Le vieil irlandais (en vieil irlandais : ; en irlandais moderne : ) est la forme la plus ancienne de la langue irlandaise que l'on peut aujourd'hui reconstituer plus ou moins fidèlement à partir des sources disponibles. Elle remonte à la période comprise entre le et le et est l'ancêtre du moyen irlandais (ou irlandais médiéval).

Le vieil irlandais apparaît d'abord dans les marges de manuscrits religieux latins du . Un grand nombre de textes rédigés dans la forme primitive de la langue, bien que classés comme manuscrits de la période du moyen irlandais (comme le Lebor na hUidre et le Livre de Leinster), sont essentiellement rédigés en caractères de vieil irlandais.

Si le vieil irlandais est l'ancêtre des langues modernes que sont l'irlandais, le gaélique écossais et le mannois, il en diffère pourtant. Ces langues modernes sont généralement moins complexes que le vieil irlandais sur les plans morphologique et phonologique.

Les recherches actuelles en vieil irlandais sont toujours influencées par les travaux de quelques chercheurs peu nombreux, au nombre desquels on citera Rudolf Thurneysen (1857-1940) et Osborn Bergin (1873-1950). Aujourd'hui encore, leurs ouvrages sont considérés comme des œuvres de référence pour qui s'intéresse au vieil irlandais.

On a retrouvé quelques traces, surtout des noms de personnes, écrites dans la forme primitive de cette langue (dénommé irlandais primitif). Ces inscriptions sont en écriture oghamique, au moyen de l'alphabet gaélique qui était utilisé en Irlande et dans l'ouest de la Grande-Bretagne dès le .

Emprunts En dehors de l'origine celtique évidente de la langue, le vieil irlandais a emprunté au fil des siècles une partie de son vocabulaire au brittonique, mais surtout au latin, dans la mesure où la vie intellectuelle irlandaise était empreinte de culture latine. À la suite des invasions germaniques du , des racines scandinaves ont fait leur apparition dans le corpus irlandais. Enfin, un certain nombre de mots de l'anglo-saxon, eux-mêmes empruntés au français via l'anglo-normand, ont pris place dans la langue irlandaise ancienneVoir sur ce sujet l'article Lexique étymologique de l'irlandais ancien, sur le site de la School of Celtic Studies - Scoil an Léinn Cheiltigh..

Phonologie Consonnes La liste des consonnes du vieil irlandais est exposée dans le tableau ci-dessous. représentent des consonnes sonantes fortes dont la prononciation exacte est inconnue mais étaient probablement plus longues, plus tendues et articulées de façon généralement plus fortes que leurs équivalents faibles .

+Consonnes de vieil irlandais  LabialeDentaleAlvéolaireVélaireGlottale Occlusive Vélarisée ("large")   Palatalisée ("fine")   Nasale Vélarisée ("large")   Palatalisée ("fine")   Fricative Vélarisée ("large") Palatalisée ("fine") Fricative nasalisée Vélarisée ("large") ṽ         Palatalisée ("fine") ṽʲ         Spirante Vélarisée ("large")       Palatalisée ("fine")       Latérale Vélarisée ("large")       Palatalisée ("fine")       Certains détails de la phonétique du vieil irlandais demeurent obscurs. /sʲ/ se prononçait [ɕ] ou [ʃ], comme en irlandais moderne. /hʲ/ pourrait avoir la même sonorité que /h/ et/ou que /xʲ/. /Nʲ/ et /Lʲ/ auraient pu être prononcés respectivement [ɲ] et [ʎ]. La différence entre /R(ʲ)/ et /r(ʲ)/ pourrait être que la première était roulée, alors que la deuxième était battue.

