L' (allemand : Kaisertum Österreich ; graphie siècle : Kaiserthum Oesterreich) est proclamé le .. par , qui adopte le titre héréditaire d'empereur d'Autriche sous le nom de François I. Après la dissolution du Saint-Empire romain germanique, le ., l'empire d'Autriche recouvre l'ensemble des territoires dynastiques des Habsbourg-Lorraine. Le cadre étatique évolue d'un conservatisme d'après-guerres napoléoniennes vers des essais constitutionnels. (diplôme d'Octobre (1860) et patente de Février (1861)), jusqu'au compromis de 1867. Mis en œuvre le , il transforme la monarchie autrichienne en monarchie austro-hongroise.
Puissance comptée parmi les Alliés vainqueurs de (1814 et 1815), l'Autriche de Klemens von Metternich privilégie la préservation de l'ordre issu du congrès de Vienne : Sainte-Alliance et Concert européen structurent une diplomatie de stabilité, incluant censure et surveillance via les décrets de Carlsbad. (). Dans ce cadre, Vienne intervient à plusieurs reprises pour « rétablir l'ordre » en Italie — avec l'aval des congrès (comme celui de Laybach, 1821) ou à la demande d'États concernés (États pontificaux, duchés italiens) —, posture vue par les monarchies comme protectrice et par les courants libéraux/nationaux comme répressive.
Les années 1830 et surtout 1848 marquent un tournant majeur.. À Vienne, la révolution autrichienne de 1848 provoque l'abdication de , le , au profit de son neveu, François-Joseph I ; en Hongrie, l'insurrection est vaincue en 1849 avec l'aide militaire russe, sollicitée par l'Autriche. L'Empire entre ensuite dans une phase d'ère dite néo-absolutiste (système Bach) puis de réformes encadrées : concordat du 18 août 1855 (concernant les école, mariage, censure) et Constitution du 21 décembre 1867 (en.) garantissant libertés publiques et égalité devant la loi.
Sur le plan extérieur, l'empire d'Autriche tient la présidence de la Confédération germanique (1815-1866) mais voit son influence contestée : après des succès contre le Piémont-Sardaigne (bataille de Custoza (1848), bataille de Novare (1849)), elle perd la Lombardie en 1859 et cède la Vénétie en 1866. En Allemagne, le refus de Frédéric-Guillaume IV de Prusse de coiffer la couronne impériale proposée par le parlement de Francfort () maintient l'Autriche dans le cercle germanique, mais sa défaite à la bataille de Sadowa/Königgrätz. () face au royaume de Prusse de écarte définitivement l'empire autrichien du processus d'unification allemande.
L'Empire est aussi en parallèle un foyer majeur de vie intellectuelle et artistique : période Biedermeier (1815-1848) dans les arts et les modes de vie, affirmation d'une capitale musicale (Johann Strauss père et — An der schönen blauen Donau, 1867). Dans le domaine scientifique et médical, la seconde école de médecine de Vienne rayonne (Carl von Rokitansky) et Ignace Semmelweis introduit l'asepsie obstétricale à Vienne (1847), tandis que Gregor Mendel présente à Brünn ses lois de l'hérédité (1865-1866).
vignette|droite|redresse=0.6|Ciselée en 1602 par des artisans pragois, la couronne impériale germanique de , fit à partir de 1804 office de couronne de l'empire d'Autriche. vignette|redresse=1.3|L'empire d'Autriche après 1866 (rattachement de la Vénétie à l'Italie) à la veille du compromis austro-hongrois de 1867, avec les confins militaires (carte de 1871) : chaque Land était signalé par un écu sur l'Aigle bicéphale impériale et entrait dans la titulature de l'empereur, récitée lorsque celui-ci était annoncé ; les confins militaires (rose, au sud) ne constituaient pas un Land et dépendaient directement du ministre de la guerre de Vienne. vignette|redresse=1.3|Subdivisions de l'empire d'Autriche avant la perte du royaume Lombard-Vénitien (). vignette|redresse=1.3|Carte ethnographique de l'empire d'Autriche en 1855, par Karl von Czörnig-Czernhausen.
