Michel de L'Hospital ou de L'Hôpital, né entre 1503 et 1507 au château de la Roche à Chaptuzat (actuel département du Puy-de-Dôme) et mort le au château de Bellesbat à Boutigny-sur-EssonneBibliothèque nationale de France, Michel de L'Hospital (1507?-1573) sur data.bnf.fr (actuel département de l'Essonne), est un écrivain (poète latin), juriste et homme d'État du royaume de France sous les règnes de François et d'Henri II et pendant les premières guerres de Religion, sous la régence de Catherine de Médicis et sous le règne de Charles IX.

Conseiller au parlement de Paris (1537), maître des requêtes, il est notamment ambassadeur au concile de Trente, surintendant des Finances (1554), mais est surtout connu comme chancelier de France à partir de 1560, partisan d'une politique de pacification et de tolérance vis-à-vis des protestants français.

Écarté du pouvoir, il donne sa démission du poste de chancelier en et meurt quelques semaines plus tard, avant la fin de la quatrième (1572-1573) des huit guerres de Religion (1562-1598) subies par le royaume au .

Biographie Origines familiales Michel de L'Hospital, dont la généalogie lointaine semble être inconnueVoir : Père Anselme, Histoire généalogique..., tome VI, 1730, p. 488 (« le chancelier »). Ses armes étaient d'azur à la tour d'argent posé sur un rocher de même, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d'or. ., mais dont le nom proviendrait du hameau de L'Hôpital près d'Allanche en Haute-Auvergne, est le petit-fils d'un médecin, Charles de L'Hospital, et le fils de Jean de L'Hospital (né vers 1475), premier médecin et conseiller du duc de Bourbon Charles III (1490-1527), connétable de France (déchu en 1520), puis, après la mort de ce prince, celui de sa sœur Renée de Bourbon-Montpensier, duchesse de Lorraine et de Bar, .

En 1523, Charles de Bourbon, mécontent de François , quitte le royaume au cours de la sixième guerre d'Italie (qui s'achèvera en 1525 par le désastre de Pavie) pour se mettre au service de Charles Quint. Jean de l'Hospital le suit et Michel accompagne son père en Italie.

Séjour en Italie et études (1523-1534) En Italie, Michel fait ses études supérieures et voyage beaucoup. Il commence sa formation à l'université de Padoue, où il deviendra par la suite professeur de droit civil.

Il se rend également à Rome, lieu de pèlerinage traditionnel, où il devient, entre autres, auditeur de la Rote romaine, ce qui lui vaudra une grande réputation de savant.

Il rentre en France en 1534.

Début de carrière et mariage (1534-1537) Avocat sans le sou, il ne peut prétendre à une place de conseiller au Parlement. Un ami, Pierre Filhol, archevêque d'Aix et gouverneur de Paris, ancien président de la Cour des comptes, lui conseille de se marier.

En 1537, il épouse Marie Morin, fille de de Montmirail et de Jean Morin, seigneur de Paroy, lieutenant criminel du Châtelet, De son père, il reçoit la terre de la Roche près d'Aigueperse (actuel Puy-de-Dôme) reçue des Montpensier.

De ce mariage naissent trois filles, mais seule l'aînée, Madeleine, parviendra à l'âge adulte. Elle est éduquée dans la foi calviniste, sa mère s'étant convertie au protestantismeHenri Amphoux, Michel de L'Hôspital et la liberté de conscience au , 1900, 59. Elle épouse Robert Hurault de Bellesbat, lui aussi juriste.

Carrière de 1537 à 1560 Il poursuit une carrière de juriste en étant nommé délégué aux Grands Jours de justice de Moulins en 1540, de Riom en 1542 et de Tours en 1546.

Aimant les séjours à la campagne, il achète en 1546 un petit domaine à l'abandon qui deviendra plus tard son refuge : sa terre du Vignay (actuelle commune de Champmotteux« Escalier du château de Vignay. Résidense de Michel de l'Hospital » sur le site des Archives départementales de l'Essonne. dans le sud-est du département de l'Essonne, entre Étampes et Nemours).

