vignette|droite|Sakura autour du bassin Tidal à Washington, DC : ces arbres sont un kigo classique pour représenter le printemps. est un terme japonais signifiant « mot de saison ».
Les kigo sont des mots ou des phrases associés à une saison particulière. Ils étaient à l'origine utilisés dans des vers plus longs nommés renga (dont les renku), et tout particulièrement dans le premier vers du renga, le hokku, pour indiquer la saison ou se passait le poème. L'intérêt du kigo est de pouvoir évoquer tout un univers en un seul mot et son. Il est donc particulièrement utilisé dans les haïkuVoir pages 90-96 in The haiku handbook: how to write, share, and teach haiku, William J. Higginson & Penny Harter, Kōdansha, 1985.
Histoire du kigo La représentation et la référence aux saisons a toujours été d'une grande importance dans la culture et la poésie japonaises. La première anthologie de poésie japonaise, Man'yōshū, au milieu du , comportait plusieurs sections consacrées aux saisons. Lors de la parution de la première anthologie du Japon impérial, Kokin Wakashū (ou Kokinshū), un siècle et demi plus tard (en 905), les sections consacrées aux saisons étaient encore plus importantes. Ces deux anthologies avaient aussi des sections consacrées à d'autres types de poèmes, avec des poèmes d'amour et autres poèmes divers (zō).
L'écriture des poèmes tanka commença au milieu de l'ère Heian (à peu près en l'an 1000) et se développa pendant la période médiévale. Au , il y avait des règles bien définies pour l'écriture du tanka, qui spécifiaient que la moitié des vers devait inclure une référence à une saison spécifique en fonction de leur place dans le tanka. Les règles disaient également que le hokku (le premier vers du tanka) devait contenir une référence à la saison pendant laquelle le tanka était écrit. Au , se développa une forme de poésie collaborative qui consistait à composer des tanka à deux, dans le cadre de l'élaboration d'un poème plus long. Cette forme de tanka collaboratif prit le nom de renga. Une version plus légère nommée haïkaï no renga (renga comique) fut introduite à la fin du . Cette version du renga fut suivie et rendue célèbre par Matsuo Bashō et d'autres jusqu'à l'ère Meiji (1867-1912). Vers la fin du , le hokku fut séparé du contexte du haïkaï no renga par Masaoka Shiki et fut recréé en tant que forme de poésie indépendante, mais en gardant le principe du kigo. Pendant l'ère Taishō (1912-1925) eut lieu un mouvement visant à abandonner complètement le kigo. Cependant, de nos jours, la plupart des haïku japonais contiennent un kigo même s'il peut parfois être omis. Beaucoup de haïku écrits dans un autre langage que le japonais n'ont pas de kigo.
Techniquement, le terme haïkaï est utilisé ici pour les poèmes de la période « pré-Shiki » et haïku pour ceux de la période « post-Shiki », même si l'usage populaire qualifie les deux de haïku. La plupart des données sur le kigo dans les haïku s'applique aussi au haïkaï (et au hokku du renga).
Le kigo et les saisons thumb|right|La pleine lune photographiée par la sonde Galileo. Le kigo est un ensemble de mots ou d'expressions que l'on peut associer immédiatement à une saison particulière, mais parfois, la correspondance peut être plus subtile. Les citrouilles (kabocha) par exemple, peuvent être associées à leur récolte en automne. De plus, pour les Américains, les citrouilles font penser aux Jack-o'-lanterns de la fête de Halloween. Un peu plus tard dans l'année, les citrouilles peuvent être associées aux tourtes servies au dîner de Thanksgiving.
Mais pourquoi la Lune (tsuki) est-elle associée à l'automne alors qu'elle est visible dans le ciel toute l'année ? Parce que l'automne est la saison où les jours raccourcissent et les nuits sont plus longues, mais où le temps est assez doux pour rester dehors, si bien qu'on a plus de chances de regarder la lune, surtout si le ciel nocturne est dégagé. L'automne est également la saison où la lumière de la pleine lune peut éclairer les fermiers qui font leur récolte.
