Il existe plusieurs définitions de la valeur selon le courant de pensée économique. Elles se rattachent à trois conceptions principales qui donnent au mot « valeur » des sens radicalement différents, et impliquent trois conceptions différentes de la relation entre valeur et prix.
La conception subjective définit la valeur comme l'expression de l'intérêt qu'un agent particulier porte à un bien ou à un service, qui résulte d'un processus psychologique d'évaluation. C'est une notion subjective et privée dont la formation et l'explication relèvent de la psychologie et non de l'économie, et qui constitue une donnée externe pour le raisonnement économique. Le prix est une notion distincte, qui résulte du fonctionnement effectif des mécanismes du marché, et qui seule a un sens économique. Formation de la valeur et formation du prix sont considérés comme deux processus distincts, seul le second relevant de l'analyse économique,
La conception objective pose que tout bien a une valeur indépendante de l'observateur, qui résulte des conditions de sa production et peut être déterminée par un calcul économique à partir des conditions et des coûts de production du bien ou du service. Le prix est alors généralement considéré comme une mesure de cette valeur.
La conception subjective est dominante depuis l'origine de la pensée économique (Aristote, Thomas d'Aquin). Elle a été maintenue par les classiques français (Turgot, Say), alors que la conception objective a été proposée d'abord par les Physiocrates avec comme référence la terre, puis par les classiques anglais avec comme référence le travail, et enfin reprise par les économistes marxistes.
Bien que fondamentalement adeptes de la conception subjective, les économistes du courant dominant néoclassique utilisent souvent les mots prix et valeur de façon interchangeable, Ce qu'ils appellent « théories de la valeur » sont plus précisément des théories de la formation des prix, censés représenter une « valeur sociale » plus ou moins objectivée. Seuls les économistes du courant « autrichien » s'efforcent d'être fidèles à cette distinction, sans toujours y parvenir.
Les spécialistes des méthodes « Valeur » utilisent une conception qui les intègre à partie du bons sens de notre expérience : la valeur de quelque chose pour quelqu’un augmente avec son utilité, ce qu’elle lui apporte, et diminue avec ce qu’elle lui coûte. N’utilisons-nous pas tous au quotidien ce rapport « bénéfices / coûts » ?
Valeur = utilités / coûts = satisfaction des besoins / ressources consommées
La valeur de quelque chose est toujours pour quelqu’un, est subjective et relative à la personne. La valeur de quelque chose est donc le rapport entre son utilité pour toutes les personnes concernées et les ressources qu’elles y consacrent.
Cette autre conception de la valeur, issue de la pensée systémique, intègre les 2 dimensions citées plus haut : - l’utilité, les besoins sont subjectifs : ils relèvent pourtant de l’économie puisque chaque décision économique vise à répondre à des besoins ! Leur mesure ou leur évaluation sont quantifiables mais pas en termes financiers. Les besoins à satisfaire incluent l’utilité rationnelle mais aussi la beauté, le bon, le vrai … et sont intimement liés aux ‘valeurs’ de chaque personne. - les ressources consommées sont objectives : elles incluent les coûts financiers ET les autres ressources consommées : matières, énergies, temps, inconfort … Une partie seulement est quantifiable en termes financiers. Notons que même le coût financier de quelque chose -son prix objectif- sera ressenti comme très différent selon la situation financière des personnes : l’argent a un coût subjectif ! - Le rapport entre les deux est aussi subjectif : c’est la perception par la personne de l’impact de la chose, de l’équilibre entre utilités et coûts. Il n’a pas de grandeur propre, de mesure absolue.
Cette conception relève du bon sens : création de valeur = faire plus de bien avec moins de biens ensemble !
De très nombreuses méthodes de (re)conception de solutions (Analyse de la valeur, Management par la valeur, économie de la fonctionnalité, Lean, Stratégie Océan Bleu, ...) déployées dans tous les domaines de performance de l’entreprise, visent à poser des décisions en maximisant explicitation et satisfaction des besoins et en minimisant les ressources consommées.
La valeur / Les valeurs
D'autres disciplines s'intéressent aux notions de « valeur » ou de « valeurs » : Voir les articles spécifiques qui leur sont consacrés.
L'histoire du concept de Valeur est dans l'article : Valeur en philosophie.
Une conception objective de la valeur: le travail
Dans cette perspective la valorisation d'un bien est fondée sur un facteur objectif, matérialisé par un critère mesurable, le travail.
Vision physiocratique Les physiocrates et particulièrement François Quesnay mettent en avant la valeur provenant de la nature. Elle repose sur l’idée que seule la production agricole est créatrice de richesses et que toute autre activité artisanale ou commerciale n’est que l’addition de travail aux matières premières issues directement ou indirectement des produits de la terre.
Ainsi, l'estimation de la valeur résulte de l'agrégation de « la valeur des produits naturels constituant le capital nécessaire à une production + la valeur des produits naturels nécessaires à la reproduction de la force de travail ».
Vision des économistes classiques anglais Les économistes Adam Smith et David Ricardo distinguent la valeur d'échange de la valeur d'usage et considèrent que c'est la première qui, en économie, joue un rôle déterminant. Ils cherchent une cause objective pouvant expliquer le prix des marchandises. Suivant William Petty"work is the father and nature the mother of wealth", William Petty, A Treatise of Taxes and Contributions. 1662, Economic Writings. 1, Bd. I, John Locke, lequel a justifié la propriété individuelle par le travail, et David Hume'every thing in the world is purchased by labour', Political Discourses, 1752, les économistes classiques anglais estiment que le travail joue un rôle essentiel dans la détermination de la valeur d'un bien.
