Pierre Pucheu, né le à Beaumont-sur-Oise (Seine-et-OiseDans le Val-d'Oise depuis 1968.) et fusillé le à Hussein-Dey (Algérie), est un industriel et homme politique français. Engagé à l'extrême droite, il a été secrétaire d'État puis ministre de l'Intérieur du gouvernement de Vichy de à « L'épuration », dans Historia, hors série 41, 1975.. D'abord partisan de la collaboration, il est en 1941 le créateur des Brigades spéciales, forces de répression supplétives de l'occupant nazi, spécialisées dans la traque des résistants et de tous ceux considérés comme les « ennemis intérieurs » de la France vichyste.
Convaincu ensuite de la nécessité d'un changement de camp et d'un ralliement de la France aux Alliés, il prend contact avec le général Giraud qu'il tente en 1943 de rejoindre alors que ce dernier est au pouvoir à Alger. Mais, en raison de son rôle de la collaboration qui lui vaut l'hostilité des gaullistes et des communistes, il est arrêté lors de son arrivée en Afrique du Nord, puis condamné à mort et fusillé.
Les origines Fils d'un paysan béarnais s'étant installé comme tailleur à Beaumont-sur-Oise et d'une mère comptableRobert Aron, Les grands dossiers de l'histoire contemporaine, Librairie Académique Perrin, 1962-1964, p.285, boursier, Pierre Pucheu, après avoir, comme son père (mort en 1917), combattu pendant la Première Guerre mondialeRobert Aron, Les grands dossiers de l'histoire contemporaine, Librairie Académique Perrin, 1962-1964, p.286 : "En 1914, son père est mobilisé comme deuxième classe et meurt en 1917. Pierre Pucheu redouble d'efforts : il passe sa licence ès lettres avant d'être appelé à son tour sous les drapeaux en février 1918", est reçu au concours de l'École normale supérieure (1919 L).
En 1924, à Ixelles, il épouse Jacqueline Saintenoy (Ixelles 1900 - Paris 1978), la fille de l'architecte bruxellois renommé Paul Saintenoy. De ce mariage naîtront plusieurs enfants.
Dès l'âge de vingt-cinq ans, ce « normalien aux allures de polytechnicien »Alfred Fabre-Luce, Journal de la France 1939-1944, Fayard, 1969, . quitte le monde des lettres pour rejoindre celui de l'industrie où sa carrière le conduit successivement aux Fonderies de Pont-à-Mousson (aujourd'hui Saint-Gobain), puis au Comptoir sidérurgique de France où il coordonne les exportations des sidérurgistes français dans toute l'Europe. À ce poste, il supervise le financement de groupements politiques d'extrême droite comme le PPF, auquel il adhère, avec de l'argent venu essentiellement du Comité des forges.
En 1934, il adhère aux Volontaires nationaux, liés aux Croix-de-feu du colonel de La Rocque, dont il démissionne à l'été 1935, après le rejet de son rapport « Vers une économie nouvelle », dans lequel il renvoyait dos-à-dos capitalisme et communisme, et plaidait « pour une troisième voie où les travailleurs et les syndicats seraient associés aux processus de décision ». Il rejoint ensuite le Parti populaire français (PPF) que vient de créer Jacques Doriot, où il siège au bureau politique. Il en démissionne à l'automne 1938, reprochant à Doriot son approbation des accords de Munich et sa perception de fonds occultes en provenance du gouvernement fasciste italienVictor Barthélemy, Du Communisme eu fascisme, Albin Michel, p. 141, et Claude Popelin, Arènes politiques, Fayard, 1974, p. 127.. Sa critique ne mentionne pas les fonds venus de l'Allemagne nazie.
Il s'éloigne alors provisoirement de la vie politique pour prendre en 1939 la direction des établissements Japy, dépendant du groupe Worms. Il est par ailleurs président du Comptoir sidérurgique de France. Fin 1940 il devient président du Comité d'organisation des machines de bureau, puis de celui des industries mécaniques, .
