Charles de Gaulle ( ), couramment appelé le général de Gaulle ou simplement le Général, né le à Lille (Nord) et mort le à Colombey-les-Deux-Églises (Haute-Marne), est un militaire, résistant, homme d'État et écrivain français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Charles de Gaulle fonde la France libre ; à la Libération, il préside le gouvernement provisoire à partir de 1944 jusqu'en 1946. Instigateur de la , il en est le premier président du au .
Élevé dans le culte de la grandeur nationale, Charles de Gaulle choisit une carrière d'officier dans l'armée de Terre. Au cours de la Première Guerre mondiale, il est blessé et fait prisonnier. Par la suite, il sert et publie dans l'entourage de Philippe Pétain, prônant auprès de personnalités politiques l'usage des divisions de blindés dans la guerre contemporaine. En , alors colonel, il est placé à la tête d'une division blindée, la cuirassée, et mène plusieurs contre-attaques pendant la bataille de France, notamment le à Montcornet et début juin à Abbeville. Il est dans la foulée promu général de brigade à titre temporaire. Pendant l'exode qui suit, il est sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale dans le gouvernement Reynaud.
Rejetant l'armistice du 22 juin 1940 demandé par Pétain à l'Allemagne nazie, il lance de Londres, à la BBC, l'« appel du 18 Juin », qui incite le peuple français à résister et à rejoindre les Forces françaises libres. Condamné à mort par contumace et déclaré déchu de la nationalité française par le régime de Vichy, il entend incarner la légitimité de la France et être reconnu en tant que puissance par les Alliés. Ne contrôlant que quelques colonies, mais reconnu par la Résistance, il entretient des relations froides avec Franklin Roosevelt, mais bénéficie généralement de l'appui de Winston Churchill. En 1943, il fusionne la France libre au sein du Comité français de libération nationale, dont il finit par prendre la direction. Il dirige le pays à partir de la Libération. Favorable à un pouvoir exécutif fort, il s'oppose aux projets parlementaires et, refusant de suivre la majorité élue à l'Assemblée nationale, il démissionne en 1946. Il fonde l'année suivante le Rassemblement du peuple français (RPF), mais son refus de tout compromis avec ce qu'il juge être un « régime des partis » l'écarte de toute responsabilité nationale.
Il revient au pouvoir après la crise de mai 1958, dans le cadre de la guerre d'Algérie. Investi président du Conseil et des pleins pouvoirs dans le contexte de l'opération Résurrection, il fait approuver la Cinquième République par un référendum. Élu président de la République par un collège élargi de grands électeurs, il prône une « politique de grandeur » de la France. Il affermit les institutions, la monnaie (nouveau franc) et donne un rôle de troisième voie économique à un État planificateur et modernisateur de l'industrie. Il renonce par étapes à l'Algérie française malgré l'opposition des pieds-noirs et des militaires, qui avaient favorisé son retour. Il poursuit la décolonisation de l'Afrique subsaharienne et y maintient l'influence française. En rupture avec le fédéralisme européen et le partage de Yalta, de Gaulle défend l'« indépendance nationale » : il préconise une « Europe des nations » impliquant la réconciliation franco-allemande et qui irait « de l'Atlantique à l'Oural », réalise la force de dissuasion nucléaire française, retire la France du commandement militaire de l'OTAN, oppose un veto à l'entrée du Royaume-Uni dans la Communauté économique européenne, soutient le « Québec libre », condamne la guerre du Vietnam et reconnaît la Chine communiste.
Sa vision du pouvoir, accordant un rôle central à un chef d'État qui tirerait sa légitimité d'un scrutin direct, l'oppose aux partis communiste, socialiste et centristes pro-européens. Ces formations critiquent un style de gouvernance trop personnel, voire un « coup d'État permanent », selon la formule de François Mitterrand, contre lequel de Gaulle est réélu en 1965 au suffrage universel direct,. Il surmonte la crise de Mai 68 après avoir semblé se retirer, convoquant des élections législatives qui envoient une écrasante majorité gaulliste à l'Assemblée nationale. Mais en 1969, il engage son mandat sur un référendum portant sur la réforme du Sénat et la régionalisation, puis démissionne après la victoire du « non ». Il se retire dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Églises, où il meurt dix-huit mois plus tard.
