Sergueï Iossifovitch Paradjanov (en ; en , Sarkis Hovsepi Paradjanyan), né le à Tbilissi en Géorgie soviétique (à l'époque composante de la République socialiste fédérative soviétique de Transcaucasie), mort le à Erevan en RSS d'Arménie, est un réalisateur soviétique..

Bisexuel, Paradjanov est controversé en Union soviétique : les autorités soviétiques l'accusent de viol homosexuel et le condamnent en 1973 aux travaux forcés pour plusieurs années, une accusation largement interprétée comme une invention de toutes pièces pour justifier une arrestation politique. Il est ensuite incarcéré à différentes reprises jusqu'en 1982, mais est très défendu et apprécié par les cinéphiles occidentaux.. Un musée lui est consacré à Erevan, en Arménie, où il est considéré comme le grand cinéaste national.

Biographie

Famille Sergueï Paradjanov est issu d'une famille Son père, Iossif Paradjanian, est antiquaire.

Formation Il entre en 1945 dans l’une des plus grandes écoles de cinéma au monde, le VGIK de Moscou, où il étudie dans la classe d'Igor Savtchenko.. Il a également Alexandre Dovjenko comme professeur.

Inspiration artistique thumb|left|Monument à Sergueï Paradjanov à Tbilissi. Sans connaître la langue de ses ancêtres arméniens, ni leur pays, Paradjanov va graduellement s’éloigner de la grammaire soviétique pour élaborer une œuvre cinématographique en prise directe avec les traditions des régions où il tourne (Ukraine, Géorgie, Arménie).

Artiste , musicien, plasticien, peintre, il doit en partie sa tournure d’esprit au métier d'antiquaire de son père. Un contact précoce avec les objets d’art a façonné son imaginaire et son goût pour les collections. Il a inspiré sa pratique passionnée des collages, qui tiennent à la fois de l’art conceptuel et du folklore naïf ; des films « compressés » en quelque sorte, que Paradjanov bricolait lorsqu’il ne pouvait pas tourner (en prison notamment).

Ses films sont souvent influencés par la diversité ethnique de sa région natale, le Caucase, et mêlent réalité sociale, folklore, légendes et chamanisme.

Premiers films En 1954, il réalise son premier long métrage, Andriesh, adapté d'un conte de fées d'.. Ses premières œuvres (inédites en France), tournées en Ukraine , sont assez proches du réalisme socialiste (comme Le Premier Gars, amourettes champêtres dans un kolkhoze) ; il tourne aussi plusieurs documentaires (Doumka, Les Mains d'or, Natalia Oujvy), jusqu'à la rupture avec Les Chevaux de feu, en 1964, et Sayat Nova : La Couleur de la grenade, en 1968.

Victime de la censure Découvert dans les festivals internationaux avec ce dernier film, Paradjanov est, pour l’Occident, le premier symbole officiel de l’oppression des artistes soviétiques. — Tarkovski en sera un autre.

Les Chevaux de feu est désavoué par les autorités de Moscou parce qu’il est tourné en dialecte houtsoul (des Carpates ukrainiennes) et non doublé en russe. C'est une des raisons pour lesquelles certains historiens du cinéma le considéreront comme un exemple de cinéma ukrainien. Le film est également désavoué par Paradjanov parce qu’on l’a raccourci contre son gré, mais aussi parce qu’il ne correspond pas au cinéma non narratif auquel il aspire.

Condamnations pénales Si Paradjanov jouit alors d’une certaine notoriété, c'est moins pour son œuvre que pour son statut politique.

En décembre 1973, les autorités soviétiques le condamnent à cinq ans de travaux forcés. Paradjanov fait la une des journaux lorsqu'il est incarcéré en Ukraine en 1974 pour Les médias, les cinéphiles, les comités se mobilisent (en France, Yves Saint Laurent, Françoise Sagan et, surtout, Louis Aragon montent au créneau). Le pouvoir reproche implicitement au cinéaste de promouvoir le nationalisme. À l’époque, il a déjà tourné l’essentiel de son œuvre : six longs métrages.

