vignette|Benoît XVI en 2006.

Le discours de Ratisbonne est un discours que le pape Benoît XVI a tenu sur le rapport entre foi et raison, intitulé Foi, raison et université - Souvenirs et réflexions, à l’université de Ratisbonne en Allemagne, où il avait été enseignant. Le , Benoît XVI tient ce discours sur les rapports entre la religion et la violence, et lance une condamnation claire et motivée contre la violence exercée au nom de la religion.

Une partie du discours déclenche de vives réactions politiques et religieuses dans le monde, majoritairement négatives dans les pays musulmans, où de nombreuses églises sont attaquées, et une fidèle tuée. Ces réactions négatives sont jugées injustifiées dans l’objectif d’un dialogue interreligieux et au nom de la liberté d'expression.

Discours de Benoît XVI Résumé Le discours de Foi, Raison et Université, citant aussi bien la pensée juive et grecque que la théologie protestante et l’athéisme moderne, traitait principalement du christianisme et de ce que le pape Benoît appelle la tendance à de la raison.

L’islam n’est abordé que dans une partie du discours (trois paragraphes). Le pape cite des critiques fortes émises par l'empereur byzantin Manuel II Paléologue dialoguant avec un savant persan en 1391 à propos du jihad ; il juge que l’empereur Verbatim : les propos du pape sur l’islam, Tf1-Lci, 16 septembre 2006. et avec une Foi, Raison et Université : discours du pape à l’Université de Ratisbonne, InXL6..

Dans les trois paragraphes, situés au début du discours, Benoît XVI cite et discute un argument développé par l’empereur Manuel II Paléologue dans ce dialogue, mais aussi des commentaires faits par le théologien Théodore Khoury, qui publia récemment le dialogue de l’empereur auquel le Souverain Pontife se référait. Benoît XVI utilise l’argument de Manuel II pour décrire une distinction entre le point de vue chrétien et le point de vue de l’islam : selon le chrétien Manuel II, , alors que pour la doctrine musulmane, comme l’explique Khoury, .

Les paragraphes qui traitent de l’islam

Paragraphe 1 - Tout cela me revint en mémoire récemment à la lecture de l’édition publiée par le professeur Théodore Khoury (Münster) d’une partie du dialogue que le docte empereur byzantin Manuel II Paléologue, peut-être au cours de ses quartiers d’hiver en 1391 à Ankara, entretint avec un Persan cultivé sur le christianisme et l’islam et sur la vérité de chacun d’eux. L’on présume que l’empereur lui-même annota ce dialogue au cours du siège de Constantinople entre 1394 et 1402 ; ainsi s’explique le fait que ses raisonnements soient rapportés de manière beaucoup plus détaillée que ceux de son interlocuteur persan. Le dialogue porte sur toute l’étendue de la dimension des structures de la foi contenues dans la Bible et dans le Coran et s’arrête notamment sur l’image de Dieu et de l’homme, mais nécessairement aussi toujours à nouveau sur la relation entre — comme on le disait — les trois « Lois » ou trois « ordres de vie » : l’Ancien Testament — le Nouveau Testament — le Coran. Je n’entends pas parler à présent de cela dans cette leçon ; je voudrais seulement aborder un argument — assez marginal dans la structure de l’ensemble du dialogue — qui, dans le contexte du thème « foi et raison », m’a fasciné et servira de point de départ à mes réflexions sur ce thème.

Paragraphe 2 - Dans le septième entretien (dialexis — controverse) édité par le professeur Khoury, l’empereur aborde le thème du djihad, de la guerre sainte. Assurément l’empereur savait que dans la sourate 2, 256 on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. Sans s’arrêter sur les détails, tels que la différence de traitement entre ceux qui possèdent le « Livre » et les « incrédules », l’empereur, avec une rudesse assez surprenante qui nous étonne, s’adresse à son interlocuteur simplement avec la question centrale sur la relation entre religion et violence en général, en disant : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait ». L’empereur, après s’être prononcé de manière si peu amène, explique ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles la diffusion de la foi à travers la violence est une chose déraisonnable. La violence est en opposition avec la nature de Dieu et la nature de l’âme. « Dieu n’apprécie pas le sang — dit-il —, ne pas agir selon la raison, sun logô, est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l’âme, non du corps. Celui, par conséquent, qui veut conduire quelqu’un à la foi a besoin de la capacité de bien parler et de raisonner correctement, et non de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable, il n’est pas besoin de disposer ni de son bras, ni d’instrument pour frapper ni de quelque autre moyen que ce soit avec lequel on pourrait menacer une personne de mort…

Paragraphe 3 - L’affirmation décisive dans cette argumentation contre la conversion au moyen de la violence est : ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. L’éditeur Théodore Khoury commente : pour l’empereur, un Byzantin qui a grandi dans la philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable. Dans ce contexte, Khoury cite une œuvre du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui explique qu'Ibn Hazn va jusqu’à déclarer que Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l’obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l’homme devrait même pratiquer l’idolâtrie.

Dans la suite de son discours (12 paragraphes), le pape parle des relations entre la Foi et la raison, en particulier la philosophie grecque. Il n’est plus question de l’islam ni de la violence, en revanche, la citation de Manuel II : « Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » revient à deux reprises.

