La guerre israélo-arabe de 1948-1949, appelée également guerre de Palestine ou guerre d'indépendance d'Israël en Israël, est un épisode du conflit israélo-arabe qui débute le et se conclut le , dans le contexte de la fin du mandat britannique sur la Palestine et de la prise d'indépendance d'Israël.

Seconde phase de la guerre israélo-arabe de 1948 après six mois de guerre civile intense entre populations juive et arabe, elle constitue une escalade géopolitique de grande ampleur et oppose au tout jeune État d'Israël une coalition arabe de plusieurs pays de la région. Elle se termine avec les différents cessez-le-feu israélo-arabes, conclus entre février et .

Présentation Dès le , le lendemain du vote par l'ONU du plan de partage de la Palestine, les forces paramilitaires juives (la Haganah soumise au Yichouv, le Palmah, unité d'élite créée en 1941, l'Irgoun, scission de la Haganah créée en 1931 et le Lehi, ou « groupe Stern », scission de l'Irgoun apparue au début de l'année 1941) affrontent les irréguliers arabes palestiniens et les volontaires de l'Armée de libération arabe, tandis que les Britanniques, qui avaient obtenu de la Société des Nations un mandat en 1922 et qui sont responsables de l'administration du pays, commencent à évacuer leurs forces armées, composées d'environ . Les forces arabes palestiniennes sont défaites ; plusieurs villes mixtes, à l'exception notable de Jérusalem, sont sous le contrôle des forces paramilitaires juives et ont déjà pris les routes de l'exode, fuyant les combats ou expulsés de leurs villages par les forces juivesYoav Gelber, « Why Did The Palestinians Run Away in 1948 ? », article publié le 17 juin 2002 dans History News Network ; Henry Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, 2005, ; Dominique Vidal et Sébastien Boussois, Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), 2007 ; Voir l'article exode palestinien., notamment à partir de la mise en œuvre du plan Daleth fin .

Le à minuit, le mandat britannique sur la Palestine s'achève officiellement. L'État d'Israël a été proclamé le même jour à Tel Aviv, dans une salle du musée des Beaux-Arts vers 16 heures par David Ben Gourion, alors président du Yichouv — qui sera ensuite le premier des chefs de gouvernement israélien — et concerne une partie du territoire.

Au vu de la situation catastrophique des forces palestiniennes arabes, les États arabes voisins (Égypte, Jordanie, Irak, Syrie, Liban, Arabie saoudite, Yémen du Nord) ainsi que des contingents irréguliers et étrangers (Jihad al Muqadas, Armée de libération arabe, volontaires tunisiens, Frères musulmans, Afghanistan, Pakistan, Soudan), qui contestent la création d'Israël, décident d'intervenir et plusieurs armées arabes envahissent l'ancienne Palestine mandataire. Les forces arabes palestiniennes sont dissoutes ou intégrées dans les armées arabes. Le premier « conflit israélo-arabe » débute.

Du au , les forces arabes sont à l'offensive mais n'obtiennent pas de succès décisif sur les défenses israéliennes. Les deux camps subissent de lourdes pertes, en particulier autour de Jérusalem, et à bout de force, acceptent la trêve d'un mois demandée par le médiateur de l'ONU. Les forces arabes sont alors positionnées autour des zones contrôlées par les Israéliens mais ne réussissent pas à y pénétrer ni à réaliser le blocus de Jérusalem.

La trêve est mise à profit par les deux camps pour renforcer leur dispositif. Les Israéliens, qui six mois plus tôt, disposaient de , y parviennent avec plus d'efficacité, mobilisant largement la population civile, et faisant entrer des armes en grand nombre dans le pays. À l'issue de la trêve, le , ils se trouvent supérieurs à la fois en nombre de combattants et en matériel, pour affronter des adversaires politiquement et géographiquement divisés, et dont la préparation militaire s'avère insuffisante.