Il fait quatre ans de prison. Au sortir de sa détention, il réalise des collages et un grand nombre de dessins abstraits. Il est par la suite incarcéré à plusieurs reprises. Ses séjours en prison s’achèvent en 1982. Il en revient malade (diabétique, cancéreux). Soutenu par plusieurs intellectuels géorgiens, il réussit à tourner deux films.

Vie personnelle vignette|Musée Sergueï-Paradjanov à Erevan (République d'Arménie) Site du musée Sergueï-Paradjanov... Sa vie et son art sont mêlés. Sa maison familiale de Tbilissi, ouverte aux hôtes de passage, est un grand capharnaüm où s’entassent décors, costumes et objets d’art hétéroclites.

En 1950, il se marie avec Nigyar Kerimova, à Moscou. D'origine musulmane tatare, elle se convertit à la religion orthodoxe pour l'épouser. Elle sera assassinée par des parents qui ne lui ont pas pardonné cette conversion.

Lorsqu'il s'installe à Kiev, il apprend l'ukrainien et se remarie avec Svetlana Ivanovna Cherbatiouk en 1956. Ils ont un fils, Suren, en 1958.

Paradjanov est bisexuel, avec une préférence pour les hommes ; il se déclare à la fin de sa vie lors d'un entretien radiophonique en France..

Mort Il a à peine commencé le tournage de La Confession, une allégorie ouvertement politique et polémique, qu'il meurt d'un cancer à l'âge de 66 ans. Les quelques plans qu'il a réussi à tourner seront inclus dans le film Paradjanov : Le Dernier Printemps, réalisé par son proche ami Mikhaïl Vartanov en 1992.

Filmographie commentée Les Chevaux de feu Les Chevaux de feu (Тіні забутих предків), réalisé en 1964Les Chevaux de feu sur imdb.com., est la version courte des Ombres des ancêtres oubliés. Tiré de l’œuvre de Mikhaïl Kotzioubinski, ce conte met en scène des bergers et bûcherons des Carpates ukrainiennes. Douze chapitres retracent la vie tragique d'Ivan, paysan accablé par le destin, mis au ban de sa communauté...

En 1991, Paradjanov reçoit, à titre posthume, le prix national Taras Chevtchenko pour ce film.

Sayat Nova : La Couleur de la grenade En 1968, il réalise Sayat Nova : La Couleur de la grenade., inspiré de la vie d’un poète arménien mort en Géorgie. Au lieu d’un récit linéaire, le cinéaste, , opte pour une série de tableaux vivants représentant des moments clés de la vie du poète :

, selon les traducteurs françaisSayat Nova (trad. Élisabeth Mouradian et notes de Serge Venturini), Odes arméniennes, édition bilingue (livre dédié à Paradjanov) Éditions L'Harmattan, Paris 2006 , p. 158..

Le film est censuré.

La Légende de la forteresse de Souram (1985)

Tiré d’une nouvelle du Géorgien Daniel Chonkadzé selon laquelle une forteresse ne peut être sauvée de la ruine que si un homme y est emmuré, le film est tourné en plans larges fixes et frontaux.

Achik Kérib (1988) ou le conte d'un poète amoureux

Le film s'inspire d’une nouvelle du poète russe Mikhaïl Lermontov, et rappelle les contes des Mille et une nuits : un jeune troubadour pauvre tombe amoureux de la jolie fille d'un riche marchand. Pour pouvoir l’épouser il décide de faire fortune en parcourant le monde… Paradjanov dédiera ce film à son grand ami le cinéaste Andreï Tarkovski.

Un « cinéma de poésie » Pour Paradjanov, l’essentiel n’était pas la narration, mais la vision, l’image. En effet, il s'agit comme chez Pier Paolo Pasolini d'un « cinéma de poésie » selon la formule de celui-ci. En cela Paradjanov demeure influencé par le cinéma de Pasolini. Disant s’inspirer souvent de ses rêves, il ne fait pas de distinction entre un tableau et un film.

