Stefan Zweig (Prononciation en allemand retranscrite selon la norme API.), né le à Vienne en Autriche-Hongrie et mort le . à Petrópolis au Brésil, est un écrivain, dramaturge, journaliste et biographe autrichien.

Ami de Sigmund Freud, Arthur Schnitzler, Romain Rolland, Richard Strauss, Émile Verhaeren, Stefan Zweig a fait partie de l'intelligentsia viennoise. Il quitte son pays natal en 1934, en raison de la montée du nazisme et de ses origines juives, pour se réfugier à Londres, puis au Brésil où il se suicidera avec sa femme Lotte. Son œuvre est constituée essentiellement de biographies (Joseph Fouché, Marie-Antoinette, Marie Stuart), mais aussi de romans et de nouvelles (Amok, La Pitié dangereuse, La Confusion des sentiments, Le Joueur d'échecs). Dans son livre testament, Le Monde d'hier. Souvenirs d'un Européen, Zweig se fait chroniqueur de l'« âge d'or » de l'Europe et analyse ce qu'il considère comme l'échec d'une civilisation.

Biographie La lente maturation d'un écrivain : 1881-1904 Stefan Zweig est le fils de Moritz Zweig, né en 1845 d'une famille juive originaire de la Moravie, d'abord marchand avant de fonder, à l'âge de trente ans, une petite tisseranderie, dans le nord de la Bohême, et de faire fortune comme fabricant de tissus. Moritz Zweig épouse Ida Brettauer, née en 1854, fille d'un banquier récemment installé à Vienne après avoir fait ses débuts à Ancône. Stefan Zweig naît le à Vienne. Avec son frère aîné, Alfred, il complète une famille qui . À l'exemple de ses parents, il ne parle pas le yiddish, ne fréquente pas la synagogue, ne pratique pas ses traditions culturelles, et l'auteur n'aime pas s'entendre rappeler qu'il est juifDominique Bona, Stefan Zweig, ..

Zweig est élevé à Vienne, sur le Ring, dans une atmosphère bourgeoise et conformiste, caractéristique du règne de l'empereur François-Joseph. Inscrit en 1887 au Maximilian Gymnasium (actuel ), il y subit un enseignement scolaire extrêmement rigide et autoritaire, . Il réussit à obtenir son baccalauréat en ., avec mentions en allemand, physique et histoire. À l'université de Vienne, il s'inscrit en philosophie et en histoire de la littérature, étudie la romanistique et la germanistique. À Vienne, il est associé au mouvement d'avant-garde Jeune Vienne.. gauche|vignette|Stefan Zweig à Vienne, vers 1900. À dix-neuf ans il quitte le foyer familial pour une chambre d'étudiant. Il s'intéresse aux poètes, en particulier Rainer Maria Rilke et Hugo von Hofmannsthal, déjà adulés en dépit de leur jeune âge. Zweig s'essaie lui-même à l'écriture, qui l'attire de plus en plus. Il compose plusieurs poèmes, dont une cinquantaine sont réunis dans un recueil, Les Cordes d'argent, publié en 1901. Même s'il renie ensuite cette première publication, elle lui attire un succès d'estime. Outre ces poèmes, il écrit également de courts récits, dont Dans la neige (), qui paraît également en 1901, dans le journal viennois sioniste . thumb|Stefan Zweig (debout) et son frère Alfred, vers 1900.

Ses premiers essais, sous forme de feuilleton, au « rez-de-chaussée » des journaux, sont publiés dans , dont le rédacteur littéraire est Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste. Toutefois, Zweig ne sera pas attiré par le sionisme Stefan Zweig, Le Monde d'hier., et ce n'est que tardivement qu'il rend hommage à cet homme engagé. Une publication qui incite ses parents à accepter sa carrière d'écrivain.

Encouragé par ces premiers succès, mais doutant encore de son talent, Zweig séjourne à Berlin. Il y découvre une autre avant-garde : les romans de Fiodor Dostoïevski et la peinture d'Edvard Munch. Il fréquente de nombreux cercles, rencontre Rudolf Steiner Stefan Zweig, Le Monde d'hier. ; en Belgique il voit Charles Van der Stappen, Émile Verhaeren, Ellen Key, avant de rencontrer en Italie et de se lier d'amitié avec Johan Bojer. À son retour à Vienne, il défend sa thèse sur Hippolyte Taine, philosophe et historien français (), qui lui confère le titre de docteur en philosophie.