Tandis que l'ONU propose d'autres plans de partage, les Israéliens lancent de à une série d'opérations militaires entrecoupées de cessez-le-feu, prenant le contrôle de toute la Galilée et du sud-ouest de la Samarie, de la majeure partie de la zone côtière, de l'ouest de la Judée jusqu'au secteur de Jérusalem, et enfin du Néguev.

Durant la période du à , plus de (sur les de l'ensemble de l'exode palestinien) prennent la route de l'exode, fuyant les combats ou expulsés des zones contrôlées ou conquises par Israël ; c'est la NakbaLa tendance aux expulsions augmente au fur et à mesure de l'avancement de la période.Voir ; Yoav Gelber, « Why Did The Palestinians Run Away in 1948 ? », article publié le 17 juin 2002 dans History News Network ; Voir l'article exode palestinien.. Simultanément, la situation des Juifs dans plusieurs pays arabes s'aggrave à la suite d'émeutes ou de politiques ouvertement antisémites comme en Irak et l'émigration des Juifs hors des pays arabes s'amorce et sera très importante : elle atteindra le nombre de plus de Frédéric Abécassis et Jean-François Faü, Le monde musulman : effacement des communautés juives et nouvelles diasporas depuis 1945, . Ce documenthttps://justiceforjews.com/wp-content/uploads/2025/03/stan_phd.pdf universitaire cite (page 102) un chiffre supérieur à 850 000 réfugiés juifs.

Historiographie

L'historiographie de la guerre israélo-arabe de 1948 a connu plusieurs phases, différentes selon les pays et les options politiques des auteurs.

Historiographie arabe et palestinienne

Selon Saleh Abd al-Jawad, les historiens palestiniens sont confrontés à plusieurs difficultés pour écrire l'histoire de cette guerre.

Tout d'abord un problème d'archives : de nombreuses sources de documents présents à Haïfa, Jaffa et Jérusalem ont été détruites pendant la guerre (bibliothèques, cadastre, archives) ; les journaux en arabe ne paraissent plus après , étant détruits par Israël ; les archives personnelles et d'institutions diverses ont été pillées par les Israéliens ; les archives de la formation militaire du Jaych al-Jihad al-Mouqaddas ont été confisquées par Israël et par la Jordanie en 1948 ; une partie a été brûlée en 1967 lors de la guerre des Six-Jours par crainte de représailles, et ce qu'il en restait a été confisqué par Israël quand il a saisi le fonds de la maison d'Orient ; en 1982, l'armée israélienne a réquisitionné les archives du centre de recherches de la Palestine à Beyrouth ; d'autres archives ont été détruites par Israël comme celles des tribunaux de Naplouse et de Jérusalem ; les pays arabes interdisent tout accès à leurs archives concernant cette guerre.

Tous les documents confisqués par Israël ont été transférés aux Archives israéliennes et sont interdites d'accès aux PalestiniensSaleh Abd al-Jawad, Le témoignage des Palestiniens : entre l'historiographie israélienne et l'historiographie arabe : le cas de 1948, contribution au colloque L'Histoire trouée. Négation et témoignage, publié sous la direction de Catherine Coquio, Nantes, L'Atalante, 2004. .. Après la Nakba, les intellectuels palestiniens se sont retrouvés dans des conditions matérielles précaires, ce qui n'a plus facilité la production historique.

Ces conditions expliquent le recours important aux témoignages et à l'histoire orale (voir massacre de Tantoura).

Parmi d'autres facteurs, l'histoire est traditionnellement une discipline mineure dans le monde arabe.

Historiographie israélienne

Historiographie occidentale

Contexte

Nationalismes arabe et sioniste en Palestine mandataire

thumb|Manifestation anti-sioniste à la porte de Damas (Jérusalem) (8 mars 1920). thumb|Le plan de partage de la Palestine de 1947 scinde la Palestine en 7 zones. 3 sont attribuées au Yishuv ; 3 aux Arabes palestiniens et Jérusalem et ses environs sont placés sous administration internationale. thumb|Arabes attaquant le centre commercial de Mamilla à Jérusalem (2 décembre 1947) La région est historiquement un territoire dominé depuis sa conquête en 1517 par l'Empire ottoman. Elle abrite certains des lieux les plus saints du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Depuis la seconde partie du , un nombre croissant de Juifs sionistes s'installent dans la région.

