QRN sur Bretzelburg est la cinquante-neuvième histoire et le dix-huitième album de la série de bande dessinée Spirou et Fantasio, par André Franquin (dessinateur) et Greg (scénariste).

À l'origine, le récit devait mettre en scène le personnage de Zorglub pour la troisième fois consécutive dans la série. Mais l'éditeur Dupuis ayant refusé ce choix, André Franquin dut faire appel à Greg pour écrire un scénario d'urgence, alors que la publication de l'histoire avait déjà commencé.

L'épisode est publié pour la première fois dans le journal Spirou du au , puis du au , soit entre 1961 et 1963, sous le nom QRM sur Bretzelburg — le titre est changé en 1963 pour la reprise de la série dans le journal sur l'insistance d'Yvan Delporte et de nombreux lecteurs qui avaient signalé l'erreur de langage radiophonique dans le titre. Sa publication dans le journal est chaotique et s'étale sur deux années à cause de la dépression dont souffre André Franquin, qui interrompt la production de planches pendant une quinzaine de mois..

Résumé

vignette|Le marsupilami s'assomme lui-même pour faire cesser le bruit de la radio. Le marsupilami avale par erreur (en le confondant avec un caramel) un émetteur-récepteur radio à transistors miniature appartenant à Fantasio. À cause d'une particularité anatomique de l'animal, l'appareil ingéré aboutit dans son nez où il se remet en marche avec le volume sonore coincé au maximum. Excédé par le bruit, le marsupilami s'assomme lui-même d'un coup violent de sa propre queue, qui, simultanément, casse l'appareil. Le transistor endommagé commence à émettre des parasites radio qui attirent un voisin de Spirou et Fantasio, le radioamateur Marcelin SwitchQRN est une abréviation du code Q qui signifie « je suis brouillé par des parasites ».. Depuis quelques semaines, Switch est en relation par radio avec le roi Ladislas du Bretzelburg, qui lui a annoncé être sous la coupe du général Schmetterling et avoir besoin de son aide. Or, durant la nuit, le marsupilami a brouillé la réception d'un message important émis par le roi.

Spirou et Switch emmènent le marsupilami dans une clinique vétérinaire (où il subit avec succès l'extraction du corps étranger logé dans son nez), tandis que Fantasio, qui s'était rendu chez Switch, est enlevé par deux agents des services secrets bretzelbourgeois qui le prennent pour Switch. Comprenant ce qu'il s'est passé, Spirou se rend au Bretzelburg avec le radioamateur pour libérer Fantasio, entre en contact avec la résistance puis avec le roi en personne, qui leur signe une autorisation pour faire sortir Fantasio de prison. Fantasio est pendant ce temps confronté aux tortures du docteur Kilikil, mais il parvient à s'évader avec l'aide du marsupilami. Spirou arrive à cet instant, ils sont alors contraints de fuir et de se cacher dans une crevasse.

La crevasse se révèle être l'entrée d'une vaste caverne où Spirou, Fantasio et Switch rencontrent deux résistants, l'un bretzelburgeois et l'autre citoyen de la principauté voisine du Maquebasta, contre laquelle porte le prétendu effort d'armement de Schmetterling. À la suite d'une explosion, le groupe des héros découvre une rivière souterraine et le repaire du général et de son acolyte, le médecin du roi. Ces derniers sont en réalité de vulgaires escrocs, qui contraignaient le roi à acheter de fausses armes, afin de vider à leur profit les finances du pays : on découvre également que Schmetterling ne fait qu'un avec le premier ministre du Maquebasta, où les deux compères employaient une tactique similaire. Spirou et ses amis capturent les deux hommes, libérant ainsi le Bretzelburg de sa dictature et ouvrant la voie à l'union entre ce petit pays et le Maquebasta. Switch — qui a pourtant fait preuve durant l'aventure d'une certaine couardise — reçoit la médaille bretzelbourgeoise de la bravoureSynopsis de l'histoire..

