Dans la religion grecque antique et la mythologie grecque, Hadès (en grec ancien ou ) est une divinité chthonienne. Il est un Cronide, frère de Zeus et de Poséidon. Comme Zeus gouverne le Ciel et Poséidon la Mer, Hadès règne sous la terre et pour cette raison il est souvent considéré comme le . Il est marié à Perséphone. Il correspond au Sarapis ptolémaïque et au Pluton romain.
Étymologie Une explication étymologique souvent donnée pour le mot « Hadès » le décompose en un (du verbe , « voir »), qui signifierait « que l'on ne voit pas ». Or, d'un point de vue linguistique, l'hypothèse est contestable. En effet, le préfixe privatif, issu de la vocalisation d'un *n, est nécessairement bref, alors que comporte un (alpha long) initial. L'aspiration est également gênante. Il se pourrait donc qu'il ne s'agisse que d'une étymologie populaire, existant déjà dans l'Antiquité. Cependant, si les hypothèses concernant le nom du dieu demeurent très discutées, les recherches récentes tendent à réhabiliter cette étymologie en expliquant la double particularité du nom par la crase du nominatifPierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, avec, en supplément, les Chroniques d’étymologie grecque (1-10), Paris, Klincksieck, 2009, CEG, p. 1266. Robert S. P. Beekes et Lucien van Beek, Etymological Dictionary of Greek, Leiden, 2010, s. v. Ἀΐδης, ..
Pour sa part, l'indologue Paul Thieme a expliqué son nom selon l'indo-européen *sm̩-vid- « rassemblement (des morts) »Jean Haudry, Aspects de la tradition indo-européenne en Grèce : panthéon, mythologie, philosophie, Bulletin de l'Association Guillaume Budé, Année 1989, 1, pp. 42-55..
En grec homérique et ionique, il était connu sous le nom d'Áïdēs. Le nom tel qu'il fut connu à l'époque classique était Háidēs (Ἅιδης). Plus tard, l'iota est devenu silencieux, puis un marquage en indice (ᾍδης) et a finalement été complètement omis (Άδης).
Légendes Il est le premier fils de Cronos (Saturne pour les Romains) et de Rhéa., et le frère d'Hestia, Déméter, Héra, Zeus et Poséidon (453-458).. Comme eux, il est avalé par son père et n'est libéré que lorsque Zeus, sauvé par Rhéa, tue Cronos et ouvre son ventre pour faire sortir ses frères et sœurs qui avaient tous grandi dans l'estomac de leur père.
Il prend part à la titanomachie et reçoit des Cyclopes la kunée, un casque merveilleux qui rend invisible, alors que Zeus reçoit le foudre et Poséidon le trident (, 2, 1). La kunée est mentionnée pour la première fois dans l' (, 844-845).. Ce casque merveilleux, peut le rendre même invisible aux yeux des dieux, ce qui est impossible pour les autres dieux, qui ne peuvent se rendre invisibles qu'aux mortels.
Souverain des Enfers vignette|Hadès tenant la corne d'abondance, détail d'une amphore attique à figures rouges du peintre d'Oionoclès, vers 470 av. J.-C., musée du Louvre.
Au terme de la guerre contre les Titans, Hadès reçoit en partage les « ombres brumeuses » et réside avec elles dans les Enfers (, 187-189 et 191) ; voir aussi (à Déméter, 84-87).. Roi des morts (628)., sa principale mission est d'empêcher ceux-ci de quitter les Enfers, car leur vue remplirait d'horreur les hommes comme les dieux (, 61-65).. Pindare lui donne pour attribut un sceptre grâce auquel il conduit les morts (Olympiques, , 33-35)., un rôle qui relève normalement d'Hermès psychopompeVoir par exemple (1548).. Dans Les Perses, le nom d'Hadès est invoqué en même temps que celui d'Hermès et Gaïa pour faire revenir sur terre l'âme de Darius.
Eschyle le présente par deux fois comme le juge des morts. Dans Les Suppliantes, Danaos clame que (228-231) ; extrait de la traduction de Victor-Henry Debidour pour De Fallois, 1999.. Dans Les Euménides, le chœur déclare de même qu'.
