vignette|Carte présentant l'aire d'influence des royaumes de Dál Riata (vers 600), de Fortriú (vers 800) et d'Alba (vers 900).
L'Écosse au haut Moyen Âge est occupée par des peuples de différentes cultures. Les principaux royaumes qui dominent la région à cette époque sont le Fortriú des Pictes à l'est, le Dál Riata des Scots à l'ouest, l'Alt Clut des Bretons au sud-ouest et la Northumbrie des Anglo-Saxons au sud-est. Une cinquième culture apparaît à la fin du avec les premiers raids vikings. Le voit les Vikings s'installer définitivement aux marges de l'Écosse, tandis que les domaines picte et scots sont unifiés par la maison d'Alpin pour former le royaume d'Alba, ancêtre du royaume d'Écosse.
Les sources écrites pour cette période sont tardives (elles apparaissent vers le début du ) et fragmentaire. L'apport de l'archéologie, de l'onomastique et de la paléobotanique est crucial pour en retracer l'histoire. Ces disciplines montrent que l'Écosse du haut Moyen Âge est peu densément peuplée, notamment à l'intérieur des terres. La population ne s'organise pas autour de centres urbains, mais plutôt de fermes ou de forts comme les brochs, et vit d'agropastoralisme.
Cette période est notamment marquée par le développement du christianisme.
Histoire
À l'époque de Bede et Adomnán, à la fin du et au début du , quatre grandes régions d'influence se sont constituées dans le nord de la Grande-Bretagne. À l'est on trouve les Pictes, dont les royaumes s'étirent de la rivière Forth aux Shetland. À l'ouest se trouvent les habitants de Dál Riata parlant le gaélique (goidélique) avec leur forteresse royale de Dunadd dans l'Argyll, et ayant des liens étroits avec l'île d'Irlande, d'où ils ont apporté avec eux le nom "Ecossais", à l'origine un terme pour le habitants de l'Irlande. Au sud se trouvait le Royaume britonnique d'Alt Clut, descendant des peuples des royaumes d'influence romaine du "Vieux Nord". Enfin, il y avait les Anglais ou "Angles", envahisseurs germaniques qui avaient pris possession d'une grande partie du sud de la Grande-Bretagne et détenu le Royaume de Bernicie dans le sud-est (plus tard la partie nord de la Northumbrie), et qui avaient amené avec eux le vieil anglais.
Les Pictes
La confédération de tribus pictes qui se développe au nord du Firth of Forth s'étend peut-être jusqu'aux Orcades.. Elle est vraisemblablement issue des tribus des , qui pourraient s'être associées en réaction à la pression romaine au sud. Les Pictes apparaissent dans les textes romains à la fin du qui parlent des , les « peints » (peut-être en référence à leur coutume de se peindre le corps ou de se tatouer), en tant qu'adversaires des légions romaines. Le premier souverain identifiable des Pictes est Brude mac Maelchon, un contemporain de Colomba d'Iona mort dans les années 580. Sa base de pouvoir semble avoir été la région d'Inverness, mais après lui, le centre de gravité des Pictes se déplace vers la région de Strathearn et Menteith, qui correspond au royaume de Fortriú.
Vers 672, Bridei map Beli, fils du roi breton d'Alt Clut, devient roi de Fortriú. Les Pictes semblent alors avoir été tributaires des Anglo-Saxons de Northumbrie, mais cette domination prend fin après la bataille de Dunnichen, en 685, durant laquelle Ecgfrith de Northumbrie est vaincu et tué par les forces de Bridei. Les Pictes connaissent apparemment leur apogée sous le règne d'Óengus mac Fergusa (729-761), qui combat avec succès le Dál Riata et envahit l'Alt Clut et la Northumbrie. Le Dál Riata semble être resté soumis aux Pictes par la suite.
Le Dál Riata
Le royaume gaélique de Dál Riata est à cheval sur la côte ouest de l'Écosse et la côte nord de l'Irlande. Vers l'an 600, il s'étend sur les actuelles régions d'Argyll and Bute et Lochaber du côté écossais et sur le comté d'Antrim du côté irlandais. Il est généralement considéré comme une entité irlandaise ayant colonisé le littoral écossais. Ses habitants sont souvent appelés Scots, du latin utilisé par les auteurs latins pour désigner les Irlandais.