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Note : à partir du 30 mars 1867, l'empereur d'Autriche porte simultanément le titre d'« empereur d'Autriche et roi apostolique de Hongrie » dans le cadre du Compromis austro-hongrois. Les territoires relevant exclusivement de l'administration autrichienne constituent la Cisleithanie (dite « k.k. »), distincte des affaires communes « k.u.k. ».
Histoire
1804-1806 : fondation de l'empire autrichien et chute du Saint-Empire L'empire d'Autriche est institué par la patente du 11 août 1804 : (1768-1835), empereur élu du Saint-Empire romain germanique (1792-1806), y annonce qu'il assume pour lui et ses descendants le titre héréditaire d'empereur d'Autriche ; il prend le nom de . Le texte est pensé pour détacher la dignité impériale des aléas du Saint-Empire et garantir à la monarchie des Habsbourg un rang impérial propre, fondé sur leurs États héréditaires.
Le contexte immédiat pèse lourd : l'équilibre issu du traité de Lunéville () et la grande réorganisation territoriale du Reichsdeputationshauptschluss () fragilisent déjà l'ordre impérial. Une part des princes d'Allemagne, de plus en plus alignés sur la France, privilégient leurs intérêts étatiques au détriment des mécanismes communs. Plus encore, le , Napoléon Bonaparte devient empereur des Français.
Aux yeux de Vienne, la combinaison de ces facteurs menace à la fois la prééminence des Habsbourg et l'utilité pratique du titre d'« empereur romain germanique » pour défendre la monarchie. La patente de 1804 répond donc à un double objectif : préserver la parité de rang face au nouvel Empire français et assurer la continuité d'une dignité impériale si le Saint-Empire devait disparaître.
Entre le et le , François II cumule les deux titulatures : empereur romain germanique et empereur d'Autriche. L'effondrement final du Saint-Empire suit rapidement : à l'issue de la Troisième Coalition (défaite d'Ulm () et d'Austerlitz ()), l'Autriche signe le traité de Presbourg () qui entérine d'importantes cessions territoriales.
Le , la création de la confédération du Rhin entraîne la sortie d'États impériaux du cadre commun et exclut l'Autriche. Napoléon présente alors un ultimatum au monarque autrichien, le , exigeant l'abdication impériale avant le . Le , François II abdique la couronne romaine et « relâche » les États de leurs obligations envers l'Empire germanique, qui se trouve de ce fait dissous.
1806-1814 : face à l'aventure napoléonienne Après 1806, la monarchie autrichienne concentre ses moyens sur la survie stratégique. Réformée par l'archiduc Charles (1771-1847) (création de la Landwehr, le ), l'armée reprend l'initiative en 1809 (guerre de la Cinquième Coalition) : victoire autrichienne à Aspern-Essling (21–), mais défaite décisive à Wagram (5–) et occupation de Vienne. Le traité de Schönbrunn () impose des nouvelles cessions territoriales, une forte indemnité, la réduction des effectifs à 150 000 hommes et la rupture avec la Grande-Bretagne. Ces chocs militaires et diplomatiques pèsent sur les finances et la société autrichiennes.
Le , nomme Klemens von Metternich (1773-1859) ministre des Affaires étrangères. Vienne recherche alors un répit : le mariage de avec l'archiduchesse Marie-Louise (mariage par procuration à Vienne, le ; civil à Saint-Cloud, le 1ᵉʳ avril ; religieux à Paris, le ), mène à une alliance limitée avec la France (traité de Paris du ). Un corps auxiliaire autrichien d'environ 30 000 hommes commandé par Karl zu Schwarzenberg (1771-1820) rejoint la Grande Armée pour la campagne de Russie (1812). Cette ligne d'accommodement armé vise à tenir l'Empire à l'écart d'un choc frontal tant que le rapport de forces est défavorable.
