Bhaishajyaguru (IAST: Bhaiṣajyaguru) (ch : Yàoshīfó 藥師佛 ; ja : Yakushi ; ti : Sangye Menla), « Maître guérisseur » ou Bouddha de médecinePhilippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme, Paris, Seuil, 2006, 950 p. p. 99-101Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, p. 108-109., est l’un des bouddhas mahāyāna du passé, devenu une émanation de Shakyamuni spécialisée dans les guérisons matérielles et spirituelles et la protection contre les calamités. Son nom complet est Bhaişajyaguruvaidūryaprabha, « Maître guérisseur à la lumière de lapis-lazuli »Ch. Yàoshī liúlíguāng rúlái 薬師瑠璃光如来; jap. Yakushirurikō nyorai..
Origine et développement
Bouddhisme et guérison L'idée de guérison est étroitement liée au bouddhisme: dès ses débuts, on trouve l'idée que Siddartha Gautama, le bouddha historique, guérit les maux, car il propose aux hommes de guérir en s'examinant pour prendre conscience de la racine de leurs problèmes, et en adoptant alors d'autres comportements qui peuvent leur amener paix et joie. D'ailleurs, il est fréquent dans les sutra que l'on assimile le Bouddha à un médecin, les disciples à des malades, le Dharma à un médicament, l'application des enseignements à la prise du médicament, et le nirvana à la guérison totale et finale des maux dont les êtres sont accablés dans le cycle des vies et des renaissances, y compris des maladies au sens proprePaul Magnin, Bouddhisme et diversité. Expériences de libération, Paris, Cerf, coll. « Patrimoines - bouddhisme », 763 p. p. 394-395.
Antécédents à Bhaishajyaguru Le Mahâyana développe une manifestation du Bouddha qui l'associe explicitement au médecin par excellence. On en a une allusion dans le Sûtra du Lotus, avec deux bodhisattvas répondant au nom de Bhaiṣajyasena et Bhaiṣajyarāja. Mais le Bouddha dont le vœu originel va se décliner en douze points — le vœu de guérir les êtres de tous leurs maux étant un des principaux — apparaît dans le Bhaiṣajyaguru-sūtrachinois : Yàoshī jīng 《薬師経》 ; japonais : Yakushi-kyō. Toutefois, les origines de Bhaishajyaguru restent discutées. La présence des deux bodhisattvas mentionnés dans le Sûtra du Lotus, tout comme les similitudes que présente le Bouddha de médecine avec d'autres bouddhas dits « célestes », comme Amitâbha et Akshobhya, laissent penser qu'il a pu y avoir une influence de cultes rivaux. Ainsi, il est possible que Bhaiṣajyaguru se soit affirmé face à Amitābha, car celui-ci apporte simplement au monde le salut, mais n'aide guère les êtres dans leur quotidien si bien que l'on se serait bientôt tourné vers Bhaishajyaguru.
Le maître des remèdes Selon Paul Magnin, la figure de Bhaishajyaguru en tant que bouddha indépendant apparaît vers le de notre ère, dans le nord-ouest de l'Inde et en Asie centrale, et ce personnage va être vénéré comme le « maître aux remèdes ». Très vite on lui attribue la Terre pure de l'Est appelée « Plaisir » (Abhirati), une Terre sur laquelle régnait précédemment le bouddha Akshobhya.
Bhaishajyaguru deviendra en fait un des principaux bouddhas du Mahâyâna, et sa carrière de bodhisattva est décrite dans Bhaiṣajyaguru-sūtraEn Chine, on se réfère à la version du sūtra traduite par Xuanzang sous le titre de Yàoshī liúlíguāng rúlái běnyuàngōngdé jīn.《藥師琉璃光如來本願功德經》; sanscrit: Bhaiṣajya guru Vaidūrya Prabhāsa Pūrva praṇidhāna viśeṣa vistara, un texte qui liste ses douze vœux, dont deux expriment spécifiquement son désir de guérir et de sauver, et décrit sa Terre pure. Il devint bouddha dans un monde nommé Vaidūryanirbhāsa (« Semblable au lapis-lazuli »chinois : Jìng liúlí 浄瑠璃, pur Lapis-lazuli ; japonais : Jōruri 浄瑠璃). Du nom de ce monde dérive aussi le nom de « Tathâgata de la lumière de lapis-lazuli ». Bhaishajyaguru est donc un symbole de lumière, et il siège dans sa Terre entouré de deux bodhisattavas liés au monde des astres: à sa gauche, Sūryaprabha — ou Suryagupta —ch.: Rìguāng púsà 日光菩薩; jap. : Nikko (bosatsu) ; tib. : Nyi-ma 'od (« Qui a l'éclat du soleil »), et à sa droite Candraprabha — ou Candragupta —ch.: Yuèguāngpúsà 月光菩薩 ; jap. : Gakko (bosatsu) ; tib. : Zla-ba 'od (« Qui a l'éclat de la lune ») à sa droite, chacun de ces deux bodhisattvas tenant dans une main son astre. Ces deux bodhisattvas servent le bouddha-
Symbole, mais aussi source de lumière, Bhaiṣajyaguru se révèle particulièrement efficace en cas de maladies liées à la vue.
