Dag Hammarskjöld, né le à Jönköping en Suède et mort dans un crash aérien le , en Rhodésie du Nord (l'actuelle Zambie), est un diplomate suédois, qui est secrétaire général des Nations unies de 1953 à 1961. Le prix Nobel de la paix « Dag Hammarskjöld : the Nobel Prize 1961 ». lui est décerné l'année de sa mort, à titre posthume.
Dag Hammarskjöld est un des grands acteurs de la crise congolaise. Il cherche à protéger la république démocratique du Congo, nouvellement indépendante, des ingérences de mercenaires blancs (surnommés les « Affreux ») recrutés par des sociétés minières belges et anglo-saxonnes locales pour déstabiliser le pays. Des Casques bleus sont envoyés les combattre. Alors que Dag Hammarskjöld se rend le en Rhodésie du Nord pour participer à des accords pour un cessez-le-feu, son avion s’écrase, en raison, officiellement, d'un accident de pilotage. Cette version est ensuite contestée, et l'ONU reconnaît en 2017 qu'il ne s'agissait certainement pas d'un accident. Différentes théories circulent sur les circonstances et commanditaires de ce qui semble être un attentat pour plusieurs enquêteurs.
Biographie Carrière en Suède Dag Hammarskjöld naît dans une famille servant la monarchie suédoise depuis le . Son père, Hjalmar Hammarskjöld était un professeur de droit international, membre de la Cour permanente d'arbitrage, ambassadeur au Danemark, gouverneur du comté d'Uppsala, plusieurs fois ministre et Premier ministre suédois de 1914 à 1917. Son frère aîné, Bo, a lui aussi été gouverneur de province. Son frère Åke a travaillé comme diplomate à l'ambassade de Suède aux États-Unis avant de devenir membre du secrétariat de la Société des Nations (SDN) à sa création puis, juge en 1936 à la Cour permanente de justice internationale de La Haye.
Diplômé de l'université d'Uppsala en droit et en économie politique, il suit également les enseignements de John Maynard Keynes à l'université de Cambridge. Dag Hammarskjöld exerce de 1930 à 1934 les fonctions de secrétaire du comité gouvernemental chargé du chômage. À la même époque, il rédige une thèse d'économie à l'université de Stockholm sur les cycles économiques. Il entre à la Banque centrale de Suède en 1936 et en devient le président du conseil d'administration de 1941 à 1948. En 1947, il participe, pour le compte du ministère suédois des affaires étrangères, à la conférence de Paris sur la mise en œuvre du plan Marshall. En 1948, il participe à la conférence créant l'organisation européenne de coopération économique.
Par la suite, et bien qu'il n'ait jamais adhéré à un parti politique, il occupe des fonctions dans plusieurs gouvernements socio-démocrates. En 1949, il devient vice-ministre des affaires étrangères. En 1950, il préside la délégation suédoise à la conférence créant l'UNISCAN, un forum de consultation économique associant le Danemark, la Norvège, la Suède et le Royaume-Uni. En 1951, il est nommé ministre sans portefeuille et devient vice-président de la délégation suédoise auprès de l'Organisation des Nations unies, puis son président un an plus tardAnciens secrétaires généraux de l'ONU, Secrétariat général, http://www.un.org/fr/sg/formersgs/hammarskjold.shtml.
Secrétaire général des Nations unies vignette|gauche|Dag Hammarskjöld devant le siège des Nations unies à New York en 1953 Après la démission de Trygve Lie du poste de secrétaire général des Nations unies, sept des dix membres du Conseil de sécurité proposèrent de le remplacer par Dag Hammarskjöld le . Il est élu par l'Assemblée générale, le , par 57 voix sur 60 et réélu à ce poste, à l'unanimité, en 1957.
