Simone Weil (), née le à Paris et morte le à Ashford (Angleterre), est une philosophe humaniste française.
Sans élaborer de système nouveau, elle souhaite faire de la philosophie une manière de vivre, non pour acquérir des connaissances, mais pour être dans la vérité. Dès 1931, elle enseigne la philosophie et s'intéresse aux courants marxistes anti-staliniens. Elle est l'une des rares philosophes à avoir tenté de comprendre la « condition ouvrière » par l'expérience concrète du travail en milieu industriel et agricole. Successivement militante syndicale, proche ou sympathisante des groupes révolutionnaires trotskistes et anarchistes et des formations d'extrême gauche, mais sans toutefois adhérer à aucun parti politique., écrivant notamment dans les revues La Révolution prolétarienne et La Critique sociale, puis engagée dans la Résistance au sein des milieux gaullistes de Londres, Simone Weil prend ouvertement position à plusieurs reprises dans ses écrits contre le nazisme, et n’a cessé de vivre dans une quête de la justice et de la charitéSon amie et biographe Simone Pétrement explique cette attitude : .. S'intéressant à la question du sens du travail et de la dignité des travailleurs, elle postule un régime politique qui .
Née dans une famille alsacienne d'origine juive et agnostique, elle se convertit à partir de 1936 à ce qu'elle nomme l'« amour du Christ », et ne cesse d’approfondir sa quête de la spiritualité chrétienne. Bien qu'elle n'ait jamais adhéré par le baptême au catholicisme, elle se considérait, et est aujourd'hui reconnue, comme une mystique chrétienne. Elle est aussi parfois vue comme une « anarchiste chrétienne ».
Elle propose une lecture nouvelle de la pensée grecque ; elle commente la philosophie de Platon, en qui elle voit ; elle traduit et interprète aussi les grands textes littéraires, philosophiques et religieux grecs, dans lesquels elle découvre des , qu’elle met en parallèle avec les écritures sacrées hindoues et avec le catharisme. Ses écrits, où la raison se mêle aux intuitions religieuses et aux éléments scientifiques et politiques, malgré leur caractère apparemment disparate ont un fil directeur à chercher dans son amour impérieux de la vérité, définie comme le besoin de l'âme humaine le plus sacré.
À bout de forces, elle meurt de la tuberculose dans un sanatorium anglais le , à .
Biographie Enfance left|alt=un homme en habit de militaire, avec képi; devant lui, sa femme assise et deux enfants|vignette|La famille Weil en 1916. Simone Adolphine Weil naît le à cinq heures du matin dans le ., dans une famille d'origine juive alsacienne du côté paternel, installée à Paris depuis plusieurs générations. La famille Weil habite alors au 19, boulevard de Strasbourg. : c'est là que Simone Weil voit le jour. Elle a trois ans de moins que son frère, le futur mathématicien André Weil.
Sa mère, Salomea Reinherz, d'origine juive russe, est née à Rostov-sur-le-Don et a été élevée en Belgique. Son père, Bernard Weil, est chirurgien militaire. La famille habite au 37 boulevard Saint-Michel à Paris jusqu'à ce que son père soit mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, dans le Service de santé, et sa famille suit ses différentes affectationsNeufchâteau en août 1914, puis Menton de février 1915 à avril 1915 et Mayenne d' à . La famille le suit dans toutes ses destinations sauf lorsqu'il part en colonne au sud de Constantine à l'été 1916. Ils sont à Chartres de janvier à septembre 1917 et à Laval de septembre 1917 jusqu'en . Son frère y reçoit des cours particuliers d'Émile Sinoir, qu'il cite dans ses mémoires.. La famille revient au 37 boulevard Saint-Michel à Paris en et y reste jusqu'en 1929. Ils déménagent, toujours dans la capitale, au 3 rue Auguste-Comte en . Ses parents font partie de la bourgeoisie parisienne.
