Luis Pío Moa Rodríguez est un journaliste, écrivain et essayiste espagnol, né en à Vigo (Galice), principalement connu pour ses ouvrages de vulgarisation sur l'histoire de l'Espagne au . Ses livres abordent des sujets tels que la Seconde République espagnole, la guerre civile, le franquisme et les mouvements politiques de l'époque. Il est considéré comme le principal représentant du et de l'historiographie néo-franquiste.

Auteur de plusieurs best-sellers, il est connu pour sa défense de la dictature franquiste et de la figure du général Franco, qui aurait selon lui sauvé l'Espagne d'une révolution de type soviétique et amené le pays à la prospérité. Son œuvre, attirant un large public en Espagne comme à l'étranger, a fait l'objet de vives controverses. Elle a été durement rejetée par la quasi-totalité de la communauté universitaire historienne, qui voit dans ses ouvrages une tentative de réhabilitation du régime franquiste, partiale et ne respectant pas la méthodologie historique, dans une démarche polémique et non de recherche. Ses travaux ont néanmoins reçu le soutien de quelques historiens, en premier lieu l'hispaniste américain Stanley G. Payne.

Son œuvre la plus connue, Los orígenes de la guerra civil (« Les Origines de la guerre civile », 1999), s'est vendue à exemplaires et a été numéro un des ventes en Espagne pendant six mois consécutifs.

Biographie

Il naît à Vigo (Pontevedra) en 1948. Il est le fils de l'espérantiste Pío Moa Banga.

Moa est membre fondateur de l'organisation terroriste marxiste-léniniste et maoïste Groupes de résistance antifasciste du premier octobre (GRAPO), la branche armée du Parti communiste espagnol (reconstitué), PCE(r), opposée au franquisme. Dans ce cadre, il a participé à des assauts contre les locaux des phalangistes et le siège du magazine Gentleman, qu'ils qualifiaient d'« opposition domestiquée ». De même, il a participé à l'un des assassinats du , commis en représailles des dernières exécutions du régime franquiste, de deux membres de l'ETA et de trois du FRAP le de la même année. Il est expulsé de cette organisation en 1977 et condamné pour assassinat à un an de prison en 1983.

Sa pensée évolue ensuite jusqu'à des positions politiques ultraconservatrices...

Thèses défendues et prises de position L'émergence des thèses de Pío Moa dans les années 1990 prend place dans le contexte de l'arrivée au pouvoir d'une droite espagnoliste et « décomplexée » menée par José María Aznar qui, coïncidant avec le centenaire du « désastre de 1898 », entend défendre à travers divers think tanks et intellectuels un discours autour de la transition démocratique espagnole la présentant comme une période sujette à une manipulation « marxiste » ou « communiste » du passé historique.

Pío Moa est ainsi un défenseur de la figure de Franco et de multiples aspects de la dictature franquiste, et affirme que « Franco doit [...] recevoir la gratitude et la reconnaissance de la majorité des Espagnols ». Selon Moa et d'autres auteurs révisionnistes, c'est la révolte asturienne d'octobre 1934 qui aurait marqué la rupture de la légalité et donc le début véritable de la guerre civile, et non le soulèvement militaire de juillet 1936. Celui-ci serait en réalité une réaction désespérée et non préméditée de la droite, et non pas une conspiration soigneusement ourdie contre la République, comme l’annonçait la gauche populiste depuis des années, instaurant un climat de crainte et de tension. Selon ce point de vue, en 1936 l'Espagne n'était déjà plus une démocratie, en raison du climat d'alarme sociale, des attentats, de la non-publication des résultats des élections de cette année ou de l'assassinat de Calvo Sotelo aux mains de la Garde d'assaut. Sur son blog hébergé par Libertad Digital, il affirme.. :

Ou encore :

De même, il considère que la démocratie actuelle est l'héritière du régime franquiste, qui selon Moa a connu une « évolution démocratisante », et non de la gauche antifranquiste, selon lui totalitaire et antidémocratique, responsable d'avoir légué la « dévastation intellectuelle, morale et politique ».

