Pierre Unik ( à Paris - à Grenzbauden, en Tchécoslovaquie) est un écrivain, poète et journaliste français.
Biographie Études Il est le fils de Marie Keesing, née en 1871, originaire des Pays-Bas, et de Tibias Unik, né en 1868 en Pologne. À Paris, Pierre Unik est dans la rue lors des manifestations du et il assiste aux émeutes qui se déroulèrent boulevard Magenta où il entend pour la première fois chanter L’Internationale.
En 1921, il commence ses études secondaires au Lycée Louis-le-Grand. Le seul camarade de cette époque qu’il gardera est Jean Delannoy, qui deviendra réalisateur et scénariste. En 1923, il obtient le premier prix de version grecque et le premier prix de thème de latin alors qu’il était en A. Il rédige durant cette année ses premiers textes, comme en témoigne un manuscrit qu’il donne à René Char, annoté «...écrit en classe en 1923 ».
Le Surréalisme Au début du mois de , il écrit à André Breton et lui adresse des textes qu’il espère voir publier dans la Révolution surréaliste. Breton qui les lit avec beaucoup d’intérêt lui répond le 16 : . Ils se rencontrent fin septembre ou début octobre. En novembre, outre des poèmes, Unik donne à Breton lors de leurs premières entrevues des textes plus personnels reflétant sa révolte. André Breton séduit par sa fougue invite le jeune garçon au Café Cyrano, 82 boulevard de Clichy où les surréalistes se retrouvent. Unik voit dans le surréalisme, avec tout l’idéalisme qu’un adolescent pouvait y placer, la seule issue, la seule possibilité : lui le révolté va pouvoir devenir un révolutionnaire.
Lors des réunions quotidiennes au Cyrano, les surréalistes l'accueillent comme le petit protégé et l’invitent à poursuivre l’aventure. Il fraternise avec chacun : les aînés, Benjamin Péret, Louis Aragon et Paul Éluard, comme ceux de sa génération, Jacques Prévert, Raymond Queneau et Maxime Alexandre qui évoque dans ses souvenirs sa rencontre avec dont il devient le camarade. .
Pierre Unik à cette époque fait également la connaissance de Georges Sadoul de qui il restera l’ami toute sa vie. En 1925, avec ses seize ans, il est le plus jeune membre du groupe ; Sadoul, né le a vingt et un ans, François Gérard (pseudonyme de Gérard Rosenthal) vingt-deux, Jacques Prévert vingt-cinq et Queneau vingt-deux ans. Jacques Baron, benjamin du premier groupe surréaliste en 1924, a vingt ans. Les jeunes gens partagent leur temps entre le Cyrano place Pigalle, l’atelier de Breton rue Fontaine et une maisonnette à Montparnasse au 54 rue du Château où logent Marcel Duhamel, Jacques Prévert et Yves Tanguy.
En , il publie son premier texte dans le sixième numéro de La Révolution surréaliste. Il avait terminé ce récit-poème, titré Vive la Mariée le , inspiré par les films comiques. L’influence du cinéma est importante pour les surréalistes, et certainement encore plus pour Pierre Unik. En octobre, il participe à sa première manifestation publique avec les surréalistes. Du 22 au est organisé au Musée Galliera le Salon du Franc où exposent des artistes étrangers vivant à Paris, suivi d’une vente aux enchères dont le produit doit symboliquement venir en aide au gouvernement pour la défense de la monnaie qui se dévaluait. Les surréalistes qui jugent la participation des artistes comme une trahison et qui sont contre la signification politico-sociale du redressement du franc décident d’aller manifester au cours de la vente le 29. Alors qu’est proposée une œuvre de Brancusi, Breton intervient en injuriant le sculpteur et ses complices sortent des sifflets et bousculent les chaises pour interrompre la vacation, à la stupéfaction du public.