Elle grandit avec son frère dans une famille unie, dans un environnement aimant et sain, extrêmement stimulant intellectuellement et dans lequel règne une grande liberté de raillerie et d'ironie en plus d'une grande chaleur humaine. Les deux enfants Weil se stimulent intellectuellement l'un l'autre. À Mayenne en 1916, ils inventent un jeu qui consiste à se réciter des scènes entières de Corneille et de Racine, puis à donner une gifle à celui ou celle qui se trompe ou oublie son texte. Simone ne s'intéresse que peu aux jeux de son âge, presque tout son intérêt est tourné vers les livres. Leurs parents supervisent de près leur éducation. La mère de Simone souhaite que les méthodes d'enseignement qu'elle reçoit lui permette de développer son raisonnement et son jugement plutôt que de solliciter uniquement sa mémoire. Simone est très maladroite de ses mains, trait qu'elle gardera toute sa vie.
Études Elle entre au lycée de jeunes filles de Laval en . Elle ne reçoit aucune éducation religieuse, comme elle en témoigne elle-même : . À la fin de l'année scolaire, elle reçoit le prix d'excellence de sa classe ainsi que beaucoup d'autres prix. alt= portrait de Simone Weil (1921)|vignette|308x308px|Simone Weil en 1921. Le , elle rentre au lycée Fénelon à Paris, en première A. Elle exerce une grande influence sur ses camarades. De santé fragile depuis la naissance, elle ne retourne pas au lycée Fénelon pour l'année scolaire 1920-1921. Elle prend des leçons particulières et fait de grands progrès. Lors de cet hiver 1920-1921 elle écrit un conte poétique « Les lutins du feu » (publié dans Poèmes, suivis de Venise sauvée), où les flammes deviennent des personnages dansant et luttant, s'évanouissant et se ranimant. En elle retourne au lycée Fénelon mais n'y reste que trois mois avant de suivre un trimestre au collège Sévigné et de finir l'année en prenant des leçons particulières et des cours de grec ancien.
En elle retourne au lycée Fénelon en quatrième A. Elle connaît alors un grand désespoir, pensant être mal douée. À propos de cette période, elle racontera plus tard dans un texte publié dans Attente de Dieu : « Après des mois de ténèbres intérieures, j'ai eu soudain et pour toujours la certitude que n'importe quel humain, même si ses facultés naturelles sont presque nulles, pénètre dans ce royaume de la vérité réservé au génie, si seulement il désire la vérité et fait perpétuellement un effort d'attention pour l'atteindre. » vignette|220x220px|Simone Weil en 1922/1923.
Au début de l'année scolaire 1923-1924, Simone est au lycée Fénelon en cinquième A. Elle quitte le lycée en décembre et prend des leçons particulières. Elle a un professeur très original qui explique merveilleusement bien (selon sa mère) le Phédon et le Criton de Platon.
En 1924-1925, elle suit les cours du philosophe René Le Senne au lycée Victor-Duruy, à Paris. Elle devient vite sa meilleure élève, elle comptait parmi les cinq ou six élèves les plus brillantes qu'il eût rencontrées dans sa carrière. Elle obtient, au mois de , le baccalauréat de philosophie à seize ans.
En , elle entre en hypokhâgne au lycée Henri-IV. Elle a pour professeur de philosophie le philosophe Alain qui demeure son maître.. Simone de Beauvoir, d'un an son aînée, qui croise son chemin en 1926 dans la cour de la Sorbonne, accompagnée d'une « bande d'anciens élèves d'Alain », avec dans la poche de sa vareuse un numéro des Libres propos et L'Humanité, témoigne de la petite notoriété dont elle bénéficiait déjà : « Elle m'intriguait, à cause de sa réputation d'intelligence et de son accoutrement bizarre... Une grande famine venait de dévaster la Chine, et l'on m'avait raconté qu'en apprenant cette nouvelle, elle avait sangloté : ces larmes forcèrent mon respect plus encore que ses dons philosophiquesSimone de Beauvoir, Mémoires d'une jeune fille rangée, 1958.. » vignette|320x320px|Simone Weil au Lycée Henri-IV.Avant de la connaître, ses camarades la trouvaient dure. Simone Pétrement, sa camarade à Henri IV et sa biographe, la décrit comme suit : « Sa fierté était grande, en un sens, mais elle savait n'être pas susceptible ; elle ne tenait pas compte des blessures d'amour-propre, elle allait chercher ceux qui ne l'aimaient pas. Elle semblait sans rancune, sans colère pour ce qui la touchait seule. […] Elle était sans doute réellement différente en ce sens qu'elle était déjà bien au-dessus du niveau commun, par la pureté des sentiments et la force du caractère plus encore que par l'intelligence. » Dans les premières années de khâgne, Simone, et plus généralement les autres élèves sont tellement absorbés par les cours d'Alain qu'ils délaissent un peu les autres. L'administration du lycée lui reproche son habillement, ses façons garçonnières, son non-conformisme. Un jour, lors de sa troisième année de khâgne, le censeur avait décidé que les filles ne devaient pas s'asseoir en classe parmi les garçons, mais à part. Simone fait deux écriteaux mentionnant « Côté hommes » et « Côté femmes ». Elle est renvoyée pour huit jours.