Comme Akshobhya, Bhaiṣajyaguru réside donc dans une Terre pure (le Vaiḍūryarnibasa) située à l'est. Celle-ci peut former une paire avec celle d'Amitābha, appelée Sukhāvatī et située à l'ouest. La Terre pure d’Amitābha est d’ailleurs mentionnée dans le Bhaiṣajyaguru sūtra.
Les acolytes du Bouddha de médecine vignette|Yakushi Nyorai, (H. ), entouré de Suryagupta et Candragupta (H. ). Temple de Yakushi-ji, Nara. Début du . Photo de 1942. Rapidement, dans le développement de son culte, Bhaśajyaguru s'est vu entouré de personnages. D'une part, il a été divisé en une série de huit bouddhas de médecine (aṣṭa-bhaśajyaguru), Il s'agit de sept corps d'émanation de Bhaśajyaguru, correspondant aux sept modalités ou fonctions de guérison et de protection auxquels vient s'ajouter le Bouddha principal, Siddartha Gautama. Toutefois, aucun des sept premiers bouddha ne fait l'objet d'un culte individuel.
Leurs noms varient selon les sources, mais le Sapta tathāgata-Pūrva praṇidhāna viśeṣa vistaratibétain : De-bzhin gshegs-pa bdun-gyi smon-lam mdo ; chinois : Yàoshī liúlíguāng qīfó běnyuàngōngdé jīng ; japonais : Yakushirurikô shichibutsu hongakudokukyô (« Sûtra du vœu des sept tathāgatas ») donne les suivants: Bouddha Renom Glorieux des Signes Excellents ; Bouddha Roi de l'Or, Excellent et Immaculé ; Bouddha Joyeux Radieux qui Exauce les Vœux ; Bouddha Précieux Roi du Son Mélodieux ; Brillante Radiance de Capacité ; Bouddha Roi Gloire Suprême qui Libère des Souffrances ; Bouddha Océan Mélodieux du Dharma Proclamé ; Bouddha Roi de la Claire Lumière Océan de Sagesse du DharmaSanscrit : Suvarṇa bhadra vimala ratna prabhāsa / Agokottamagri / Dharma kîrti sāgara ghoṣa / Abhijñārāja / Ratna gikhin / Suparik-n-tināmagri / Sabda ghoṣa râja ; Tibétain : sGra-dbyangs rgyalpo / gSer-bzang chi-med fin-chen snang-ba / Mya-ngan-med mchogdpal / Chos-grags rgya-mtsho'i dbyangs / mNgon-mkhyen rgyalpo / Rin-chen gtsug-gtor-can / mTshan-legs yongsgrags dpal / sGra-dbyangs rgyalpo ; Chinois : 善稱名吉祥王如來 / 寶月智嚴光音自在王如來 / 金色寶光妙行成就如來 / 無憂最勝吉祥如來 / 法海雷音如來 / 法海慧遊戲神通如來 / 藥師琉璃光如來.. Quelquefois Siddharta Gautama s’ajoute au groupe, qui forment l'ensemble des huit bouddhas médecins, correspondant aux fonctions de guérisseur de Bhaśajyaguru.
D'autre part, on note différents bodhisattvas, dieux et autres personnages qui l’aident à combattre les maladies. Tout d'abord seize boddhisatvas masculins et fémininsMasculins: Manjushri, Vajrapani, Avalokiteshvara, Maitreya, Ksitigarbha, Akasagarbha, Vinaraviskambin, Samantabhadra / Féminins : , Puspa, Malya, Dupa, Gita, Aloka, Gantha, Nirthi. Ensuite, dix dieux et quatre Grands Rois des directions; enfin douze généraux en armure des yakṣa qui combattent les maladies au nom de leur chefParmi les dieux,Indra, Brahma, Agni, Vishnu; les rois dieux: , Dhirtrastra, Virudhaka, ; les généraux: Kumbhīra, Vajra, Mikila, Andira, Anila, Andila, Indra, Pajira, Mahorāga, Kinnara, Catura et Vikarāla. .