En 2007, il fait des déclarations au journal Público qui en rend compte dans un article intitulé (« Franco n'a pas anihilé les rouges, il les a punis » [ou « corrigés »]). Il y affirme que de nombreuses victimes du régime franquiste, comme Trece Rosas ou Lluís Companys, n'étaient pas du tout innocentes et que « ceux qui défendent aujourd'hui la loi sur la mémoire historique s'identifient aux criminels, ceux des checas. » Dans son blog, il confirme son opinion mais réfute avoir tenu les propos qu'on lui prête dans le titre de l'article. Ces déclarations controversées ont été dénoncées par quatorze personnes ayant recueilli des signatures en soutien d'une plainte pour injures contre Pío Moa. Le , un juge rejeta la plainte en argumentant que le délit n'était pas constitué..

Pour Moa, la transition dirigée par Adolfo Suárez revient à avoir « livr[é] la légitimité démocratique à une gauche et à des séparatistes qui n'avaient jamais été démocrates et ne firent aucun apport à l'évolution démocratisante du régime de Franco ». Il soutient que la démocratie actuelle est due à l'œuvre du franquisme et qu'elle serait précisément menacée par les antifranquistes « qui invoquent tant la République sans tenir compte de ses effets historiques, et continuent de saper aujourd'hui encore la cohabitation démocratique : terrorisme ou collaboration avec lui, séparatismes [...], niveaux de corruption très supérieurs à ceux du franquisme, corrosion de la souveraineté et de l'unité nationale ». Il affirme que également que José Luis Rodríguez Zapatero est à la tête d'un « gouvernement mafieux, ennemi de l'Espagne et de la liberté ».

L'historien espagnol Xosé Manoel Núñez Seixas, spécialiste du nationalisme, affirme que Moa est un parfait exemple de la conception « historiciste » ou « primordialiste » du nationalisme espagnol, qui fait remonter les racines de la nation espagnole à des époques exagérément lointaines et prétend que la nation préexisterait au nationalismeIl affirme en effet, contre le consensus chez les spécialistes actuels, que l'Espagne est une nation qui préexiste au nationalisme :, Il affirme également que « le nationalisme catalan (comme le basque) n'est pas à proprement parler catalaniste, mais anti-espagnol (). Il qualifie ces nationalismes d'« inventions d'un très petit nombre de personnages qui se sont sentis fondateurs, illuminés par une supposée vérité, et ont élaboré une histoire mythique comme fondement de leurs aspirations de pouvoir ().

Dans un article publié en 2002 sur Libertad Digital, Pío Moa affirme qu'« il semble assez clair que l'homosexualité est une tare, c'est-à-dire, une déviation de la sexualité normale, trop évidente pour requérir beaucoup d'explications ».. Dans un autre publié en 2009, il estime que la société laïque, et en particulier la gauche, est « responsable du fait que la pédérastie est devenue une plaie » et de nombreux autres maux de la société, selon lui « la crise de la famille, les familles monoparentales, les « mariages » homosexuels, la prostitution à de nombreux niveaux, l'avortement massif, la [...] consommation de drogues, etc... »

Réception

Critiques Pío Moa est considéré comme le plus grand représentant du courant dit « révisionniste » ou néo-franquiste de l'historiographie espagnole...En 2016, les historiens Hugo Garcia, Mercedes Yusta, Xavier Tabet et Cristina Climaco écrivent que Pío Moa est considéré comme « néo-franquiste par une large majorité de spécialistes », ..