Voyelles Voici une liste des monophtongues en vieil irlandais :

+ Monophtongues en vieil irlandais   Courte Longue Haute Moyenne Basse La distribution des voyelles courtes dans les syllabes accentuées est assez complexe. Toute voyelle courte doit logiquement se retrouver dans des syllabes finales non accentuéesCe genre de syllabe ouverte est par définition différente d'une syllabe dite coda, le son de la consonne qui suit une voyelle dans une même syllabe. après des consonnes larges ou fines. Au début d'une syllabe, et se prononcent généralement ae et ai après une consonne large, ce qui semble indiquer ici une prononciation rétractée, peut-être quelque chose comme et . Les dix variantes possibles sont exposées ci-dessous : + Voyelles non accentuées en position finale absolue marba 'tuer' ( pers. sing. subjonctif) léicea 'quitter' ( pers. singulier du subjonctif) marbae 'tuer' ( pers. singulier du subjonctif) léice 'quitter' ( pers. singulier du subjonctif) marbai 'tuer' ( pers. singulier de l'indicatif) léici 'quitter' ( pers. singulier de l'indicatif) súlo 'œil' (génitif) doirseo 'porte' (génitif) marbu 'tuer' ( pers. singulier de l'indicatif) léiciu 'quitter' ( pers. singulier de l'indicatif) Dans les syllabes fermées non accentuées (celles qui ont une syllabe coda), l'état de la voyelle courte dépend presque entièrement des consonnes environnantes :selon qu'elles sont larges ou fines. Entre deux consonnes larges, la voyelle se prononce , comme dans dígal 'vengeance' (nom.). Entre une consonne large et une consonne fine, la voyelle devient , comme dans dliged 'loi' (nom./acc.). Avant une consonne fine, la voyelle est , comme dans dígail 'vengeance' (acc./dat.), et dligid 'loi' (gen.). La principale exception est que apparaît souvent lorsque la syllabe suivant contient un *ū en proto-celtique (par exemple, dligud 'loi' (dat.) < PC *dligedū), et ce ou ce apparaissent fréquemment après une labiale large (par exemple, lebor 'livre'; domun /ˈdoṽ 'monde').

La liste des diphtongues en vieil irlandais est exposée ci-dessous :

+ Diphthongues en vieil irlandais Longue (bimorique) Courte (monomorique)    

Orthographe Comme dans la plupart des langues médiévales, l'orthographe du vieil irlandais n'est pas fixée. Ainsi, les exemples présentés ci-dessous sont à considérer comme une généralité ; on peut trouver des formes toutes différentes dans des manuscrits individuels.

L'alphabet du vieil irlandais se compose des 18 lettres suivantes de l'alphabet latin : a, b, c, d, e, f, g, h, i, l, m, n, o, p, r, s, t, u

De plus, on utilise comme signe diacritique sur certaines lettres des accents aigües ou des points suscrits : L'accent aigu indique que la voyelle est longue : á, é, í, ó, ú sont des voyelles longues Le point suscrit signale la lénition du f et du s: ḟ est silencieux, ṡ est prononcé On peut mettre parfois aussi un point suscrit sur le m et le n sans en modifier la prononciation, dès lors que ces lettres sont employées pour signaler la mutation nasalisée : ṁ, ṅ.

On emploie aussi certains digrammes : La lettre i après une voyelle indique que la consonne qui suit est fine : ai, ei, oi, ui ; ái, éi, ói, úi La lettre h après c, t, p indique que la consonne est fricative : ch, th, ph Les digrammes servent aussi à signaler les diphtongues : áe/aí, ía, uí, áu, óe/oí, úa, éu, óu, iu, au, eu.

Au début d'un mot, s'il n'y a pas de mutation consonantique, les consonnes sont larges avant une voyelle postérieure (a, o, u) et fine avant une voyelle antérieure (e, i):

b: c: d: f: g: h: Voir la noteBien que le vieil irlandais possède le son et une lettre h, il n'y a pas de véritable rapport entre eux. Les mots qui commencent par une voyelle s'écrivent parfois avec un h que l'on ne prononce pas, surtout si la voyelle est courte (la préposition i "dans" s'écrit parfois hi) ou si elle doit être soulignée (le nom de l'Irlande, Ériu, peut aussi s'écrire Hériu). D'autre part, les mots qui commencent par le son /h/ s'écrivent généralement sans h (par exemple a ór "son or"). Si la lettre et le son apparaissent simultanément, ce n'est que par coïncidence (par exemple ní hed "ce n'est pas", se prononce .. l: m: n: p: r: s: t:

Après une voyelle, ou après l, n, ou r, les lettres c, p, t en position finale peuvent être altérées ou non. Elles peuvent être doublées, sans en modifier la prononciation : mac ou macc "fils" bec ou becc "petit" op ou opp "refuser" brat ou bratt "manteau" brot ou brott "aiguillon" derc "trou" derc "rouge" daltae "enfant adopté" celtae "qui se cache" anta "de reste" antae "qui reste"

