La traçabilité est la situation dans laquelle on dispose de l'information nécessaire et suffisante pour connaître (éventuellement de façon rétrospective) la composition d'un matériau ou d'un produit du commerce tout au long de sa chaîne de production, de transformation et de distribution.

Et ce, en quelque endroit que ce soit, depuis l'origine première du produit jusqu'à sa fin de vie, soit comme dit l'adage : « du berceau jusqu'à la tombe » pour les produits industriels ou du slogan « de la fourche à la fourchette » pour un produit agricole alimentaire.

Les règles et bonnes pratiques en matière de traçabilité sont déterminées par des normes, ou bien des organismes de Contrôle nationaux ou internationaux. Ainsi, dans l'Union européenne, la traçabilité des aliments est sous le contrôle de l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA).

Le terme vient de l'anglais traceability qui signifie littéralement « aptitude au traçage » ; il n'est pas reconnu, mais simplement toléré par l'Académie française.

thumb|L'un des gages de bonne « traçabilité » et de bonne gestion des risques dans le cas de produits toxiques ou dangereux est un inventaire précis et bien mis à jour

Enjeux de la traçabilité Intérêt de la traçabilité La traçabilité joue un rôle important dans la surveillance et l'appréciation de la qualité d'un produit : il ne suffit pas de constater qu'un élément du produit est défaillant. Il s'agit aussi de savoir quels produits composent cet élément, et quelles opérations ont été effectuées sur ces composants. Ceci afin d'être en mesure : D'agir de façon curative pour rectifier le plus rapidement possible la conformité du produit et/ou mieux gérer les conséquences/dégâts provoqués (résolution du/des problèmes et remise en conformité, destruction, rappel, etc.) ; De réaliser une analyse du problème en amont et aval pour mettre en place des actions correctives ; D'intégrer de manière préventive dans la conception et dans la production tous les éléments pertinents ; De poursuivre en justice un producteur ayant occasionné aux personnes et/ou aux biens des désordres graves.

En Europe Dans un premier temps, la traçabilité était réservée au domaine de la pharmacie, et s'appelait « suivi de lot ». Elle permettait de savoir à quelles officines pharmaceutiques avait été délivré tel lot de tel médicament, afin de pouvoir le rappeler, s'il s'avérait problématique (dangereux). Le hasard a fait, en 1986, qu'une société de conseil et d'ingénierie, nommée S.E.M. (Service Études et Mécanisation), ait proposé aux laboratoires Fournier, à Dijon, de faire non seulement un nouveau magasin de stockage, mais également d'améliorer la productivité de sa préparation de commandes. L'ingénieur chargé de l'étude (Bernard Hilaire, par ailleurs fils d'Yves-Marie Hilaire), s'inspirant des objectifs japonais de l'époque, imagina un site fonctionnant « sans papiers ». Le magasin était donc avec des trans-stockeurs, et le projet donna naissance à : suivi et aiguillages de cartons sur des convoyeurs en employant des codes-barres, emploi de disquettes pour transmettre les bordereaux aux transporteurs, système Savoye pour économiser sur l'emballage, algorithme de pré-colisage (conçu par Jean-Lucien Rascle, de la société Courbon, qui sera créateur, ensuite, de Logarithme), picking avec des afficheurs donnant la quantité à prélever pour chaque carton. La société Fournier n'accepta pas d'ajouter un bouton sur l'afficheur, à la demande de Bernard Hilaire, « pour suivre informatiquement les lots », que parce que c'était gratuit. En effet, ils ne suivaient les lots, alors, que pour quatre produits. Un an après, ils lui indiquèrent qu'ils le faisaient pour tous leurs produits. Il fallut dix années à Bernard Hilaire pour comprendre et vérifier qu'il s'agissait, en fait, de la première réalisation mondiale de traçabilité électronique (plusieurs entreprises lui demanderont ensuite de l'adapter à des cas plus spécifiques ou complexes : magasins sans tans-stockeurs (1987), comptage de la quantité prélevée par balance (1987, qui, dans sa forme pleinement aboutie sera développée ultérieurement par Logarithme et Jean-Lucien Rascle), traçabilité d'approvisionnements multi-fournisseurs et multi-codes avec échanges radio (1989-90), première informatisation totale de pharmacie hospitalière (1995-96), etc. À la suite de plusieurs crises, dont celle de l'encéphalite spongieuse bovine, l'Union européenne a mis en place le système d'alerte RAPEX. Soit un système informatisé devant recenser tous les produits de consommation dangereux, à l'exception des denrées alimentaires, des produits pharmaceutiques et des appareils médicauxRAPEX dans le site de l'UE. Le slogan « De la fourche à la fourchette » a, dans les années 2000, couvert un vaste programme de restructuration et coordination à échelle européenne de « tous les aspects sensibles en la matière, à tous les stades de la filière agro-alimentaire : santé et alimentation animales, qualité des productions végétales (y compris les innovations OGM), sécurité des intrants agricoles (fertilisants, pesticides, etc.), qualité et surveillance des produits et denrées alimentaires transformés mis sur le marché (y compris les règles d'étiquetage), problématique de la sécurité alimentaire dans les échanges internationaux ».

En , la Commission a publié une charte de base, le « Livre blanc sur la sécurité alimentaireLivre blanc sur la sécurité alimentaire » qui prévoit un plan de réformes législatives visant des règles cohérentes et transparentes, un renforcement des contrôles et des avis scientifiques. Tout le droit existant devait être revu avant 2007 et rendu compatible avec la nouvelle juridiction communautaire sur la sécurité alimentaire.

