Lanzarote, autrefois appelée en français Lancerotte, en guanche , est une île d'Espagne située dans l'océan Atlantique ; elle est l'une des sept îles principales des îles Canaries. Administrativement, l'île fait partie de la province de Las Palmas dans la communauté autonome des îles Canaries. Peuplée de , elle est la troisième île des Canaries par la population, après Tenerife et Grande Canarie Datos oficiales del Instituto Nacional de Estadística (España) en date du janvier 2015.. Couvrant , elle est la quatrième île de l'archipel par la superficie. Arrecife est le siège du cabildo insulaire.
Depuis 1993, l'île est reconnue réserve mondiale de biosphère par l'Unesco.. Dans le centre-ouest de l'île se trouve le parc national de Timanfaya, l'une des principales attractions de l'île.
Étymologie Le nom de l'île viendrait du marin gênois Lancelot Maloisel qui visita l'île au : l'île est en effet qualifiée d'Insula de Lanzarotus Marocelus dans le portulan d'Angelino Dulcert (1339).
Selon le philologue Ignacio Reyes, le nom pourrait venir de l'appellation en castillan ancien (et aussi en portugais) des tabaibas (Euphorbia balsamifera) ou Dolatelac (nom amazigh de l'île d'après une bulle papale de l'année 1431) Ignacio Reyes García, Diccionario ínsuloamaziq, rubrique Dolatelac..
Le nom d'origine de l'île est Titerogakat, nom d'étymologie berbère donné par les Guanches, premiers habitants des îles Canaries.
Géographie Topographie Lanzarote, si l'on excepte l'îlot inhabité de Roque del Este, est l'île la plus orientale de l'archipel des îles Canaries situé dans l'océan Atlantique, au large des côtes africaines. L'île se trouve à au sud-sud-ouest du Portugal et à au nord-nord-ouest du cap Juby, au Maroc. Les îles de Fuerteventura et de Los Lobos se trouvent au sud-ouest tandis que celles de l'archipel de Chinijo (Alegranza, La Graciosa, Montaña Clara, Roque del Este et Roque del Oeste) se trouvent au nord-est.
D'une superficie de , l'île culmine à d'altitude aux Peñas del Chache. D'origine volcanique, une grande partie des roches en surface sont récentes d'un point de vue géologique en raison de la grande activité de ses volcans au début du . Le tunnel de l'Atlantide, qui se trouve non loin des côtes de Lanzarote, est le tunnel de lave sous-marin le plus long du monde. L'île est reconnue réserve de biosphère par l'Unesco, dont le parc national de Timanfaya constitue une partie de la zone cœur..
L'île mesure environ de long (axe nord-sud) pour de large (axe est-ouest). La côte, pour la plupart rocheuse mais comptant de plages, s'étire sur .
Climat gauche|vignette|Diagramme climatique de Lanzarote.
Lanzarote se situe dans la zone climatique chaude et sèche qui correspond à sa latitude, incluse dans la ceinture de hautes pressions subtropicales. Son climat est subdésertique et se caractérise par un régime pluviométrique faible inférieur à annuels, dû au fait que l'altitude globalement faible (sauf dans les zones de Los Ajaches et de los Riscos de Famara) ne permet pas la rétention de l'humidité contenue dans les alizés via le phénomène des pluies orographiques contrairement aux îles plus occidentales de l'archipel.
Les températures maximales oscillent à Lanzarote entre 22 et tandis que les minimales ne descendent pas en dessous des en hiver. La moyenne annuelle des précipitations est de avec des variations entre à Famara et seulement dans la zone de la côte du Rubicon. Le climat est beaucoup plus tempéré que sa latitude ne le laisse supposer. Deux éléments climatiques participent à cette douceur atmosphérique : les alizés et le courant froid des Canaries. Le vent est présent pratiquement en permanence sur l'île. Les mois d'été, le sirocco (aussi appelé calima aux îles Canaries) souffle parfois violemment, provoquant des tempêtes chargées de sable du désert qui réduisent fortement la visibilité et faisant monter les températures jusqu'à plus de quarante degrés Celsius ( en 2004).
Histoire vignette|Paysage volcanique à Lanzarote.
