Le terme de pou est un nom vernaculaire ambigu qui désigne avant tout, en français, un insecte parasite de l'être humain, Pediculus humanus qui donne la pédiculose du cuir chevelu ou la pédiculose corporelle. À partir de ce sens premier, il a été utilisé pour faire référence à de très nombreux animaux de taille variable et d'appartenances zoologiques variées, mais dont la caractéristique la plus fréquente est qu'il s'agit d'arthropodes — insectes ou crustacés — ectoparasites d'animaux ou de plantes.
Étymologie Le substantif masculin pou est issu du latin vulgaire , pour , diminutif du latin classique Entrée . (« pou »). Ce terme est attesté à l'époque impériale à la fois comme l'insecte parasite hématophage, c'est-à-dire les phthiraptères, et comme le pou de mer (consulté le 24 janvier 2016)..
Histoire Les phtiraptères parasitent les dinosaures et les mammifères depuis le Mésozoïque (), les anoploures hématophages (suceurs de sang) depuis au moins le Jurassique (), et les mallophages (mangeurs de téguments) depuis au moins le Crétacé (). Après avoir parasité les dinosaures à plumes, les mallophages parasitent aujourd'hui les oiseaux, et les hématophages continuent de parasiter les mammifères.. Chaque espèce de mammifère a son pou spécifique.
Des œufs de pou ont été retrouvés dans des restes de cheveux d'une dépouille datant d'il y a . L'analyse de l'ADN des poux suggère qu'ils se sont répandus sur l'espèce humaine à partir de gorilles il y a deux millions d'années.
Les Amérindiens les dégustaient avec plaisir, les esquimaux les considéraient comme une nourriture fortifiante au point de les chasser sur la peau des phoques pour agrémenter leurs repas. Les poux avaient également, par le passé, une valeur marchande mais surtout sociale. Les séances d'épouillages ou faisaient partie des rites collectifs, tissant les liens entre membres d'une même tribu. Le pou était en effet considéré comme une sécrétion naturelle du corps humain : Aristote ou Galien le nommait . Louis XI félicite un membre de sa cour qui remarque un pou sur son épaule, « Louis XIV grouillait de poux sous sa perruque ». Au , se était une activité noble car les poux étaient considérés comme porteurs de chance et censés guérir des maladies, documentaire du réalisateur Thierry Berrod, 2002 .
Vers 1850, le développement des insecticides change cette vision : les poux sont alors associés à la notion de crasse et la contamination s'installe vers la fin du dans les milieux défavorisés ne pouvant s'acheter ces insecticides. De même, les peuples ne disposant pas de ces insecticides mettent au point leur propre technique d'éradication. Les poux développant une résistance aux insecticides, cette notion de crasse et contamination se transmet à toutes les classes socialesLes poux Émission de France Inter du 26 août 2010.
Les poux de l'homme thumb|alt=Vue microscopique d'un animal transparent à gros abdomen plein de sang et 6 pattes accrochées des cheveux|Pou de tête, sous-espèce Pediculus humanus capitis Lorsqu'il est employé seul, sans autre qualificatif, le mot désigne systématiquement les poux de l'homme, espèces hématophages susceptibles d'occasionner de véritables désagréments, voire des maladies, pédiculose corporelle, pédiculose du cuir chevelu ou phtiriase. De longue date, les auteurs ont remarqué la coexistence de trois formes de poux humains : Pediculus humanus dont : le pou de tête - la sous-espèce Pediculus humanus capitis le pou de corps - la sous-espèce Pediculus humanus corporis le pou du pubis - l'espèce Pthirus pubis Le dernier peut causer la phtiriase et les deux autres une pédiculose.
L'une de ces formes de poux est nettement distincte à la fois sur le plan morphologique et écologique, vivant essentiellement dans la région pubienne et périanale. Elle était déjà connue sous le nom de « pou du pubis » à l'époque de Rabelais mais a très tôt reçu en français un nom vernaculaire particulier, le « morpion », puisque ce terme figure dans le Dictionnaire de l'Académie française dès 1694Morpion dans le Dictionnaire de L'Académie française, 1st Edition (1694).
La distinction entre les deux autres formes est autrement subtile puisqu'elle ne repose pas sur des critères morphologiques évidents, mais sur la localisation : le « pou de tête » (Pediculus humanus capitis) ne vit que sur le cuir chevelu où il se nourrit et les cheveux où il pond, alors que le « pou de corps » (Pediculus humanus corporis) s'alimente sur le reste du corps et vit par ailleurs dans les plis de vêtements peu ou pas lavés. Les zoologistes les ont affectés d'une nomenclature à trois noms habituellement réservée aux sous-espèces, mais la question de savoir s'il s'agit d'espèces à part entière, de sous-espèces ou d'autre chose continuait de faire débat jusqu'à l'apparition d'études moléculaires récentes sur ce sujet qui montrent que les êtres humains ont commencé à perdre les poils de leur corps il y a 2 millions d'années Burgess, I.F., 2004. Human lice and their control. Annual Review in Entomology, 49, 457-481. Article. En effet, Pediculus humanus corporis dérive directement de la prolifération de Pediculus humanus capitis comme le montre la biologie du pouW. Li et al, Genotyping of human lice suggests multiple emergences of body lice from local head louse population, revue PloS neglected Tropical Diseases, mars 2010., les deux sous-espèces ayant commencé à diverger il y a plus de John Travis, (August 23, 2003). The naked truth? Lice hint at a recent origin of clothing, Science News n°64, août 2003, p. 118.
C'est en tout cas à l'ensemble de ces deux formes de Pediculus humanus que l'on réserve très généralement l'appellation de « pou » au sens strict. Leurs œufs sont appelés « lentes ».