Après une voyelle, les lettres b, d, g sont considérées comme des consonnes fricatives () ou des consonnes fines équivalentes : dub "noir" mod "travail" mug "esclave" claideb "épée" claidib "épées"

Après m, b est palatalisé, mais après d, l et r, il est fricatif : imb "beurre" odb "nœud (d'arbre)" delb "image" marb mort

Après n et r, d est palatalisé : bind "mélodieux" cerd "talent"

Après n, l, et r, g est d'ordinaire palatalisé, mais il est fricatif dans quelques cas : long "vaisseau" delg ou delc "épine" argat ou arggat "argent" ingen "fille" bairgen "morceau de pain"

Après une voyelle, m est généralement fricatif, mais il est parfois nasalisé, auquel cas il peut être doublé : dám ṽ "compagnie" lom ou lomm "nu"

Les digrammes ch, ph, th n'apparaissent pas en début de mot, sauf lorsqu'ils sont en position de lénition. Dans tous les cas, on les prononce . ech "cheval" oíph "beauté" áth "gué"

Les lettres l, n, et r sont doublées lorsqu'elles indiquent une prononciation tendue, seules lorsque la prononciation est plus relâchée. (Mais en début de mot, les lettres dont la prononciation est tendue ne sont pas doublées.) corr "crâne" cor "mettant" coll "noisette" col "péché" sonn "pieu" son "son"

Syntaxe Le vieil irlandais suit la syntaxe (verbe-sujet-objet) partagée par la majorité des langues celtiques. Les verbes sont tous pleinement conjugués et présentent les formes habituelles des langues indo-européennes, comme les temps grammaticaux suivants : le présent, l'imparfait, le passé, le futur et le passé simple (aussi dénommé prétérit) et, comme modes grammaticaux l'indicatif, le subjonctif, le conditionnel et l'impératif et les diathèses actives et passives. La seule forme verbale absente en vieil irlandais est l'infinitif. Pour parer à ce manque, on utilise le nom verbal. Les pronoms personnels employés comme objets directs sont indexés au verbe auquel ils sont associés. En ce qui concerne les prépositions, elles se situent d'ordinaire au même endroit que dans la phrase anglaise, bien qu'un bon nombre d'entre elles soient indexées au verbe lui-même.

Morphologie Noms Le vieil irlandais compte trois genres grammaticaux : le masculin, le féminin et le neutre ; trois nombres grammaticaux : le singulier, le pluriel et le duel (aussi dénommé dual)Ce dernier nombre, le duel, n'est que rarement attesté et avec des formes bien distinctes, et presque toujours précédé du cardinal dá, qui signifie « deux », ce qui peut amener à s'interroger sur sa réelle utilité. ; et cinq cas : le nominatif, le vocatif, l'accusatif, le génitif et le datif. Thurneysen avait identifié quatorze groupes de noms, définis par le genre du radical, sept radicaux vocaliques et sept radicaux consonantiques (dont un groupe de noms irréguliers et indéclinables).

+ Déclinaison du radical ā dans túath (fém.), "tribu".   Singulier Pluriel Duel Nominatif túath túatha túaith Vocatif túath túatha - Accusatif túaith túatha túaith Génitif túa(i)the túath Datif túaith túath(a)ib

Verbes Les verbes se placent généralement en début de phrase (n'étant précédés que de particules et, très rarement, d'adverbes). La plupart des verbes possèdent, en plus des temps, des modes et des diathèses, comme évoqué plus haut, deux formes basiques : une forme conjuguée et une forme absolue. La forme conjuguée consiste d'ordinaire en un ou plusieurs préfixes (des particules considérées historiquement comme d'origine prépositionnelleÀ comparer avec les a-, e-, in-, etc. des verbes latins bien qu'ils ne soient pas directement liés au vieil irlandais, ou avec les préfixes verbaux des langues germaniques.), suivis par une racine verbale qui contient la majeure partie de la conjugaison. Les pronoms personnels considérés comme objets directs sont insérés entre le préverbe et le radical.ainsi que d'autres particules, qui peuvent modifier le sens du verbe (par exemple la forme négative) ou indiquer une structure particulière de la phrase.