Premiers habitants Lanzarote est habitée depuis au moins deux millénaires. Connus sous le nom de Mahos ou Mahoreros, les habitants de l'île feraient partie des peuples guanches. L’origine de ces peuples serait amazighe (ou berbère) Ignacio Reyes García, Balance de lingüística ínsuloamazighe, Consideraciones heurísticas, metodológicas y dialectales, in VI Congreso de Patrimonio Histórico, Lanzarote, 10-12 de septiembre de 2008.. Quelques similitudes ont été repérées entre leur langue et le berbère touareg, ce qui a soulevé l’hypothèse de vagues migratoires berbères successives depuis l'Afrique du Nord. En se fondant sur un toponyme géographique touareg d’Algérie centrale, des chercheurs affirment que le nom originel de Lanzarote, Tyterogaka, signifie « La Brûlée » et d'après Ignacio Reyes « la toute jaune » Ignacio Reyes García, Diccionario ínsuloamaziq, rubrique Tyterogaka]..
Les recherches ont déterminé que l'organisation sociale était adaptée aux conditions de l'île, pauvre en ressources. La hiérarchie était patriarcale et héréditaire, exercée par des rois ou menceyes qui étaient élus par les nobles. Leur justice, qui était extrêmement dure selon les premiers visiteurs européens, s'administrait sur la place publique ou tagoror.
Les anciens Mahoreros vivaient d'élevage, de coquillages du bord de mer, de la collecte de fruits et possédaient une agriculture très limitée. Ils ne connaissaient pas les métaux et avaient perdu les connaissances concernant la navigation océanique. Ils vivaient dans des grottes ou des huttes de pierre semi-enterrées, les casas hondas, se couvraient de peaux de chèvres non tannées et s'alimentaient de gofio, de viande de chèvre et de poisson. Presque toutes les chroniques parlent de leur caractère paisible et hospitalier et de leur goût pour la musique et la danse.
Les descriptions que firent les premiers Européens qui visitèrent l'île pendant le Moyen Âge tardif parlent d'« hommes de race blanche, grands, musclés, de grande beauté, et beaucoup d'entre eux étaient blonds… ». Ces descriptions offraient une vision plutôt idéalisée. Les informations disponibles sur les de l'île sont indirectes et peu fiables. La source documentaire la plus importante est Le Canarien, récit écrit par les chapelains domestiques des Francs normands Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle pendant l'invasion de l'île en 1402. Bien qu'il existe certaines inscriptions aborigènes en écriture libyco-berbères ou tifinagh, celles-ci n'ont pas pu être traduites.
Conquête vignette|Animation représentant Lanzarote et La Graciosa en trois dimensions.
L'île de Lanzarote est connue dès l'Antiquité. Elle est visitée puis fréquentée par des marchands et navigateurs phéniciens qui viennent y chercher l'orchilla, la précieuse plante pour teinture rouge qui pousse sur les roches du nord de l'île.
Des fouilles archéologiques, réalisées par l'équipe de Pablo Atoche Peña, de l'université de Las Palmas de Gran Canaria, et de Juan Ángel Paz Peralta, de l'université de Saragosse, ont permis de découvrir environ cent tessons de poterie romaine, neuf pièces de métal et une pièce de verre, dans des couches datées entre les
L'unique témoignage écrit de l'époque médiévale, fantaisiste, est le voyage de saint Brendan.
En 1312, le navigateur génois Lancelot Maloisel redécouvre l'île de Lanzarote pour l'Europe et lui donne son nom actuel, lequel apparaît pour la première fois sur la carte d'Angelino Dulcert en 1339. Pendant les cinquante années qui suivent, plusieurs expéditions, ou plutôt razzias, sont organisées à la recherche d'esclaves, de peaux et de teintures. Commence alors le déclin de la population aborigène. En 1377, Martin Ruiz de Avendaño, commandant corsaire de la flotte castillane, après une tempête, fait naufrage sur l'île de Lanzarote, où il est reçu par le roi Zonzamas qui lui offre l'hospitalité du lit de la reine Fayna. De cette relation naît, selon la légende, la princesse Ico, blanche et blonde, mère du dernier roi de Lanzarote, Guardafia. En 1393, le noble castillan Almonáster accoste à Lanzarote, dont il ramène dans la péninsule Ibérique des autochtones et certains produits agricoles.
