La mise en scène du pouvoir politique est la façon dont ses détenteurs donnent à voir la nature de ce pouvoir aux yeux de ceux qu'ils gouvernent, de leurs pairs ou leurs rivaux.

Il semble qu’assez vite le principe de l’affichage symbolique des différences se transforme en un exercice psychologique du pouvoir et l’autorité des hommes et femmes qui détiennent le pouvoir politique va être non seulement affichée, mais également dramatisée et mise en scène au travers d'une symbolique stéréotypée ou non.

En fonction des sociétés, de la conjoncture historique, ces mises en scène ont été destinées à impressionner, rassurer, mystifier, terrifier, ou simplement berner les spectateurs.

La mise en scène peut donc avoir une fonction heuristique, illustrant les différentes responsabilités du pouvoir aux yeux des sujets, promouvoir l'ethos de la personne publique ou au contraire jouer un rôle de désinformation analogue à celui de la propagande en insistant sur le pathos. Certaines mises en scène peuvent même être classées dans l'arsenal de propagande du pouvoir.

Ce souci de jouer sur l'apparence, à l'aide de techniques proches de celles du théâtre et du spectacle en général, existe dans de nombreux domaines du pouvoir, et dans toutes les formes de pouvoir politique.

Mise en scène du pouvoir politique par lui-même

On a trouvé dans les sépultures et dans les représentations (peintures et sculptures) des éléments (ornements, insignes) qui montrent que dans certaines sociétés on a assez tôt distingué les individus selon un système hiérarchiqueLes origines préhistoriques et paléoberbères des Touaregs à travers l'art rupestre saharien : ..

Monarchies

Dans certaines sociétés, la mise en scène du pouvoir se fige dans des rituels. Le souverain hérite d'une tradition plus ou moins contraignante, des regalia et de rôles stéréotypés qu'il doit ou peut assumer lorsqu'il accède au pouvoirHanley cite quatre cérémonies dont le rituel a été élaboré à la cour de France : les obsèques, le Sacre, l'Entrée royale et le Lit de justice .. « Les rois », aurait déclaré madame Roland à propos de Louis XVI, « sont élevés dès l'enfance à la représentation. »

Au Moyen Âge, les souverains du royaume d'Aragon sont sacrés au cours d'une cérémonie qui met en scène le paradis et les anges, dans le but de matérialiser le lien entre le monarque et Dieu.

Il existe une grande marge de manœuvre qui permet à chaque souverain de forger sa propre image. Louis XIV, par exemple, Roi Soleil, est à l'origine d'une théâtralisation très poussée et très personnelle de la figure royale qui servira de modèle à toutes les monarchies européennes, y compris au niveau du décor souvent imité du Château de Versailles. Il disposait d'une équipe d'artistes chargés de .

La monarchie espagnole, plus tournée vers ses colonies que la monarchie française qui veut s'imposer en Europe, développe une image plus sacralisée que politique du pouvoir royal.

République

Idéal de simplicité

Dictatures

Afin d'empêcher toute faille dans le contrôle des mises en scène officielles, il s'opère un renversement de situation. Le sujet, de spectateur, devient à son tour objet de surveillanceSurveiller et punir, Michel Foucault, 1975.

Pouvoir occulte

Révolutions

300px|vignette|gauche|Exécution publique de . thumb|upright=1.8|Renversement de la statue de Louis XIV le 13 août 1793.

La Révolution française va elle aussi puiser son inspiration dans l'histoire antique, coiffures à la Titus, bonnets phrygiens. L'abandon de la perruque et de la culotte aristocratiques signalent la démocratisation du pouvoirLouis Réau, in Histoire du vandalisme, l'art français sous la révolution, . On républicanise les places royales : la place Louis-XV devient place de la Révolution et on y dresse la guillotine pour Louis XVIIdem, . Les exécutions capitales s'intègrent ainsi à la mise en scène du pouvoir révolutionnaire. L'Europe tout entière (et en particulier les monarques étrangers) en prend connaissance grâce à la gravureVoir notamment , notamment au moment du régicide de Louis XVI (cf. supra) ou de l'exécution de Marie-Antoinette.

Un des soucis du nouveau pouvoir sera d'organiser des fêtes, dont le peintre David est le maître d'œuvre, sq.. Le Directoire poursuivra cette politique. La « Fête des arts » des 9 et 10 thermidor an VI célébra les trophées rapportés d'Italie par l'armée de la République commandée par Bonaparte : dix chars, escortés par tout ce que Paris comptait de professeurs, d'étudiants et de personnalités du monde des arts et de la culture défilèrent dans la capitale. La fête se termina par le couronnement du buste de Brutus, icône du républicanisme et de la lutte contre la tyrannie.