De nombreux historiens du milieu académique ont vigoureusement rejeté les thèses et travaux de Pío Moa, parmi lesquels on peut citer Javier Tusell, Paul Preston, Pedro Carlos González Cuevas, Alberto Reig Tapia., Enrique Moradiellos, Francisco Espinosa Maestre.., Justo Serna.., Mercedes Yusta., Carlos Rilova Jericó, ; les essais d'Helen Graham sur Les Mythes de la guerre civile ont été initialement publiés dans le supplément littéraire du Times les 11 juillet et 19 septembre 2003, Santos Juliá«Viejos mitos, que repite hoy Pío Moa en su Franco. Un balance histórico. Convertido en el más correoso y pelmazo propagandista del régimen y de la persona de Franco, lo que escribe no es más que reiteración actualizada de lo que desde siempre han dicho los servidores de Franco y de su política». — , Gabriel CardonaGabriel Cardona: «La historia ya ha desvelado los mitos de la Guerra Civil y existe al respecto un notable consenso académico. Ajeno a los panfletistas que resuciten las viejas falacias como si fueran hallazgos personales. Los verdaderos estudios históricos no pueden evitar que existan semejantes embaucadores, dedicados a engañar a quienes lo desean». — Paul Preston en el prólogo de , Sebastian Balfour, Ángel Viñas ou Eduardo González Calleja.

Selon ces critiques, les arguments et les conclusions de Moa n'ont aucune crédibilité, et contredisent les recherches historiographiques universitaires menées depuis la mort de Franco. Plusieurs aspects formels et méthodologiques de son œuvre, notamment l'absence de notes, le recours à des accusations génériques et l'utilisation douteuse des sources et de témoignages, empêchent le débat scientifique que l'auteur lui-même prétend sans cesse exiger. Il est aussi accusé d'atténuer l'ampleur de la répression franquiste et de diffuser une théorie du complot communiste.

Les historiens critiques dénoncent sa perpétuation de l'argumentation et des mythes traditionnellement utilisés par les historiens officiels du franquisme tels que Ricardo de la Cierva et Voir notamment la fin de cet article de Mercedes Yusta, de l'Université de Cergy-Pontoise, et la dernière partie de cet article de la revue Esprit.. L’historien britannique Sebastian Balfour affirme que . En raison des carences attribuées aux travaux de Pío Moa, de multiples auteurs coïncident avec Balfour sur le premier point le qualifie d'« historien amateur ». Plusieurs auteurs lui refusent de même la qualité de « révisionniste » et parlent de « pseudo-révisionnisme » pour qualifier sa démarche.

En particulier, Alberto Reig Tapia, de l'université Rovira i Virgili, a longuement traité de l'œuvre de Moa, au point de lui consacrer en 2006 un livre de 500 pages intitulé Anti-Moa. La thèse du livre est que Moa n’est pas un historien et que ce qu’il écrit n’est pas de l’historiographie, mais une « historiettographieJeu de mots avec l'espagnol historieta, signifiant « bande dessinée ». » (en italique dans le texte). « Moa est un publiciste sur des sujets plus ou moins historiques, ce qui est tout autre chose ». Son œuvre « a suscité le rejet ferme et unanime de la communauté historiographique nationale et internationale » car elle « ignore » même « les plus élémentaires rudiments » de la « méthode scientifique propres de toutes les sciences (y compris naturellement les sciences sociales) », « son évident orphelinisme théorique et méthodologique est trop visible » et « il ignore toute la bibliographie académique de ces dernières années, parmi laquelle se trouvent des noms notables de l'historiographie espagnole contemporaine et de l'hispanisme le plus accrédité ». Reig Tapia considère Moa comme un continuateur de l'historiographie franquiste, comme le prouverait son livre Les Mythes de la guerre civile, selon Reig Tapia, « un parfait précis des thèmes essentiels de l'historiographie franquiste dûment adaptés, du point de vue formel, aux temps nouveaux. » « Telle est la grande contribution de Pío Moa ». Moa « est la version espagnole, naturellement à la baisse, du « révisionnisme » qui s'était déjà manifesté il y a quelques années en France, en Allemagne ou en Italie à propos de leur propre histoire. Cela suppose, par-delà des distances, une sorte de « négationnisme » ». Reig Tapia déclare que « c'est une véritable perte de temps que d'aborder scientifiquement ce qui par soi-même se situe en marge de l'histoire ».