Adam Smith voit dans le travail la source de la richesse des nations.
Selon lui la valeur d'un bien est égale à la quantité de travail que cette marchandise peut acheter ou exiger.
Non seulement le travail est une composante du prix, mais il est aussi à l'origine du profit et de la rente.
David Ricardo développe la notion de valeur-travail introduite par Adam Smith et cherche à comprendre comment le travail se transfère en profit et en rente. Il commence par transformer la notion de valeur-travail. Pour lui la valeur d'un bien est égale, non à la quantité de travail qu'il peut commander, mais à la quantité de travail, direct et indirect, nécessaire à sa fabrication.
Pour les penseurs classiques, les taux de profit d'industries différentes tendent à se rapprocher vers une même valeur basse, à mesure que la compétition entre les entreprises augmente. L'idée étant que, si un secteur est plus rentable que les autres, il attire naturellement de nouveaux investisseurs qui quittent d'autres secteurs aux taux de rentabilité plus faibles.
Ce constat a une implication sur la valeur des biens. Ricardo pose la question de savoir si la valeur-travail est compatible avec un taux de rentabilité uniforme parmi toutes les industries. La réponse est négative si les instruments de production ont des durées de vie différentes (voir "durability of the instruments of production" chez Ricardo). Aussi le concept valeur-travail ne semble pas cohérent avec les autres propriétés basiques d'une économie.
Karl Marx Karl Marx reprend l'idée de la valeur-travail développé par Ricardo: la valeur d'un bien dépend de la quantité de travail direct et indirect nécessaire à sa fabrication. Mais alors que Ricardo considère le travail comme une commodité ordinaireLabour, like all other things which are purchased and sold, and which may be increased or diminished in quantity, has its natural and its market price. The natural price of labour is that price which is necessary to enable the labourers, one with another, to subsist and to perpetuate their race, without either increase or diminution., Marx juge l'expression 'valeur du travail' incorrecte partant du principe que le travail est à l'origine de toute valeur. Pour Marx les salaires ne représentent pas la valeur du travail mais la location de la force de travail du salarié (Arbeitskraft). Il propose l'explication suivante à l'origine du profit : de la valeur nouvellement créée, le salaire du travailleur ne représente que la part nécessaire à sa propre survie, le reste constituant la plus-value (marxisme) créée par son travail.
Pour rendre la valeur-travail compatible avec un taux de plus-value uniforme parmi les industries, Marx radicalise la division du capital introduite par Adam Smith. Il distingue la part nécessaire au paiement des salaires, capital variable, du reste, le capital constant. Selon Marx seul le travail permet une augmentation du capital, d'où le terme variable. Cette décomposition permet de poser les bases d'un système concept de valeur-travail compatible un taux uniforme des profits (voir Le problème de transformation chez Marx).
industrie capital total capital fixe capital variable taux de plus-value plus-value taux de profit valeur totale C + V C V r S = r V p = S/(C+V) C+V+S X 1000 500 500 0.6 300 300 = 30 % 1300 y 1000 750 250 0.6 150 150 = 15 % 1150
Vision des marxistes Les Marxistes apportent les nuances suivantes : L'utilisation de machines dans la production ne change en rien cette analyse objective de la valeur puisqu'une machine ne produit pas de valeur mais transmet simplement la sienne au bien qu’elle produit : la valeur dégagée par une machine est égale à l'usure de celle-ci, car une machine n’est que du travail accumulé (Marx). la valeur d'un bien est affectée par l'expression d'un certain type de rapport social de production, déterminé par l'état des forces productivesIsaac Roubine, Essais sur la théorie de la valeur de Marx. la valeur est aussi une propriété émergente du fétichisme de la marchandise qui vient de ce que : les hommes s'en remettent à la circulation des choses dans le cadre concurrentiel de l'équivalence généralisée pour établir des liens productifs entre eux. Elle n'aurait donc de sens que dans le cadre d'une économie de marché. la valeur est l'expression d'un rapport social de production qui se décompose en trois aspects : sa forme (l'échangeabilité qui induit la coordination des producteurs de marchandises sans organisation préalable), sa substance (le travail abstrait qui représente le travail socialement nécessaire pour produire la marchandise) et sa grandeur (la quantité de travail abstrait déterminé par l'état des forces productives).
Conception subjective de la valeur : l'utilité Le concept d'utilité, attribuant à chaque personne des goûts et des besoins différents, a la faveur de la grande majorité des économistes contemporains. L'origine de ce courant est ancienne. On peut le faire remonter à Démocrite, à saint Thomas d'Aquin, et aux scolastiques espagnols.
Les économistes classiques français Étienne Bonnot de Condillac évoque l'exemple de la valeur d'un verre d'eau dans le désert pour montrer combien l'utilité et la valeur d'usage sont en réalité le fondement unique de la valeur. Turgot et Say reprennent la notion à leur compte. (Voir à la même époque les travaux du mathématicien Daniel Bernoulli.)
École néoclassique