Le pou mâle possède de testicules qui lui permettent de féconder à la suite sans repos..
Éradication Des informations concernant les traitements sont détaillées dans la pédiculose du cuir chevelu.
Pour s'en débarrasser les moyens usuels sont les suivants : lavage du linge ; rasage des pilosités (tête, pubis, aisselles, corps) ; peignage soigné des cheveux avec un peigne spécifique dit peigne à pou ou peignette permettant d'enlever les lentes ; emploi d'insecticides (avec modération, étant donné la toxicité de ces produits) ; comportements barrière (ne pas prêter des bonnets, écharpes).
Pou dans la culture humaine
Les phthiraptères Les poux humains appartiennent au sous-ordre des anoploures au sein de l'ordre des phthiraptères. Pour les zoologistes, les quelque décrites d'anoploures sont donc aussi collectivement des « poux », dans un sens plus large. Au-delà, jusqu'à une date assez récente (1985), les autres sous-ordres des phthiraptères étaient considérés comme formant un ordre séparé, celui des mallophages — aujourd'hui obsolète — communément nommés « poux des oiseaux » parce que parasitant très majoritairement les oiseaux, et en dépit du fait que certaines espèces de mammifères étaient également concernées. D'autres appellations ont plus récemment été utilisées pour ces deux ensembles, simples traductions des appellations anglaises correspondantes : « poux suceurs » pour les anoploures et « poux broyeurs » ou « poux mâcheurs » pour les mallophages.
Les acariens thumb|L'acarien Dermanyssus gallinae, le « pou rouge » des amateurs de volières
Leur condition d'ectoparasites, leur alimentation hématophage et leur appartenance aux arthropodes ont suffi à certaines espèces d'acariens pour leur valoir l'appellation vernaculaire de « poux ». C'est le cas pour certaines tiques que l'on voit occasionnellement nommer « poux de chien » ou plus rarement encore « poux des bois ». C'est aussi le cas pour certains petits acariens parasites des volailles et des oiseaux de volière : le « pou rouge » (Dermanyssus gallinae) ou le « pou noir » (généralement : Ornithonyssus Sylviarum). De la même manière, en Guyane, on appelle « poux d'agouti » diverses espèces d'acariens de la famille des Trombiculidae, proches des aoûtats.
Les diptères thumb|100 px|right|Braula caeca, le « pou des abeilles », est en fait un diptère parasite.
Pour les mêmes raisons que ces acariens (absence ou réduction des ailes, mode de vie ectoparasite), quelques espèces de diptères sont également connues sous le nom de « poux ».
Le « pou du mouton » (Melophagus ovinus) appartient à une famille de diptères, les Hippoboscidae, sortes de mouches aptères ou ailées, parasites obligatoires des oiseaux et des mammifères. Les représentants de cette famille sont d'ailleurs collectivement désignés sous le nom de louse flies, c'est-à-dire « mouches-poux », dans la littérature anglo-saxonne. L'analogie avec les poux véritables est d'autant plus nette chez le pou du mouton qu'il est aptère ; les milieux vétérinaires le nomment plus volontiers « faux pou du mouton »Faux pou sur CERISA, portail de la santé animale et de la santé publique vétérinaire..
Comme les poux du mouton, les « poux des abeilles » (Braula caeca) sont des ectoparasites dépourvus d'ailes, mais contrairement à eux ils ne se nourrissent pas de sang : accrochés aux pièces buccales des abeilles, ces insectes minuscules détournent à leur profit une partie de la nourriture collectée par les ouvrières.
Les parasites des plantes thumb|Les cochenilles sont parfois collectivement nommées « poux des plantes ». Parmi les parasites des plantes, ce sont surtout les cochenilles que l'on désigne sous le nom de « poux ». D'une manière générique, les professionnels les nomment régulièrement « poux des plantes », ou « poux des serres », ou encore « poux collants ». Certaines espèces ont toutefois reçu des noms plus spécifiques comme : le « pou de San José » (Quadraspidiotus perniciosus), le « pou rouge de l'oranger » (Chrysomphalus dictyospermi) International Plant Genetic Resources Institute, 1999. Descripteurs des agrumes (Citrus spp.). p. 52 LireEncyclopédie des ravageurs européens. INRA. Lire en ligne, le « pou rouge de Floride » (Chrysomphalus adonidum), le « pou de Floride » (Chrysomphalus ficus), le « pou de Californie » (Aonidiella aurantii)Encyclopédie des ravageurs européens. INRA. Lire en ligne le « pou gris » (Parlatoria pergandei) le « pou noir de l'oranger » (Parlatoria ziziphi), le « pou blanc » (Icerya seychellarum), le « pou à poche blanche » (Pulvinaria iceryi), le « pou des Hespérides » (Coccus hesperidum), etc.
Les poux aquatiques Dans le milieu aquatique, l'appellation de « pou », « pou de mer » (sea lice), ou « pou des poissons », « pou du saumon »... concerne également — pour l'essentiel — des crustacés ectoparasites ou épibiontes, surtout de vertébrés (poissons, tortues, cétacés).
Ectoparasites Les représentants de la famille des Cyamidae sont connus sous le nom de « poux des baleines ». Ce sont en effet des parasites obligatoires des cétacés dont la totalité du cycle se déroule sur l'hôte, sans stade larvaire nageur ; la contamination se fait par contact direct. Il s'agit de véritables parasites qui se nourrissent à partir de la peau des baleines et autres cétacés. Ils sont également collectivement nommés whale lice (poux de baleine) en anglais.
thumb|left|Les « poux des poissons » d'eau douce correspondent le plus souvent au genre Argulus.