Jacqueline Lamba, née à Saint-Mandé (Val-de-Marne) le et morte à Rochecorbon (Indre-et-Loire) le , est une peintre, décoratrice et plasticienne française.

Biographie Jacqueline Mathilde Lamba est la seconde fille de José Lamba, ingénieur agronome, et de Jane Pinon.

Quatorze-Juillet En 1912, la famille Lamba rejoint le père en poste au Caire. Le , ce dernier meurt dans un accident de la circulation à Héliopolis.De retour en France, elle suit des cours de peinture et fréquente le musée Galliera dont le père de son amie Marianne Clouzot est le conservateur. Son apparence physique ainsi que sa personnalité « ardente et forte » lui valent le surnom de Quatorze-JuilletMark Polizzotti « André Breton », Gallimard, 1995, 459.

En 1926, elle entre à l'école de l'Union Centrale des Arts Décoratifs où elle rencontre Dora Maar, puis à l'école des Beaux-Arts dans l'atelier d'André Lhote. Par ailleurs, ses inclinations politiques l'amènent à fréquenter les étudiants communistes et gauchistes.

En 1927 sa mère meurt de la tuberculose.

Jacqueline Lamba enseigne le français à Cardiff, puis en Grèce. Elle revient ensuite à Paris où elle est engagée comme décoratrice au grand magasin des Trois Quartiers.

En 1932 ou 1933, elle est danseuse dans un ballet aquatique au Coliseum, une ancienne piscine transformée en music-hallAu 65 rue de Rochechouart, Paris . Jean-Paul Clébert, Dictionnaire du surréalisme, éditions du Seuil, 1996, .. André Breton : André Breton, L'Amour fou, 1937, Gallimard, folio 1991, .

Elle découvre le surréalisme par l'intermédiaire de son cousin André Delons qui est membre du groupe le Grand JeuAnimé par les écrivains René Daumal, Roger Gilbert-Lecomte, Maurice Henry, Roger Vailland et le peintre Joseph Sima qui se disent surréalistes mais indépendants du groupe de Breton. Adam Biro & René Passeron, Dictionnaire du surréalisme, Office du livre, 1982, .. Il lui fait lire les œuvres de Breton, et notamment le récit Nadja. Si ce livre impressionne Jacqueline Lamba et lui donne l'envie de rencontrer son auteur, il semble qu'elle soit plus attentive aux prises de positions politiques des surréalistes qu'à leurs productions littérairesPolizzotti, ..

La Nuit du tournesol Son entrée en scène est annoncée, le , par le propos d'un plongeur de restaurant adressé à une serveuse , que Breton comprend L'Amour fou & Clébert, ..

Le , au café Cyrano de la place Blanche, André Breton est ébloui par une femme . Un détail ne manque pas de piquer sa curiosité, elle est en train d'écrire. De lui écrire, probablement, aime-t-il à penserL'Amour fou, & Polizzotti, .. Effectivement, elle lui écrivait, mais on ne lui a jamais remis la lettre. Il l'attend hors du café, elle sort, il l'aborde, L'Amour fou, . Elle lui donne un rendez-vous à minuit, après son spectacle. Toute la nuit, ils se promènent de Pigalle jusqu'à la rue Gît-le-Cœur en passant par le quartier des Halles et la Tour Saint-Jacques.

Quelques jours plus tard, Breton se rappelle un poème écrit en 1923, TournesolAndré Breton, Œuvres complètes tome 1, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1988, . dont les coïncidences sont telles qu'il est convaincu de sa valeur prémonitoire. Jacqueline Lamba lui apparaît comme Clebert, .. La rencontre s'est produite dans des conditions si troublantes qu'il a longtemps hésité à les rendre publiquesRelatée une première fois dans La Nuit du tournesol publié dans revue Minotaure de juin 1935 puis au quatrième chapitre de L'Amour fou. Henri Béhar, André Breton. Le Grand indésirable, Fayard, Paris, 2005, ..

Ils se marient moins de trois mois après, le . Alberto Giacometti est le témoin de Jacqueline Lamba, Paul Eluard celui de Breton. Man Ray immortalise cette journée par une photographie de Jacqueline posant nue au milieu des trois hommes, citation du tableau d'Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbeJacqueline Lamba, peintre : Un Amour fou d'André Breton, ..