Dès le début de son mandat, Hammarskjöld cherche à renforcer la capacité d'action du Secrétariat ainsi que l'indépendance et la neutralité de ses membres. Il recrute massivement des collaborateurs, créant une véritable fonction publique internationale onusienne. Il veille à protéger ces nouveaux administrateurs du harcèlement de la Commission de la Chambre sur les activités antiaméricaines et du sénateur McCarthy. Travailleur infatigable, pétri de l'idéal du service public international, il tente d'incarner dans les temps particulièrement difficiles de la guerre froide et des bouleversements géopolitiques liés à la décolonisation (perte par l'Occident de sa majorité automatique à l'Assemblée générale), les valeurs de la Charte des Nations unies. Selon son ami le poète W.H. Auden, il aurait un jour comparé sa fonction à celle d'un W.H.Auden, Foreword to Dag Hammarskjöld, Markings, New York, Knopf, 1966, p. xix.. L'ancien secrétaire général, Kofi Annan a un jour déclaré : Kofi Annan, Dag Hammarskjöld et le , .
Sa médiation en 1955 pour obtenir la libération de quinze soldats américains capturés par la république populaire de Chine pendant la guerre de Corée, ses interventions dans la crise du canal de Suez en 1956 — avec la création de la première force d'urgence des Nations unies — et dans la crise de Jordanie en 1958 lui valurent la réputation d'ardent défenseur de la paix. Après sa mort, John Fitzgerald Kennedy le qualifiera de Linnér, Sture and Sverker Aström, UN Secretary-General Hammarskjöld. Reflections and Personnal Experiences. The 2007 Dag Hammarskjöld Lecture, Uppsala, Dag Hammarskjöld Foundation, 2008, . Son refus de choisir entre le camp occidental et le camp soviétique et son engagement en faveur des nations nouvellement décolonisées, notamment celles du bloc afro-asiatique (il se rendit dans 21 pays d'Afrique entre et ) et contre l'apartheid (il effectua un voyage en Afrique du Sud en ) lui valurent cependant de nombreuses critiques et inimitiés de la part des grandes puissances, notamment lors de la crise congolaise. Après Hammarskjöld, aucun autre secrétaire général des Nations unies n'osa affirmer, de façon aussi nette, l'autonomie et l'indépendance de l'Organisation vis-à-vis des États les plus puissants.
Hammarskjöld et la crise congolaise vignette|gauche|Dag Hammarskjöld en 1961. Sachant que l'indépendance de la colonie belge avait été mal préparée et que les Occidentaux redoutaient que ce pays minier stratégique ne passât dans la sphère d'influence soviétique, Hammarskjöld envoya sur place, sans même attendre la proclamation de l'indépendance, Ralph Bunche comme représentant spécialPeter B. Helleer, The United Nations under Dag Hammarskjöld, 1953-1961, 2001, . Après la mutinerie de l'armée, le déploiement des militaires belges dans le pays et la proclamation de l'indépendance du Katanga le , Hammarskjöld organisa, le , à la demande du président congolais Joseph Kasa-Vubu et du Premier ministre Patrice Lumumba, une réunion de crise avec le Groupe des pays africains. Le , il fit, pour la première fois, usage de l'article 99 de la Charte des NationsArticle 99 de la Chartes des Nations unies: Le Secrétaire général peut attirer l'attention du Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales. http://www.un.org/fr/documents/charter/chap15.shtml pour convoquer une réunion du Conseil de sécurité sur la crise congolaise. Le jour même, le Conseil adopta la résolution 143 demandant à la Belgique de retirer ses troupes du Congo et autorisant Hammarskjöld à prendre toutes les mesures nécessaires pour fournir au gouvernement congolais l'assistance militaire dont il avait besoin. Le premier contingent de l'Opération des Nations unies au Congo (ONUC) arriva à Léopoldville (Kinshasa) 48 heures à peine après le vote de la résolution.
Malgré cela, la crise prit de l'ampleur dans les jours suivants avec la proclamation de l'indépendance du Sud-Kasaï, le , puis l'arrivée de la coopération militaire soviétique à la demande du gouvernement congolais, le . Après la mise à l'écart de Lumumba de son poste de Premier ministre, l'ONUC se retrouva sous la pression des États-Unis pour soutenir le président Kasa-Vubu et celle de l'URSS pour soutenir Lumumba. Déterminé à éviter une nouvelle guerre de CoréeHammarskjöld to Ben-Gurion, , KB, DH, L179:141 au cœur de l'Afrique centrale, Hammarskjöld mobilisa les pays non-alignés pour préserver la neutralité de l'ONUC et éviter sa paralysie. À l'automne 1960, l'URSS fit monter la pression contre Hammarskjöld en exigeant sa démission et la création, pour diriger le Secrétariat de l'ONU, d'un système de troïka avec un membre représentant les États occidentaux, un les États non-alignés et un les États communistes. Hammarskjöld refusa de quitter son posteDevant l'Assemblée générale, il déclara : , Jean Richardot, une vie à l'ONU, L'Harmattan, 1997 et l'URSS décida de ne plus contribuer au financement de l'ONUC, comme le faisait déjà la France.