Il représente le roi Henri II au concile de Trente en 1547 et est nommé chancelier privé de Marguerite de France, sœur du roi, en 1550. Proche des poètes de la Pléiade, celle-ci est sympathisante de la Réforme.

Devenu contrôleur des finances en 1554, Michel de L'Hospital entre au Conseil privé et achète en 1555 la charge de premier président de la Chambre des comptes de Paris.

En 1560, il devient chancelier de France.

Chancelier de France (1560-1573) Michel de L'Hospital est nommé chancelier le , sous le règne de François II (1544-1560), fils aîné d'Henri II, mort accidentellement le , peu après la fin de la onzième et dernière guerre d'Italie (traités du Cateau-Cambrésis, ).

François II, âgé de 15 ans, donc majeur, règne sous l'influence du duc François de Guise, oncle maternel de son épouse, la reine Marie Stuart (1542-1587), fille du roi d'Écosse Jacques V.

La nomination de Michel de L'Hospital est due au frère du duc de Guise, le cardinal Charles de Lorraine. Il remplace le chancelier et garde des sceaux François Olivier, mort le .

Un événement inattendu survient à la fin 1560 : la maladie et la mort () de François II, sans postérité. Son successeur est son frère, Charles IX (1550-1574), encore mineur. La régence est confiée à la reine mère, Catherine de Médicis, qui met fin à la domination des Guise à la tête du royaume.

C'est donc avec Charles IX et surtout Catherine de Médicis que Michel de L'Hospital exerce ses fonctions de chancelier et de garde des sceaux, de 1561 à 1568, c'est-à-dire durant les première (-) et deuxième (-) guerres de Religion et pendant la période de paix qui les sépare.

En 1568, au début de la troisième guerre (-), Michel de L'Hospital refuse de sceller une bulle du pape Pie V appelant le roi de France à « exterminer les hérétiques ». La fonction de garde des sceaux lui est retirée au profit de Jean de Morvillier. Il conserve la charge de chancelier, officiellement jusqu'au , date à laquelle il reçoit ses lettres de décharge.

L'œuvre de Michel de L'Hospital durant son mandat de chancelier est importante (voir la section ci-dessous « L'œuvre politique »)

Mort et funérailles Au début de l'année 1573, il réside dans son domaine du Vignay. Il se rend alors à de là, au château de Bellesbat, demeure depuis 1556 de sa fille Madeleine, de son gendre Robert Hurault, maître des requêtes, et .

Il envoie deux lettres à Charles IX, ainsi que son acte de démission de sa fonction de chancelier, puis dicte son testament à son petit-fils, Michel Hurault. Il ne se confesse pas et ne reçoit pas l'extrême-onction, comme s'il était protestant ou nicodémiteJean-Paul Autant, op. cit., p. 332-334..

Il meurt le 1573, âgé de presque .

Il est inhumé de nuit dans l'église Sainte-Madeleine de Champmotteux où l'on peut encore voir son tombeauAssociation Guillaume-Budé, Michel de l'Hospital au Vignay près de Champmotteux (Essonne).

L'œuvre politique vignette|Statue de Michel de L'Hospital au palais Bourbon. L'œuvre législative Juriste de formation, Michel de L'Hospital, nommé chancelier de France le par le roi François II, est le principal collaborateur de la régente Catherine de Médicis. Après les États d'Orléans où il a prononcé un discours dont voici un extrait : , il va obtenir que les questions religieuses soient débattues en convoquant les représentants protestants au colloque de Poissy (1561) : il y essaie d'harmoniser les points de vue des uns et des autres. Mais confronté au fanatisme des deux camps, il échoue. En janvier 1562, il fait promulguer l'édit de Janvier, qui reconnaît officiellement aux protestants le droit de s'assembler pour leur culte dans les faubourgs et à la campagne.

Le , Michel de L'Hospital rend compte de la situation financière du royaume devant le parlement de Paris pour le pousser à accepter un édit. La France, en la personne du jeune roi Charles IX, a de livres de dettes, dont cinq sont nécessaires pour payer les troupes et expulser les Anglais hors du Havre. Les recettes de l'année précédente sont de environ et les dépenses de . L'édit du prévoit de vendre les biens du clergé pour créer des rentes de par an. Le Parlement d'abord hostile finit par accepter.