Filmographie vignette|Timbre ukrainien de 1999. Courts métrages 1951 : Conte moldave (Moldovskaya skazka) (film de fin d'études, considéré comme perdu) 1957 : Dumka (documentaire) 1959 : Natalia Oujveï (Natalia Uzhvij) (documentaire) 1960 : Les Mains d'or (Zolotye ruki) (documentaire) 1966 : Les Fresques de Kiev (inachevé, interdiction de tournage) 1967 : Hakob Hovnatanian (Hakob Havnatanyan) (documentaire) 1968 : Les Enfants à Komitas (Yerekhaner Komitasin) (documentaire pour l'UNICEF, considéré comme perdu) 1985 : Arabesques sur le thème de Pirosmani (Arabeskebi Pirosmanis temaze) (documentaire)

Longs métrages 1954 : Andriech, coréalisé avec Iakov Bazelian 1959 : Le Premier Gars (Pervyj paren) 1961 : Rhapsodie ukrainienne (Ukrainskaya rapsodiya) 1962 : Une fleur sur la pierre (Tsvetok na kamne) 1964 : Les Chevaux de feu (Tini zabutykh predkiv) 1968 : Sayat Nova : La Couleur de la grenade (Tsvet granata) 1984 : La Légende de la forteresse de Souram (Ambavi Suramis tsikhitsa), coréalisé avec Dodo Abachidze 1988 : Achik Kérib, conte d'un poète amoureux (Ashugi Qaribi), coréalisé avec Dodo Abachidze 1990 : Le Lac des cygnes - la zone (Lebedinoe ozero. Zona) (scénariste), réalisé par Youri Illienko 1992 : La Confession (Khostovanank) (inachevéLes séquences filmées restantes sont incluses dans Paradjanov : Le Dernier Printemps de Mikhaïl Vartanov.)

Édition en DVD Paradjanov, coffret de 4 DVD (), 2013, Éditions MontparnasseVoir sur editionsmontparnasse.fr. Compléments : Eros et Thanatos – 30 min Souvenirs de Sayat Nova – 30 min Andreï et Sergueï – 35 min Orpheus descending – 33 min Moi, Sergueï Paradjanov – 25 min

Films en hommage à Paradjanov 1969 : La Couleur de la terre arménienne de Mikhail Vartanov 1990 : Je suis Sergueï Paradjanov de Tsereteli Kora 1992 : Paradjanov : Le Dernier Printemps de Mikhaïl Vartanov 1994 : Sergueï Paradjanov. Visites d'Anatoly Sirikh 1994 : Parajanov : partition du Christ en do majeur de Youri Illienko 1995 : Le Dernier Collage de Rouben Kevorkiantz et Krikor Hamel 2013 : Le Scandale Paradjanov ou la Vie tumultueuse d'un artiste soviétique, hommage en forme de poème, de Serge Avédikian et Olena Fetisova 2024 : I Will revenge this world with love de Zara Jian

Références

Voir aussi

Bibliographie Mikhaïl Vartanov, « Les Cimes du Monde », Cahiers du cinéma , 1986. Patrick Cazals, Serguei Paradjanov, éditions Cahiers du cinéma, Paris, 1993. Henri-Claude Cousseau, Zaven Sargsyan, Érik Bullot, Sarkis, Dickran Kouymijian, Sophie Kaplan, Krikor Beledian, Patrick Cazals, Paradjanov le magnifique, École nationale supérieure des beaux-arts, Paris, 2007. Dominique Bax et Cyril Béghin (dir.), Serguei Paradjanov, éditions Magic Cinéma, , , Bobigny, 2007. Érik Bullot, Sayat Nova, Yellow Now, Crisnée, 2007 . James Steffen, The Cinema of Sergei Parajanov, University of Wisconsin Press, 2013. Antoine Duplan, « Sergueï Paradjanov, "rouge comme la vie" », Le Temps du (consulté le ). Catalogue de l'exposition « Sarkis avec Paradjanov », présentée à la Villa Empain du au à Bruxelles, avec une étude critique d'Érik Bullot et un scénario inédit de Paradjanov, Ara le Bel, 2015 .

Articles connexes Musée Sergueï-Paradjanov

Radio « Qui était Serguei Paradjanov ? », France Culture, La Grande Table, sur le film Le Scandale Paradjanov de Serge Avédikian et Olena Fetisova.

Vidéographie . Sergueï Paradjanov sur YouTube.

Liens externes Parajanov -Vartanov Institute

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