Ministre du gouvernement de Vichy Pucheu fait son entrée dans le gouvernement de l'amiral Darlan le en compagnie de plusieurs autres « technocrates » (François Lehideux, Jacques Barnaud), proches de la banque Worms. Nommé secrétaire d'État à la Production industrielle, son rapport à l’Allemagne occupante est diversement apprécié par les historiens.
Selon Robert Aron, promoteur de la thèse du glaive et du bouclier aujourd’hui disqualifiée par les historiens, il aurait freiné l'exécution des commandes de la Wehrmacht »Robert Aron, Histoire de Vichy, Fayard, 1954, p. 387.. Il aurait manifesté également son hostilité à l'égard de l'Allemagne en s'opposant à la signature des protocoles de Paris dans lesquels l'amiral Darlan acceptait de consentir en Afrique une aide militaire aux Allemands.
Depuis les travaux de Robert Paxton, notamment, il est établi que Darlan pouvait compter sur Pucheu et sur ceux qui comme lui étaient les plus déterminés à une collaboration active avec l'Allemagne, tant en matière économique que de répression du communisme.Cf. : dans un document politique soumis à Abetz au printemps 1941, certains des jeunes technocrates autour de Darlan, dont Pucheu, parlent de la France comme de « la tête de pont atlantique de l’Europe ».. Déjà avant guerre, comme agent du cartel sidérurgique, il s'était efforcé de promouvoir une coopération entre les industries lourdes allemandes et françaises. Il n'était pas seulement enclin, mais aussi déterminé à rejoindre l'ennemi. À la Production industrielle, il supervisa l'envoi en Allemagne de produits manufacturésPour plus de détails voir « La contribution économique de l'Afrique du Nord française à l'Axe » (département de la guerre économique, section du blocus et du ravitaillement), Rapport 12 septembre 1942. et de 30 000 tonnes de cuivre mais il servit aussi d'intermédiaire (comme Bichelonne) en vue du transfert sous propriété ou contrôle allemand d'usines françaises. Il en aurait personnellement tiré un bénéfice substantiel et renforcé ses propres affaires.. Sur un plan militaire, Pucheu propose en de ravitailler l'armée d'Erwin Rommel à travers la Tunisie.
Son ambition le pousse à accepter de nouvelles fonctions. « Je ne porte intérêt dans la vie qu'aux extrêmes, déclare-t-il un jour à l'ambassadeur de Suisse. Je finirai au plus haut ou au plus bas, ou bien de mort violente. Pour moi, il n'y a pas d'autre issue »Walter Stucki, La Fin du régime de Vichy, La Baconnière, 1947.. Le , il est nommé secrétaire d'État à l'Intérieur, puis promu ministre à ce poste le . Il est immédiatement confronté aux attentats perpétrés contre des militaires allemands par les communistes, entrés en résistance armée après la rupture du Pacte germano-soviétique le . Le premier attentat, au cours duquel le colonel Fabien tue l'aspirant Moser sur le quai du métro Barbès, a lieu le .
Pour éviter les représailles annoncées par les Allemands, Pucheu ordonne la création de la section spéciale de la cour d'appel de Paris et du tribunal d'État, qui condamne à mort six personnes, militants communistes et/ou juifs., en vertu d'une loi rétroactive, pour des faits qui n'auraient été passibles que de cinq années de prison au temps où ils avaient été commis.. Ces six victimes, dont le député Jean Catelas, sont guillotinéesRoger Maudhuy, op. cit., p. 41-42.. Pucheu crée par arrêté du un service de police anticommuniste. Les Allemands le considéraient comme l'homme le plus sûrArchives OSS rapport « Portrait d'un collaborationniste à double sens », 23 juillet 1943.. Il est le ministre anticommuniste, celui dont la fonction est de rassurer l'occupant sur la sécurité alors qu'il est en train d'attaquer vers l'Est et que la France possède, au moins potentiellement, le plus fort parti communiste en dehors de l'URSS et de la Chine.
