est un film japonais réalisé par Seijun Suzuki et sorti en 1967.
Il se caractérise par son intrigue épurée, sans aucun code narratif, dans un Tokyo fantomatique, composé de rues désertes et d'appartements vides, et apparaît comme un collage surréaliste fonctionnant par associations d'images.. Échec critique et commercial total lors de sa sortie, il vaut à Suzuki de se faire licencier sans ménagement par la Nikkatsu. En réponse, il poursuit le studio en justice, avec succès, pour les conditions insoutenables de réalisation du film, et obtient le soutien de groupes d'étudiants, de cinéastes partageant les mêmes idées et du grand public, provoquant une controverse majeure dans toute l'industrie cinématographique japonaise. Suzuki est mis sur liste noire et ne réalise pas d'autre long métrage pendant une décennie, mais devient une icône de la contre-culture au Japon.
Le film raconte l'histoire de Gorō Hanada (Joe Shishido), le tueur à gages Numéro 3 de la pègre japonaise, qui enchaine les contrats avec succès. Il est un jour recruté par une mystérieuse femme nommée Misako () pour une mission apparemment impossible : tuer un homme avec un délai de 3 secondes pour ajuster sa visée et sur une zone de tir de 5 centimètres autour de son cœur. Lorsque la mission échoue à cause d'un papillon qui se pose devant sa lunette au moment du tir, il devient la cible du mystérieux Numéro 1 qui veut s'amuser à détruire sa santé mentale avant de le tuer.
La Nikkatsu lance le projet du film en tant que série B à petit budget. Jugeant le scénario original « inapproprié », le studio fait appel à Seijun Suzuki pour le réécrire et le réaliser en un temps très limité : une semaine pour la préproduction, 25 jours pour le tournage et trois jours pour la postproduction. La date de sortie est même déjà fixée. Le scénario est alors attribué à , un collectif composé de Suzuki et de sept autres scénaristes, dont ses fréquents collaborateurs Takeo Kimura et Atsushi Yamatoya. N'utilisant pas de storyboard, Suzuki propose bon nombre de ses idées la veille au soir ou directement sur le plateau pendant la période de tournage, et est à l'écoute de celles de ses collègues. Il laisse ses acteurs jouer leurs rôles comme ils l'entendent et n'intervient que lorsqu'ils « font fausse route ». Suzuki donne au film un aspect satirique, visuellement éclectique et avec un penchant anarchique, alors que le studio l'avait auparavant mis en garde avec ses films précédents qui devenaient de plus en plus incompréhensibles. Le montage du film de 1h30 est réalisé en une seule journée grâce à la méthode de Suzuki consistant à ne filmer que les images nécessaires. Le trop court délai accordé à Suzuki pour faire le film est tel que la post-production n'est terminée qu'un jour avant sa sortie en salles le .
Dans les années 1980, La Marque du tueur acquiert le statut de film culte à l'international. Les critiques et cinéphiles le considèrent aujourd'hui comme un chef-d'œuvre de l'absurde. Il est cité comme influence par des cinéastes majeurs tels que Jim Jarmusch, John Woo, Park Chan-wook, Quentin Tarantino et Nicolas Winding Refn, ainsi que par le compositeur John Zorn. Il inspire une version en roman porno réalisée par Yamatoya, , et une suite en 2001, Pistol Opera, réalisée par Suzuki pour la Nikkatsu. La société organise également deux grandes rétrospectives de sa carrière en signe de réconciliation.
Synopsis Gorō Hanada (Joe Shishido), le tueur Numéro 3 dans la hiérarchie de la pègre japonaise, et sa femme, Mami, s'envolent pour Tokyo où ils sont accueillis par Kasuga, un ancien tueur à gages devenu chauffeur de taxi et alcoolique. Hanada accepte d'aider ce dernier à revenir dans le monde criminel, et les trois se rendent dans un club appartenant au patron des yakuza, Michihiko Yabuhara. Les deux hommes sont embauchés pour escorter un client du port de Sagami à Nagano pour 5 millions de yens. Après la rencontre, Yabuhara tente de séduire Mami.