Contexte L'histoire QRN sur Bretzelburg est réalisée dans un contexte difficile. Franquin prend de moins en moins de plaisir à réaliser Spirou et Fantasio, série qu'il n'a pas créée et dont les droits ne lui appartiennent pas. Créé en 1938 par Rob-Vel, le personnage de Spirou appartient en effet légalement aux éditions Dupuis, de même que Fantasio et l'écureuil Spip99.. Cela fait quinze ans que Franquin anime le groom de Marcinelle et il a la sensation qu'il lui reste étranger102.. Franquin éprouve des difficultés croissantes à s'amuser et à travailler avec des personnages dont il n'est pas le créateur Les cahiers de la bande dessinée n° 47/48..

Charles Dupuis n'a pas apprécié les deux précédentes aventures avec Zorglub et ses machines ultra-modernesIl s'agit des albums n°15 et 16 des Aventures de Spirou et Fantasio, respectivement Z comme Zorglub et L'Ombre du Z., et désire revenir à des « Spirou mignons » comme Le Nid des marsupilamis. Cela accroît la lassitude de Franquin qui, lorsqu'il présente son scénario avec Zorglub comme vedette, n'est pas étonné du veto de Dupuis. Malgré ce refus, Franquin réutilise son idée avec Zorglub dans l'album suivant de la série, Panade à Champignac118..

Franquin est épuisé moralement et nerveusement. La publication hebdomadaire doit obéir à une règle d'or : jamais une histoire ne doit être interrompue. Cela nécessite un rythme de travail énorme pour Franquin, qui, en plus du personnage emblématique du journal, dessine Gaston et plusieurs animations pour le journal101.. Pour Yvan Delporte, . Cet album marque la fin d'une époque : l'univers de Spirou n'amuse plus Franquin.

Le titre L'histoire est publiée dans le journal Spirou sous le titre QRM sur Bretzelburg. En langage radio, QRM signifie « interférence d'électricité statique », ce qui donne . Les interférences de l'histoire ne venant pas d'électricité statique, mais d'une radio, plusieurs lecteurs écrivirent au journal pour signaler l'erreur.

À l'occasion de la publication en album, l'histoire est renommée QRN sur Bretzelburg, QRN signifiant en langage radio « interférence due à un brouillage radio »QRM ou QRN ??? sur le site inedispirou.net..

La parution dans le journal La parution de l'histoire commence dans le journal Spirou n° 1205 du avec trois demi-planches (une demi-planche sur la couverture, les deux autres sur la seconde page)QRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 4.. La publication continue à ce rythme jusqu'au n° 1212 (), puis ralentit, passant tout d'abord à une planche par semaine publiée en quatrième de couverture du journal, puis à une demi-planche par semaine, publiée en couverture, à partir du n° 1221 ().

La faute en incombe à un début de dépression de Franquin à la suite de l'interdiction par son éditeur d'utiliser Zorglub, lui rappelant que le personnage ne lui appartient pasQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 82.. Cette parution au rythme d'une demi-planche continue jusqu'au n° 1238 du , où à la place de Spirou est publié un édito signé « la Rédaction », mais en fait de la main d'Yvan Delporte, rédacteur en chef du journal et ami personnel de Franquin, qui a pour titre « Spirou n'est pas au rendez-vous », expliquant que Spirou ne sera plus au rendez-vous du journal pour cette semaine et les suivantes, car Franquin est .

Néanmoins, Franquin continue à dessiner une demi-planche de Gaston chaque semaine contre l'avis de ses médecinsQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 85.. La dépression qui le touche depuis un moment s'aggrave et se double d'une hépatite virale qui va le terrasser pour de longs mois. La publication de l'histoire reprend dans le n° 1303 du , par une page de résumé intitulée Où en étions-nous ? qui est en fait une conversation téléphonique entre Gaston Lagaffe et le rédacteur en chef du journal. Il faut néanmoins attendre la semaine suivante pour avoir les premières planches de ce nouveau départ et, pour marquer ce redémarrage, Franquin reprend la numérotation des planches à unQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 92.. L'histoire est publiée normalement jusqu'au n° 1340Voir l'année 1963 des publications de la série Spirou et Fantasio dans le journal de Spirou sur le site bdoubliees.com, le Voir l'année 1963 du journal de Spirou sur le site bdoubliees.com..