Les saisons au Japon Dans le calendrier japonais, les saisons sont définies selon un calendrier luni-solaire où les solstices et les équinoxes marquent les milieux de saisons. C'était également le cas dans la tradition européenne, mais le calendrier actuel place les solstices et les équinoxes au début des saisons. Pour les kigo chaque saison est divisée en trois périodes (début, milieu, fin)Higginson, William J. Kiyose (Seasonword Guide), From Here Press, 2005, p.24 : Printemps : Début : - Milieu : - Fin : - Été : Début : - Milieu : - Fin : - Automne : Début : - Milieu : - Fin : - Hiver : Début : - Milieu : - Fin : -
Saijiki Les poètes japonais qui écrivent des haïku utilisent souvent un saijiki : une sorte de « dictionnaire » ou d'« almanach » des kigo. Une entrée du saijiki inclut le kigo lui-même, plus une liste de mots similaires ou liés, et enfin quelques exemples de haïku utilisant ce kigo. Les saijiki sont divisés selon les quatre saisons, et les saijiki modernes incluent une section pour le Nouvel An et une autre pour les mots « sans saison » (muki). Ces sections sont divisées en catégories où sont classés les kigo. thumb|right|Le Genbaku Dome d'Hiroshima, symbole du bombardement atomique. Les catégories les plus courantes pour l'été sont : La saison : le milieu de l'été, la canicule Le ciel : coucher de soleil, arc-en-ciel, les Pléiades à l'aube La terre : les cascades, l'abondance des fleurs sauvages L'humanité : la sieste, les sushi, les bains de soleil, la nudité, les piscines Les événements : Bombardements atomiques de Hiroshima et Nagasaki (), Jour de la Confédération (1er juillet, Canada) Les animaux : les méduses, les moustiques, les serpents, les coucous Les plantes : le lotus, la fleur d'oranger, le lys, le tournesol Bien que les haïku soient principalement tournés vers la nature, il existe des catégories pour l'humanité et les évènements marquants.
Kigo les plus courants dans les haïku japonais Le Japon s'étend fortement du nord au sud, de sorte que le ressenti des saisons varie en fonction des régions. Cependant, le ressenti utilisé pour les kigo est celui de Kyoto et de ses alentours car c'est dans cette région que la littérature japonaise classique s'est principalement développée, en particulier jusqu'au début de l'ère Edo (début du ). Ci-dessous quelques kigo courants classés selon leur saison associée, comme dans les saijiki.
Printemps thumb|right|270px|Les fleurs de cerisier (sakura), souvent appelées simplement fleurs (hana), constituent un kigo de printemps courant. Le printemps (haru) est lui-même est un kigo. On trouve aussi Le printemps commence (haru tatsu), Signes du printemps (haru meku), La mer au printemps (haru no umi), Le printemps s'en va (yuku haru). Higan du printemps (春彼岸, haru higan, littéralement « au-delà des frontières de ce monde »), la semaine autour de l'équinoxe de printemps (shunbun), est une période où les bouddhistes rendent hommage à leurs ancêtres et se rendent à leurs tombes, comme au Higan de l'automne. Février (kisaragi ou nigatsu), Mars (yayoi ou sangatsu) et Avril (uzuki ou shigatsu). Le troisième mois (sangatsu) du calendrier japonais équivaut à peu près au mois d'Avril du calendrier grégorien, donc Fin de Mars (yayoijin) équivaut à Fin du printemps (haru no hate). La douceur (atatakashi ou nurumu) : pendant tout le printemps, le temps se radoucit par rapport au froid de l'hiver. Également L'eau se réchauffe (mizu nurumu). La brume du printemps (kasumi). La brume nocturne du printemps qui obscurcit la lune s'appelle oboro. Haruichiban, le premier grand vent du sud au printemps, est un kigo dans les haiku modernes. Les ume en fleurs : début du printemps Luguisu (鶯, rossignol japonais, Cettia diphone) : au début du printemps, cet oiseau est utilisé comme un exemple de son agréable. Les uguisu apparaissaient dans la préface du Kokinshū. Il est souvent associé aux ume en fleurs ou à la croissance des plantes dans la poésie waka, et est considéré comme . Les fleurs de cerisier (sakura) et la contemplation des fleurs de cerisier (hanami) : à la fin du printemps. Pour les Japonais, les fleurs de cerisier sont si connues que mentionner des fleurs (hana) dans un haiku suppose qu'il s'agit de fleurs de cerisier. Le hanami est une occasion de sortir entre amis ou entre collègues. Hanamatsuri (la fête des fleurs), un festival célébrant la naissance de Bouddha le . Les grenouilles (kawazu) remarquées pendant tout le printemps pour leurs coassements. L'alouette (hibari) est remarquée pendant tout le printemps pour ses chants en vol. L'hirondelle (tsubame) symbolise le milieu du printemps. Les gazouillements (saezuri) évoquent les oiseaux qui chantent au printemps. Hina Matsuri, la fête des poupées, et Hina (poupée), références à une fête traditionnelle destinée aux filles le .
