Albert Dulin de Laponneraye, plus connu sous le nom d’Albert Laponneraye, né le à Tours, mort le à Marseille, est un homme de lettres et homme politique français, militant républicain et socialiste. Historien, essayiste politique, journaliste, militant révolutionnaire, admirateur de Robespierre, Laponneraye a passé plusieurs années en prison.

Biographie Le fils d'un officier légitimiste Fils naturel d'Albert Philippe Dulin de La PonnerayeFils de l'architecte Philippe Dulin de La Ponneray, né à Paris le , qui a servi dans les Gendarmes écossais de 1780 à 1785, dans les Gardes du corps du comte d'Artois de 1785 à 1791, puis à l'armée de Condé. Brigadier des Gardes du corps de Monsieur à la Restauration, il a participé à la « retraite de Béthune » de Louis XVIII en 1815. Quand une partie des gardes de Monsieur est versée dans l'infanterie, le , grâce à la recommandation du prince de Condé, il est affecté à l'état-major des places et obtient le 9 mars le commandement de Fort Queyras, qu'il conserve jusqu'en 1819. Voir Odette Golaz, Fort Queyras, Société d'études des Hautes-Alpes, 1971, 216 pages, p. 115.Klaus Deinet, Die mimetische Revolution, oder, die französische Linke und die re-inszenierung der französischen Revolution im neunzehnten Jahrhundert(1830-1871): Oder die französische Linke und die re-inszenierung der französischen Revolution im neunzehnten Jahrhundert (1830- 1871), Thorbecke, 2001, 488 pages, p. 129 ., officier qui a émigré pendant la Révolution française, de 1791 à 1801., et de Geneviève DelomaisListe générale des pensionnaires de l'ancienne liste civile, Paris, Imprimerie royale, 1833, p. 465., la fille d'un paysan, il est abandonné par ses parents devant le portail de l'hospice des orphelins de Tours, avant d'être reconnu par eux et légitimé en 1816, après la naissance de sa sœur Zoé. On ignore tout de ses études, mais, en 1828, il devient instituteur et part pour Paris, où il donne des cours privésKlaus Deinet (, 129) orthographie « Geneviève Delhommais ». D'après lui, Laponneraye a été retrouvé devant le portail de l'orphelinat le 11 mai. pendant trois ans dans une institution installée 12, rue Thévenot., afin de soutenir sa mère et sa sœur Zoé, sans fortune, après la mort de son père.

Un promoteur de l'instruction populaire vignette|Albert Laponneraye, détenu politique à la prison Sainte-Pélagie. Dessin d'Auguste Toussaint Leclerc ou Lecler, Paris, musée Carnavalet, vers 1831. En , il participe à la révolution.. En , détenu à Sainte-Pélagie en compagnie de Cavaignac, François-Vincent Raspail, Armand Marrast et d'autres républicains, il prend part à une émeute qui vient d'éclater dans la prison, dont il est l'un des dix organisateurs. Pour le punir, on le transfère dans un cachot à la Force. Là, privé de ses livres, travaillant de mémoire, il rédige un cours public d'histoire de France de 1789 à 1830, à l'usage des ouvriers. La douzième leçon est consacrée à Robespierre...

Sorti de prison, il donne sa première leçon le dimanche , à midi, dans un local situé au 12, rue Thévenot, accueillant deux à trois cents auditeurs ; elle attire un important public d'ouvriers et de jeunes gens. Effrayées par son succès, les autorités font fermer son cours par la police le suivantFrancis Démier, Louis Blanc, un socialiste en république, Creaphis éditions, 2006, 224 pages, p. 202 .La Société des amis du peuple: 1830-1832, vol. 2, EDHIS, 1974, 675 pages, p. 195. ; et, en , il passe devant les assises pour excitation à la haine de classes ; il est condamné à deux ans de prison et francs d'amendeLoïc Rignol, « Augustin Thierry et la politique de l’histoire. Genèse et principes d’un système de pensée. », Revue d'histoire du , 2002-25, « Le temps et les historiens »..