La ville juive de Rishon LeZion est fondée en 1882 grâce au financement du baron Edmond de Rothschild puis, à partir de 1901, des terres agricoles et fermes sont achetées via le Fonds national juif pour permettre d'évacuer les Juifs d'Europe de l'Est, régulièrement victimes de pogroms.

En 1908, sont lancés les travaux pour ouvrir le Technion, première université juive. En 1925, la deuxième université juive ouvrira ; il s'agit de l'université hébraïque de Jérusalem. Le mouvement sioniste envisage alors de négocier directement avec l'Empire ottoman, la création d'une zone politiquement auto-gérée.

Allié entre 1914 et 1918 avec l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie, l'Empire ottoman connaît une lourde défaite militaire face aux Anglais au Proche-Orient lors de la Première Guerre mondiale.

À compter de , les Britanniques contrôlent Jérusalem et le secteur central de la Palestine. Dès 1918, la Palestine est sous contrôle et administration britanniques et en 1922, la Palestine est un territoire officiellement placé sous mandat britannique, au vu de la décision prise par la Société des Nations, siégeant à Genève. Les Britanniques font des promesses aux Juifs et aux Arabes. La région va progressivement faire l'objet d'un conflit entre sionistes juifs et arabes palestiniens qui s'opposent l'un à l'autre ainsi qu'à l'Empire britannique.

La lutte palestinienne culmine avec la grande révolte de 1936-1939, finalement écrasée par les Britanniques aidés par la Haganah, l'organisation paramilitaire juive et par les « notrim » , policiers juifs armés et formés par les Britanniques. À l'issue de la révolte, les Britanniques mettent en place une commission dite commission Peel, du nom de son président et proposent en 1937 la partition de la Palestine en trois zones : l'une juive, l'autre arabe et la troisième - autour de Jérusalem et établissant un corridor d'accès vers la Méditerranée, confiée aux Britanniques. En 1939, ils publient un Livre blanc qui est favorable aux revendications arabes. Ce document décrète notamment en Palestine la quasi fin de l'immigration juive (soit au maximum jusqu'en 1945), alors que les mesures antisémites sont en place notamment dans l'Allemagne hitlérienne et que les sionistes demandaient la venue d'un maximum de Juifs allemands et autrichiens.

C'est ensuite au tour des Juifs de lancer une insurrection armée mais celle-ci s'interrompt avec la Seconde Guerre mondiale. À compter de février 1944, les groupes armés droitiers sionistes (Irgoun et Lehi), qui furent ensuite rejoints en par la Haganah, déclenchent une vague d'attentats de violences anti-britanniques. Le , une commission officielle anglo-américaine est créée à Washington afin d'étudier la situation et de faire des propositions au sujet de l'avenir de la Palestine ; elle fait des auditions des représentants des deux parties et rend un rapport en date du - publié à Lausanne mais ses recommandations - au nombre de 10 - ne sont pas retenues par les parties en Palestine. Le , par une résolution, l'ONU crée la Commission spéciale des Nations unies pour la Palestine (en initiales anglaises : UNSCOP) qui doit veiller à trouver des solutions sur l'avenir de la Palestine. Le secrétaire britannique aux Colonies Creech-Jones annonce le que la Grande-Bretagne se démet de son mandat sur la Palestine et que la puissance mandataire quittera la Palestine pour le au matin. Il déclare que son pays souhaite que l'ONU soit la structure temporaire devant participer à la gestion de la Palestine, soumise à des actions violentes menées par les groupes armés sionistes et arabes palestiniens depuis 1944.gauche|vignette|Défilé de joie après l'acceptation du Plan de partage, Jérusalem (novembre 1947)