Jacques Lecompte-Boinet (1905-1974) est un résistant et diplomate français, compagnon de la Libération.
Biographie Jacques Lecompte-Boinet, né le à Évreux (Eure), est le fils d’Yvonne Cordier et de Georges Lecompte-Boinet, pilote de l’air tué le dans un accident d’atterrissage.
Diplômé de l'École libre des sciences politiques, Jacques Lecompte-Boinet est engagé comme fonctionnaire dans les services financiers de la préfecture de la Seine. Le , il épouse Françoise Mangin, fille du général Mangin. Il a pour beaux-frères deux futurs compagnons de la Libération, Diego Brosset et Stanislas Mangin.
Père de quatre enfants, il n'est pas appelé sous les drapeaux lors de la mobilisation de 1939..
Seconde Guerre mondiale Rentré à Paris en , après la débâcle, il ne peut supporter l'occupation allemande. Le colonel Alfred Heurtaux, chef du réseau Hector, lui propose d'espionner les hauts fonctionnaires de la préfecture ; offre déclinée par Lecompte-Boinet, qui ignore encore la réalité de la Résistance et préférerait mener des actions armées contre l’occupant.
Début , il rejoint le mouvement Combat, fondé par Henri Frenay en zone sud et dirigé en zone nord par Robert Guédon. À la tête du bureau d'information, Jacques Lecompte-Boinet exploite des renseignements provenant notamment du 2 bureau de l'Armée d'armisticeLe mari d’une de ses cousines Cordier, Paul Badré, transmet par radio des renseignements aux Alliés depuis un faubourg de Vichy.. Il rédige des revues de presse qui paraissent dans plusieurs journaux clandestins.
Ceux de la Résistance En , une trahison déclenche une vague d'arrestations qui aboutissent au démantèlement de l'état-major de Combat en zone nord. Lecompte-Boinet échappe de peu à une opération allemande contre les locaux parisiens du service d'information. Au printemps, ne parvenant pas à rétablir la liaison avec Henri Frenay en zone sud, il crée un mouvement autonome avec l’aide d’Henry Ingrand et de Pierre Arrighi : l'Organisation nationale de la Résistance.
Fin , Jacques Lecompte-Boinet échappe miraculeusement à une deuxième souricière de la Geheime Feldpolizei, au cours de laquelle Henry Ingrand est capturé.
Assisté de Pierre Arrighi et de Jean de Vogüé, il organise un large réseau de renseignement (Manipule). Le mouvement prend le nom de Ceux de la Résistance (CDLR). Se déplaçant beaucoup, il veille personnellement à la formation de groupes d'action militaire, notamment en Champagne, en Bourgogne et en Normandie. Début 1943, Ceux de la Résistance absorbent le mouvement lorrain Défense de la Patrie.
Le , Jacques Lecompte-Boinet participe à la réunion fondatrice du Conseil national de la Résistance, rue du Four à Paris, sous la présidence de Jean Moulin.
Son réseau coordonne jusqu'à la Libération des actions de sabotage contre les voies ferrées et navigables de l'est de la France – perturbant avec succès la logistique de l'ennemi. Ceux de la Libération assurent aussi la réception de nombreux parachutages.
vignette|Plaque commémorative à l'entrée du pont des Arts, inaugurée en 1992.
Jacques Lecompte-Boinet (Mathieu) organise en outre la diffusion des ouvrages des Éditions de minuit. Il rencontre régulièrement Vercors – ils ont rendez-vous sur le pont des Arts, en face de l’Institut –, qui lui remet un exemplaire du Silence de la Mer destiné au général de Gaulle.
Vivant dans la clandestinité, traqué par la Gestapo, Mathieu échappe à un troisième guet-apens allemand et s’envole pour Londres en . Il part ensuite pour Alger, où il prête allégeance à Charles de Gaulle et au Comité français de libération nationale au nom de son organisation.
À sa demande, Jacques Lecompte-Boinet est parachuté en France début . Il retrouve son poste à la tête de Ceux de la Résistance, dont l’existence est menacée depuis l’automne 1943 par une nouvelle série d’arrestations.
Quand vient l’heure de la Libération, son réseau fournit plusieurs milliers d'hommes aux Forces françaises de l'Intérieur (FFI). Le , à la veille de la Libération de Paris, il s'empare du ministère des Travaux publics dont il devient le secrétaire général par intérim, jusqu'à la nomination de René Mayer début septembre.
vignette|Les membres du CNR rassemblés à Paris en septembre 1944. Au centre se tient Georges Bidault (les mains dans les poches) et derrière lui Jacques Lecompte-Boinet (avec les lunettes et la moustache).
Jacques Lecompte-Boinet devient délégué de l'Assemblée consultative provisoire, installée au palais du Luxembourg, ainsi que vice-président de la commission nationale pour le rééquipement. Le , il est tiré au sort comme juré au procès du maréchal Pétain.
Carrière de diplomate Il est nommé ambassadeur en Colombie (1946-1950), puis en Finlande (1951-1955). Comme représentant permanent de la France auprès du Conseil de l'Europe (1955-1961), il prend part aux négociations du traité de Rome. Ambassadeur en Norvège (1961-1965), il termine sa carrière en mission à l'administration centrale du ministère des Affaires étrangères.
Jacques Lecompte-Boinet meurt le à Sèvres (Hauts-de-Seine), à soixante-neuf ansRelevé des fichiers de l'Insee. Ses obsèques sont célébrées en l’église Saint-Louis-des-Invalides et son corps est inhumé au cimetière du Père Lachaise.. Michel Debré publie un hommage dans le journal Le Monde.
Décorations
par décret du par décret du .
Notes et références
Voir aussi Bibliographie Mémoires d'un chef de la Résistance, Jacques Lecompte-Boinet, éditions du Félin, 2021, 1248 pages. Guillaume Piketty, article Jacques Lecompte-Boinet in Dictionnaire historique de la Résistance, p. 460, Robert Laffont, 2006. Portrait et biographie de Jacques Lecompte-Boinet sur le site de l'ordre de la Libération.
Liens externes
Portrait de Jacques Lecompte-Boinet sur le site de l'ordre de la Libération Les papiers personnels de Jacques Lecompte-Boinet sont conservés aux Archives nationales sous la cote 450AP
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