L'Helmand, appelé aussi Helmund, Helmend, Hilmand ou Hirmand (en persan : Hirmand, ), est une rivière du sud-ouest de l'Afghanistan et de l'est de l'Iran. Elle est longue de . C'est une des rivières les plus importantes d'Afghanistan, la principale du bassin endoréique du Sistan. L'Helmand traverse les provinces afghanes du Wardak, Bamiyan, Orozgân, Helmand et Nimrôz, ainsi que la province iranienne du Sistan-et-Baloutchistan.

Géographie

L'Helmand naît à peu de distance à l'ouest de Kaboul, dans les monts du Koh-e-Paghman (province afghane de Wardak). Le cours d'eau adopte rapidement la direction de l'ouest puis du sud-ouest. Il reçoit dans son cours supérieur, en rive droite, de petits affluents abondants bien alimentés par les pluies, neiges et glaciers du versant sud du Koh-i Baba. Dans son cours moyen, il traverse vers le sud-ouest des régions montagneuses arides et peu peuplées.

Dans la province d'Uruzgan il reçoit de gauche la rivière Tirin Roud. Cinquante kilomètres plus loin, son cours est barré par le barrage de Kajakai, construit en 1952 par Morrison-Knudson dans la province d'Helmand, et forme de ce fait un lac de . Environ plus au sud-ouest, au confluent d'un abondant tributaire, le Musa Qala venu du nord (rive droite), se trouve la ville de Sangin. Il quitte les montagnes au niveau de la ville de Girichk où il est enjambé par la grand route Kaboul-Hérat.

La rivière se dirige de manière assez rectiligne vers les plaines de sud-ouest de l'Afghanistan, où se déroule son cours inférieur. Là, après avoir reçu en rive gauche, les eaux de l'important Arghandab aux environs de la ville de Lachkar Gah, il s'engage dans les régions désolées du sud-ouest afghan. Son cours sépare le désert du Dasht-e-Margo à droite du désert sableux appelé Registan, à gauche. En fin de parcours, s'approchant de la frontière du Pakistan, la rivière effectue une large boucle vers l'ouest puis le nord, et pénètre ainsi en territoire iranien, où a été formé un important delta.

À la frontière, juste après avoir arrosé le village de Char Bujak, l'Helmand se divise en deux bras principaux. Le premier (à gauche) appelé Sistan coule directement en Iran et forme le lac iranien appelé Hamoun-e Helmand. Le second (au nord), le Parian, passe par la ville de Zaranj, et forme la frontière irano-afghane sur une vingtaine de kilomètres, ensuite il revient en Afghanistan et se jette dans le lac binational Hamoun-e Puzak. Notons que le Parian reçoit plusieurs petits affluents afghans drainant une surface de quelque kilomètres carrés.

La totalité des eaux de l'Helmand se répartit finalement dans le système endoréique des lacs (appelés Hamouns) du Sistan, à cheval sur le territoire des deux pays, où elles finissent par s'évaporer totalementla hauteur d'évaporation est estimée à près de annuellement, dans cette région qui est l'une des plus chaudes de la planète en été.

Les Hamouns du Sistan

Les Hamouns du Sistan (ou Seistan) sont une série de lacs de faible profondeur situés au centre de la cuvette irano-afghane du Sistan (pays des Sakas). Ces lacs, formant un large demi-cercle à convexité nord-ouest, reçoivent les eaux des rivières Adrachkan (ou Harout), Farah Roud, Khach et Helmand, toutes issues des montagnes de l'Afghanistan, ainsi que de quelques autres petits cours d'eau peu importants. Au centre de ce demi-cercle formé par la chaîne des hamouns se trouve, presque totalement en territoire iranien, le delta de l'Helmand, de loin le plus grand contributeur à l'ensemble.

La chaîne des hamouns est située à cheval sur les deux pays, mais est plus centrée sur le territoire iranien, tandis que les eaux les alimentant proviennent presque exclusivement d'Afghanistan.

