thumb|Drapeau du Parti communiste italien.
Le Parti communiste italien (en italien : Partito Comunista Italiano ou PCI) était un parti politique italien, issu d'une scission de l'aile gauche du Parti socialiste italien au congrès de Livourne le . La nouvelle formation, initialement dirigée par Amadeo Bordiga, puis, de 1924 à 1927, par le philosophe marxiste Antonio Gramsci, prit le nom de Parti communiste d'Italie (section de l'Internationale communiste). Le , il fut dissous par un décret du gouvernement de Mussolini.
Le parti se recomposa ensuite à l'étranger et s'impliqua de façon importante dans la lutte contre le régime fasciste, surtout durant la guerre civile de 1943-45. Le , il prit le nom de Parti communiste italien. Après la chute du fascisme, le PCI joua un rôle majeur dans la naissance de la République italienne et la rédaction de la Constitution. En 1947, son adhésion au Kominform provoqua son exclusion du gouvernement et son passage à l'opposition, de laquelle il ne sortit que brièvement à la fin des années 1970.
Après l'échec du compromis historique et la crise du communisme dans les années 1980, le PCI entama un long processus de transformation, qui aboutit, lors du tournant de Bologne, à sa scission entre majorité réformiste dans le Parti démocrate de la gauche (PDS en italien) et minorité conservatrice dans le Parti de la refondation communiste (PRC). La disparition du PCI s'inscrivit dans le cadre d'un bouleversement du paysage politique italien, désigné abusivement comme le passage de la Première à la Seconde République, avec la dissolution des deux autres grands partis politiques de la seconde moitié du : le Parti socialiste italien et la Démocratie chrétienne.
De 1945 à 1991, le PCI fut le deuxième parti politique du pays, derrière la Démocratie chrétienne. Après être passé tout près d'une participation gouvernementale à la fin des années 1970, il déclina lentement jusqu'à sa dissolution en 1991, au milieu de la chute du bloc de l'Est. Le PCI fut, en termes de résultats électoraux, le premier parti communiste du monde occidental.
Histoire Naissance et période clandestine (1921-1943) Création et débuts du parti (1921-1923) left|thumb|upright|Portrait d'Antonio Gramsci au début des années 1920. Après le Congrès du Komintern à l'été 1920, les bolcheviks décident d'imposer à ses éventuels membres 21 conditions, parmi lesquelles l'obéissance aux organes centraux de la Internationale, l'adoption d'une ligne révolutionnaire anti-réformiste et l'appellation de Parti Communiste. En Italie, l'appel rédigé par Lénine, Boukharine et Zinoviev est publié le dans , journal dirigé par Antonio Gramsci.. Il donne lieu à d'importantes controverses à l'intérieur du Parti socialiste italien, qui aboutissent, au Congrès de Livourne (du 15 au ), à la scission d'une partie de ses membres pour former le Parti communiste d'Italie (section de l'Internationale communiste, , abrégé en PCd'I) dont le premier secrétaire général est Amadeo Bordiga.
Comme indiqué dans son nom, le nouveau parti fonctionne essentiellement en tant qu'organe italien du Komintern. : il adopte un programme et une stratégie identiques, et les directives de Moscou dominent les choix internes. Selon les instructions de Lénine, le PCd'I s'oppose aussi bien aux partis considérés comme bourgeois qu'au PSI, accusé d'avoir « trahi la classe ouvrière » en soutenant la guerre. Cependant, il conserve encore une certaine autonomie au niveau structurel : les dirigeants sont pratiquement tous issus du PSI et ralliés librement à l'Internationale communiste. Jusqu'au milieu des années 1920, le parti anime dans l'Internationale le courant de la Gauche communiste italienne. Cela se traduit dans une organisation différente de celle des bolcheviks : en effet, le parti est organisé de façon territoriale, et non pas constitué autour de soviets.. Les débuts du PCd'I sont assez positifs : plusieurs organisations se lient à lui., il remporte de député aux élections de 1921, et, à la fin de l'année 1921, il revendique ..
Le programme officiel du Parti communiste d'Italie est alors composé des dix points suivants : Dans l'actuel régime capitaliste se développe un contraste toujours plus important entre les forces productives et les rapports de production, donnant naissance à l'antithèse des intérêts et à la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie dominante. Les actuels rapports de production sont protégés par le pouvoir de l'État bourgeois, qui créé sur le système représentatif de la démocratie, constitue l'organe pour la défense des intérêts de la classe capitaliste. Le prolétariat ne peut briser, ni modifier le système des rapports capitalistes de production d'où dérive son exploitation, sans l'abattement violent du pouvoir bourgeois. L'organe indispensable de la lutte révolutionnaire du prolétariat est le parti politique de classe. Le Parti Communiste, en réunissant en soi la partie la plus avancée et consciente du prolétariat, unit les forces des masses travailleuses, il a le rôle de diffuser dans les masses la conscience révolutionnaire et de diriger dans le déroulement de la lutte le prolétariat. La guerre mondiale, causée par les incurables contradictions du système capitaliste qui produisirent l'impérialisme moderne, a ouvert la crise de désintégration du capitalisme dans laquelle la lutte de classe ne peut que se résoudre en un conflit armé entre les masses travailleuses et le pouvoir des États bourgeois. Après la destruction du pouvoir bourgeois, le prolétariat ne peut s'organiser en classe dominante qu'avec la destruction de l'appareil social bourgeois et avec l'instauration de sa propre dictature, c'est-à-dire en basant la représentation élective de l'État sur la seule classe productive et en excluant de tout droit politique la classe bourgeoise. La forme de représentation politique de l'État prolétarien est le système des conseils de travailleurs, ouvriers et paysans, présents dans la révolution russe, commencement de la révolution prolétarienne et première réalisation stable de la dictature prolétarienne. La nécessaire défense de l'État prolétarien contre toutes les tentatives contre-révolutionnaires peut être garantie seulement en enlevant à la bourgeoisie et aux partis adversaires à la dictature prolétarienne tous moyens d'agitation et de propagande politique, et avec les organisations armées du prolétariat pour repousser les attaques internes et externes. Seul l'État prolétarien pourra prendre toutes les mesures nécessaires à l'intervention dans les rapports de l'économie sociale qui permettrons le remplacement du système capitaliste par la gestion collective de la production et de la distribution. Par effet de cette transformation économique et des transformations résultantes dans toutes les activités de la vie sociale, la division de la société en classe s'éliminant, la nécessité de l'État politique s'éliminera aussi, l'engrenage de celui-ci se réduira progressivement à celui de la rationnelle administration des activités humaines.