Constat Le pape Benoît XVI, en relatant dans son discours une controverse de la fin du Moyen Âge (fin ) entre l’empereur chrétien de Constantinople Manuel II Paléologue et un érudit musulman persan, a soulevé une polémique : certains milieux musulmans y ont vu une critique du jihad (la « guerre sainte ») et du prophète Mahomet. Dans cette transcription, on peut comprendre que Dieu, qui est amour, ne peut voir la vraie foi se répandre par la guerre (le Jihad) et la violence. Le pape Benoît XVI est accusé d’avoir lié la foi musulmane à la violence. Le , le Vatican rappelle dans une déclaration officielle que « (…) le Saint-Père souhaite cultiver une attitude de respect et de dialogue envers les autres religions et cultures, et de toute évidence aussi l’islam », et que ce discours était « un refus clair et radical de la motivation religieuse de la violence ».

Interprétation et enjeux Au sein de l’Église, la critique du faux irénisme a été tout d’abord développée dans l’encyclique Humani Generis de Pie XII. Le point de doctrine est d’exiger un dialogue franc qui va au-delà des malaises et des vaines concessions. Benoît XVI ne se pose pas en critique de ses prédécesseurs ou de Vatican II ; en lançant le défi du dialogue à ses interlocuteurs, il veut aller au cœur du débat, qui pour lui a autant d’enjeux culturels que religieux.

Par la déclaration Nostra Ætate du concile Vatican II sur les rapports avec les autres religions, l’Église ouvre le dialogue en misant surtout sur les croyances communes des grandes traditions religieuses. Cette ouverture s’était par exemple concrétisée par les journées de prière commune à Assise. Le caractère sans condition de cette attitude d’ouverture avait été critiquée au sein même de la curie romaine, en particulier par le cardinal Ratzinger alors qu’il était préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi. Ce dernier avait obtenu que l’on dise des responsables religieux qu’ils étaient réunis à Assise « ensemble pour prier » et non pour « prier ensemble », soulignant ainsi que pour la théologie catholique, le sens de la prière chrétienne n’est pas réductible à celui des autres religions.

Auteur du catéchisme de l'Église, il avait publié quelques années plus tôt la déclaration Dominus Iesus qui réaffirmait l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église. L’une de ses plus vives critiques déjà adressées à l’islam est qu’elle est incompatible avec la démocratie.

Foi et raison Alors que sa première encyclique traitait de l’amour de Dieu, cette fois-ci à Ratisbonne il aborde le sujet de la Foi et de la Raison au sein des institutions académiques, sujet qu’avait abordé Jean-Paul II dans son encyclique Fides et ratio. Ce rappel s’adresse aussi bien à un occident déchristianisé, qui tend à considérer que le domaine de la Raison exclut tout discours sur la Foi, qu’à un monde musulman, implicitement appelé à manifester plus de raison dans l’expression de sa foi, et à accepter une critique de l'islam externe.

Quelques commentateurs ont souligné le rôle central que la notion de disputatio (débat entre théologiens de religions différentes) tenait dans cette histoire relatée par le pape. Ces débats (parfois appelés « controverses ») étaient une pratique fréquente de l’Église à la fin du Moyen Âge et à la Renaissance, et il y en eut même dès le une célèbre sous le calife Al-Mamoun. Il y en eut d’organisées avec des juifs, des musulmans, des cathares… La scène historique relatée par le pape rappelle une époque où les autorités de deux religions pouvaient dialoguer rationnellement de leur religion respective, sans recourir à la violence pour défendre leur foi : le siège de Constantinople qui sert de toile de fond est une guerre politique, non religieuse. Par contraste, cette scène souligne les difficultés actuelles d’une critique de l’islam fondée sur la raison.

Relation entre catholicisme et islam En ce qui concerne les rapports avec l’islam, le pape montre son désir de fonder le dialogue inter-religieux sur la responsabilité.

Le sort des minorités chrétiennes en terre d’islam, ou les appels à la violence religieuse de certains dirigeants islamistes, sont des sujets pointés du doigt par les autorités catholiques.

Jusqu’à la déclaration de Ratisbonne, la position de l’Église catholique a été de ne faire aucun geste qui puisse entraîner des difficultés pour les minorités chrétiennes en pays islamiques (en Palestine, Iran, Irak, Turquie, Copte en Égypte…). La déclaration de Ratisbonne marque également une rupture par rapport à cette stratégie.

De fait, en sus des manifestations hostiles, les chrétiens des pays islamistes ont effectivement payé le prix de cette nouvelle politique : sept églises attaquées dans les territoires palestiniens mi-septembrePalestine, et une religieuse, sœur Leonella Sgorbati, assassinée en SomalieUne religieuse assassinée en Somalie.

Mais ces exactions ont été condamnées par de nombreuses autorités, y compris des dirigeants de l’islam. Ces commentaires ont souligné que face à des accusations de violence, l’islam ne pouvait pas répondre par la violence, acceptant ainsi de placer le débat sur le terrain proposé par le pape.

Mises au point du Vatican

Déclaration officielle du secrétaire d'État