Le Cob normand est une race de chevaux carrossiers « à deux fins », originaire de Normandie. Il provient du carrossier normand du , un cheval de traction légère croisé avec le Trotteur Norfolk puis le Pur-sang. Il devient réellement caractérisé au début du , et connaît une courte sélection pour les travaux agricoles avant de participer à la formation des chevaux nationaux de sport français, les Selle français. Son registre généalogique, créé en 1950, est ensuite remanié plusieurs fois. Le Cob normand échappe à l'alourdissement général des chevaux de trait français destinés à la boucherie grâce à son rôle de reproducteur pour le Selle français, en croisement avec le Pur-sang.
La race est désormais gérée par le Syndicat national des éleveurs et utilisateurs de chevaux cob normand (SNEUCCN), qui cherche à fixer ses caractéristiques originelles et retient trois sélections, pour la selle, l'attelage, ou la production de viande. De taille moyenne, le Cob normand est un cheval étoffé, harmonieux et équilibré, compact sans être lourd, de robe baie, alezane ou bai-brun, souvent marqué de blanc. Surtout répandu dans la région du haras national de Saint-Lô, qui s'investit en sa faveur, son effectif est relativement stable. La qualité de ses allures, et son tempérament courageux et vif en font un excellent cheval d'attelage, plusieurs fois primé dans cette discipline. Il est aussi très agréable sous la selle, et s'adapte à la plupart des disciplines équestres.
Histoire Comme tous les chevaux domestiques modernes, le Cob normand provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers selon une vaste étude génomique publiée dans Nature..
La Normandie, grâce à la qualité de son sol et de ses herbages, mais aussi à l'expérience acquise par ses éleveurs, est à l'origine de races qui sont des fleurons de l'élevage français, comme le Percheron et le Trotteur français. Le Cob normand est beaucoup moins connu du public, bien qu'il soit populaire dans sa région d'origine. Il tient son nom de « cob » par analogie avec ses cousins anglais et irlandais auxquels il ressemble beaucoup, le qualificatif de « normand » faisant référence à ses origines.
Son histoire diffère de celle des autres races de trait françaises, car il est le seul à être entré en croisement pour faire naître des chevaux de sport, et de ce fait, à n'avoir pas subi d'alourdissement excessif pour la boucherie.
Origine : le carrossier normand
Durant l'Antiquité, la Bretagne et la Normandie hébergent de petits chevaux de type bidet, vraisemblablement amenés par les Celtes pendant leurs migrations ; les racines du futur Cob normand sont peut-être communes avec celles du cheval armoricain. Les Romains ont pu croiser cette souche avec des juments plus lourdes. L'élevage des chevaux se pratique en Normandie au moins depuis le Moyen Âge. Dès le , la qualité des « chevaux normands » suscite la convoitise dans toute l'Europe. L'auteur autrichien Martin Haller estime que la tapisserie de Bayeux montre des chevaux proches de l'actuel Cob normand. Au , la Normandie héberge de petits bidets lourds et résistants, aptes à tracter sur de longues distances et à servir de diligenciers ou de chevaux d'artillerie. Des croisements ont lieu avec le Barbe et l'Arabe à l'époque de . Des reproducteurs sont massivement importés au , notamment des Holsteiner au haras royal du Pin. Le Cob normand provient directement du « Carrossier normand », lui-même influencé par différents croisements avec, notamment, des Mecklembourgeois, dont il hérite d'une grosse tête au profil busqué, mais aussi des chevaux guèldres et danois.
Ce sont ensuite le Pur-sang et le trotteur Norfolk qui sont importés dans la région au . Vers 1840, le Carrossier normand est croisé avec le trotteur Norfolk importé de Grande-Bretagne. Il hérite de meilleures allures, de davantage de sang, d'énergie, d'élégance et d'une conformation bien charpentée.
