La croix de Victoria (en anglais, la « Victoria Cross ») est la distinction militaire suprême de l'armée britannique et du Commonwealth.
Instituée le pendant l'ère victorienne par un arrêt royal de la reine Victoria pour récompenser les actes de bravoure pendant la guerre de Crimée, la croix de Victoria vise à ne récompenser que les prouesses militaires accomplies face à l'ennemi en temps de guerre. Elle doit être attribuée de la manière la plus égalitaire possible, en ne prenant en compte ni le grade, ni la religion, ni l'origine ethnique ou la condition sociale du récipiendaire.
La reine insiste sur le fait que cette décoration exceptionnelle ne soit en aucune manière un ordre, contrairement à celui de la Jarretière ou du Bain, et ne soit donc point accompagnée d'un titre nobiliaire. Elle ne comprend aussi aucune hiérarchie honorifique en son sein.
Aux dires de sa créatrice, elle aurait été la plus prisée des décorations parmi tous les membres, officiers ou simples soldats, des unités tant navales que militaires. Dès 1858, un décret royal inclut les marins ayant pu, par leur seul courage, sauver un navire. Ainsi, elle est aussi accordée dans de rares cas en hommage à d'autres gestes courageux.
Cette décoration en bronze, en forme de croix, porte l'écusson royal et les mots « FOR VALOUR ». Le ruban est rouge pourpre et les récipiendaires peuvent faire suivre leur nom des initiales « VC ».
La croix de Victoria canadienne, créée en 1993, est identique à la croix originale, sauf pour l'inscription « » en latin. Les gouvernements d'Australie et de Nouvelle-Zélande ont également institué leur croix de Victoria, respectivement la croix de Victoria australienne en 1991 et la croix de Victoria néo-zélandaise en 1999.
Historique Origine En 1854, après quarante ans de paix, la Grande-Bretagne fut entraînée dans une grande guerre contre la Russie. La guerre de Crimée fut l'une des premières guerres avec des rapports modernes, et les dépêches de William Howard Russell décrivaient de nombreux actes de bravoure qui ne furent pas récompensésPréface de .
Avant la guerre de Crimée, il n'y avait pas de système officiel et standardisé pour la reconnaissance et la récompense des actes de bravoure au sein de l'armée britannique. Les officiers étaient susceptibles d'être récompensés par un bas grade dans l'ordre du Bain et par une promotion par brevet tandis qu'une citation militaire (« ») pouvait être attribuée pour des actes moins remarquables. Cette structure était très limitée ; en pratique, les récompenses de l'ordre du Bain étaient réservées aux officiers dits « » (équivalents des officiers supérieurs de l'armée française)Avant-propos du décret : Et, alors, la troisième classe de Notre « très honorable ordre du Bain » est limitée, sauf dans de très rares cas, aux grades supérieurs des deux services, et l'octroi de médailles, tant dans notre marine et notre armée de terre, n'est octroyée que pour un long service ou une conduite méritoire, plutôt que pour un acte de bravoure au combat face à l'ennemi., et les citations militaires se limitaient globalement à ceux qui étaient subordonnés immédiats des commandants du champ de bataille, généralement des membres de l'équipe de commandement.
D'autres pays européens disposaient de récompenses qui ne discriminaient pas selon la classe ou le rang : la France décernait la Légion d'honneur depuis et les Pays-Bas l'ordre militaire de Guillaume. Le besoin d'une nouvelle décoration pour reconnaître le courage d'un homme indépendamment de la durée ou du mérite de son service se faisait sentir parmi le peuple britannique et à la Cour royale. La reine Victoria émit donc un mandat signé de sa main le (publié le de la même année dans la London Gazette) qui créa officiellement la croix de Victoria. Le document fut antidaté de 1854 afin de pouvoir récompenser des actes de bravoure effectués pendant la guerre de Crimée.
La reine avait demandé au ministère de la Guerre de concevoir une nouvelle médaille qui ne reconnaîtrait pas la naissance ou la classe sociale. Elle devait être une décoration simple qui serait très prisée et recherchée parmi les militaires en activité. Pour maintenir cette simplicité, la reine Victoria refusa que la récompense fût nommée « ordre militaire de Victoria » (« »), préférant la simple appellation « croix de Victoria » (« »). Le mandat original formulait que la croix ne devait être décernée qu'aux soldats qui avaient servi en présence de l'ennemi et qui avaient fait preuve de courage ou de dévouementDécret original, clause 5 : Cinquièmement. Il est décrété que la Croix ne peut être attribuée qu'à ces officiers et soldats qui Nous ont servi en présence de l'ennemi, et qui ont alors effectué un acte de grande bravoure ou de dévouement envers leur pays.. La première cérémonie de remise eut lieu le : la reine investit alors soixante-deux des (soldats de la guerre de Crimée) à Hyde Park. fut le premier récipiendaire.
Il était initialement prévu que les croix de Victoria fussent fabriquées à partir du bronze des tubes (cascabels) de deux canons pris aux Russes lors du siège de Sébastopol. L'historien John Glanfield a prouvé depuis, grâce à l'utilisation de rayons X sur des anciennes croix, que leur métal provenait en réalité de pistolets chinois, et n'avait donc pas d'origines russes. Une autre théorie affirme que les pistolets étaient à l'origine des armes chinoises, mais que les Russes s’en seraient emparé et les auraient réutilisés à Sébastopol. On pensait aussi que certaines médailles fabriquées pendant la Première Guerre mondiale étaient composées de métal extrait de différentes armes chinoises prises pendant la révolte des Boxers (postérieure à la guerre de Crimée), bien que l'on ait recommencé à utiliser le métal originel après la guerre. D'autres pièces de métal ont été probablement utilisées entre 1942 et 1945 pour fabriquer cinq croix de Victoria de la Seconde Guerre mondiale, car le métal de Sébastopol venait à manquer.
