Liu Xiaodong (刘小东 ; 劉小東 ; Liú Xiǎodōng), né le 17 novembre 1963 à Jinzhou, dans la province du Liaoning, est un peintre chinois contemporain associé à la « Nouvelle Génération » du Réalisme et au Néoréalisme chinois. Principalement connu pour ses peintures à l’huile et ses portraits, il s’intéresse aux individus dans leur environnement social, notamment dans des contextes de conflit, de migration ou de transformation économique.

Professeur au département de peinture à l’huile de l’Académie centrale des beaux-arts de Chine à Pékin depuis 1995, il est marié à la peintre Yu Hong..

Démarche de Liu Xiaodong

Démarche artistique Selon l'approche qu'en donne la Lisson Gallery, qui le représente, Liu Xiaodong est un « peintre de la vie moderne », pour reprendre la formule de Baudelaire. Voir: Courbet, dans Les Casseurs de pierres de 1849.. En effet, ses toiles de grand format semblent une forme de peinture d'histoire tournée vers le monde qui émerge aujourd'hui : déplacements de populations, crises environnementales et bouleversements économiques.

Le critique d'art français Jérôme Sans considère la démarche de l'artiste, c'est-à-dire tout ce qui participe à la production, quelles qu'en soient la nature ou le format, par cette formule : . Il évoque les tableaux, « résultats d'un long processus d'investigation, d'observation, de réflexion sur le terrain », dont la trace manifeste, exposée parmi les tableaux, consiste en un journal, fait de « photographies, dessins, croquis, remarques, témoignages, sensations, informations ».

Ce processus créatif le rapproche du cinéma néo-réaliste italien durant la seconde guerre mondiale, avec des acteurs non-professionnels jouant leur quotidien ou d'un photographe documentaire, comme August Sander ou Walker Evans pour lesquels les portraiturés sont les acteurs de la mise en scène de leur propre vie. La peinture sera ensuite saisie par le regard comme elle aura été peinte, dans l'instant, sans que l'on puisse se perdre dans le détail.

A l'occasion d'une rétrospective organisée en 2018, un film réalisé selon le concept de l’artiste se concentre sur la relation mutuelle entre l’artiste et ses modèles, projeté parallèlement aux peintures, qui capturent les impressions immédiates du lieuKunsthalle Slow Homecoming Exposition, Düsseldorf, 2018: , Dossier de presse (Press release Liu Xiaodong)..

Thèmes Concernant les lieux et les communautés dépeintes, et les films qui documentent son travail, l'artiste fait des choix qui éclairent l'ensemble de sa démarche et en précisent la cohérence.

Son travail porte subtilement mais avec force sur les convergences profondes entre questions sociales et environnementales dans notre vie contemporaine. Peignant des gens du peuple et des scènes quotidiennes de la vie, apparemment anodines, il leur confère de manière imperceptible une capacité à suggérer et à faire allusion.

Son travail s’attache principalement à la manière de représenter les individus. Sans relever explicitement de l’art politique, il se rend dans différents territoires marqués par les conflits ou les tensions sociales afin d’y peindre les populations qu’il rencontre, notamment des Israéliens, des Palestiniens, des Mexicains, des Texans ou encore des travailleuses du sexe selon une biographie publiée par la revue Le Grand Continent.

Principaux projets et séries Le cinéaste Jia Zhangke a présenté à la Mostra de Venise de 2006 un film documentaire sur Liu Xiaodong intitulé Dong. Liu Xiaodong y est suivi lors des réalisations de deux projets en 2006 : The Three Gorges Project où il peint des ouvriers lors la construction du barrage des Trois-Gorges, et Hot Bed où il peint des jeunes femmes immigrées à Bangkok depuis la campagne, dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure. Les différents moments de la conception et de la réalisation des peintures de Liu Xiaodong sont l'objet du Hotan Project de 2012, une exposition associée à des conférences et discussions par le commissaire Hou Hanru. Dans ce projet l'artiste documente la vie des mineurs ouïghours prospectant le jade dans un ancien lit de la rivière Hotan à l'Ouest du Xinjiang. Hou Hanru signale que ces prospecteurs affluent de toute la région dans une quête de richesse fondée sur le mythe de l'ancienne richesse tirée du jade le plus prisé autrefois en Chine, alors que la réalité du marché du jade repose plus aujourd'hui sur des jades de moins bonne qualité et de provenances bien éloignées de cette région.