On peut rapprocher ces mentions des propos d'Agamemnon prenant à témoin de son serment Zeus, Hélios et , c'est-à-dire Hadès et Perséphone (, 278-279) ; extrait de la traduction de Frédéric Mugler.. Ailleurs, Althée, mère de Méléagre, demande à Hadès et Perséphone la mort de celui qui a tué ses frères (, 566-571).. Malgré tout, Hadès est rarement présenté comme juge, p. 132. et le jugement de l'âme se rattache plus aux traditions égyptiennes qu'à celles des Grecs.
Il est parfois compté parmi les douze Olympiens, bien que cela soit contraire à la tradition dominante : il ne sort que rarement de son royaume, l'exception la plus notable étant l'enlèvement de PerséphoneVoire d'autres jeunes filles, voir (, 3, 14).. Hadès est par ailleurs assez discret dans la mythologie, étant essentiellement lié à des légendes impliquant des héros : Orphée, Thésée et Héraclès sont parmi les rares mortels à le rencontrer lors de leur catabase. Inversement, il donne à Sisyphe, Protésilas et Eurydice l'autorisation de quitter les Enfers.
Dioné raconte dans l’Iliade comment Héraclès blesse Hadès d'une flèche à l'entrée des Enfers et « le laisse au milieu des morts » ; Hadès doit monter dans l'Olympe pour se faire soigner par Péan (, 395-402).. Les commentateurs antiques ont fourni plusieurs explications à ce passage curieux : l'épisode peut prendre place lors de la descente aux Enfers du héros pour capturer CerbèreScholie bT aux , 398-397 de l'Iliade.. Ce pourrait également être une allusion à l'attaque d'Héraclès contre les Pyliens, qui ont apporté leur soutien à Orchomène contre ThèbesScholie T au vers , 690 de l'Iliade., ou encore au massacre des fils de Nélée à Pylos par le hérosScholie bT aux , 392-394, (, 25, 2) et (, 7, 3) ; voir sur le massacre (, 690-693)..
C'est en tout cas au cours de la descente aux Enfers qu'Héraclès tue l'une des vaches qu'Hadès possède pour offrir un sacrifice de sang aux âmes des morts. Le berger, Ménétès, fils de Ceutonymos, défie le héros à la lutte pour l'en empêcher, mais doit se retirer du combat, les côtes cassées (, 5, 12)..
Enlèvement de Perséphone vignette|gauche|François Girardon, Enlèvement de Proserpine par Pluton, 1694, château de Versailles. L'enlèvement de Perséphone par Hadès est le mythe le plus populaire rattaché au dieu ; on le trouve déjà chez Hésiode sous une forme très résumée : (913-914). Extrait de la traduction de Paul Mazon pour la Collection des Universités de France.. Dans sa forme plus complète, narrée par l’Hymne homérique à Déméter, Hadès enlève Perséphone avec l'autorisation de ZeusHymne à Déméter (3, 9-10, 30-31 et 415-416) ; dans le Rapt de Proserpine (, 204-231) de Claudien, Zeus envoie même un éclair pour décourager la poursuite., alors que la jeune fille est occupée à cueillir des fleurs en compagnie des OcéanidesHymne à Déméter (5-8)., d'Athéna et d'ArtémisHymne à Déméter (425). dans la plaine de NysieHymne à Déméter (16-17) ; (, 3, 1-4) place la scène dans la plaine d'Enna, en Sicile.. Sa mère Déméter la cherche partout sur Terre ; Hélios, dieu du soleil, lui apprend finalement que sa fille se trouve dans le royaume des mortsHymne à Déméter (74-87).. En colère, Déméter quitte le séjour des dieux pour se réfugier sur la terre et, pour se venger, elle empêche les semences de germerHymne à Déméter (306-311)..
Zeus doit alors tenter une réconciliation et, par l'intermédiaire d'Hermès, ordonne à son frère de rendre Perséphone à sa mère avant que la Terre entière ne meure de faim. Hadès accepte de la laisser partir, mais lui donne un grain de grenade à manger. Quand Déméter revoit de nouveau sa fille, elle comprend immédiatement le problème et prévient cette dernière que si elle a mangé la nourriture des morts, elle devra rester aux Enfers un tiers de l'année (l'hiver), ne pouvant remonter dans l'Olympe que les deux tiers restants, « quand la terre est verdoyante de toutes sortes de fleurs »Hymne à Déméter (399-404). Extrait de la traduction de Renée Jacquin pour Ophrys. . Perséphone avoue qu'elle a mangé un grain de grenade .
