L'affaire du Probo Koala est une catastrophe environnementale survenue en Côte d'Ivoire. Elle tire son nom du navire vraquier qui a acheminé des déchets en Côte d'Ivoire en 2006 : le Probo Koala, un navire vraquier immatriculé au Panama, appartenant à une compagnie maritime grecque et affrété par la société hollandaise et suisse Trafigura.
En , ce navire vraquier polyvalent a déchargé au port d'Abidjan de déchets provenant du nettoyage du bateau (un mélange de pétrole, sulfure d'hydrogène, phénols, soude caustique et de composés organiques sulfurés). Ces derniers, répandus à terre en zone de décharge, provoquent des émanations de gaz mortelsAffaire du Probo Koala : Les victimes privées de recours pour obtenir justice - FIDH, 19 avril 2011. La mort de et l'intoxication de dizaines de milliers de personnes ( d'empoisonnement confirmés et probables, d'après l'INHP) sont imputées par Amnesty international aux émanations de ces déchets. Trafigura est jugée responsable par un tribunal des Pays-Bas qui condamne l'entreprise le à verser des dommages et intérêts aux victimes.
Le parcours du Probo Koala Brownsville (Texas) 11 avril - 18 juin 2006 Trois cargaisons d'environ de coke de pétrole (coker naphta) ont été chargées à Brownsville, Texas sur le M/T Seapurha le , sur le M/T Moselle le et sur le M/T Seavinha le . Ces trois navires ont par la suite transféré leur cargaison sur le M/T Probo Koala les , et Rapport Minton - 14 septembre 2006 .
Amsterdam (Pays-Bas) 2-5 juillet 2006 thumb|Les quais industriels d'Amsterdam, Pays-Bas. Le , après une traversée transatlantique, le Probo Koala accoste au quai d'Afrique du port d'Amsterdam, aux Pays-Bas. Il a auparavant déchargé une cargaison d'hydrocarbures à Algésiras, en Espagne.
La citerne à déchets étant pleine, Trafigura cherche à s'en défaire auprès de la société spécialisée Amsterdam Port Services (APS). Ces déchets seraient des slops, des résidus de fond de citerneLe « bateau-poison » soumis à de nouveaux tests en Estonie - Libération, 2 octobre 2006. Plus de () de résidus d'hydrocarbures et divers composants chimiques sont déchargés sur une barge amarrée à couple du Probo Koala. Une puanteur inhabituelle se répand, probablement due à la forte odeur d'œufs pourris du sulfure d'hydrogène (H2S). La police des services d'environnement de la ville et les autorités portuaires interviennent.
Trafigura, l'affréteur du navire, est tenu de faire retraiter les résidus par une entreprise de retraitement agréée et internationalement reconnue, le retraiteur Amsterdam Port Services (APS).
Le retraiteur, la société APS remarque, lors de tests en laboratoire, que les substances ne correspondent pas aux informations données par le donneur d’ordre. Selon le directeur d’APS, il s'ensuit une négociation sur le prix qui n’a pas abouti. Les discussions durent deux jours. Trafigura refuse la décontamination, jugée trop longue et trop coûteuse : APS demande puis par mètre cube. À cela s'ajoutent une journée d'immobilisation supplémentaire au port, soit un coût de , et une journée de location du navire, soit un coût de .
À Londres, Paul Duncan, directeur de la logistique de Trafigura, décide de recharger les déchets sur le Probo Koala, ce qui, selon APS, ne s'est jamais produit auparavant.
Les résidus, qui avaient entre-temps été transbordés sur une barge, sont rechargés sur le Probo Koala. L’opération ayant dégagé une forte puanteur du fait de la présence de fortes quantités de sulfure d'hydrogène (H2S), le Ministère public de La Haye a fait ouvrir une enquête sur d’éventuelles transgressions des règles environnementales.
Les services de l'environnement d'Amsterdam ont tenté de faire immobiliser le navire mais se sont heurtés à l'administration nationale. APS et les services chargés de l'inspection des navires laissent le vraquier faire route vers l'Estonie, puis le Nigeria et la Côte d'Ivoire. Ils gardent de déchets aux fins d'analyses et de garantie. La seule injonction faite est de décharger les déchets au port suivant, sans s'assurer que celui-ci possède les installations ad hoc.