Le haras national de Saint-Lô, fondé en 1806 par , devient avec celui du Pin l'un de ses principaux centres d'élevage. Les chevaux demi-sang qui y naissent, c'est-à-dire issus d'un croisement entre une souche autochtone locale et un Pur-sang, sont divisés en deux groupes : les chevaux de cavalerie, plus légers, et les chevaux de traction, plus lourds, qui sont caudectomisésL'amputation de la queue est tant une affaire de mode et de tradition qu’un moyen d'empêcher les crins du cheval de se coincer dans les harnais. Cette pratique a été interdite en 1996 en France : voir caudectomie.. Ces derniers reçoivent le nom de « cobs » par analogie avec les chevaux britanniques d'attelage. Ils sont destinés au travail dans la région.. Il n'existe alors pas d'organisation de race ni de registre généalogique : un élevage sélectif est pratiqué à partir des étalons du Pin et de Saint-Lô selon les besoins, et les éleveurs testent ensuite les capacités des jeunes chevaux.
Naissance de la race Le cob est longtemps confondu avec les autres demi-sang, sa séparation en tant que race distincte datant du début du . Le Carrossier normand est alors considéré, par certains, comme l'un des meilleurs chevaux d'attelage qui soient. L'arrivée de l'automobile coïncide avec une distinction qui s'opère entre le cheval d'attelage léger et rapide désormais élevé pour le sport, qui devient le Trotteur français, le cheval de selle militaire nommé le « Demi-sang de type selle » ou « Anglo-normand », et le modèle plus lourd réorienté vers les travaux agricoles, devenu le « Cob normand ». Il commence alors à réellement émerger en tant que race. En 1912, le cheptel équin atteint son apogée sur le territoire français, , cobs et trotteurs principalement, étant stationnés à Saint-Lô. Alors que les chevaux carrossiers, dont le Cob normand, disparaissent dans les années 1920, une réflexion sur l'orientation de l'élevage devient nécessaire. Les modèles les plus lourds sont employés aux travaux agricoles, les plus légers sont à l'origine des « demi-sangs normands » qui donnent le Selle français, race nationale destinée aux sports équestres. Le Cob normand absorbe le demi-sang vendéen. Le Percheron, pourtant mondialement reconnu comme « le cheval de trait normand », ne parvient pas à détrôner le Cob normand dans son berceau d'élevage. En 1950, le registre généalogique de la race est créé ; Nissen cite 1959, soit après la crétion du stud-book du Selle français.
Conséquences de la motorisation vignette|gauche|Les souches normandes du Selle français proviennent de croisements entre Cob normand et Pur-sang.|alt=Photo d'un cheval alezan au plané d'un obstacle lors d'une compétition. L'arrivée de la motorisation agricole menace le Cob normand, comme toutes les races de trait françaises, en lui laissant comme seul débouché un alourdissement général en vue de réorienter son élevage vers la production de viande. Il cesse d'être utilisé dans l'agriculture durant les années 1960. La race évite le sort hippophagique grâce à l'action des haras nationaux, et en particulier à monsieur de Laurens de Saint-Martin, qui dirige le haras de Saint-Lô en 1944 et développe le Selle français. La possibilité d'utiliser un étalon Pur-sang en croisement avec une jument Cob pour donner un Selle français permet une réorientation de l'élevage. Si les effectifs ont tout de même décru jusqu'en 1995, le Cob normand n'a pas subi de détérioration excessive de son modèle puisque pour donner naissance à des Selle français, il ne doit pas s'alourdir et conserver les allures, les aplombs et les tissus qui lui sont caractéristiques. C'est pourquoi certains Selles français issus de lignées normandes peuvent rappeler le Cob par leur physionomie.
Le Cob normand moderne devient néanmoins plus compact et plus lourd que les modèles du début du , car les chevaux les plus légers ont été absorbés par le Selle français.. En 1976, le haras national de Saint-Lô compte , dont 60 sont des cobs normands.. Le registre généalogique est restructuré la même année, et le Cob normand officiellement placé dans la catégorie des chevaux de trait.