Après l'assassinat de Lumumba en , le groupe des pays non-alignés critiqua à son tour l'action du secrétaire général et l'URSS tenta, une nouvelle fois, d'obtenir sa démission. Finalement, le Conseil de sécurité adopta, le , la résolution 161, exigeant du président du Katanga sécessionniste, Moïse Tshombe qu'il se sépare de ses mercenaires étrangers. Le , l'ONUC lança au Katanga l' qui permit de neutraliser un grand nombre de mercenaires. Le gouvernement katangais réagit violemment, menaçant directement les responsables onusiens au Katanga, notamment le chef de bureau de l'ONU, Conor Cruise O'Brien, le chef de l'information publique, Michel Tombelaire, le chef de l'information militaire, le lieutenant colonel Bjørn Egge et le commandant militaire de l'ONUC, lieutenant général Sean McKeownSusan Williams, Who Killed Hammarskjöld? The UN, the Cold War and White Supremacy in Africa, et 201. Le , l'ONUC lança l' dans l'espoir d'écraser totalement l'armée katangaise. Cette ultime initiative aurait été prise sans l'accord du secrétaire général, qui malgré tout décida de l'assumer. Elle fut extrêmement mal reçue par les États occidentaux qui souhaitaient le maintien d'une forte autonomie du Katanga et reprochaient à Hammarskjöld de ne pas les avoir prévenus avant le lancement de l'opérationSusan Williams, Who Killed Hammarskjöld? The UN, the Cold War and White Supremacy in Africa, . C'est dans ce contexte qu'Hammarskjöld entama son ultime voyage au Congo, convaincu que de la réussite de sa mission dépendaient son maintien à la tête de l'organisation, la survie des Nations unies et l'avenir même de la paix dans le mondeJoseph P. Lash, Dag Hammarskjöld, Cassell, 1962, .
Circonstances de sa mort
Dans la nuit du 17 au , probablement aux alentours de , l'Albertina, le DC-6 affrété pour le compte de l'ONU par la compagnie suédoise Transair Sweden, qui transportait Dag Hammarskjöld, s'écrasa dans une forêt à une dizaine de kilomètres de Ndola, en Rhodésie du Nord (actuelle Zambie). Arrivé à Kinshasa (Léopoldville) le , au lendemain du déclenchement par l'ONUC de l', Hammarskjöld se rendait à Ndola afin de rencontrer le président du Katanga indépendant Moïse Tshombé. Il espérait pouvoir négocier avec lui la libération d'une compagnie de casques bleus assiégée à Jadotville ainsi que le désarmement complet des forces katangaises, en application de la résolution 161 du conseil de Sécurité. Apparemment, Hammarskjöld mourut au moment même de l'impact avec 14 autres passagers et membres d'équipage. Seul le chef de la sécurité, le sergent Harold Julien, survécut à l'écrasement, mais il décéda 6 jours plus tardSusan Williams, Who Killed Hammarskjöld? The UN, the Cold war and White supremacy in Africa, Hurst & Company, London, 2011, p.67-87.
Enquêtes officielles
La mort de Hammarskjöld suscita une grande émotion internationale, en particulier dans les pays du tiers mondeHommage à la mémoire de Dag Hammarskjöld, séance plénière de l'Assemblée Générale des nations Unies, 20 septembre 1961 http://www.un.org/Depts/dhl/dag/docs/apv1010f.pdf. Le Premier ministre congolais Cyrille Adoula accusa « les impérialistes » occidentaux d'avoir tué Hammarskjöld et il décréta un jour de deuil national.