Toutefois, il poursuit son action d'instruction populaire. Pour donner une plus grande extension à cette œuvre, il réunit autour de lui plusieurs jeunes professeurs partageant ses opinions et fonde avec eux la « Société de la jeune France »; il regroupe les ouvriers qui ont assisté à ses cours en sections de moins de vingt membres, afin qu'ils puissent lire entre eux ses leçons. La « Société de la jeune France » rejoint plus tard de la « Société des Droits de l'Homme ». La « Société des Amis du Peuple », dont il est également membre l'intègre également après son interdiction.

L'éditeur des œuvres de Robespierre vignette|gauche|Charlotte Robespierre, portrait attribué à Jean-Baptiste Isabey, fin du , Musée des beaux-arts d'Arras. Après sa libération, Laponneraye entreprend l'édition d'Œuvres choisies de Robespierre. Le premier volume, comprenant les discours de l'Incorruptible de la période 1789-1792, paraît en fascicules dans le courant de l'année 1832. Au début de cette année, les autorités, inquiètes de ses activités militantes le font de nouveau arrêter. En prison, il poursuit ses Cours d'histoire et publie un Commentaire des droits de l'Homme, opuscule imprimé à exemplaires à Paris et en province. La date de sa sortie nous est inconnue, mais il y retourne le , condamné par la cour d'assises de la Seine à trois ans de prison et francs d'amende pour avoir, dans une Lettre aux prolétaires (deux ont été écrites en 1833, la première à Saint-Pélagie le , la seconde le ), « provoqué un renversement de gouvernement ».

Selon Jacques Godechot, c'est en 1830, lors de la parution de faux Mémoires de Robespierre, contre lesquels elle a protesté dans le journal l'Universel, que Laponneraye apprend l'existence de Charlotte de Robespierre et va la voir. Pour Gérard Walter, il semble qu'ils se sont rencontrés dans le courant du second semestre de 1832. Dès lors, ils se voient aussi souvent que possible, et ont de « longues et fréquentes conversations ». La nouvelle de la mort de Charlotte lui parvient le , pendant son emprisonnement à Sainte-Pélagie. Lors des funérailles, le , un ami lit devant la tombe un discours que Laponneraye a rédigé. Charlotte lui lègue ses papiers, dont le manuscrit inachevé de ses Mémoires ; Laponneraye les publie presque aussitôt, après avoir comblé une partie des lacunes avec des notes trouvées dans les papiers et ajouté quelques pages de son cru. L'ouvrage paraît d'abord dans la collection Mémoires de tous. Quelques mois après, Laponneraye publie lui-même une deuxième édition. L'Incorruptible y est portraituré comme .

Libéré à la suite d'une amnistie le , Laponneraye commence en 1840 l'édition des Œuvres de Robespierre en quatre volumes (dont trois seulement voient le jour) et intercale les Mémoires dans le tome II. Par ailleurs, il rédige une introduction très développéeMarilyn Yalom, dans le Temps des orages: aristocrates, bourgeoises et paysannes racontent, Maren Sell, 1989, 309 pages, p. 124 , et Catherine Montfort-Howard, dans Literate women and the French Revolution of 1789, Summa Publications, 1994, 318 pages, p. 174 , situent plutôt leur rencontre en 1828. C'était déjà le cas d'Hector Fleischmann dans Charlotte Robespierre et ses mémoires, Albin Michel, 1910, 374 pages, p. 119..

La parution presque simultanée des Mémoires et des Œuvres de Robespierre contribue grandement à attirer l'attention du grand public, qui peut ainsi, pour la première fois depuis la mort de l'Incorruptible, juger Robespierre d'après ses propres écrits, et non d'après l'interprétation tendancieuse d'auteurs le plus souvent hostiles. Laponneraye a donc joué un rôle capital dans la diffusion de l'œuvre de Robespierre et favorisé le travail de ses successeurs.

En 1836, il se marie avec Françoise Sébille, qui est, comme le père de Laponneraye, parente d'artistes, peintres et architectesKlaus Deinet, , 130..