Le Bhaiṣajyaguru-sūtra Le sûtra a sans doute été écrit en Inde du Nord, dans les premiers siècles de notre ère, et il présente les vœux, les qualités et la Terre pure du Bouddha
de médecine.
Les douze grands vœux Le Bouddha de Médecine a formulé douze « grands vœux ».
Résumé Ci-dessous, la synthèse de chaque vœu, donnée par Philippe Cornu.
Répandre sa lumière dans d'innombrables mondes et rendre les autres égaux à lui. Illuminer tous les êtres plongés dans les ténèbres. Combler les besoins de chacun avec équanimité. Ramener les égarés dans la voie du Mahâyâna. Amener ceux qui ont foi en lui à suivre la discipline. Guérir tout être souffrant d'infériorités physiques ou d'affections mentales. Guérir tout malade du corps ou de l'esprit, pourvoir en amis, famille et foyer ceux qui en sont privés et les guider vers l'Éveil. Faire que les femmes, défavorisées, renaissent hommes jusqu'à l'Éveil. (La distinction de genre sur ce vœu est possiblement un rajout monastique lors des différentes traductions copies antiques. Les Bouddhas font en sorte d'aider les gens, et de leur procurer des conditions favorables adaptées à chacun. Il y a des soutras ou des moines sont tancés pour enseigner à des femmes de vouloir renaitre homme, et ou il est enseigné que le chemin est tout aussi possible pour les femmes que pour les hommes. Les manifestations féminines de l'éveil sont des manifestations tout aussi puissantes et bénéfiques que les manifestations masculines.) Protéger les êtres de l'illusion, leur montrer la vue juste et la voie des bodhisattva vers l'Éveil. Sauver ceux qui sont en détresse, emprisonnés ou condamnés à mort. Nourrir les affamés, abreuver les assoiffés. Procurer des vêtements aux êtres nus ou indigents.
Formulation complète Chacun des vœux commence par Seul le premier vœu est formulé complètement. Pour les onze autres, on a remplacé « dans ma prochaine vie, lorsque j’atteindrai le Parfait Éveil Inégalé » par (...). « Je formule le vœu que, dans ma prochaine vie, lorsque j’atteindrai le Parfait Éveil Inégalé, mon corps puisse briller d'une lumière éclatante qui illuminera des mondes sans mesure, innombrables et illimités. Mon corps sera orné des trente-deux traits héroïques et des quatre-vingts caractéristiques subsidiaires, et je permettrai à tous les êtres de devenir comme moi. « Je formule le vœu que (...) mon corps puisse être comme du cristal transparent de l’intérieur à l’extérieur, pur et sans aucune tache, avec une lumière gigantesque, dans la majesté de sa vertu, assis sereinement, orné d’un filet en flammes, plus brillant que le Soleil et la Lune, et que tous les êtres de l’obscurité puissent être instruits et éclairés, construire librement leur cause en guise de leur souhait. » « Je formule le vœu que (...) je puisse accorder par une sagesse illimitée et des moyens habiles, à tous les êtres sensibles, les objets inépuisables dont ils auront besoin de sorte que rien ne leur manquera. » « Je formule le vœu que (...) je puisse conduire ceux qui sont sur les chemins hétérodoxes vers la demeure tranquille sur le chemin de l’Éveil (Bodhi) ; et ceux qui pratiquent le véhicule des auditeurs (Shramana) et des éveillés tout seuls (Pratyekabuddha) à se tenir fermement sur le Grand Véhicule (Mahâyâna) des Bodhisattvas. » « Je formule le vœu que (...) si d’innombrables êtres pratiquent l’action pure (brahmique) je puisse les aider à ne violer aucune loi morale et à observer les trois groupes de commandements, et s’il leur arrive de commettre des violations, une fois qu’ils entendront mon nom, ils redeviendront purs et ne tomberont pas dans de mauvaises existences. » « Je formule le vœu que (...), si des êtres sensibles ont un corps imparfait, et les organes de cinq sens sont en manque, ou ils sont laids, stupides, aveugles, sourds, muets, boiteux, bossus, lépreux, lunatiques, ou souffrent de toutes les maladies, quand ils entendront mon nom, tous regagneront leurs apparences normales et deviendront intelligents, avec les organes de cinq sens intacts et sans maladies ni souffrances. » « Je formule le vœu que (...) si des êtres sensibles sont tourmentés par les maladies, sans soins ni refuge, sans médecin ni médicament, sans proches ni famille, pauvres et misérables, une fois que mon nom atteindra leurs oreilles, tous seront complètement libérés des maladies, paisibles et joyeux du corps et de l’esprit, ils auront des proches familiaux et des biens à profusion, et atteindront même le suprême Éveil du Bouddha. »