Les rencontres décisives et l'écriture : 1904-1914 Avant la Première Guerre mondiale, porté par sa curiosité, il fait de nombreux voyages () : il parcourt l'Europe, effectue de longs séjours à Berlin, Paris, Bruxelles Stefan Zweig, Le Monde d'hier. et Londres, et en 1910, sur un conseil de Walther Rathenau, se rend en IndeFrappé par la séparation des classes qu'il entrevoit dès le trajet en bateau, Zweig écrit : , puis aux États-Unis et au Canada en 1911. Plusieurs chroniques publiées dans le Frankfurter Zeitung en témoignent, dont une, intitulée « Chez les Français du Canada » et qui relate un passage méconnu de Stefan Zweig au Québec.. Dans son journal, il se plaint de cette qui ne le laisse jamais en paix et justifie son goût des départs. Zweig voyage autant pour connaître et apprendre que pour se fuir lui-même, dans le mirage des changements d'horizonDominique Bona, Stefan Zweig, ..

thumb|Romain Rolland en 1914. Ses nombreux voyages ne l'empêchent pas de poursuivre ses activités d'écrivain. Un recueil de nouvelles est publié en 1904, et de traductions, notamment de Verlaine, qu'il admire passionnément. Il traduit également le poète Émile Verhaeren, qu'il a rencontré à Bruxelles et dont la vitalité, à l'opposé de l'atmosphère engoncée de Vienne, influence durablement le jeune Zweig.

Après une tentative dans le domaine du théâtre, avec sa pièce Thersite, dont le personnage éponyme est une sorte d'antihéros de la guerre de Troie, Zweig rencontre en l'écrivain français Romain Rolland dont il partage les idéaux paneuropéens et l'esprit de tolérance, à l'opposé des visions nationalistes étriquées et revanchardes. Zweig et Rolland deviennent des amis proches, unis par leurs intuitions sur l'Europe et la culture. Le jeune Stefan Zweig a d'emblée été conquis par l'œuvre de Romain Rolland et plus encore par l'homme. Il a été séduit par sa connaissance de la culture allemande, mais aussi par son humanisme, son pacifisme, qui lui semblent représenter une synthèse entre leurs deux cultures. Ils s'écrivent beaucoup : on a retrouvé de Stefan Zweig à Romain Rolland et de Romain Rolland à Stefan Zweig.

Le , quand Romain Rolland fait paraître Jean-Christophe, Stefan Zweig publie un article dans le : Entre ces deux hommes, c'est l'histoire d'une grande amitié, qui commence par une relation de maître à disciple. Stefan Zweig fait connaître Romain Rolland en Allemagne, travaillant inlassablement à sa renommée.

À trente ans, en 1911, Zweig connaît une première idylle, en la personne de Friderike Maria Burger (1882-1971), déjà mariée et mère de deux filles. Durant les années qui suivent, les deux amants se voient régulièrement, et coulent des jours paisibles.

Zweig poursuit ses voyages et entame un ouvrage sur Dostoïevski.

Zweig pendant la guerre : 1914-1916 Le 1914, l'assassinat de l'archiduc héritier François-Ferdinand plonge l'Europe dans la guerre. , avant de retrouver bientôt la voie de ses idéaux de fraternité et d'universalité. Romain Rolland et Stefan Zweig sont atterrés par la guerre qui commence, et le Romain Rolland écrit : . Mais, contrairement à Stefan Zweig, il se reprend vite, et publie en 1915 Au-dessus de la mêlée. C'est l'opiniâtreté de Romain Rolland dans sa lutte contre la guerre qui sauve Stefan Zweig de la dépression et fait qu'il admire de plus en plus celui qu'il considère comme son maître.

Jugé inapte au front, Zweig est enrôlé dans les services des archives militaires.. Il y apprend les nouvelles du front, les morts par milliers et les villages anéantis. Quelques rares voix s'élèvent pour appeler à la raison et au dépôt des armes, telle celle du pape . Elles sont mal reçues. Plusieurs de ses anciens amis, dont Zweig est maintenant coupé, entretiennent le feu. Même Émile Verhaeren, que Zweig admirait tant, publie des textes remplis de haine et de vengeance.