Été thumb|200px|Koinobori, ornement du Tango no sekku, au début de l'été.L'été (natsu), L'été est arrivé (natsu kinu), Fin de l'été (natsu no hate). Vacances (natsu yasumi) indique les vacances scolaires.Mai (satsuki ou gogatsu), Juin (minazuki ou rokugatsu), Juillet (fumizuki, fuzuki ou shichigatsu).Chaud (atsushi), chaleur (atsusa) et jour chaud (atsuki hi), ainsi que tout ce qui se rapporte à la chaleur, comme la transpiration (ase) et dans les poèmes contemporains, la climatisation (reibō).La glycine (fuji), les hana tachibana (fleurs d'oranger sauvage) et l'iris (ayame) au début de l'été, le lotus (hasu ou hachisu) au milieu et à la fin de l'été. Saison des pluies (tsuyu) : la saison des pluies japonaise commence généralement à la mi-juin. Hototogisu (petit coucou - Cuculus poliocephalus) : pendant tout l'été, le hototogisu est un oiseau de la famille des coucous remarqué pour son chantLes cigales (semi) : à la fin de l'été, connues pour leur chant. Tango no sekku, une fête traditionnelle pour les garçons le . Son équivalent pour les filles est le Hinamatsuri au printemps. Les fêtes (matsuri) désigne les fêtes shintoïstes de l'été destinées à la purification. Traditionnellement, il s'agit de la fête du temple de Kamo à Kyoto, mais en tant que kigo, cela peut désigner n'importe quelle fête locale.
Automne thumb|200 px|right|Le raisin (budō) est un fruit récolté en automne. L'automne (aki) ; d'autres combinaisons comme L'automne est arrivé (aki tatsu), L'automne se termine (aki tsuku), L'automne est parti (yuku aki). Août (hazuki ou hachigatsu), Septembre (nagatsuki ou kugatsu) et Octobre (jūgatsu or kamnazuki). Le neuvième mois (kugatsu) du calendrier japonais équivaut à peu près à Octobre, donc Fin de septembre (kugatsujin) est équivalent à Fin de l'automne (kure no aki). Le typhon (taifu ou nowaki), le tonnerre (kaminari) La Voie Lactée (amanogawa, littéralement « rivière dans les cieux »), car elle est plus visible en automne au Japon. Elle est associée à Tanabata. La lune (tsuki) tout l'automne, et regarder la lune (tsukimi) au milieu de l'automne. Le mot « lune » désigne implicitement la pleine lune en automne. (Regarder la lune et regarder les feuilles (momijimi ou momijigari) en automne (tout comme regarder la neige (yukimi) en hiver et regarder les fleurs de cerisier (hanami ou sakuragari) au printemps) sont des activités de groupe courantes au Japon.) Les insectes (mushi), généralement des insectes qui chantent. Par exemple le criquet (kōrogi) pendant tout l'automne, pour le chant des mâles. La poire nashi (梨 nashi), le cognassier (boke no mi), la pêche (momo), le kaki, les pommes (ringo) et les raisins (budō) sont quelques fruits utilisés comme kigo d'automne.