En France La DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a mis en place divers systèmes de traitement de données (dont données à caractère personnel) via notamment : Le système « Alertes et signalements », « dont l'objet est la gestion des alertes RAPEX ou RASFF, des indices de danger et des signalements dans les secteurs alimentaires et non alimentaires »Arrêté du 7 janvier 2009 portant création d'un traitement de données à caractère personnel dénommé « Alertes et signalements », Journal officiel, 22 janvier 2009, Le système IRIS (Intégration et restitution des informations saisies) « dont l'objet est de rassembler dans une seule base des informations en provenance d'autres bases de données métier, de les traiter et d'en assurer la présentation »Arrêté du 7 janvier 2009 portant création d'un traitement de données à caractère personnel dénommé « IRIS », Journal officiel, 22 janvier 2009.

Les domaines sensibles Cette notion a une importance particulière et grandissante pour : Les produits concernant la santé humaine, comme l'alimentation et les médicaments (qui ont été les premiers à l'employer, sous le nom de « suivi de lot »).

Elle est utilisée, par exemple, pour prévenir les risques liés aux produits agro-alimentaires, faire face aux possibles contrefaçons de médicaments. Une norme européenne (UCC EAN 128) permet, par exemple, de standardiser la traçabilité en matière de santé (en particulier des médicaments, des instruments chirurgicaux et des dispositifs médicaux (notamment les prothèses), qui nécessitent, en général, l'emploi d'un numéro de sérieLa traçabilité dans le domaine de la santé, Tracenews, 21 janvier 2008). La non-nocivité de toutes sortes d'objets du commerce dévolus à des catégories d'utilisateurs fragiles : par exemple, les jouets pour les enfants. La ⁣⁣sécurité⁣⁣, aéronautique, automobile (qui permet notamment le rappel de lots de véhicules comportant un composant défectueux ou suspecté comme tel), ou informatique, etc. Le traitement des produits chimiques ou de déchets, puisque leur producteur en est responsable jusqu'à son élimination ; Les composants et sous-composants de tout objet issu d'une activité de transformation industrielle ou artisanale.

C'est aussi une préoccupation croissante pour le consommateur-citoyen qui veut, par exemple, être sûr que le produit ne fait pas intervenir d'éléments contraires à son éthique ou à sa morale, comme le travail des enfants, la destruction de ressources non renouvelables, une pollution non traitée, etc. C'est un des éléments essentiels de l'écocertification et de l'écosociocertification (du bois ou produits dérivés du bois par exemple).

Histoire Antiquité La traçabilité des actes est attestée depuis l'Antiquité, par les sceaux notamment : La traçabilité des animaux est également connue des éleveurs, propriétaires d’animaux et des autorités sanitaires depuis des milliers d’années. Ainsi l’identification par marques corporelles était déjà réglementée par le Code de Hammurabi en Mésopotamie, ans auparavant. Le marquage indélébile au fer rouge, ou par des marques sur les oreilles (le bec d’oiseaux parfois), avec ou sans écrits attestant les caractéristiques de l’animal, semble avoir été pratiqué presque partout dans l'Antiquité, au moins pour les animaux de valeur marchande, religieuse (cf. sacrifices), symbolique ou militaire. Les cygnes des rois d’Angleterre dès le étaient marqués par des incisions sur la peau du bec.

Un marquage sanitaire accompagnant des certificats était utilisé pour contrer ou limiter les épizooties (peste bovine, peste humaine du , péripneumonie contagieuse bovine, morve, rage…), avec de sévères sanctions en cas d’infractions. Il concernait, par exemple, des animaux vivants, malades, douteux, morts, ou des sous-produits suspects.

Jean Blancou, dans « Histoire de la traçabilité des animaux et des produits d’origine animale » (Rev. sci. tech. Off. int. Epiz., 20)Histoire de la traçabilité des animaux et des produits d’origine animale Document PDF, cite le marquage, lors d’épizooties du , de produits contaminés ou à risques (viande, cuirs) découpés, lacérés ou couverts de chaux pour les reconnaître et les rendre inconsommables ou invendables.

En France, un arrêt du Conseil du roi, du imposait le marquage des animaux « soupçonnés de la morve ou de toute autre maladie contagieuse telle que le charbon, la gale, la clavelée, le farcin (morve cutanée) et la rage ». L’animal douteux ou malade devait porter un cachet de cire verte sur le front, portant les mots « animal suspect », ces animaux étant conduits et enfermés à part des autresReynal J. (1873). – Traité de la police sanitaire des animaux domestiques. Asselin, Paris, 1 012 pp..

En 1875, Hurtrel d'Arboval préfère lui le plombage, en tous cas chez les bêtes à cornes auxquelles on passe une ficelle reliant la base des cornes, les deux bouts sertis dans un plomb du type plomb de douane, « cette marque s’enlève dès qu’elle est devenue inutile, et cependant elle ne peut être changée sans que cette action laisse des traces sensibles »Hurtrel d'Arboval L.H.J. (1875), Dictionnaire de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaire, Baillière et fils, Paris, Paris, 650 p.O. Delafond, Traité de la maladie de poitrine du gros bétail connue sous le nom de péri-pneumonie contagieuse, Labbé, Paris, 1884, 319 p..

Au Reconstruction et production de masse La traçabilité se développe d'abord pour répondre au modèle fordiste de production de masse relancé par les besoins de reconstruction de l'après-guerre. Dans ce nouveau contexte, un volume de plus en plus considérables de biens sont produits et diffusés via des organisations réparties sur des territoires de plus en plus étendus. Le maintien de la confiance dans ces systèmes répartis implique une parfaite et immédiate identification des objets de transaction.