L'effort de guerre et les pertes de revenus entraînent la banqueroute d'État de 1811 : le défaut souverain. Les Bancozettel sont dévalués à un cinquième et remplacés par des Einlösungsscheine, ce qui écrase l'épargne et alimente l'inflation. La reconstruction monétaire et de crédit ne s'amorce qu'après la paix, avec la fondation de la Privilegirte oesterreichische National-Bank, en 1816.
Sur le plan culturel et social, la guerre se fait sentir à Vienne : le siège et bombardement de 1809, la mort de Joseph Haydn () pendant l'occupation, et l'activité musicale malgré tout (Beethoven travaille et crée à Vienne dans des conditions difficiles ; sa production et les concerts de 1813–1814 participent à la vie publique de la capitale).
En 1813, après une tentative de médiation, l'Autriche rejoint la Sixième Coalition (déclaration de guerre en août ; traité de Teplitz du ). Elle prend une part majeure aux opérations de 1813–1814 et entre dans le système d'alliances qui prépare la paix : traité de Chaumont () et premier traité de Paris (), prélude au congrès de Vienne. L'abdication de Napoléon Ier, le , met fin aux hostilités.
1814-1815 : congrès de Vienne et Cent-Jours Le congrès de Vienne se tient du au , sous la direction diplomatique de Metternich. L'objectif autrichien est double : rétablir un équilibre des puissances européennes et restaurer l'influence des Habsbourg en Allemagne et en Italie. Deux textes-clés en sortent : la Bundesakte (), qui institue la Confédération germanique de 39 États germaniques sous la présidence de l'empereur d'Autriche, dont le siège est à Francfort, et l'Acte final (), qui consolide l'ensemble des décisions.
Sur le plan territorial, l'Autriche renonce définitivement aux Pays-Bas autrichiens mais consolide ses positions danubiennes et adriatiques : confirmation du retour des anciennes provinces illyriennes (duché de Carniolie, Istrie), rétablissement du comté de Tyrol et de Salzbourg, et création du royaume de Lombardie-Vénétie. En Pologne, Cracovie devient ville libre sous garantie austro-prusso-russe ; en Allemagne, l'Autriche obtient la forme confédérale (et non un État allemand unitaire) sur les restes du Saint-Empire, et s'en voit confiée la présidence.
Le congrès imprime aussi la vie viennoise : bals, cérémonial de cour et commandes officielles. Beethoven écrit et crée à Vienne la cantate Der glorreiche Augenblick (), pièce d'apparat dédiée aux souverains et au « moment » du congrès. Ce climat culturel sert la mise en scène de la centralité autrichienne, alors même que l'appareil d'État reste marqué par les contraintes budgétaires héritées de la décennie de guerre (défaut de 1811 et monnaie fiduciaire dévaluée).
Les Cent-Jours interrompent la mécanique diplomatique. Le , les puissances alliées, toujours en Congrès, déclarent Napoléon hors-la-loi ; le , Autriche, Prusse, Russie et Royaume-Uni concluent à Vienne un traité d'alliance (chacun devant mettre sur pied). L'Autriche choisit un théâtre prioritaire : la guerre napolitaine (-) contre Joachim Ier Murat (1767-1815), soldée par la victoire autrichienne à la bataille de Tolentino (2-) et l'armistice de Casalanza (), permet de rétablir (maison de Bourbons-Siciles) sur le trône de Naples.
Pendant ce temps, le congrès boucle l'Acte final (), avant la bataille de Waterloo (). Après la seconde abdication, la Paix de Paris () impose à la France 700 millions de francs d'indemnité et une occupation de garantie ; le même jour, les Quatre Puissances renouvellent leur alliance (et la Sainte-Alliance suivra en septembre, dans un registre plus idéologique).
Titulature impériale en 1804 et pays de la Couronne en 1815