Depuis les années 1980 vignette|Cob normand présenté sur une foire agricole en 2011.|alt=Dans une carrière d'exposition, un homme avec une chemise bleue tient un cheval trapu en main; un jeune garçon à ses côtés, également en chemise bleue, tient un panneau sur lequel est écrit : Cob normand. La réorganisation du registre généalogique aide à réinsérer le Cob normand, mais aussi à prendre conscience du risque de disparition de la race.
Dans les , l'INRA et l'Institut national agronomique effectuent différentes analyses démographiques et génétiques sur les populations de chevaux de trait, toutes menacées. En 1982, les chercheurs en concluent que le Cob normand est victime de consanguinité, de dérive génétique et de la disparition de ses structures de coordination. L'âge avancé de ses éleveurs rend sa situation précaire.. Un tournant s'annonce avec sa réorientation vers l'attelage et les loisirs. L'élevage est réorganisé en 1982, avec la création de l’association régionale de relance de chevaux lourds. Le Cob normand participe à la première Route du poisson en 1991. C'est avec la fondation du Syndicat National des éleveurs et utilisateurs de chevaux Cob Normand (SNEUCCN) en 1992 qu'un nouveau registre généalogique est créé, avec une nouvelle sélection visant à conserver la qualité des allures.
En 1994, la Basse-Normandie recèle de trait Percherons ou Cobs, et fait naître de ces deux races chaque année, dont la moitié des Cobs normands du pays.. La même année, la race prend officiellement le nom de Cob normand, au lieu de « cob ».. En 1996, la loi relative à la caudectomie interdit de couper la queue de ces chevaux. Le Cob normand fait partie des races de chevaux dont les éleveurs peuvent bénéficier de la « Prime aux races menacées d'abandon » (PRME), mise en place en France en 1997, d'un montant de 100 à en 2004..
En 2003, Saint-Lô met à disposition des éleveurs une trentaine d’étalons reproducteurs Cob normand (35 selon Nissen). La fin de l’étalonnage public des haras nationaux porte un coup rude à la race, avec une baisse de moitié des nouvelles naissance entre 2010 et 2017, année où elles tombent au plus bas. Lors du salon international de l'agriculture de 2020, des éleveurs s'engagent dans la sauvegarde du Cob normand.. Depuis, l'arrivée de jeunes éleveurs et la demande de la police nationale et du secteur de l'équitation de loisir ont redynamisé cet élevage.
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Description vignette|alt=Photo d'un agent des Haras Nationaux tenant en main un cheval bai massif devant un public.|Étalon cob normand présenté au haras national de Saint-Lô.
Rattaché aux races de chevaux de trait par défaut, le Cob normand est un cas à part parmi les races de chevaux françaises. S'il est classé comme un cheval de trait en France, il serait certainement assimilé à un warmblood lourd en Allemagne, proche du Frison oriental et de l'Alt-Württemberger. Jasper Nissen estime que, durant l'entre-deux-guerres, il aurait été impossible de l'assimiler à un cheval de trait, et juge que la France continue de le classer dans cette catégorie.
Taille et poids
Le Cob normand est un cheval de taille moyenne à grande, notablement plus grand que les cobs anglais. Celle-ci est comprise entre selon la plupart des sources, le standard de race le plus récent (2023) indiquant . Hubrecht, Babo et Nissen citent une fourchette proche, de . L'autrice tchèque Helena Kholová cite , et l'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards en 1992, puis en 2016. L'auteur autrichien Martin Haller donne en 2003 une moyenne de , parfois plus.
Les chevaux modernes sont généralement plus lourds que leurs ancêtres, les sujets les plus légers ayant été absorbés par le Selle français. Ils pèsent de , voire . Cette grande amplitude de poids s'explique par l'existence de différentes sélections au sein de la race.
Morphologie