Dès lors, Jacqueline Lamba participe aux manifestations surréalistes. Elle réalise des influencées par Matta et André Massonréférence nécessaire, des aquarelles, des objets, des cartes postales surréalistes (Pont du demi-sommeil)Jean-Michel Goutier, chronologie établie pour le livret de présentation du DVD, Jacqueline Lamba, peintre, voir filmographie, ., des décalcomaniesPubliés dans la revue Minotaure, Clébert, . qu'elle expose à Paris : Exposition d'Objets surréalistes à la galerie Charles Ratton () et Exposition internationale du surréalisme, galerie des Beaux-Arts (), Londres : Exposition internationale surréaliste () et New York : Fantastic art, Dada and surrealism, ().

Elle accompagne Breton à Prague (), puis à Santa Cruz de Ténérife (Canaries, ).

Enfants et divorces Le , Jacqueline donne naissance à une fille, Aube, qu'elle abandonnera huit mois plus tard pour se réfugier en Corse, laissant Breton seul s'occuper d'Aube pendant plus d'un moisMark Polizzotti, André Breton, Gallimard, 1999, ..

Mais le couple se reconstitue et en 1937 paraît L'Amour fou de Breton dont Jacqueline est le personnage central.

Le , Jacqueline et Breton embarquent pour un séjour de quatre mois au Mexique, laissant Aube (âgée de deux ans) chez André Masson et sa femmePolizzotti, .. Jacqueline sera reçue chez les peintres Frida Kahlo et Diego Rivera en septembre. Elle y rencontre Leon Trotsky, en exil, et noue une amitié profonde et réciproque avec Frida. Lettre de Frida Kahlo, 1939 .

Au début de l'année 1940, Jacqueline et Aube quittent Paris pour Royan où elle retrouve Dora Maar et Pablo Picasso. Après l'armistice et la démobilisation, Breton retrouve sa femme et sa fille à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) chez Pierre Mabille, au mois de juillet. Au mois d'octobre, ils sont accueillis par Varian Fry, l'organisateur du Comité américain de secours aux intellectuels, à la villa Air-Bel à Marseille. S'y retrouvent également quelques artistes, surréalistes ou non, comme Victor Brauner, Max Ernst, Wifredo Lam, Benjamin Péret, Victor Serge qui attendent un visa de sortie. V. Serge : Pour tromper l'ennui, on dessine des « cadavres exquis » et un jeu de cartes inspiré du tarot divinatoire : le Jeu de Marseille. Jacqueline Lamba dessine La Roue sanglante et Baudelaire. Génie d'Amour - Flamme (janvier-).Le , ils embarquent à destination des États-Unis. À l'escale de Fort-de-France, en Martinique, Breton est retenu au camp du Lazaret, puis libéré sous caution. Ils arrivent enfin à New York le .

L'entente de Jacqueline et Breton est minée par les difficultés matérielles et les désaccords conjugaux mal maîtrisés. Jacqueline quitte Breton en pour s'installer avec le peintre David Hare, emmenant leur fille Aube. David Hare est un poète qui a été présenté à Breton par Kay Sage ; Breton avait choisi Hare pour diriger la revue VVV, créée par lui-même au début de cette même année. Jacqueline était chargée de traduire les échanges entre les deux hommes, Breton ne parlant pas anglaisPolizzotti, ..

À cette époque Jacqueline contribue à deux expositions collectives à la galerie Arts of this century de New York : Objects, drawings, photographs, paintings, sculptures, collages 1910-1942 () et Exhibition by 31 women ().

En 1944, Jacqueline et David Hare s'installent dans le Connecticut avec Aube. Jacqueline dispose d'un atelier dans lequel elle passe ses journées à peindre. Le couple a pour voisins Alexander Calder, Kay Sage et Yves Tanguy. En , la Norlyst gallery de New York organise sa première exposition monographique.

En , Breton reprend Aube en France avec sa nouvelle épouse Elisa. Aube repart pour l'Amérique un an plus tard rejoindre sa mèrePolizzotti, . Entre-temps, Jacqueline voyage dans les États du Sud-Ouest (Arizona, Colorado, Nouveau Mexique) et visite les réserves des Indiens Hopi et Navajos.

Jacqueline revient en France en 1947, sans David Hare, et participe à deux expositions parisiennes placées sous le signe du surréalisme : Un nouveau mythe : internationale du surréalisme, grande exposition réalisée par André Breton à la galerie Maeght en , et puis une exposition monographique à la galerie Pierre Loeb en .