La justice néerlandaise enquête sur les conditions dans lesquelles les autorités portuaires ont laissé partir ces déchets. En effet, si les autorités du port considéraient qu'il s'agissait de déchets toxiques, ceux-ci étaient alors soumis à la convention de Bâle qui impose un visa d'exportation. Selon les enquêteurs, les déchets du Probo Koala n'étaient pas des eaux usées tirées du nettoyage du tanker, mais bien des déchets chimiques.
Un fonctionnaire de la ville d'Amsterdam, chargé de la surveillance de l'environnement à la mairie d'Amsterdam a été inculpé pour avoir délivré l'autorisation de complaisance qui a permis au Probo Koala de repomper ses déchets, pratique inhabituelle, et de quitter AmsterdamLes eaux du « Probo Koala » remontent jusqu'à Amsterdam - Libération, 22 septembre 2006.
Le Parlement néerlandais a demandé des comptes à Pieter van Geel, le Secrétaire d'État auprès du ministre du Logement, de l’Aménagement du Territoire et de l’Environnement des Pays-Bas.
Paldiski (Estonie) 9-13 juillet 2006 Après son escale néerlandaise, le Probo Koala se rend en Estonie pour charger de l'essence destinée in fine au Nigeria.
Lagos (Nigéria) -7 août 2006 Le , après deux escales aux îles Canaries et à Lomé (Togo), le Probo Koala atteint Lagos (Nigeria). Il livrerait une cargaison de pétrole. Trafigura fait une nouvelle et vaine tentative de vidange.
Abidjan (Côte d'Ivoire) 19-22 août 2006 : La société Tommy est créée par son directeur, Salomon Ugborugbo, de nationalité nigériane. Elle n'obtient du ministre des transports ivoirien qu'un agrément d'« avitailleur » (approvisionnement des navires).
: Dix jours avant l'arrivée du Probo Koala, la société Tommy est agréée pour le traitement de produits toxiques. Elle n'a jamais obtenu de contrat de ce type mais serait , décroche une autorisation du port pour . Tommy n'a ni les moyens ni les compétences pour cette tâche.
: À Abidjan, la compagnie Puma Energy, filiale de Trafigura, a pris contact avec la société Waibs, un intermédiaire qui conseille de faire affaire avec la société Tommy. Trafigura-Londres adresse un courriel à N'zi Kablan, administrateur général adjoint de Puma Energy, qui l'avertit de la toxicité de certains composants de sa cargaison :
: Salomon Ugborugbo, le directeur de la société Tommy, adresse un message écrit à Trafigura. Il précise que, compte tenu de leur odeur et de leur composition, Akouédo est un quartier très habité d'Abidjan. Salomon Ugborugbo assure qu'il à un prix défiant toute concurrence : le m (soit vingt-et-une fois moins cher qu'à Amsterdam).
: Accostage du pétrolier grec Probo Koala au port d'Abidjan. Des policiers, des douaniers, les services sanitaires (les « corps habillés ») l'attendent sur le quai. Le bon de livraison remis aux chauffeurs des camions se conclut par :
19- : La société Tommy se charge de l'épandage des produits toxiques dans une dizaine d'endroits dans la ville d'Abidjan y compris la décharge d'Akouédo (habités pour la plupart). La quantité totale de déchet déversée par le Probo Koala reste inconnue. La société Tommy en a déchargé de façon hasardeuse dans plusieurs points autour de la ville. Aucune précaution n'est prise.
: Les analyses du Centre ivoirien antipollution (Ciapol) attestent une forte concentration d'H2S : Scandale environnemental à Abidjan - Journal télévisé de France 2 - 8 septembre 2006, Dailymotion .
: Malgré une demande d'immobilisation au port par le Ciapol datée de la veille, le Probo Koala peut quitter sans encombre le port d'Abidjan le 22. Un mois après, le , Greenpeace et les autorités estoniennes du port de Paldiski bloqueront le bateau pour enquête.
19- : Pendant six jours, la population d'Abidjan ignore la cause des symptômes dont elle souffre.
