Le château de Pirou est un ancien château fort, fondé dans la seconde partie du et profondément remanié au , dont les vestiges se dressent sur le territoire de la commune française de Pirou, en Cotentin, dans le département de la Manche en région Normandie. Il a été restauré entre 1968 et 1994 sous la direction de l'abbé Marcel Lelégard. L'édifice est partiellement inscrit au titre des monuments historiques.
Localisation Les vestiges du château de Pirou sont situés, à au sud de l'église paroissiale Saint-Martin, sur la commune de Pirou, dans le département français de la Manche. Le château primitif était situé aux abords de l'ancien littoral, sur une petite hauteur entre deux havres côtiers aujourd'hui asséchés. Demeure seigneuriale, le château surveillait ainsi la côte ouest de la Manche.
Historique Le château de Pirou est bâti en bois, puis en pierre avec son donjon, aujourd'hui disparu, à partir du par les seigneurs de Pirou au centre d'un étang marécageux qui le protégeait, sur l'emplacement d'un retranchement viking.
Les premiers seigneurs connus ont pris le nom « de Pirou », famille citée dès 1066.
Le premier propriétaire du château construit au est Guillaume de Pirou..
En 1294, Jean de Pirou reçoit du roi de France de nouvelles terres. Sa fille unique Luce de Pirou, porte le fief, à la mort de son père, dans la famille de La Haye (du Puits), lignage plus important, à la suite de son mariage, en 1319, avec Robert de La Haye, seigneur de Néhou.
Durant la guerre de Cent Ans, en 1370, la place est prise par les Anglo-Navarrais. En 1395, Philippe de La Haye rend aveu de son fief au roi de France. Sa fille unique, Jacqueline épouse en 1404 de Jacques du Merle, n'ayant pas eu d'enfants, le château échoit à l'une de ses cousines, Catherine de La Luzerne, née de la Haye, épouse de Jean du Bois. En 1418, leur fils, Thomas du Bois, seigneur de l'Épiney, refuse de rendre hommage aux Anglais ; la seigneurie est confisquée et est concédée à Robert de Fresville, époux d'une de La Haye. Ce type de concession à des non-Anglais était pour le pouvoir des conquérants un moyen de s'agréger une partie de la noblesse normande restée sur place. Le château restera possession anglaise trente huit ans.. Michel Hébert cite comme seigneur de Pirou, pendant la période d'occupation, un chevalier anglais, capitaine du château de Caen, Jehan de Fastolf, dont Shakespeare a évoqué sa vie dans sa pièce de théâtre . Sa présence à Pirou n'a jamais été prouvée, bien qu'un mandement de la Chambre des comptes de Rouen dit qu'un délai d'un an lui avait été accordé par pour rendre foi, hommage, aveu et dénombrements des terres et seigneuries de Condé-sur-Noireau, Pirou et autres en Normandie..
La famille du Bois recouvra son bien en 1450, après la bataille de Formigny et le conserva jusqu'en 1650, date à laquelle le plein fief de haubert, et néanmoins marquisat, fut divisé par moitié entre les deux héritières, comme le prévoit la coutume de Normandie. L'aînée Claude, épousa en 1640 Gabriel de Vassy, seigneur de Brécey, la cadette Marie épousa Philippe de Bouillé, comte de Créances. À noter que la marquise de Pirou accueillit au château son cousin, Georges de Scudéry, exilé pour avoir pris part à la Fronde.
Le marquisat, après un procès au Parlement de Normandie (1677-1679) revint finalement aux de Vassy qui remanièrent profondément le château et le conservèrent jusqu'à la Révolution française. En 1789, le comte Alexandre de Vassy était seigneur de Pirou et d'Anneville.. Il fut acquis à cette époque par Charles-Louis Huguet de Sémonville (1759-1839), ce qui fait de lui le dernier seigneur de Pirou. Huguet de Sémonville a joué un rôle politique à l'époque de , pendant l'Empire et la Restauration. Il résidait habituellement à Bouray-sur-Juine, dans son château de Frémigny, Pirou n'étant plus qu'une ferme.
En 1833, le château-ferme est vendu par Huguet de Sémonville à une famille de la bourgeoisie coutançaise, les Quesnel de La Morinière, qui possédaient également les châteaux de la Mare (commune de Coutances) et de Gratot, aujourd'hui ruinés. Les Quesnel le transmettent à la famille Michel d'Annoville. Cette dernière le vend à la famille Sohier.
Devenue ferme à la fin du , la bâtisse se dégradera, jusqu’à son rachat en 1966 par l'abbé Marcel Lelégard (1925-1994), qui entreprend sa restauration puis la lègue à la fondation « Abbaye de La Lucerne » qu'il avait créée en 1981, qui poursuivra le travail de restauration.
Légende des oies de Pirou Le château de Pirou est le lieu d’une célèbre légende normande, .. Assiégés par les Normands, le seigneur de Pirou et sa famille demandèrent de l'aide à l'enchanteur du village. Il les métamorphosa en oies, à l’aide d’un grimoire, pour échapper aux assaillants. Mais quand, un an plus tard, les oies revinrent au château pour lire à l’envers la formule magique et reprendre forme humaine, le grimoire avait brûlé avec le château, incendié par les Normands. L’histoire expliquerait ainsi la migration annuelle des oies sauvages en mars dans le Cotentin.
En 2006, les associations Magène et Hagdik ont créé une comédie musicale à partir de cette légende. Le site du château de Pirou étant trop réduit pour accueillir une comédie musicale, celle-ci a été présentée au château de Flamanville.