Le , il devient membre du Parti communiste, en même temps qu’André Breton, Louis Aragon, Benjamin Péret, Paul Eluard, Georges Sadoul et Marcel Noll. En avril, il rédige avec Breton, Aragon, Péret et Eluard le texte expliquant leur adhésion au Parti Communiste. Cette déclaration paraîtra le mois suivant, sous le titre Au Grand Jour.
À son retour à Paris en septembre, Unik prend la défense de Charlie Chaplin en signant avec le groupe de Breton la déclaration Hands off love. Ayant cessé de travailler pour la Société Industrielle de Lyon, il trouve un emploi aux Films Diamant-Berger, grâce à une lettre d’introduction d’Antonin Artaud. Le , il publie dans le numéro 9-10 de La Révolution surréaliste le poème Opaque. Le 23, il signe le tract Permettez !.
André Thirion arrive à Paris en novembre où son ami Georges Sadoul lorrain comme lui, le présente à Pierre Unik et aux surréalistes, l’accompagnant au Cyrano et rue du Château. Au début de l’année suivante Sadoul et Thirion reprendront le bail de cette petite maison qui continuera à être un lieu de convergence pour les amis de Breton. Unik comme les autres fréquente à toute heure du jour et de la nuit ce repaire où l’on se rencontre pour discuter, rire, signer des manifestes, dessiner, chanter ou boire dans la plus grande insouciance.
Il participe entre le et le à six des sept premières soirées consacrées aux Recherches sur la sexualité. Le , la deuxième représentation du Songe d'August Strindberg mis en scène par Artaud au théâtre de l’Avenue, rue du Colisée, est chahutée par les surréalistes au prétexte que ce spectacle est subventionné par l'Ambassade de Suède et joué devant un parterre d'officiels et de personnalités. À cette occasion, Unik et Artaud en viennent aux mains, altercation que relèvera Breton dans son Second Manifeste du surréalisme et Artaud dans sa plaquette de présentation du Théâtre Alfred Jarry qu’il publiera en 1930.
En , il est présent lors de la réunion le 11 au Bar de la rue du Château. Quatre ans après son adhésion au mouvement, il apparaît dans ces discussions comme un surréaliste convaincu, étant un des plus fidèles à Breton dont il subit la forte influence, lui accordant son plein soutien et adoptant ses positions. Le sort le film de Buñuel Un chien andalou. C’est après cette projection que le cinéaste est admis aux réunions quotidiennes des surréalistes au Café Cyrano. C’est là, dans ce bistrot de Pigalle que Buñuel fait la connaissance de Pierre Unik dont il dresse dans ses souvenirs un émouvant portrait : . Cette rencontre avec Buñuel est l’occasion pour Pierre Unik de faire la connaissance de Salvador Dalí, dont il deviendra également l’ami.
En octobre, il signe la déclaration collective qui parait le 15 dans Variétés, prenant la défense de l’écrivain belge Albert Valentin. À la fin du mois, il est appelé pour faire son service militaire. Il écrit le texte anti-militariste La Prière du soldat qui paraitra anonymement dans La Révolution surréaliste en décembre.
Le , toujours à l’armée, il signe le second prière d’insérer du Second manifeste du surréalisme, déclaration collective répondant au tract Un Cadavre rédigé contre Breton. À sa démobilisation fin octobre, il trouve un emploi aux Disques Parlophone, rue du Temple à Paris, place qu’il n’occupera que quelques mois. En rentrant à Paris, il était persuadé de la nécessité de rejoindre le Parti Communiste. En novembre, il participe aux trois séances surréalistes de recherche sur la sexualité, au début du mois et les 24 et 26. Le 30, il assiste très certainement à la première du film de Luis Buñuel L'Âge d'or, au Studio 28, pour lequel il avait signé avec les surréalistes les textes du programme édité à l’occasion et en décembre, il adhère donc pour la seconde fois au Parti communiste. Il signe avec le groupe surréaliste le tract protestant contre l’interdiction du film de Buñuel.