Si tu veux la paix, prépare la guerre

Évolution des dispositifs Cérémonies civiles et religieuses Le théâtre La rhétorique La sculpture (statues, médailles, bas-reliefs)

L'architecture tant pour évoquer la somptuosité, la grâce ou l'innovation, que pour écraser le spectateur par la grandeur du décor (quel Président de la République française n'a pas voulu marquer Paris de "son" bâtiment imposant et prestigieux ?)On peut citer aussi la construction des Places Royales avec leur message politique, par exemple la statue équestre de Louis XIV en empereur, destinée à proclamer l'hégémonie française sur le reste de l'Europe, voir Place des Victoires. La peinture (fresques, décoration d'édifices publics, musées et galeries publiques) La scénographie Architectures temporaires, mises en scène des Entrées Royales, des fêtes, tournois, joutes La gravure (feuilles volantes, pamphlets, chansons, almanachs, livres, premiers périodiques). La gravure sert à la fois de support des représentations du pouvoirVoir Les mises en scène de Louis XIII dans l'estampe, de 1601 à 1643, d'Hélène Duccini, Université Paris X - Nanterre et de source d'inspiration. Les livres d'emblèmes, l’Iconologie illustrée de Cesare Ripa seront des sources importantes pour les mises en scène des fêtes et cérémonies publiques. La gravure a permis une diffusion plus large des représentations du pouvoir en étant accessible à un public peu fortuné, et en s'exportant facilement à l'étranger Sabatier, p. 529 : « Grâce à eux (les aquafortistes) l'image du roi (Louis XIV) sous forme d'estampes, almanachs, illustrations de livres fit publiée partout en France et en Europe. ». La photographie et la presse Le cinéma (images d'actualité en première partie de séance, films politiques) La télévision (les actualités télévisées, les reportages, les débats, les discours, les fictions à caractère politique, les émissions caricaturales Le Bébête show, Les Guignols de l'info) Internet (reprise de tous les autres médias, blogs)

La mise en scène du pouvoir a évolué avec l'évolution des moyens de représentation et leur contamination réciproque. Le théâtre va influencer la vie publiqueJournal de Paris, , 18 novembre 1790, à propos d'une représentation du Brutus de Voltaire : La représentation de Brutus a été hier très bruyante. Les traits nombreux qui ont un rapport direct à la situation actuelle de la France ont produit sur les esprits des effets très variés. L'opposition a été constamment la même & avec la même chaleur jusqu'à la fin..

Réflexions des artistes et des philosophes De la Renaissance à la Révolution

Connue surtout en référence à l'œuvre de Thomas More, l'utopie devient vite un genre populaire. Les auteurs ont à cœur de décrire des mises en scène du pouvoir politique qui servent à édifier et instruire plutôt qu'à manipuler. Ce sera le cas de Tommaso Campanella dans sa Cité du Soleil.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Ouvrages classés par ordre alphabétique des auteurs.

Marie-France Auzépy et Joël Cornette (dir.), Palais et Pouvoir. De Constantinople à Versailles, Paris, Presses universitaires de Vincennes, 2003. Mireille Corbier, Agnès Bérenger-Badel et Éric Perrin-Saminadayar (dir.), Les Entrées royales et impériales : histoire, représentations et diffusion d'une cérémonie publique, de l'Orient ancien à Byzance, colloque, CNRS, L’Année épigraphique, Paris, 27- Marc Bloch, Les Rois thaumaturges, Gallimard, 1924 Gilles Boëtsch et Christoph Wulf (dir.), Rituel Hermes CNRS . Marie-Françoise Christout : Le Ballet de cour de Louis XIV 1643-1672 Paris, Picard, 1967. Les feux d'artifice en France de 1606 à 1626, in Les Fêtes de la Renaissance, tome I, .seq. Isabelle Dubois, Alexandre Gady, Hendrik Ziegler, Place des Victoires, Éditions de la Maison des sciences de l’Homme 2004 Annie Duprat, Les rois de papier. La caricature de Henri III à Louis XVI, Paris, Belin, 2002.

Claudette Hould, La Révolution par la gravure. Les tableaux de la Révolution française, Éditions de la Réunion des musées nationaux, 2002, 320 p., François-Bernard Huyghe, Maîtres du faire croire. De la propagande à l'influence, Vuibert, 2008, . Jean Jacquot, Les fêtes de la Renaissance, Paris, tome I (1956), tome II (1960), tome III (1975). Emmanuel Leroy Ladurie, Le Carnaval de Romans. De la chandeleur au mercredi des Cendres. 1579-1580, Paris, Gallimard, 1979

Louis Réau, Histoire du vandalisme, Danielle Régnier-Bohler, Splendeurs de la cour de Bourgogne, Récits et chroniques, 1995

Articles connexes

Liens externes Le Roi, l’Empereur, la Ville : Variations sur l’Entrée royale dans l’œuvre poétique de Victor Hugo sous la Restauration et la Monarchie de Juillet Extraits du livre d'Antoine de Baecque, La Cérémonie du pouvoir : Les duels sur la scène politique française de la Révolution à nos jours Le rituel de l'allocution présidentielle "Figures et figurations du pouvoir politique", un dossier en ligne de la revue Raison publique, dirigé par Sylvie Servoise La mise en scène du pouvoir est-elle toujours nécessaire ?, 28 minutes, sur Arte.

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