Dans la série de photographies Childhood Friends Getting Fat : Photographs of Liu Xiaodong. 2007-2014 Liu Xiaodong a documenté sa visite au peintre néoréaliste américain Eric Fischl et à leur visite commune à l'atelier de Jackson Pollock en 2013.

Style et influences En termes de peinture, il est considéré comme un des plus influents peintres chinois des deux dernières décennies, Liu Xiaodong est aussi considéré comme l'une des figures centrales de la « Nouvelle Génération » du Réalisme chinois contemporain. Il a été aussi parfois assimilé au style (international) de peinture contemporaine néoréalisteNéoréalisme () : terme qui qualifie le style de peinture d'artistes contemporains tels que Lucian Freud, au Royaume-Uni, Eric Fischl aux États-Unis ou Liu Xiaodong en Chine. Le rapprochement avec Lucian Freud a été analysé par Lü Peng ()., « héritier » d'une peinture réaliste-socialiste dont il a altéré la signification. à tel point que sa démarche est considérée comme étant aux antipodes du style institutionnel d'inspiration soviétique enseigné à l'Académie centrale des beaux-arts de Pékin. En effet sa touche picturale - il peint à l'huile - est libre, non soumise aux détails du motif, voire déliée, non fondueLes touches de peinture ne sont pas fondues entre elles, elles portent la trace du geste de l'artiste et ne font pas illusion dans le rendu du motif., avec de larges zones non peintesOù la toile est laissée blanche, non peinte., et quasi-informe ou « feuilletée »..

Hotan Project Le sujet de cet ensemble consiste dans une documentationLe terme « documentation » est employé sur la page du Today Art Museum citée plus bas. Cette démarche est d'ailleurs proche, apparemment, dans la partie photographique de la photographie documentaire. réaliste de la vie des mineurs de jade à Hotan, aux marges du désert du Taklamakan (Xinjiang), en 2012.

La méthode de l'artiste apparait clairement dans l'ouvrage qui documente le travail de Liu Xiaodong soutenu par le Today Art Museum : page correspondant à l'exposition du Hotan Project sur le site du musée : .. Le projet a pu aboutir dans une collaboration collective, sur les lieux de la réalisation et de l'exposition, avec le commissaire de l'exposition, Hou Hanru, le co-commissaire, Ou Ning, le photographe et opérateur de prise de vue, Yang Bo, et son équipe, ainsi que l'équipe technique à laquelle le frère de l'artiste a participé pour la conception de l'atelier de campagne.

L'ensemble des réalisations de l'artiste comporte un journal, des dessins, des peintures à l'huile sur toile de différents formats dont certaines sont conçues comme des ensembles de deux à quatre toiles, enfin des tirages photographiques partiellement repeints (54 x . environ). Le film réalisé par Wang Bo et son équipe est présenté en parallèle à l'exposition de Lu Xiaodong et documente le travail réalisé à Hotan. L'exposition à Urumqi a été présentée en dehors du lieu d'exposition collective et a donné lieu à des entretiens en public.

Le journal relate au quotidien le voyage et la vie à Hotan, les rencontres et discussions, les observations des lieux et des personnes que l'artiste peint, la vie des mineurs. Les peintures sont réalisées sur place, dans le décor et avec la lumière réelle, le plus souvent avec une très grande célérité. Les photographies prises sur place, dans l'action, en témoignent. Le journal évoque aussi les modèles comme des acteurs (dans un film) mais dont les peintures, dessins et photographies peintes témoignent de leur vie, saisie au plus proche, comme un reportage pourrait le faire. L'artiste se pose, à ce propos des questions éthiques lorsqu'il envisage, en raison des conditions météo, de poursuivre les peintures après avoir quitté les lieux, dans un atelier improvisé à Urumqi. Le vent violent et chargé de poussière de lœss jaune a contraint de réaliser un abri temporaire, dans lequel les toiles sont entreposées et duquel l'artiste peint en direct les scènes situées dans une carrière à ciel ouvert où travaillent les mineurs de jade. En dehors de ce cas exceptionnel les peintures sont réalisées en plein air. Mais des peintures sont réalisées en atelier. C'est dans ce contexte qu'il a décidé d'utiliser des épreuves photographiques sur lesquelles il élimine au pinceau les détails inutiles. La sélection de ces détails qui ne servent en rien la peinture lui apparait comme une opération excitante et nouvelle.