En début 1948 Jacqueline repart pour l'Amérique avec AubePolizzotti, .. En juin, Jacqueline donne naissance à un fils, Merlin.

En , Aube revient définitivement à Paris (sans sa mère) pour vivre avec son pèrePolizzotti, ..

En 1954, après un dernier séjour chez les Indiens Pueblo, Jacqueline quitte définitivement David Hare et revient en France avec Merlin. Elle commence à peindre des paysages.

Simiane-la-Rotonde À l'été 1963, Jaqueline découvre le village de Simiane-la-Rotonde en Haute-Provence. Elle occupe une maison prêtée par Henri Laugier, alors directeur du CNRSDepuis 1939. Il est nommé secrétaire adjoint de l'ONU en 1946, puis membre du conseil exécutif de l’UNESCO en 1952..

De cette année commence l'alternance de sa vie dans son atelier parisien en hiver et au printemps, puis à Simiane, l'été et à l'automne et le format de ses tableaux s'agrandit. En 1967, elle expose au château d'Antibes, chez Picasso, avec l'aide de Marie CuttoliEn septembre 1939, elle avait accueilli Jacqueline et sa fille Aube à Antibes après la mobilisation d'André Breton. Le catalogue est préfacé par le poète Yves BonnefoyPréface citée dans Cazin, ..En 1966, avec René Char, elle manifeste contre l'installation des missiles sur le plateau d'Albion, puis contre l'extension du camp militaire du Larzac.En 1979 et 1981, Jacqueline effectue deux séjours aux États-Unis.

En 1988, elle se retire dans une maison de santé, à Rochecorbon (Indre-et-Loire).

Sa carrière d'artiste a souffert de la stature de Breton qui ne la cite même pas dans son ouvrage Le Surréalisme et la peinture : Propos recueillis par M. Polizzetti, le 24 février 1988, .

Œuvres Œuvres surréalistesPour , , la plupart des œuvres de Jacqueline Lamba entreposées au 42 rue Fontaine avaient disparu à la fin de la guerre. Cité dans Mary Ann Caws, Les Vies de Dora Maar, Thames & Hudson, Paris, 2000. Pour une poche, boîte surréaliste : carré de soie noire, épingles et boisCollection particulière. Reproduction dans Didier Ottinger (sous la direction de), Dictionnaire de l'objet surréaliste, éditions Gallimard & Centre Pompidou, Paris, 2013, ., La Femme blonde, 1930, huile sur boisCollection Guy Ladrière. Reproduction dans L’Œil n° 764, mai 2023, . Le Petit mimétique, avec André Breton, 1936, boîte surréaliste : insecte ailé (libellule ?) sur amas de feuilles mortes séchées dans un écrin de bois tapissé d'un papier translucide couleur de mielVincent Gille & Béatrice Riottot El-Habib (sous la direction de), Le Surréalisme et l'amour, Gallimard, catalogue de l'exposition au Pavillon des Arts de Paris du 6 mars au 18 juin 1997, page 95 Pont du demi-sommeil, 1937, carte postale La Roue sanglante ou L'As de la Révolution, 1941José Pierre, L'Univers surréaliste, Somogy, Paris, 1983, . Baudelaire. Génie d'Amour - Flamme, 1941, encre et gouache sur papierArt Press 2, , mai 2008, . In spite of everything spring, 1942, huile sur toile . Sans titre, 1943, mine de plomb et pastel, Varian Fry et les candidats à l'exil. Marseille 1940-1941, Actes Sud, Arles, 1999, . Derrière le soleil, huile sur toileReproduction dans Surréalisme, 2024, catalogue de l'exposition du centenaire, Centre Pompidou , . Constructions intérieures, maison, jardin, 1946, huile sur toile, , collection particulière Aube Élléouët-Breton et Merlin HareReproduction dans le livret de présentation du DVD Jacqueline Lamba, peintre, . Le Puits, 1946, huile sur toile, , collection particulière Aube Élléouët-Breton et Merlin HareGille, . Constructions intérieures maisons jardins, 1946, huile sur toile, collection particulière Aube Élléouët-Breton et Merlin Hare. Forêt, 1948, huile sur toile, , collection particulière Aube Élléouët-Breton et Merlin HareReproduction dans le livret de présentation du DVD Jacqueline Lamba, peintre, .