Certains disciples d'Alain, parmi lesquels Simone, veulent recréer des Universités populaires car ils comprennent que l'instruction est une puissance et que sans cette puissance le peuple ne pourra pas gouverner réellement. En , ils forment une association, le « Groupe d'éducation sociale », où sont dispensés des cours de français, de mathématiques, de physique, et un cours d'éducation sociale tous les quinze jours le dimanche matin. Simone fait partie des professeurs et même André Weil donne quelques cours de mathématiques. L'enseignement durera jusqu'en 1930-1931. À la fin de l'année scolaire 1927-1928, Alain donne comme appréciation pour Simone Weil : « Excellente élève ; force d'esprit peu commune ; ample culture. Réussira brillamment si elle ne s'engage pas dans des chemins obscurs. Dans tous les cas sera remarquée ».
Elle est reçue sixième sur 218 au concours d'entrée de l’École normale supérieure rue d'Ulm en 1928, à . C'est à l'École normale supérieure qu'elle s'engage dans des actions politiques avec ses camarades à travers des pétitions, des collectes pour le fonds de grève d'un syndicat ou pour les caisses de chômage. Une pétition circule contre la préparation militaire qui accordait le rang d'officier en faisant un service militaire plus court. Alain avait écrit en : « Il y a quelque chose de plus beau à voir que celui qui n'aime pas obéir, c'est celui qui n'aime pas commander ». Simone fait campagne pour la pétition et va réclamer des signatures en faisant des reproches à ceux qui ne la signent pas. La pétition suscite la fureur de la presse. Un jour, Simone va quêter chez le directeur adjoint de l'École pour la caisse de chômage. Il lui donne en l'avertissant que son don doit rester anonyme. Dans la foulée, Simone affiche sur le panneau d'information de l'École : « Suivez l'exemple de votre directeur adjoint. Donnez anonymement à la Caisse de chômage ».
Elle passe une partie de l'été 1929 chez sa tante à Marnoz dans le Jura pour partager les travaux des paysans dans les champs. Durant sa jeunesse elle s'est toujours intéressée aux travaux manuels. Elle adoucissait toujours la réalité pour ne pas inquiéter ses parents, ce qu'elle fera toute sa vie. Dans ses lettres, elle insiste surtout sur ses balades avec sa cousine, les fêtes où elle apprend à danser. Les relations humaines lui donnaient le plus de joie : « Ce qui rend le séjour ici agréable, c'est que je cause avec les gens du pays. » « Nous passons en ce moment nos journées au flanc d'une montagne où tout le pays fait maintenant le regain, et où on travaille tous ensemble. […] Si je me trouve bien ici, c'est que j'ai fait amitié avec les gens du pays. Les travaux, les foires, les fêtes ne sont que des occasions d'entretenir cette amitié en partageant leur vie ».
Son mémoire de diplôme d'études supérieures en 1930 porte sur Science et Perception dans Descartes. Il est publié plus tard dans le recueil de textes Sur la science. Elle est reçue septième à l'agrégation de philosophie en 1931, à , et commence une carrière de professeur au lycée du Puy-en-Velay, avant d'autres postes dans divers lycées de province.