Les hamouns sont des étendues d'eau de très faible profondeur (de 1 à en moyenne). Leur niveau est très variable d'après les précipitations enregistrées dans les hautes montagnes afghanes. En période de hautes eaux, ils communiquent entre eux. Le dernier élément de la chaîne, l'Hamoun-e Hirmand, situé en Iran, possède un déversoir commun à l'ensemble : la rivière Chile qui coule vers le sud. En cas de hautes eaux, l'ensemble des hamouns évacue son trop-plein par ce déversoir, et les eaux sont alors éjectées vers le Goud-e Zareh, qui n'est alimenté que par ce biais-là (il ne reçoit aucun cours d'eau d'importance) et qui est situé assez loin au sud de l'ensemble, en territoire afghan, non loin de la frontière du Pakistan. Il s'ensuit que les sels qui devraient logiquement s'accumuler dans les hamouns (comme au centre de tout bassin endoréique), se retrouvent régulièrement expulsés vers cette étendue d'eau, laquelle montre de ce fait un degré de salinité élevé. Par contre, la chaîne d'hamouns située en amont (le demi-cercle) bénéficie d'une eau relativement douce et donc poissonneuse.

Les hamouns sont les suivants (d'est en ouest) : Hamoun-e Puzak : alimenté par la branche Parian de l'Helmand, la rivière Khach, et partiellement par le Farah. Chonge Sorkh : alimenté par les zones humides environnantes (c.-à-d. du delta de l'Helmand). Baringak : fait le lien entre l'Hamoun-e Puzak et l'Hamoun-e Saberi Hamoun-e Saberi : dont les eaux proviennent surtout de l'Helmand, de l'Adrachkan et partiellement du Farah. Hamoun-e Hirmand : alimenté par l'Hamoun-e Saberi et l'Helmand (branche Sistan).

Les trois principaux hamouns sont l'Hamoun-e Puzak, l'Hamoun-e Saberi et l'Hamoun-e Hirmand.

L'ensemble du système des hamouns est parfois appelé Lac Hamoun ou Lac Hamun.

La contenance maximale de l'ensemble des cinq hamouns, avant que leur volume ne déborde par leur exutoire naturel le Chile, est estimée à , c'est-à-dire un peu plus de 13 kilomètres cubes.

Du côté iranien, la plaine du delta couvre environ ; le système des terres humides environnantes a une superficie de plus ou moins Flow forecasting system Sistan Basin, Iran. Les lacs sont l'un des principaux et des plus précieux écosystèmes d'Iran. Ils font intégralement partie de la convention de Ramsar sur les zones humides, et sont classés comme réserve de biosphère par l'UNESCO.

Retenues d'eau et barrages

Le barrage de Kajakai, dans la province d'Helmand, a créé un énorme réservoir d'une capacité de 1,8 milliard de mètres cubes. La digue a de haut. Cette dernière a été endommagée lors de l'invasion américaine de l'automne 2001, mais réparée dès 2002Graphique du débit de l'Helmand à la sortie du réservoir de Kajakai, pour une année moyenne : 1977.

Des barrages sur la rivière ont également été construits à Saraj et à Boghra (aux environs de Girichk, ville du piémont des montagnes), dans le but de prélever l'eau de l'Helmand pour l'irrigation. Le barrage de Boghra fait partie d'un important complexe d'irrigation vers de larges secteurs de terres sèches mais fertiles, situées en rive droite de la rivière, c'est-à-dire les zones de Marja, Nad-e Ali et Chamalan.

Observation des débits de l'Helmand

Pour l'ensemble des cours d'eau qui convergent vers les hamouns du Sistan, le débit annuel est estimé à 7,5 milliards de mètres cubesRestoration, Protection and Sustainable Use of the Sistan Basin , c'est-à-dire près de 240 mètres cubes par seconde.

Débits annuels et module

Pour le seul Helmand (sans les autres tributaires des hamouns), les chiffres des débits annuels, mesurés à Borjak (une vingtaine de kilomètres avant le début du delta en territoire afghan), ont été les suivantsDelft Hydraulics - Integrated Water Resources Management for the Sistan Closed Inland Delta, Iran :

Débit annuel en kilomètres cubesAnnéeVolume(km/an)AnnéeVolume(km/an)1947-19482,21967-19687,11948-19494,41968-19696,81949-19506,41969-19707,01950-19516,31970-19710,91951-19527,01971-19726,61952-19535,11972-19734,31953-19543,21973-19742,81954-19558,01974-19753,21955-19563,61975-19769,41956-19579,71976-19773,61957-195814,91977-19783,11958-19596,51978-19794,01959-19606,31979-19807,31960-19614,21980-19815,81961-19626,01981-19828,81962-19632,91982-19839,31963-19642,71964-19655,41965-19669,01966-19673,8

Ce qui donne une moyenne de 5,77 kilomètres cubes par an (calculée sur 36 ans). Le débit annuel moyen ou module est donc de 183 mètres cubes par seconde.