Les premières expéditions européennes à la recherche d'esclaves font tout d'abord escale à Lanzarote et à La Graciosa, îles les plus proches de la péninsule ibérique. Il s'ensuit un déclin démographique pendant le , si bien que, lors des premières expéditions de conquête, la population est déjà en net recul.
La conquête définitive de l'île se produit avec l'expédition des mercenaires et des aventuriers normands Jean de Béthencourt et Gadifer de La Salle, au service et profit de Henri III de Castille. À leur arrivée sur l'île en 1402, il reste seulement trois cents autochtones et les expéditionnaires s'établissent sur la côte du Rubicon, dans le sud de l'île. À la suite de l'essai infructueux de conquête de Fuerteventura, Béthencourt retourne en Castille et il se voit offrir la seigneurie de Lanzarote. À son retour, la résistance des autochtones a été réprimée par le feu et le sang par Gadifer de La Salle ou une partie de ses troupes. Après les échecs successifs de conquête des autres îles et étant donné le peu d'intérêt commercial que recèle alors Lanzarote, Jean de Béthencourt cède la seigneurie de l'île à son parent Maciot de Béthencourt.
La première colonie européenne dans les îles Canaries en 1402 s'établit à l'extrémité sud de la municipalité de Yaiza, dans la zone connue sous le nom El Rubicón, là où la conquête de l'archipel a commencé San Marcial del Rubicón y los Obispados de Canarias .. Dans cet endroit est construite une cathédrale dédiée à saint Martial de Limoges, détruite par les pirates anglais au . Femés offre encore l'ermitage consacré à saint Martial de Limoges. Le diocèse est transféré en 1483 à Las Palmas de Grande Canarie (Diocèse des Canaries).
Seigneurie féodale
Lanzarote devient une seigneurie féodale qui passe des mains des descendants de Jean de Béthencourt à des nobles andalous comme le comte Niebla, Hernán de Peraza et Pedro Barba (La Graciosa).
En ces premières années, un important contingent d'origine berbère est amené sur l'île afin de la repeupler. Ce nouvel apport se mêlera à la population aborigène et aux colons européens.
Pendant les siècles suivants, l'île maintiendra une structure de pouvoir féodal jusqu'à l'abolition de la seigneurie par les cours de Cadix en 1812.
Du fait de sa proximité des côtes africaines, Lanzarote sera l'objet d'attaques de pirates barbaresques de la régence d'Alger et européens. En 1586, le corsaire d'Alger Murat Rais prend l'île avec cinq cents hommes et capture la famille du seigneur. En 1618, des corsaires algériens envahissent et rasent l'île, les Algériens parvenant à occuper l'île pendant un mois avant de la quitter. Lors de sa dernière expédition à la recherche de l'Eldorado, Sir Walter Raleigh attaque Arrecife en 1617 et rase la ville. La population se réfugie pendant les attaques dans la cueva de los Verdes, la « grotte des verts ».
Éruption de Timanfaya « Le , entre les neuf heures et les dix heures du soir, la terre s'ouvrit à Timanfaya, à deux ligues de Yaiza… et une énorme montagne s'éleva du sein de la terre », selon le témoignage du curé Lorenzo Curbelo. L'île se transforma entièrement. Dix villages furent ensevelis (Tingafa, Montaña Blanca, Maretas, Santa Catalina, Jaretas, San Juan, Peña de Palmas, Testeina et Rodeos), et pendant six ans la lave s'étendit au sud, couvrant un quart de l'île et recouvrant les plaines alentour de cendres volcaniques.
En 1824, les éruptions reprirent à Timanfaya. S'ensuivirent de terribles famines, et une bonne partie de la population se vit obligée d'émigrer. Depuis, le paysage s'est transformé grâce aux techniques agricoles de culture sur lapillis volcaniques que les conejeros utilisent pour retenir l'humidité des alizés. Le parc national de Timanfaya offre un bel aperçu des vestiges de l'éruption.