Un journaliste et militant républicain Installé comme « homme de lettres » 6, rue de l'Échiquier à sa sortie de prison en , il fonde un périodique, L'Intelligence, journal du droit commun. Prévu le , le premier numéro sort le , Laponneraye n'ayant pu collecter à temps les fonds nécessaires. Le , Laponneraye et le gérant sont condamnés à un mois de prison et 200 francs d'amende, et le journal disparaît. En novembre, il reparaît mensuellement sous le titre L'Intelligence, journal de la réforme sociale. Imprimé d'abord à Senlis, il l'est ensuite, à partir de , à Paris « chez le sieurs Worms, 20, boulevard Pigale ». Le principal collaborateur de Laponneraye est Richard Lahautière. Toutefois, ruinée par un procès et les condamnations, L'Intelligence cesse définitivement de paraître en Georges Weill, Histoire du parti républicain en France, 1814-1870, Slatkine Reprints, 1980, 431 pages, p. 162 ., au bout de treize numérosMaurice Dommanget (éd.), Babeuf et les problèmes du babouvisme, colloque international de Stockholm : 21 août 1960, 1963, 318 pages, p. 255. D'après cette contribution, le journal parut de à ; Laponneraye, incapable de déposer le cautionnement de francs exigé à Paris, l'a publié à Orléans ; poursuivi sans cesse par la police, il est passé six fois en jugement en sept mois.. Lui-même se retrouve avec une dette personnelle de francs.

Son influence sur les masses est telle que Blanqui place son nom, aux côtés de Voyer d'Argenson et de Lamennais, dans la liste des membres du gouvernement provisoire qui doit prendre le pouvoir si l'insurrection républicaine de la Société des saisons, menée avec Barbès et Bernard le , réussit. Après l'échec de cette tentative, on retrouve cette liste dans les papiers de Blanqui. À partir de 1840, proche d'Étienne Cabet, il fait partie du groupe des communistes néo-babouvistesClaude Mazauric, «La communauté des Égaux. Le communisme néo-babouviste dans la France des années 1840», in Annales historiques de la Révolution française, n° 322, dans son compte rendu d'Alain Maillard, La Communauté des Égaux. Le communisme néo-babouviste dans la France des années 1840, Paris, Kimé, 1999. À cette époque, également, il effectue des déplacements dans le Midi qui inquiètent les autorités. Ainsi, le , le procureur du roi signale son passage à Grenoble. Parti ensuite pour Marseille, sa présence est signalée le à Montpellier, où il fait également l'objet d'un rapport du procureur.

En 1841, il lance le prospectus d'un nouveau journal, Le Club, journal de discussion politique et philosophique, voulant l'application la plus large et la plus complète du principe démocratique, mais il ne parvient pas à atteindre les souscripteurs escomptésEugène Hatin, Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Firmin-Didot frères, fils et Cie, 1866, 660 pages, p. 403.. En , il crée le Feuilleton des Feuilletons, reproduisant tout ce qui se publie de plus intéressant et de plus remarquable dans les journaux français et étrangers, dont les bureaux sont installés au 46, rue Coquenard et qui est imprimé par Delanchy, à Paris ; le premier numéro paraît en juilletBibliographie de la France ou Journal général de l'imprimerie et de la librairie et des cartes géographiques, gravures, lithographies et œuvres de musique, Pilet, 1844, p. 469.. Toutefois, en , il se voit infliger une amende de 484 francs pour « défaut de timbre » pour cette publication..

En 1846, une souscription est organisée en sa faveurMarie-Élisabeth Antoine, Suzanne Olivier, Inventaire des papiers de la Division des sciences et lettres du Ministère de l'instruction publique et des services qui en sont issus, sous-série F17, volume 2, Archives nationales, 1981, 971 pages, p. 883 ..

En 1847, il publie une Revue politique et commerciale de la Méditerranée, dont les bureaux sont installés à Paris, rue de la SorbonneCatalogue de l'histoire de France [de la Bibliothèque impériale de Paris], vol. 4, Firmin Didot, 1857, p. 433..