De juin à , il accepte une place aux Docks rémois, entrepôt d’alimentation et d’épicerie, rue Léon Faucher à Reims. Il fait également partie du bureau du rayon de Reims où il milite et apprend à se familiariser avec les rouages et l’organisation interne du Parti. Le , il reçoit la visite à Reims de Nusch et Paul Éluard, à qui il annonce son projet d’éditer un recueil de poèmes, Le Théâtre des nuits blanches, sur lequel il avait travaillé durant cet exil rémois. Le 25, alors qu’il est toujours à Reims sort son livre qu’il dédie à André Breton et Paul Éluard. Cela sera le seul livre de Pierre Unik paru de son vivant.
De retour à Paris fin décembre, il devient trésorier dans son ancienne cellule, poste qu’il occupe durant plusieurs mois. Sa photo figure sur le collage Au rendez-vous des amis réalisé cette année-là par Max Ernst, au côté des portraits de Tanguy, Aragon, Giacometti, Crevel, Sadoul, Ernst, Dali, Tzara, Péret, Buñuel, Eluard, Char, Alexandre, Man Ray et Breton. L’œuvre sera reproduite sous ce titre en dans le quatrième numéro du Surréalisme au service de la révolution avec les photos de tout le groupe. Mais trois ans plus tard le collage qui était alors dans la collection d’André Breton subira une curieuse modification, témoignant de la détérioration des rapports entre Pierre Unik et l’auteur de Nadja : en 1935, l’écrivain collectionneur vendra le collage rebaptisé Loplop présente les membres du groupe surréaliste au Museum of Modern Art de New York en ayant préalablement pris soins de retirer la photo de Pierre Unik...
En 1932, Pierre Unik est au chômage plusieurs mois avant de trouver une place de courtier dans l’agence de publicité Hermès, 25 rue Bergère à Paris pour le Guide de l’acheteur dans l’Humanité. En parallèle, il fait à Joinville-le-Pont de la synchronisation de façon intermittente aux Studio Paramount où travaille également Luis Buñuel. Durant cette période, il milite du Comité de chômeurs du , et fait partie du bureau de la Ligue anti-impérialiste qu’il abandonnera faute de temps.
Le , Aragon est inculpé de provocation au meurtre à la suite de la publication de son poème Front rouge édité en dans la revue Littérature de la révolution mondiale. Les surréalistes, Pierre Unik avec eux, réagissent à cette accusation qui expose l’écrivain à cinq ans d’emprisonnement en publiant le tract L'Affaire Aragon, conçu également pour recueillir les signatures de soutien d’intellectuels et d’artistes. De son côté, le PC et L’Humanité estime que le groupe profite de l’affaire pour se faire de la réclame.
En février Maxime Alexandre, Pierre Unik, Louis Aragon et Georges Sadoul sont pris entre les reproches de Breton et la politique du PC. À la fin du mois, André Breton fort des signatures recueillies en faveur d’Aragon publie la brochure Misère de la poésie dans laquelle il affirme la totale adhésion du surréalisme au Parti Communiste. En mars, à la sortie de Misère de la poésie, Aragon se désolidarise de Breton et annonce le 10 dans L’Humanité être totalement étranger à sa publication. Mais pour Pierre Unik, la décision n’est pas aussi facile à prendre : doit-il poursuivre dans la voie surréaliste, ou au contraire doit-il grandir dans la ligne dictée par le Parti et évoluer vers la révolution prolétarienne ?
Il est certain qu’à ce moment il est un peu déçu par l’attitude de Breton, et probablement désappointé par son incapacité à s’engager clairement dans la voie communiste. Même si des amitiés fortes se sont nouées avec certains surréalistes, il sent bien que la nécessité d’action qui l’a toujours animé est plus du côté de la politique du Parti que de celui des théories de Breton. Les surréalistes font eux paraître Paillasse, brochure qui met fin à leur relation avec Aragon et que le jeune homme ne se résout pas à signer. Le Parti communiste, le 17, fonde l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) présidée par Paul Vaillant-Couturier, qui accueillera le poète dissident.