Les canons en question sont exposés au , situé à Woolwich. La portion restante du seul tube qui nous soit parvenu, pesant 358 oz (), est stockée dans une cave gardée par le du à . Il ne peut être retiré qu'en présence de gardes armés. On a estimé le nombre de croix de Victoria fabricables à partir de cette source. Une seule entreprise d'orfèvres, à Londres, est chargée de la production de chaque croix décernée depuis sa création.
Évolution de la croix de Victoria Cette médaille est abandonnée au Canada en 1972 quand on institue des décorations canadiennes pour bravoure. Toutefois, en , le gouvernement conservateur de Brian Mulroney demande au directeur adjoint de la Chancellerie des ordres et décorations du Canada d'en examiner la réinstitution.
En 2005, l'ancien brigadier-général Pierre Senécal a proposé de remplacer la Victoria Cross par la croix de Vimy en souvenir de la bataille de la crête de ce nom au cours de laquelle près de quatre mille soldats canadiens périrent en 1917.
En Ouganda, une croix semblable, la Victorious Cross (VC), a été créée par Idi Amin Dada dans le but de copier la croix de Victoria.
Description
vignette|droite|L'avers et le revers de la croix de Victoria de Richard Turner, officier canadien durant la guerre des Boers et la Première Guerre mondiale.
La croix de Victoria est une croix pattée de bronze de de hauteur et de de largeur, représentant la couronne de saint Édouard surmontée d'un lion, avec l'inscription « FOR VALOUR » (« Pour bravoure »)Décret royal original, clause 1 : Firstly. It is ordained that the distinction shall be styled and designated "The Victoria Cross", and shall consist of a Maltese cross of bronze, with our Royal crest in the centre, and underneath with an escroll bearing the inscription "For Valour". Premièrement. Il est décrété que la distinction doit porter le titre de « croix de Victoria », et se compose d'une croix de Malte de bronze, avec notre Timbre royal dans le centre, et au-dessous, une couronne portant l'inscription « Pour la valeur ».. À l'origine, l'inscription était « FOR THE BRAVE » (« Pour les courageux »), jusqu'à ce qu'elle fût modifiée sur recommandation de la reine Victoria, qui rappela que tous les hommes engagés dans une bataille font preuve de courage . La croix, la barre à laquelle elle est suspendue et le ruban pèsent environ .
vignette|gauche|100px|La couronne de saint Édouard La croix est suspendue par un anneau à une barre ornée de feuilles de laurier, à travers laquelle passe le ruban. Le revers de la barre de suspension est gravé du nom du récipiendaire, de son grade et du nom de son unité. Le revers de la médaille comporte un panneau circulaire sur lequel est gravée la date de l'acte pour lequel la croix a été attribuée.
La clause du décret original (1856) précise que la « croix de Victoria est composée d'une croix de Malte de bronze ». Néanmoins, elle a toujours été une croix pattée, et la différence d'avec le mandat n'a jamais été corrigée.
Le ruban est rouge, entre le rouge cramoisi et le violet et il mesure de large. La spécification originale des récompenses déclare que le ruban doit être rouge pour les récipiendaires appartenant à l'armée de terre et bleu pour ceux de la marineDécret royal original, clause 2 : Secondly. It is ordained that the Cross shall be suspended from the left breast by a blue riband for the Navy, and by a red riband for the Army. Deuxièmement. Il est décrété que la croix est suspendue à partir de la poitrine de gauche par un ruban bleu pour la Marine, et par un ruban rouge pour l'Armée.. Toutefois, le ruban bleu foncé fut aboli peu après la création de la Royal Air Force le . Le , le roi a signé un mandat et déclaré que tous les bénéficiaires recevraient désormais un ruban rouge et que les bénéficiaires en vie de la version navale étaient tenus d'échanger leur ruban pour la nouvelle couleur. Bien que les décrets de la British Army établissent que la couleur du ruban doit être rouge, celle-ci est définie par la plupart des commentateurs comme étant cramoisie ou couleur « vin rouge ».
Processus de remise La croix de Victoria est décernée pour : « acte de courage remarquable, acte audacieux ou éminent de bravoure, sacrifice ou dévouement ultime au devoir, en présence de l'ennemi » ().
Une recommandation pour la croix de Victoria est normalement faite par un officier au niveau du régiment, ou équivalent. Elle doit être appuyée par trois témoins, bien que cela ait parfois été omis. La recommandation passe ensuite par la hiérarchie militaire jusqu'à ce qu'elle atteigne le secrétaire d'État à la Défense (). Elle est ensuite déposée devant le monarque qui approuve la nomination avec sa signature.
Les citations à la croix de Victoria sont toujours publiées dans la London Gazette, à la seule exception de celle attribuée au soldat inconnu américain en 1921. Le décret royal de 1856 relatif à la croix de Victoria ne fait pas état de dispositions spécifiques quant à savoir qui devait remettre les médailles aux récipiendaires. La reine Victoria a indiqué qu'elle souhaitait décerner les médailles en personne (elle en a remis 185 sur les au cours de son règne). En incluant les médailles remises lors d'un défilé à Hyde Park le par Victoria, près de de Victoria ont été personnellement remises au destinataire par le monarque britannique régnant. Près de trois cents croix ont été remises par un membre de la famille royale ou par un dignitaire civil ou militaire. Enfin, environ ont été soit transmises au récipiendaire ou à leurs proches parents par courrier recommandé, soit les détails de leur remise ne sont pas connus.