Les planches oubliées

thumb|right|Le blason de l'Autriche qui inspira à Franquin le blason du BretzelburgBlason du Bretzelburg..

La version publiée dans le journal Spirou est nettement plus longue que la version publiée en album. Cette différence entre les deux versions est causée par le refus du scénario initial par l'éditeur Charles Dupuis. Franquin doit reprendre son récit à zéro, mais l'histoire a déjà commencé à paraître dans le journal. Franquin fait alors appel à Greg, coscénariste des trois derniers albums de Spirou et Fantasio, qui vient de cesser de collaborer avec Franquin afin de créer sa propre série dans le journal Pilote, Achille Talon.

En attendant que Greg écrive le scénario de l'histoire, Franquin fait durer le gag du marsupilami avec le transistor miniature coincé dans le nez. Ainsi, les planches 4B, 4C, 5A, 5B, 5C et 6A, qui voient le marsupilami errer dans la ville avec le transistor en fonctionnement, sont absentes de l'album, la planche 4ALa planche 4A de QRM sur Bretzelburg. est quant à elle supprimée de moitié, puis terminée avec la dernière case de la planche 6ALa planche 6A de QRM sur Bretzelburg., redessinée à une taille adéquateQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 80.. Une séquence est aussi supprimée dès la première page : quand Spirou cherche la radio qui diffuse la musique, il éteint sept appareils électriques dans le journal de Spirou alors qu'il n'en éteint qu'un seul dans l'albumLes planches 1B et 1C de QRM sur Bretzelburg.QRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 4-5.. Plus tard dans l'histoire, à la deuxième planche cinq (page 31 de l'album), une scène de torture, qui voit Fantasio marcher avec une paire de chaussures trop petites pour lui (il a réclamé du 41 et on lui a donné du 37) La seconde planche 5A de QRM sur Bretzelburg., est supprimée car trop semblable aux vraies techniques de tortures nazies dans les camps de concentration. Cette suppression a de lourdes conséquences sur la mise en page de l'album : elle entraîne un décalage d'une bande de cases sur les trente-deux planches suivantes, si bien que le suspense de fin de page se retrouve en milieu de pageQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 93..

Le bandeau-titre

Pour la première publication dans le n° 1205 du journal Spirou, le bandeau-titre de l'histoire ne porte aucun titre, seulement le nom de la série Spirou et Fantasio. Les têtes de Spirou, Fantasio, Spip, le marsupilami, Zorglub et le comte de Champignac sont dessinées à côté du nom, bien que ces deux derniers n'apparaissent pas dans l'histoire. Il faut attendre le n° 1208 pour voir apparaître le titre QRM sur Bretzelburg, tandis que Zorglub et le comte de Champignac disparaissent du bandeau, remplacés par Marcelin Switch qui fera son apparition plus tard dans le scénarioQRN sur Bretzelburg l'intégrale VO, p. 79..

Les textes modifiés

Les chansons présentes dans l'histoire parue en album sont différentes des versions parues dans le journal Spirou. Ainsi, dans les planches 1A et 1C, la chanson Quand les gorilles, interprétée par Colette Deréal en 1960, est remplacée par l'adaptation française de l'air napolitain Funiculi-Funicula de Luigi Denza. Plus tard, dans les planches 3B et 3C, la chanson Kili Watch du groupe belge The Cousins, datant de 1961, est remplacée par la chanson Je n'suis pas bien portant de 1932 de . Ce changement est dû au fait que les chansons présentes dans Spirou, qui étaient à l'époque des tubes, sont entre-temps passées de mode. Il a donc été décidé de les remplacer par des chansons plus intemporellesQRN sur Bretzelburg l'intégral de 1987..