Répartition mensuelle

Le tableau suivant reprend les moyennes des mesures des débits mensuels effectuées sur l'Helmand au niveau du barrage de Kajakai, et sur l'Arghandab le seul grand affluent en aval du barrage. Pour être complet, la troisième série de valeurs affiche les débits mesurés à Chahar Burjak localité située dans le désert du Sistan, loin en aval du confluent des deux cours d'eau et proche du delta de l'Helmand.

Ces mesures ont été faites entre 1953 et 1965.

SourceDelft Hydraulics - Integrated Water Resources Management for the Sistan Closed Inland Delta - Annex B : Forecasting the Flow from Afghanistan :

PériodeDébits mensuels moyensen millions de mètres cubesHelmandà KarajaiArghandabau confluentHelmandà Chahar Burjakoctobre188 10 217 novembre226 18 229 décembre250 67 354 janvier271 67 380 février297 115 479 mars894 142 562 avril1 648 314 1 216 mai1 439 184 1 408 juin587 49 656 juillet291 77 377 août175 14 286 septembre163 8 229 Total annuel6 4291 0656 393 Débit moyenen m/s203,8633,77202,72

Pour la période en question, un peu plus de l'équivalent du débit de l'Arghandab est donc entièrement consommé, essentiellement par l'irrigation. On note une différence entre le débit de l'Helmand calculé sur la période 1953-1965 (13 ans) et le même débit calculé durant la période 1948-1983 (voir plus haut). Cette différence est parfaitement expliquée par les irrégularités annuelles importantes de la rivière.

Les débits mensuels en aval du barrage de Kajakai

Le régime de l'Helmand est de type nival avec crues de printemps, c’est-à-dire de fin mars à début juin, avec un maximum en avril-mai. La rivière est en effet essentiellement alimentée par la fonte des neiges. Quant à l'étiage, il a lieu en automne-hiver, d'octobre à janvier, avec un minimum en novembre.

Le débit du la rivière à l'aval du barrage de Kajakai a été observé pendant 13 ans (1947-1960)Unesco - Bassin de l'Helmand - Station : Kajakai, Downstream .

À Kajakai, le débit annuel moyen ou module observé sur cette période était de /s pour un bassin versant de .

La lame d'eau écoulée dans cette partie du bassin versant de la rivière - de loin la plus importante du point de vue de l'écoulement - atteint ainsi le chiffre de 136 millimètres par an.

Irrigation et partage de l'eau

La cuvette du Sistan se trouve hydrologiquement en fin de parcours d'un grand bassin versant endoréique de , rassemblant quatre cours d'eau importants dont l'Helmand est de loin le plus important. Ce grand bassin versant est inégalement réparti entre l'Iran, l'Afghanistan et, très partiellement, le Pakistan. Mais c'est aussi une des régions les plus sèches de la planète. En ces lieux, l'eau est la vie, et elle y est particulièrement convoitée. Tout captage d'eau en amont (Afghanistan) peut appauvrir l'aval et y créer des déséquilibres écologiques et économiques considérables. Or ces captages d'eau en amont ont continuellement augmenté depuis les années 1960, lorsqu'avec la construction de barrages et de réseaux de canaux d'irrigation, on a considérablement augmenté les surfaces irriguées.

Le débit annuel moyen ou module de l'Helmand est de /s, mais peut varier considérablement (/s lors des crues et /s à l'étiagebriancoad.com : Drainage Basins- Sistan). Quelque 70 % des terres arables en aval de la retenue de Kajakai par exemple sont irrigués au moyen de nombreux canaux construits depuis les années 1960Helmand Province Regional Rural Economic Regeneration Strategies (RRERS) 31.10.2006: . Pour ce faire, près des deux tiers des eaux de l'Helmand aurait été utiliséeIntegrated Water Resources Management for the Sistan Closed Inland Delta, Iran - Annexe B - Flow Forecasting - 2006 .