Michel de L'Hospital œuvra pour la simplification du droit français. La tradition lui attribue une grande partie des édits promulgués entre 1563 et 1567 (dont la généralisation en 1565 des tribunaux des juges et des consuls, les actuels tribunaux de commerce, le premier ayant été créé à Paris en 1563). Il aurait joué un rôle décisif dans l'assemblée du Conseil élargi (où siègent les princes de sang, grands officiers, présidents des parlements), qui commence ses travaux à Moulins en 1566 et qui débouche sur l'ordonnance de Moulins. Selon cette ordonnance, les parlements ne pourront refuser d'enregistrer les édits ou ordonnances ni de les faire appliquer, même au cas où des remontrances seraient présentées. L'édit de Moulins quant à lui affirme l'inaliénabilité du domaine royal (sauf les apanages). C'est le promoteur des édits de Fontainebleau sur l'arbitrage et la transaction. Après la mort de François II (1560), il a pour projet de diminuer le nombre d'officiers.

La question de la majorité royale La minorité de Charles IX est un handicap sérieux, l'autorité d'un roi mineur n'ayant pas le même poids que celle d'un roi adulte. La référence en matière de majorité est l'ordonnance de Charles V de 1374 qui fixe la majorité des rois de France à . Cependant, à la mort de son auteur, elle n'a pas été appliquée et sa valeur est critiquée par les conjurés d'Amboise. Les termes de cette ordonnance sont ambigus : la quatorzième année est-elle le lendemain du treizième anniversaire ou le jour du quatorzième ? La première des innovations du consiste à déclarer la majorité du jeune souverain lors d'un lit de justice non au parlement de Paris mais dans un parlement de province, celui de Rouen. La seconde est l'interprétation que le chancelier fait de l'ordonnance de Charles V : la quatorzième année doit être commencée et non accomplie. Cette déclaration de majorité est aussi l'occasion pour le chancelier de rappeler deux principes qui lui sont chers, le principe de la continuité monarchique et celui du roi législateur (la souveraineté réside dans le pouvoir de faire les lois et seul le roi a ce pouvoir).

Les guerres de religion Huguenot dissimulé aux yeux des catholiques de son temps, il est partisan de l'unité et de la tolérance. Bien qu'il doive sa première carrière à une protectrice de la Réforme, Marguerite de France, sœur d'Henri II, et bien que sa femme et sa fille se soient converties, c'est grâce à l'influence du cardinal de Lorraine, un catholique, qu'il est promu chancelier en 1560. Influencé au départ par les idées de concorde religieuse de ce dernier, après l'échec du colloque de Poissy, son évolution le conduit à accepter une tolérance civile, solution politique qui correspond à son profond respect des libertés de conscience. Son gallicanisme le pousse à tenir des positions fermes concernant l'indépendance temporelle de l'Église et de la couronne vis-à-vis du pape, et explique sa rupture en 1564 avec le cardinal de Lorraine qui, revenu du concile de Trente, voulait en faire accepter les décrets en France. Sa volonté de maintenir l'équilibre instauré par l'édit d'Amboise (1563) le pousse à une certaine violence. En 1566, on lui reproche même de n'être pas passé par le Conseil pour envoyer des lettres patentes autorisant les protestants à appeler des pasteurs à leur chevet. Il aurait voulu supprimer la vénalité des offices.

Cependant, il échoue dans ses tentatives d'apaisement du conflit. Rêvant d'un concile national impossible, il se heurte rapidement aux Guise qui ont arraché aux États généraux de Fontainebleau la condamnation des Rohan, qu'il refuse de signer, à la difficulté d'application de l'édit d'Amboise et au manque de tolérance de ses compatriotes. En 1567, la « surprise de Meaux » et l'humiliante retraite du jeune roi vers Paris est un revers pour la politique du chancelier qui est accusé d'avoir favorisé le parti huguenot.