Considéré comme un des dirigeants français les plus influents de l'histoire, Charles de Gaulle est aussi un écrivain de renom. Il laisse notamment des Mémoires de guerre, où il affirme s'être toujours , jugeant que . Si sa présidence ne fut pas exempte de contestations, il apparaît, plus d'un demi-siècle après sa mort, comme une figure morale omniprésente dans la vie politique de la Cinquième République, la quasi-totalité de la classe politique lui rendant hommage et revendiquant à divers degrés son héritage.
Situation personnelle Origines familiales
gauche|vignette|Acte de naissance de Charles de GaulleRegistre d'état civil de Lille (1890), Archives municipales de Lille.. Charles André Joseph Marie de Gaulle naît le à du matin, au 9 rue Princesse à Lille. Il est baptisé quelques heures après sa naissance en l'église Saint-André de Lille. : son parrain est son oncle Gustave de Corbie et sa marraine sa tante Lucie Maillot née DroulersD'après le registre paroissial de l'église Saint-André de Lille, cité par Michel Marcq, Charles de Gaulle, volume 2, La liberté du monde, La Voix du Nord, 1991, page 187.. Charles est le troisième des cinq enfants d'Henri de Gaulle (1848, Paris - 1932, Sainte-Adresse, Seine-Inférieure) et de son épouse, Jeanne Maillot (1860, Lille - 1940, Paimpont, Ille-et-Vilaine), qui est également sa cousine issue de germain. Il est le petit-fils de Julien-Philippe de Gaulle (1801, Paris - 1883, Paris), historien, et de Jules Maillot (1819, Lille - 1891, Lille), entrepreneur manufacturier textile dans le Nord.
Les de Gaulle sont une famille de juristes parisiens originaires de la province de Champagne, et dont le nom de famille pourrait être une déformation du néerlandais de Walle. Dans ses travaux de généalogie, le grand-père de Charles de Gaulle faisait l'hypothèse d'une lointaine ascendance nobleHypothèse reprise par Philippe de Gaulle, Mémoires accessoires 1921-1946, Paris, Plon, 1997 et sur cette page. Voir également ., bien que la famille ne figurât dans aucun nobiliaireChérin et d'Hozier, Cabinet des titres ; Régis Valette, Catalogue de la noblesse française subsistante au ; Seréville et Saint-Simon ; Philippe du Puy de Clinchamps, etc. et qu'il n'existât aucune preuve à l'appui de ces prétentions.. L’arrière-grand-père, Jean-Baptiste de Gaulle (1759-1832), est avocat ; fils d'un procureur au parlement de Paris né en Champagne., il échappe de peu à la guillotine devant le Tribunal révolutionnaire pendant la Terreur. et devient directeur des Postes militaires de la Grande Armée. Il meurt du choléra en 1832. Son fils, Julien-Philippe enseigne alors à Lille, où un de ses oncles a un poste à la manufacture des tabacs. Julien-Philippe de Gaulle y épouse la fille d'un administrateur de la manufacture, Joséphine Maillot. Le pensionnat qu'ils créent à Valenciennes fait faillite. Ils s'installent alors à Paris pour écrire : le mari rédige deux études (sur le peintre paysagiste Jean-Joseph-Xavier Bidauld et sur un biographe de Saint Louis Louis-Sébastien Le Nain de Tillemont) ainsi qu'une vaste Nouvelle histoire de Paris et de ses environs d'inspiration monarchiste et catholique préfacée par Charles Nodier. Joséphine, prolifique, collabore à des revues littéraires et écrit plus de dont certains dénoncent la pauvreté ouvrière du Nord.