Dans les premières années de la vie du PCd'I, son chef officiel est Amadeo Bordiga (courant de gauche). Les courants minoritaires sont dirigés par Angelo Tasca (droite) et Antonio Gramsci (centre).
Face à la monté du fascisme et à la violence des chemises noires (les locaux des partis, syndicats et journaux de gauche sont régulièrement attaqués et des dizaines de militants tués) le PCd'I crée au printemps 1921 son Ufficio I (bureau du travail illégal), une organisation clandestine présente dans toute l'Italie. Ses membres reçoivent une formation militaire sommaire et stockent des armes, souvent capturés au lendemain des révolutions en Hongrie et en Allemagne. Les militants communistes s'engagent aussi dans les Arditi del Popolo (AdP), une organisation antifasciste non partisane visant à repousser les expéditions punitives fascistes. En , le gouvernement exclu les membres du parti des forces armées, mais pas les fascistes. Le Parti communiste est alors également impliqué dans la lutte contre la mafia..
Le PC italien dans la clandestinité (1923-1943) Cependant, à partir de 1923, le nouveau régime fasciste de Benito Mussolini commence à persécuter les partis politiques, et en particulier le PCd'I. Une vaste offensive policière est lancée contre ce dernier en , conduisant à plus d'un millier d'arrestations dont celles de plusieurs dirigeants, parmi lesquels Amadeo Bordiga.. Après l'enlèvement puis l'assassinat de Giacomo Matteotti par les chemises noires, assumés par Mussolini le , les députés communistes prennent part à la sécession de l'Aventin. À partir de la même année, les lois fascistissimes entraînent l'arrestation ou la fuite de plusieurs membres.. Le , tous les partis politiques à l'exception du Parti national fasciste sont dissous par décret. : le PCd'I entre totalement en clandestinité. À partir de cette date, il s'engage dans une lutte contre le fascisme, à la fois de l'intérieur (malgré de grandes difficultés) et de l'extérieur (depuis la France et l'URSS surtout). En parallèle, le Komintern profite de ces difficultés pour mieux contrôler le parti en remplaçant les membres arrêtés par des communistes moins indépendants. Antonio Gramsci, dont les thèses dites centristes à l'intérieur du parti sont mieux acceptées par l'Internationale que celles dites de gauche de Bordiga, devient ainsi secrétaire national en 1924. Cette transformation est définitive après le Congrès de Lyon en 1926, où la motion centriste remporte 90 % des voix, grâce également à l'absence de nombreux militants détenus ou retenus par le régime.
La résistance au régime mussolinien à travers l’action clandestine est essentiellement le fait de militants du Parti communiste. Ces derniers étant mieux préparés à l’activité clandestine que les militants des autres partis par la structure de leur organisation et du fait d’avoir été victimes de la répression systématique des autorités. Tout au long de la dictature, le PCI a été capable de maintenir sur pied et à alimenter un réseau clandestin, à diffuser des brochures et des journaux de propagande, à infiltrer les syndicats et les organisations de jeunesse fascistes. Plus des trois quarts des condamnés politiques entre 1926 et 1943 sont des communistes..
left|thumb|Amadeo Bordiga en 1924.
En 1927, Gramsci, arrêté et condamné à vingt ans d'incarcération, est remplacé à la tête du parti par Camilla Ravera d'abord, et par Palmiro Togliatti, exilé à Moscou, ensuite. Cependant, le PCI continue de traverser de graves crises internes. En effet, de plus en plus inféodé au Komintern, sa lutte antifasciste est donc mise en difficulté par la doctrine alors préconisée de « classe contre classe », empêchant toute entente avec les socialistes, assimilés à des alliés de la bourgeoisie. D'autre part, le meneur de l'aile droite du parti, Angelo Tasca, lui aussi exilé à Moscou, prend publiquement position pour Boukharine face à Staline en 1929, contraire à la désignation des socialistes comme « social-fascistes ».. Togliatti décide alors de l'exclure et recentre le parti sur les positions staliniennes. Après cette épuration à droite, la même manœuvre est effectuée à gauche avec l'exclusion du membre fondateur Amadeo Bordiga et de nombre de ses partisans avec l'accusation de « trotskisme ». En effet, plusieurs exclus comme Pierre Tresso rejoignent alors la Quatrième Internationale.