Conduisant leur client vers sa destination, la voiture tombe dans une embuscade. Alors que Hanada garde son sang froid et élimine les attaquants un par un, Kasuga panique et fonce sans se protéger sur Kō, le tueur Numéro 4. Il se fait abattre facilement mais, par un dénouement surréaliste, avait réussi à blesser mortellement Kō qui s'effondre alors. Hanada s'éloigne ensuite du client pour récupérer la voiture de Kō mais entend trois coups de feu venant de la zone où son client attend. Se précipitant, il le trouve sain et sauf, tandis que trois hommes sont à terre avec chacun une balle dans le front. Ils reprennent leur route et tombent dans une nouvelle embuscade. Hanada tue d'autres hommes armés et commence un duel avec Sakura, le tueur Numéro 2. Il réussit à mettre le feu dans le bâtiment où celui-ci est retranché et il sort en feu en courant et en hurlant avant que le client ne l'abatte lui-même.
Une fois la mission terminée, Hanada tombe en panne en voiture sous une pluie battante. Misako, une femme mystérieuse avec des pulsions suicidaires, le récupère en décapotable (alors qu'il pleut). Rentré chez lui, il fait l'amour sauvagement avec sa femme Mami, alimenté par le fétichisme de Hanada pour l'odeur du riz bouilli.
vignette|gauche|Joe Shishido, qui joue le tueur Numéro 3. Yabuhara engage ensuite Hanada pour éliminer trois hommes. Hanada abat le premier avec un fusil à lunette en tirant depuis un panneau publicitaire et le second en tirant dans une canalisation au moment où il se penche au-dessus de son évier. Le troisième est plus complexe. Il pénètre directement dans le bureau où il travaille à l'intérieur d'une tour, abat ses hommes de main avant de l'éliminer, puis s'échappe par la fenêtre en grimpant sur un ballon publicitaire avant l'arrivée de la police. Misako le retrouve et lui impose un contrat quasi impossible : celui de tuer un étranger dans un délai de 3 secondes et sur une zone de tir de 5 centimètres autour de son cœur. Pendant la mission, un papillon se pose devant sa lunette juste au moment du tir, ce qui lui fait manquer sa cible et tuer une passante. Misako avertit Hanada qu'il va perdre son rang de Numéro 3 et être éliminé à son tour. De retour chez lui, il se prépare à quitter le Japon lorsque sa femme sort un pistolet et l'abat, avant de mettre le feu à l'appartement et s'enfuir. Hanada n'est cependant pas mort car sa boucle de ceinture a arrêté la balle et il s'échappe en sautant du balcon.
Il croise la route de Misako qui l'accueille chez elle dans son appartement dont les murs sont tous recouverts de papillons séchés. À l'intérieur, ils s'engagent dans une relation faite de séduction et de violence. Il tente sans succès de la séduire mais elle refuse et n'accepte que lorsqu'il la menace de mort. Par la suite, il se rend compte qu'il aime Misako et est incapable de la tuer. Confus, il erre dans les rues et perd connaissance. Le lendemain, il retrouve Mami au club de Yabuhara. Elle essaie de le séduire, puis simule l'hystérie et lui dit qu'Yabuhara lui a ordonné de le tuer. Elle lui dit également que les trois hommes qu'il a éliminé avaient volé des diamants à l'organisation, et que l'étranger était un enquêteur envoyé par le fournisseur. Imperturbable, Hanada la tue, se saoule et attend le retour de Yabuhara chez lui. Mais ce-dernier s'écroule sur sa porte, mort d'une balle dans le front.
