectivement dans le cloître. .
Les restes de sainte Eulalie sont conservés dans la crypte de la cathédrale.
Ensemble architectural vignette|gauche|Plan de la cathédrale de Barcelone. La nef est à gauche, le cloître à droite.|150px vignette|Aspect de la cathédrale en 1880. L'église et un cloître, d'une parfaite unité de style, composent le bâtiment. La longueur de la cathédrale est de , sa largeur de . Le jardin du cloître est un carré de de côté. Les galeries qui l'entourent font de large. La cathédrale est orientée Sud-Est - Nord-Ouest : le Nord est en bas à gauche sur le plan.
La nef de la cathédrale est formée de trois vaisseaux de même hauteur. Le vaisseau central est deux fois plus large que les collatéraux.
Les circulaires se rejoignent à la fausse croisée du transept en un déambulatoire, passant derrière le presbytère et formant un demi-cercle dans lequel se trouvent neuf chapelles coiffées d'ogives à quatre branches.
Par les vitraux gothiques qui surplombent ces chapelles passe la lumière qui éclaire l'abside, la partie en demi-cercle où se trouve l'autel.
Une galerie en forme de U court au-dessus des chapelles latérales.
Un faux triforium surplombe cette galerie et les chapelles du déambulatoire. Il fait ainsi tout le tour de la nef. Depuis le triforium, les clés de voûtes peuvent être observées de près.
Le long des vaisseaux collatéraux se trouvent dix-sept chapelles couvertes d'ogives à six branches, avec des arcs d'ogive à chaque entrée. Deux des chapelles, entre chaque contrefort, ont une projection intérieure.
La chapelle Sainte Lucie La chapelle de Santa Llúcia ou des onze mille Verges est située à un angle du cloître avec une entrée extérieure. Elle a été construite entre 1257 et 1268 dans un style roman tardif, sous le mandat de l’évêque Arnau de Gurb (1252-1284). Initialement, c’était la chapelle du palais épiscopal, sans lien avec la cathédrale. Elle est rectangulaire avec une seule nef recouverte d’une voûte en berceau pointue. Sa façade est ouverte par une porte avec arc en plein cintre à voussures et deux colonnes de chaque côté avec des chapiteaux sculptés de figures géométriques et des animaux ; Au centre de sa façade se trouve une petite épée à deux tranchants (ajoutée ultérieurement). Il a une porte arrière qui permet l’accès au cloître.
À l'intérieur, deux arches latérales avec deux tombes. Celle du côté de l'épître (c'est-à-dire en entrant dans la porte principale, à droite) est celle de l'évêque Arnau de Gurb, de style gothique, et le côté de l'évangile (en entrant, à gauche) de Francesc de Santa Coloma, du , avec un calvaire taillé dans la pierre sur fond de verre bleu, le personnage apparaît représenté agenouillé près de la croix.
Le dôme Une caractéristique singulière est que le dôme n'est pas, comme d'habitude, au centre du transept, mais au début de la nef, adjacente à la façade principale. C'est alors le premier élément architectural que l'on voit dès l'entrée. La façade est érigée sans ses décors en 1417, la construction du dôme a commencé en 1422, mais six ans plus tard est interrompue. Seule la galerie gothique octogonale, les garde-corps et le début des arcs, les clés et les médaillons œuvre décorative étaient terminés par les frères Antoni et Joan Claperós. À la mort de Clément SaperaIl en 1430, la construction a été arrêtée et une plate-forme en bois a été mise en place. Ce n'est qu'en 1906, qu'August Font et Carreras ont terminé le dôme.
La contre-façade La chapelle Des fonts Baptismaux (côté gauche) Les fonts baptismaux sont en marbre blanc de Carrare, sculpté par l'artiste florentin Onofre Julià en 1433. L'ornementation en pierre de la porte à droite et le placard à gauche sont d'Antoni Canet en 1405. Le bas-relief, représentant le Baptême du Christ, est un travail du . Sur le côté, une tablette nous apprend que les six premiers Indiens arrivés d'Amérique en Europe, conduits par Christophe Colomb en , furent baptisés dans Cette chapelle.
La chapelle de l'Immaculée Conception (côté droit) La chapelle s'est consacrée à cette invocation en 1848, lorsqu'elle devint le siège de la Confrérie de l'Immaculée. La statue est une copie récente de l'original de Joan Massat en 1603, détruite dans un incendie en 1936. Le musicien Joan Pau Pujol y a été enterré. Sur le mur gauche de la chapelle, le mausolée de l'évêque de Barcelone, Francesc Climent Sapera († 1430) date de 1899.
Les chapelles de gauche
Chapelle de saint Sévère de Barcelone Première chapelle du côté gauche. Le retable baroque, l'un des plus travaillés de la cathédrale, est l'œuvre du sculpteur Francesc Santacruz et Artigas en 1683. Le charpentier Agustí Llinàs et le doreur Pau Llorenç ont collaboré. Il montre des scènes de la vie du saint. Chapelle de saint Marc Son retable gothique primitif a été financé par la guilde des cordonniers de la ville, placé sous l'invocation du saint, et peint en 1346 Arnau Bassa. Il a été transféré à la basilique collégiale de Santa Maria de Manresa, où il est actuellement conservé, et a été remplacé en 1443 par un autre de Bernat Martorell, aujourd'hui disparu, avec une prédelle montrant la Flagellation, par Jaume Huguet. Plus tard, il a été remplacé par le retable baroque actuel par le sculpteur Bernat Vilar terminé en 1683, une date qui apparaît sur les médaillons individuels de chaque côté des portes latérales, et dorée par Josep et Francesc Vinyals entre 1691 et 1692, comme il apparaît dans un médaillon sur l'image du saint. Sur les deux côtés de la chapelle, il y a deux peintures à l'huile de Francesc Tramullas Roig de 1763 : saint Marc écrivant l'Évangile et le Martyre de saint Marc. La voûte et la fermeture supérieure de la chapelle montrent d'intéressantes peintures murales sur toile avec des scènes de la Sainte Cène et du dîner à la maison d'Emmaüs, ainsi qu'un riche répertoire d'anges et de fleurs avec des scènes évoquant l'Eucharistie. Ces peintures sont attribuées à Francesc Tramullas et son disciple Francesc Pla, dit le Vigatà. Chapelle de Bernardin de Sienne