Dans une autre version c'est Hécate, déesse de la lune et des morts qui, une torche à la main, accompagne Déméter jusqu'à Hélios le dénonciateur, puis, à travers les enfers, jusqu'au trône d'Hadès. Avec le soutien de Zeus, elle persuada le dieu infernal de libérer Perséphone les six premiers mois de l'année (durant le printemps et l'été). En échange, Déméter devra abandonner sa fille aux enfers les six mois de l'année restants (c'est-à-dire l'automne et l'hiver.)
Amours vignette|Hadès et Perséphone, médaillon d'un kylix attique à figures rouges, vers 440-430 av. J.-C., British Museum. On prête à Hadès, avant qu'il n'épouse Perséphone, une aventure avec Menthé, fille du fleuve Cocyte (, 485 et suiv.). Après avoir été délaissée, Menthé se venge en dénigrant sans cesse sa rivale. Elle est transformée en plante, la menthe, par Perséphone elle-même (, 728-731). ou sa mère. Dans une autre version, Perséphone piétine la malheureuse avant d'opérer la métamorphose (, 3, 14)..
Leucé, une autre nymphe fille d'Océan, est enlevée par Hadès et changée par Perséphone (ou Hadès) en peuplier blanc (, 14, 2).. Elle est jalouse de Perséphone.
LHymne à Déméter suggère des liens cultuels antérieurs entre la déesse Hécate et Perséphone et/ou les Enfers, et une tradition orphiqueFr. 41 Kern. ainsi qu'un fragment de CallimaqueCallimaque, fr. 466 Pf. semblent en faire une sorte de doublet de Perséphone, p. 57-58.. Cette assimilation des deux déesses pourrait suggérer une relation entre Hadès et Hécate. Mais c'est davantage en tant que suivante de PerséphoneHymne à Déméter (438-440)., et à ce titre protégée d'Hadès, qu'elle se trouve liée au souverain des Enfers.
Descendance La plupart des versions ne donnent pas d'enfants à Hadès.
Hésiode lui donne comme fille Mélinoé, qu'il aurait eue avec Perséphone. Mélinoé est autrement donnée, selon l’Hymne orphique qui lui est consacré, Mélinoé., comme la fille de Zeus et Perséphone, que le dieu aurait possédée après avoir pris l'apparence de Hadès, son époux légitime.
Selon la Souda, un lexique byzantin tardif (-), il aurait une fille du nom de Macaria, déesse de la mort « heureuse », avec Perséphone. Tout comme pour Mélinoé, certaines versions disent que Macaria serait la fille de Zeus et Perséphone.
Culte vignette|gauche|Fresque d'Hadès et Perséphone de Tarquinia, Très peu de lieux de culte lui sont destinés, au point qu'un scholiaste de l’Iliade déclare qu'il n'en existe aucunScholie à l'Iliade , 158.. En réalité, la cité d'Élis, dans le nord ouest du Péloponnèse, possède bien un temple d'Hadès, ouvert une seule fois par an et seulement pour le prêtre du dieu (, 25, 1).. Pausanias note que , mais donne par ailleurs des indications sur un culte à Coroné (, 35, 9). ; Strabon évoque également un culte à Hermioné (, 411)..
Hadès est : (, 457)., à rapprocher du qu'Hésiode recommande au laboureur d'invoquer avant de mettre la main à la charrue ; (465).. Il est plus couramment vénéré sous des épiclèses qui ont une valeur d'euphémisme. Il est ainsi nommé , , car il est maître des richesses du sol, qu'elles soient minérales ou végétales ; un temple lui est consacré sous ce nom à Éleusis et il reçoit des honneurs à Athènes (, 28, 6)..
On lui sacrifie des brebis ou des taureaux noirs durant la nuit. Euripide indique qu'Hadès ne fait pas l'objet de libations rituelles.
Iconographie vignette|Hadès et Perséphone, fresque de la tombe de Vergina, av. vignette|upright=1.5|Enlèvement de Perséphone par Hadès, fresque de la tombe de Vergina, Grèce. 340 Dieu des enfers, craint, il est représenté comme un homme mûr, barbu, tenant la corne d'abondance, symbole des richesses du sol dont il est le maître. Il arrive que les vases le nomment explicitement Plutôn, 77.. Pour autant, il ne doit pas être confondu avec Ploutos, personnification de la richesse.