Paldiski (Estonie) (septembre 2006) Le bateau panaméen est maintenu bloqué par Greenpeace dans le port de Paldiski en EstonieLe "Probo Koala" bloqué en Estonie - Le Nouvel Observateur, 27 septembre 2006. Le , la Côte d'Ivoire demande une première fois, de façon officielle, le blocage du bateau. Les autorités estoniennes condamnent ce blocage et arguent qu'il n'y a pas de loi qui permette de bloquer un bateau et que les arguments avancés sont insuffisants.
Le , la Côte d'Ivoire demande, une nouvelle fois, le blocage de ce bateau le temps d'une enquête. Le gouvernement de Tallinn accepte et immobilise le Probo Koala. La police criminelle estonienne a été envoyée au port de Paldiski pour l'empêcher de prendre la mer. Le ministre estonien de l'environnement déclare qu'il y a des traces de produits similaires dans la Mer Baltique.
Une équipe d'enquêteurs ivoiriens s'est rendue en Estonie début et a demandé aux autorités d'immobiliser le Probo Koala, comme caution pour les dommages causés en Côte d'Ivoire. Les responsables estoniens ont rejeté cette demande, en invoquant l'absence d'accords légaux entre les deux pays. Le parquet estonien a en outre estimé que le bateau n'était plus intéressant .
L'Estonie a annoncé le qu'elle traiterait les déchets toxiques se trouvant encore à bord du navire avant de l'autoriser à reprendre la mer. Le navire transportera les déchets du port de Paldiski jusqu'à celui de Sillamäe, à à l'est de Tallinn. Les déchets résiduels seront déchargés dans des camions et transportés par route jusqu'à l'usine de traitement.
La nature de la cargaison Selon l'affréteur Trafigura Selon Trafigura, il s'agit de slops, des résidus de fonds de citernes peu toxiques. La compagnie néerlandaise affirme que ceux-ci ont . Les « slops » font l'objet d'une convention internationale (Marpol), qui interdit de les rejeter en mer. Les slops sont exportables pour être retraités dans des installations adéquates. Les déchets incriminés seraient un mélange d'essence, d'eau et de soude caustique résultant du nettoyage des cuves du navire.
Trafigura assure avoir communiqué aux autorités ivoiriennes la nature des déchets et dit s'être assurée au préalable de leur « élimination sûre ». Le , Trafigura a indiqué qu'elle disposait de tests indiquant la de ses « eaux de nettoyage ». Les résultats proviennent du laboratoire Saybolt, à Rotterdam, dont un des responsables, Jan Heinsbroek, a émis des doutes sur les échantillons qu'il a expertisés. Selon Trafigura, « aucune trace » d'hydrogène sulfuré n'apparaît. , avait-on dit aux chauffeurs des citernes qui déverseront le produit dans Abidjan.
Cependant, après avoir nié pendant deux mois la toxicité des déchets, le directeur financier et cofondateur de Trafigura Eric de Turckheim a reconnu qu'une opération de transformation de naphte avait bien eu lieu à bord du Probo Koala, en pleine mer, quelques semaines avant le désastre«Probo Koala»: début de l'attaque judiciaire - Libération, 28 octobre 2006.
Dans un reportage de l'émission française Complément d'enquête qui avait pour thème « Déchets toxiques : la bombe écologique », diffusée le sur France 2, Eric de Turckheim déclarait, en pensant qu'il n'était pas filmé, que si le Probo Koala avait vidé ses cuves en pleine mer, on n'aurait jamais entendu parler de Trafigura dans cette affaire.
Selon les enquêteurs néerlandais Trois enquêtes sont ouvertes aux Pays-Bas : le parquet, la ville d'Amsterdam et le ministre des transports tentent de déterminer dans quelles circonstances le navire a pu quitter le pays alors que ses soutes ne contenaient sans doute pas que des résidus issus d'un nettoyage.
Les analyses révèlent que les déchets se présentaient sous deux phases. La phase aqueuse était constituée majoritairement d’une solution d’hydroxyde de sodium (soude) à 10 %. Elle contenait des thiols (mercaptans), des phénols et de l’hydrogène sulfuré. La phase organique était constituée de naphte (oléfines, paraffines et hydrocarbures aromatiques) et contenait des disulfides.