Hanada retourne à l'appartement de Misako, où un film projeté la montre ligotée et torturée parce qu'elle n'a pas tué Hanada. À la fin du film, un homme lui donne rendez-vous sur une jetée et annonce que des hommes l'y attendront pour le tuer. Malgré le danger, Hanada se soumet à la demande, mais réussit à tuer les assassins à la place. L'ancien client arrive, se révélant être le légendaire tueur Numéro 1. Il a l'intention de tuer Hanada mais, en remerciement pour son travail du début, lui accorde une trêve. Alors que Hanada se cache dans l'appartement de Misako, Numéro 1 s'amuse à le narguer avec des appels téléphoniques menaçants et lui interdit de quitter l'appartement sous peine de l'abattre. Harcelé, cloîtré, privé de sommeil par les appels et sous menace permanente de mort, la santé mentale de Hanada commence a sérieusement se détériorer. Finalement, Numéro 1 emménage avec Hanada pour continuer à le pousser à bout. Ils se fixent des heures pour manger, dormir et, parfois, s'attachent les mains entre eux. Numéro 1 suggère un jour d'aller manger au restaurant, mais part aux toilettes pendant le repas. Ne voulant pas le perdre de vue, Hanada le rejoint sur place et découvre son secret : il dissimule en permanence son visage défiguré.
À l'appartement, Hanada trouve une note et un autre film de Numéro 1, indiquant qu'il l'attendra dans une salle de boxe avec Misako. Arrivé sur place, il ne trouve personne, mais lorsqu'il s'apprête à partir, un enregistrement audio explique que Numéro 1 épuise ses cibles avant de les tuer. Enroulant un bandeau autour de son front, Hanada monte sur le ring de boxe. Numéro 1 apparaît alors et lui tire dessus. De façon inexplicable, le bandeau arrête la balle et Hanada riposte et réussit finalement à tuer Numéro 1. Debout au milieu du ring, il se déclare triomphalement nouveau Numéro 1. Il abat instinctivement Misako qui débarque soudainement. Il continue alors à proclamer son nouveau statut puis tombe hors du ring.
Fiche technique Titre : La Marque du tueur Titre original : Titre anglais : Réalisation : Seijun Suzuki Assistant réalisation : Masami Kuzuu Scénario : note : Hachirō Guru, « groupe des huit », est le nom de plume commun à Seijun Suzuki, Takeo Kimura, Atsushi Yamatoya, Yōzō Tanaka, Chūsei Sone, Yutaka Okada, et . Musique : Naozumi Yamamoto Photographie : Décors : Motozō Kawahara Montage : Production : Kaneo Iwai et Takiko Mizunoe Société de production : Nikkatsu Pays de production : Langue originale : japonais Format : noir et blanc - 2,35:1 (cinémascope) - son mono - 35 mm Genre : drame, film noir Durée : Date de sortie : japon : .
Distribution vignette|, qui joue un ancien tueur à gages devenu alcoolique. Joe Shishido : Gorō Hanada, le tueur Numéro 3. Un tueur à gages fétichiste de l'odeur du riz bouilli. Il est employé par les yakuzas jusqu'à ce qu'il rate une cible à cause d'un papillon qui se pose devant la lunette de son fusil au moment de son tir. Il est rétrogradé de son rang et devient la cible du Numéro 1. Il consomme de plus en plus d'alcool et devient paranoïaque. Shishido était considéré comme le visage des films de Suzuki, en partie en raison de leurs fréquentes collaborations, qui sont parmi les plus importantes de leurs carrières. Après un succès médiocre dans les mélodrames de la Nikkatsu, il se fait opérer des joues pour se les faire artificiellement gonfler. Il connaît ensuite un énorme succès dans des rôles d'antagonistes et, peu de temps après, devient une star. : le tueur Numéro 1. Un tueur à gages entouré de mystères dont l'existence même est sujet à caution. Il emploie incognito les yakuzas pour avoir des gardes du corps. Plus tard, il réapparaît dans l'intention de tuer Hanada, le piégeant tout d'abord dans un appartement, puis emménageant avec lui, avant leur confrontation finale dans une salle de boxe. : Michihiko Yabuhara. Un chef yakuza qui engage Hanada et drague sa femme. Lorsqu'il découvre que des personnes le volent dans son trafic de diamants, il charge Hanada d'éliminer les coupables, avant de l'ajouter lui-même à la liste des personnes à éliminer. Lors de son ultime apparition, il a pris balle dans la tête.