Description Le château fondé lors de la conquête normande, au , rebâti au , restauré à la fin du Moyen Âge, fut complété par deux logis classique élevés dans sa cour vers 1610 et 1708..
Le château de Pirou est construit, à la fin du ., en forme de shell-keep, au milieu d'un étang artificiel, sur une plate-forme sur un site occupé par les Vikings. Son plan concentrique avec un parapet est surmonté de tourelles polygonales posées sur des encorbellements d'angle, qui préfigurent les mâchicoulis qui se répandront au .. On y accédait après avoir franchi une série de trois douves protégées par des portes défensives dont trois subsistent sur les cinq originelles. La première porte était précédée d'une première douve que l'on franchissait grâce à un pont-levis. La seconde, sorte de châtelet carré qui a perdu son étage était précédée de la deuxième douve, que l'on franchissait également grâce à un pont-levis. La troisième s'ouvrait dans un ouvrage à usage de corps de garde aujourd'hui disparu. Après avoir franchi cette porte, il fallait tourner sur sa gauche à angle droit avant d'atteindre la quatrième porte, exposant ainsi le flanc droit des assaillants. Cette quatrième porte, plus exactement un mur de séparation est percé d'une double porte, charretière et piétonne, et surmonté d'un chemin de ronde crénelé. Enfin une cinquième porte, également un mur de séparation, disparu, barrait l'accès à la basse-cour située devant le château proprement dit. La douve principale se franchissait par un pont-levis à bascule et à flèches, dont il subsiste les profondes saignées pratiquées sur la façade de la porte pour recevoir les flèches. Ce dernier a été remplacé au par un pont dormant en pierres, dont les deux arches surbaissées enjambent la dernière douve. Une tour carrée du commandait le pont-levis que l'on franchissait avant de pénétrer dans la cour intérieure.
Le château se présente sous la forme d'une grande enceinte polygonale flanquée à l'origine de six tourelles, dont celle dite de « la guette », que cernent de larges douves en eaux. L'ancienne demeure seigneuriale adopte la forme d'un shell-keep, c'est-à-dire une demeure donjon entourant une petite cour fermée, et dont les habitations sont adossées sur le mur de ce donjon. Une fois à l'intérieur, outre la tour carrée du , on découvre deux logis plus récents en équerre adossés à la muraille. Adossé au vieux rempart et ayant remplacé une construction plus ancienne, celui de l'est, avec ses portes cintrées et restauré avec notamment sa petite lucarne sculptée de style , et au sud le « logis neuf », de style classique, bâti en 1708, par la famille de Vassy, avec ses grandes fenêtres . le donjon, rasé de nos jours, se situait au nord-ouest.
La construction d'origine, qu'on situe au , notamment en raison du plan de ce château fort, a essentiellement été bâtie au et aux . Au appartiennent notamment les murs épais de la partie orientale, qui se présente comme une haute chemise crénelée, percée d'archères, et qui en certains endroits atteint trois mètres d'épaisseur, et la poterne d'entrée du shell-keep. La face externe de cette chemise s’appuie sur des contreforts que surmontent des tourelles polygonales dont les angles en encorbellement repose sur une sorte de mâchicoulis sur arc. Au nord-est, l'avancée quadrangulaire présente sur la courtine est probablement une amélioration des . Son parapet au lieu d'être crénelé, est percé de hautes archères.
Le château a dû subir les dommages de la guerre de Cent Ans : quelques éléments sont du . Le logis n'a pas conservé son intégrité médiévale ; il a été en partie démoli avant la Révolution française et on y a ajouté par la suite une maison de maître dans la partie sud de l'enceinte.
La principale reconstruction est due à la famille du Bois de Pirou, qui, vers le début du ., entreprend un important remaniement de l'habitation, notamment par la reconstruction de la façade intérieure.
L'ensemble, presque ruiné, couvert de mauvaise ardoise ou de chaume et de tôle sur les communs, est totalement restauré au sous la direction de l'abbé Lelégard, qui dote la demeure d'une « tapisserie de Pirou ».
La « basse-cour » abrite une série de bâtiments : chapelle seigneuriale Saint-Laurent, reconstruite au qui abrite des statues des , salle des plaids, pressoir, charreterie, boulangerie.
Protection Les façades et toitures et les abords du château sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du ..
Visite Le château est ouvert à la visite tous les jours, sauf le mardi, à partir des beaux jours et jusqu'au . À découvrir : la boulangerie, le pressoir, la chapelle, la salle des Plaids avec de l'Ascension au , l'exposition de la tapisserie la « Telle du Conquest », le vieux logis et le chemin de ronde avec ses toitures en schiste, les mâchicoulis d'angle, le parapet percé d'archères, les flanquements et ses tourelles polygonales.
La « Tapisserie de Pirou » Cette broderie en laine sur toile de lin, à l'imitation de celle de Bayeux, est une réalisation du dernier quart du , relatant la conquête de l'Italie du Sud et de la Sicile par les Normands du Cotentin. Elle est l’œuvre de la Manchoise Thérèse Ozenne (1939-2009), qui y consacra seize ans de sa vie, à raison de trois heures par jour, d'après des esquisses de l'abbé Lelégard. La « tapisserie », inachevée, mesure .
Voir aussi
Bibliographie
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Articles connexes Glossaire de la fortification médiévale Château fort Liste de châteaux et manoirs de la Manche Liste des monuments historiques de l'arrondissement de Coutances Pirou
Liens externes
Site du château Comédie musicale "Les ouées de Pirou"
Notes et références Notes
Références
Pirou Pirou Pirou Catégorie:Monument historique inscrit en 1968 Pirou Catégorie:Château fort du Moyen Âge central