Ils ont trois fils. Les deux oncles du général sont des chercheurs érudits : l'aîné, Charles, son homonyme, paralysé par la poliomyélite, étudie les langues celtiquesUn barde breton à Vaugirard, nommé Charles de Gaulle. Résumé d'un article de Michel Debonne in Bull. Soc. hist. & arch. du arrondt de Paris – N° 22"., et le cadet, Jules, est entomologiste. Henri, père du général, naît en 1848, un comme son fils. Formé par le jésuite Olivaint, il se lie aux milieux monarchistes et catholiques sociaux, et entre au secrétariat de Talhouët-Roy dont il est précepteur des enfants. Admissible à Polytechnique, il s'engage ; il est blessé au cours de la guerre de 1870. Il s'inscrit au barreau et dans un cercle jésuite influent. Mais, pour entretenir la famille, il renonce à une carrière militaire ou politique et fait partie de l'administration du ministère de l'Intérieur jusqu'en 1884. Il a ensuite trois doctorats (lettres, sciences, et droit) et enseigne les lettres, l'histoire et les mathématiques au collège de l'Immaculée-Conception de Paris, tenu par les jésuites. À trente-sept ans, il épouse Jeanne Maillot, une petite-cousine de sa mère.
vignette|gauche|upright=1|Sa maison natale à Lille.
Charles de Gaulle est ainsi doublement issu de la famille Maillot, par sa mère et sa grand-mère paternelle. Originaires de la Flandre française, ces industriels catholiques descendent d'administrateurs de la manufacture des tabacs. Des recherches généalogiques récentes ont également mis en évidence ses origines suisses. Parmi ses ancêtres figure en effet son arrière-arrière-arrière-grand-père maternel, François-Ignace Nicol (1742-1780), né à Porrentruy. Soldat suisse au service du prince-évêque de Bâle, il rejoignit par la suite les troupes helvétiques servant sous les ordres de ....
Le grand-père maternel de Charles de Gaulle, Jules-Émile Maillot, mort l'année de la naissance de Charles, est un entrepreneur du textile qui a rapporté une nouvelle machine à tisser le tulle d'Angleterre. Il était issu de l'union de deux familles des manufactures du tabac, les Maillot et les Kolb. Louis Philippe Kolb, grand-père de Jules-Émile Maillot, luthérien du duché de Bade, était, avant 1791, sergent major au régiment de Rheinach. Marié à Maubeuge en 1790 avec une certaine Marie NicotCette Marie Nicot, que des biographes du général de Gaulle ont présenté comme une descendante de Jean Nicot (Cf. cette page.), il avait réorganisé des manufactures de tabac, en particulier à Lille. Ses deux fils y réussissent : l'un, Henri, est urbaniste ; l'autre, Charles Kolb-Bernard, industriel sucrier, devient sénateur chrétien social et légitimiste..
La grand-mère maternelle du futur « homme de Londres », Justine Maillot-Delannoy, reçoit jusqu'à sa mort en 1912 ses enfants et petits-enfants. Elle était la fille d'un avocat et d'une Britannique. Son grand-père maternel descendait d'un membre du clan irlandais qui, jacobite, s'était réfugié en France après la Glorieuse RévolutionFrançois Flohic, Souvenirs d’Outre-Gaulle, Paris, Plon, 1979, (citant Richard Hayes, Biographical Dictionary of Irishmen in France, Dublin, Gill, 1949, ) : . ; sa grand-mère maternelle, quant à elle, était issue d'une famille écossaise et protestante, les Fleming.
Enfance et éducation Charles de Gaulle est marqué par les valeurs familiales : catholicisme légitimiste, goût des études et du service de l'État (droit, administration des tabacs ou de l'armée).
Ses parents forment une famille catholique qui réside à Paris au . Bien que la famille de Gaulle vécût à Paris, la mère du général de Gaulle se rendit dans sa famille à Lille pour donner naissance à son fils, en accord avec la tradition familiale de la famille Maillot. La famille se rend régulièrement à Lille pour voir la grand-mère Julia Delannoy-Maillot. Toute sa vie, Charles de Gaulle garde une relation particulière avec sa région d'origine.
Charles de Gaulle a trois frères et une sœur : Xavier de Gaulle (1887-1955), ingénieur, prisonnier de guerre, puis résistant pendant la Seconde Guerre mondiale ; il est notamment le père de Geneviève de Gaulle-Anthonioz ;