Plusieurs éléments de types économiques, sociaux et politiques apparaissent dans le journal. Les œuvres se situent dans ce contexte. Le projet s'est déroulé pendant la période du , qui correspond à la commémoration d'une révolte des Ouïghours, en 2009. La recherche du jade dans cette région a été relancée lors des Jeux olympiques d'été de 2008, lorsqu'il a été décidé de réaliser les médailles en jade. Jeux olympiques d'été de 2008: pour les médailles : Médailles Beijing 2008, sur Olympic.org.. Les mineurs sont au bas de la pyramide du commerce du jade. La vie au contact de ces Ouïghours est agréable à l'artiste, en particulier dans les restaurants où il les compare aux Chinois Han : [Les Ouïghours] sont très civilisés. À propos du comportement des policiers Han à l'égard des Ouïghours l'artiste écrit : Je pense que j'aimerai parler avec ce monde (celui des Ouïghours]. Han Han, as-tu atteint le résultat que tu voulais ? Ces allusions discrètes aux questions sociales et politiques transparaissent dans le choix des sujets et dans la forme avec laquelle les scènes sont cadrées (angle de prise de vue, champ), peintes ou dessinées.

L'ensemble le plus important (le plus vaste) dans l'exposition a donné lieu à plusieurs titres. Initialement conçu comme Face, dos, gauche, droite il est devenu, finalement, Nord, Sud, Est, Ouest ; avec cette remarque que « trouver le Nord », est l'expression de ce qui est essentiel dans la vie, dans la langue ouïghour comme dans d'autres. Avec le choix ultime de ce titre et les réflexions portées dans son journal, l'artiste semble offrir par son travail des moyens pour se repérer dans l'espace de la réalité, en particulier la réalité envisagée sous l'angle social et politique.

Expositions individuelles 2018: Slow HomecomingSlow Homecoming : sur le site de la Kunsthalle et , sur Flux.com, première rétrospective mondiale; curateur Heinz-Norbert Jocks : Kunsthalle Düsseldorf & NRW-Forum DüsseldorfSites officiels de la Kunsthalle Düsseldorf : et de NRW-Forum Düsseldorf : , Düsseldorf, Allemagne, (catalogue)

2015 : Liu Xiaodong. Painting as shooting, curateur Jérôme Sans, Faurschou Foundation in Venice, Fondation Giorgio Cini, île de San Giorgio Maggiore. 08.05 - 02.08 2015, Venise. (brochure)

2014 : Childhood Friends Getting Fat. Moving Image of Liu Xiaodong : 1984-2014. Chief curator: Ai Min. Minsheng Art Museum, Shanghai. (catalogue)

2012 : Hotan Project, Xinjiang Art Center, Urumqi et Today Art Museum, Pékin Kunsthaus Graz, Autriche

2010 : Ullens Center for Contemporary Art, Pékin

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2006 : The Three Gorges Project : Paintings by Liu Xiaodong, Asian Art Museum, San Francisco. (catalogue) The Three Gorges Project : Paintings by Liu Xiaodong, Tang Gallery, Bangkok, Thaïlande. Hot Bed - a painting project by Liu Xiaodong, Tang Gallery, Bangkok, Thaïlande. (catalogue) 2005 : My Childhood friends are getting fat, Galerie Loft, Paris.

2004 : Three Gorges: Displaced Population & Three Gorges: Newly Displaced Population , Chinablue Gallery & CAAW, Pékin