Fin octobre, en représailles à l'assassinat, à Nantes, du lieutenant-colonel Holtz, chef de la Kommandantur, les Allemands décident de fusiller cent otages, cinquante immédiatement, cinquante si les auteurs de l'attentat ne sont pas découverts dans les 48 heures. Pucheu intervient alors pour « obtenir des Allemands qu'ils choisissent de préférence des militants communistes avérés » Mémoire du capitaine Beigbeder au général de Gaulle, 21/07/1943, cité par ..
Les services du ministre de l'Intérieur du gouvernement de collaboration de Pétain, Pierre Pucheu, proposent une liste de , des otages essentiellement communistes. « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français »La formule prêtée à Pucheu se trouve rapportée dans Henry du Moulin de Labarthète, Le Temps des illusions, éditions du Cheval aîlé, 1946, 354-355.. Sur les de Châteaubriant, les listes de Pucheu en contiennent 17. Guy Môquet n'était pas dans les listes de Pucheu, ce sont les Allemands qui l'ont rajouté en fonction de leur propre politique des otages.Marc Ferro, Pétain, Fayard, Paris, 1987, 789 ; rééd. Hachette littérature, coll. « Pluriel », Paris, 2009, 789 , 345 : .
Globalement, les Allemands se félicitent de son action : « Les exécutions françaises continueront à avoir plus d’effet que les exécutions allemandes il est souhaitable de renforcer le pouvoir de ministre français de l’Intérieur ».
Pour éviter la multiplication des attentats par des résistants , Pucheu en traque impitoyablement les auteurs. En novembre, la police parvient notamment à arrêter sept membres d’un groupe communiste prétendument responsable de l'attentat de Nantes, qui sont remis au tribunal militaire allemand (compétent pour juger les auteurs d'actes portant atteinte aux troupes d'occupation).
Ils sont jugés au palais Bourbon le , condamnés à mort et fusillés. Il en ira de même pour 27 des membres du groupe responsable de l'attentat au cours duquel, le , est tuée une sentinelle allemande, jugés en à la Maison de la Chimie. Pucheu devient alors la « bête noire » des communistes, qui voient en lui le bras armé de la répression allemande : « Les chefs communistes qui en pleine conscience multiplient les embûches sur le chemin du gouvernement du Maréchal commettent une faute grave qui exclura tout pardon ».
Dans le même temps pourtant, en zone libre, il traque tout aussi impitoyablement les espions allemands ou les Français travaillant pour les Allemands, arrêtés par la Surveillance du territoire dirigée par son adjoint, le commandant Henri Rollin, sur les informations données par les services de contre-espionnage du colonel Paul Paillole. 637 agents allemands sont arrêtés en zone libre ou en Afrique du Nord sous son ministère, donnant lieu à 119 condamnations à mort prononcées par les tribunaux militaires de la zone libre ou de l'AFN, dont 37 sont suivies d'exécutions Simon Kitson, Vichy et la chasse aux espions nazis, Autrement, 2005..
De même, selon Tasca (socialiste italien converti au régime de Vichy), il « fait tout pour torpiller la Légion des volontaires français »., qui recrute des Français pour aller se battre aux côtés des Allemands sur le front russe et interdit les réunions du PPF de Doriot et de la LVF (en zone libre).
Début 1942, à l'initiative de Henri Rollin, le ministre Pucheu reçoit Henri Frenay, chef du réseau Combat. Il lui dit : « Capitaine, vous êtes de ceux qui empêchent de faire l'union des Français. Le gouvernement français se bat contre les exigences allemandes. Vous le gênez beaucoup ». Selon Jacques Baumel, proche de Frenay, cette « opération de séduction » avait pour but de « couper en deux la Résistance, en l'isolant des communistes ».
Après son départ du gouvernement Pucheu quitte le gouvernement au retour de Laval, le .