Envoyé sur le front polonais pour collecter des documents d'archives., Zweig a l'occasion de constater concrètement ce que la guerre entraîne de souffrances et de ruines. Les scènes déchirantes dont il est témoin renforcent sa conviction que la défaite et la paix vaudraient mieux que la poursuite de ce conflit insensé. Il prend également conscience du sort que subissent nombre de juifs, confinés dans des ghettos..

À cette période, encouragé par son ami Léon Bazalgette, son style perd en ésotérisme, pour gagner en réalisme Stefan Zweig, Le Monde d'hier..

Les succès littéraires : 1916-1934 De retour en Autriche, Zweig quitte Vienne et s'installe en compagnie de Friderike à Kalksburg. Plus éloigné des rumeurs de la guerre, il est en mesure de terminer sa pièce de théâtre Jérémie (1916), où il laisse entrevoir la possibilité d'une défaite de l'Autriche. L'ouvrage lui donne l'occasion d'aller en Suisse en 1917, pour assister aux répétitions lors de sa création à Zurich. Il en profite pour rencontrer nombre de pacifistes, en particulier son ami Romain Rolland à Genève. Ils somment les intellectuels du monde entier de se joindre à eux dans un pacifisme actif . Zweig reste pacifiste toute sa vie et préconise l'unification de l'Europe.

L'armistice est signé en 1918. En , Zweig, en compagnie de Friderike et de ses filles, peut enfin revenir en Autriche et s'installe à Salzbourg, déterminé à et à laisser derrière lui les regrets inutiles.

Il épouse Friderike Maria Burger en 1920.

Les années 1920 voient effectivement Zweig se consacrer à une production abondante : ce sont Trois maîtres (Balzac, Dickens, Dostoïevski), Le Combat avec le démon (sur Kleist, Hölderlin et Nietzsche), et enfin Trois poètes de leur vie (essais sur Stendhal, Casanova et Tolstoï) ; vient plus tard La Guérison par l'esprit (sur Freud , Franz-Anton Mesmer et Mary Baker Eddy). Polyglotte accompli, Zweig traduit de nombreuses œuvres, de Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine, John Keats.

Il fait représenter le Théâtre de la Révolution de Romain Rolland ; et celui-ci lui dédie la pièce qu'il termine en 1924 intitulée Le Jeu de l'amour et de la mort avec ces mots : . Durant cette période, ils se voient souvent, chaque fois qu'ils en ont l'occasion : en 1922, Stefan Zweig est à Paris, et l'année suivante c'est Romain Rolland qui passe deux semaines à Salzbourg, au Kapuzinerberg ; en 1924, ils sont à Vienne pour le soixantième anniversaire de Richard Strauss : le , Stefan Zweig présente son ami à Sigmund Freud, qu'il désirait rencontrer depuis longtemps ; en 1925, ils se retrouvent à Halle pour le festival Haendel, puis ils partent pour Weimar visiter la maison de Goethe et consulter les archives de Nietzsche. En 1926, pour les soixante ans de Romain Rolland, paraît son livre jubilaire, conçu en grande partie par Stefan Zweig, qui donne dans toute l'Allemagne de nombreuses conférences sur l'œuvre de son ami à propos de qui il a cette phrase magnifique : En 1927, ils célèbrent ensemble à Vienne le centenaire de la mort de Beethoven, et c'est à l'initiative de Stefan Zweig que Romain Rolland fait partie des personnalités invitées aux festivités et que ses articles et son hommage à Beethoven paraissent dans nombre de journaux.

thumb|Carte postale expédiée de Salzbourg par Stefan Zweig (1927). Zweig parcourt l'Europe, donne de multiples conférences, rencontre des écrivains, des artistes, et tous ses vieux amis dont la guerre l'avait séparé. Fidèle à ses idéaux pacifistes, il invite les pays à fraterniser entre eux plutôt que de nourrir les antagonismes et les conflits. Il prêche pour une Europe unie, conviction qu'il défend jusqu'à la fin de sa vie.