Le Dál Riata connaît son apogée sous le règne d'Áedán mac Gabráin (574-608), qui est cependant tenu en échec par Æthelfrith de Northumbrie à la bataille de Degsastan en 603. Cet âge d'or prend fin avec les graves défaites de Domnall Brecc (mort en 642) en Irlande et en Écosse. Par la suite, le royaume est soumis à la Northumbrie, puis aux Pictes. Certains historiens considèrent qu'il connaît un bref renouveau sous le roi Áed Find (mort en 778) avant l'arrivée des Vikings.
L'Alt Clut
vignette|gauche|Le château de Dumbarton, cœur du royaume d'Alt Clut.
Le royaume d'Alt Clut trouve peut-être ses origines dans le peuple des Damnonii cité par Claude Ptolémée dans sa Géographie. Il doit son nom à la forteresse d'Alt Clut, qui correspond au château de Dumbarton. Son premier souverain connu est Ceretic, le destinataire d'une lettre de Patrick d'Irlande dans la deuxième moitié du . Cette lettre implique clairement que Ceretic est chrétien. Un siècle plus tard aurait régné Rhydderch Hael d'après l'hagiographie de Colomba rédigée par Adomnán. La succession royale devient plus claire à partir du début du .
En 642, le roi Eugein map Beli remporte une grande victoire sur le Dál Riata à Strathcarron, durant laquelle le roi scots Domnall Brecc trouve la mort. Au , l'Alt Clut est attaqué à plusieurs reprises par les Pictes d'Óengus mac Fergusa et par leurs alliés northumbriens, qui s'emparent de la région de Kyle en 750. Le roi Dumnagual III pourrait même avoir été contraint de se soumettre à ses voisins. L'histoire ultérieure du royaume est mal connue, à l'exception de la destruction de la forteresse d'Alt Clut par un incendie en 780 dans des circonstances inconnues.
Le royaume d'Alt Clut est traditionnellement considéré comme identique au royaume de Strathclyde attesté ultérieurement dans la région, mais il est possible que le second soit une entité distincte, apparue après la chute du premier.
La Bernicie
La région de l'actuelle frontière anglo-écossaise est occupée par une série de royaumes bretons regroupés sous l'appellation galloise Yr Hen Ogledd, « le vieux Nord ». Parmi ces royaumes, on compte le Bryneich, autour de l'actuelle Bamburgh dans le Northumberland, et le Gododdin, autour de Din Eidyn (peut-être Édimbourg), dans le Lothian. Au , le Bryneich passe sous le contrôle des Angles, un peuple germanique venu de l'autre rive de la mer du Nord. Le premier roi anglo-saxon de Bernicie connu est Ida, qui serait arrivé au pouvoir en 547. Vers 600, les Berniciens remportent la bataille de Catraeth sur les Bretons du Gododdin. Cet affrontement est commémoré par le poème Y Gododdin.
Au même moment, le roi Æthelfrith, petit-fils d'Ida, conquiert le royaume anglo-saxon de Deira au sud. L'union de la Bernicie et du Deira prend le nom de Northumbrie, en référence à sa situation au nord de l'estuaire du Humber. Son histoire est bien connue grâce à lHistoire ecclésiastique du peuple anglais de Bède le Vénérable, un moine northumbrien du début du . Le premier roi chrétien de Northumbrie est Edwin, baptisé par le missionnaire romain Paulin en 627. Par la suite, l'évangélisation du royaume est principalement le fait de moines irlandais, notamment après la fondation de l'abbaye de Lindisfarne par Aidan en 635.
Vers la même période, les Angles s'emparent d'Édimbourg et prennent le contrôle du territoire des Gododdin. Leur influence s'étend même au-delà du Forth jusqu'à la défaite d'Ecgfrith face aux Pictes à Dunnichen en 685. Le est marqué par une forte instabilité dynastique.
Les Vikings et le royaume d'Alba
À la fin du , les monastères du littoral écossais, comme Iona et Lindisfarne, sont victimes des premiers raids vikings. L'arrivée des Scandinaves bouleverse l'équilibre entre les royaumes du nord de la Grande-Bretagne. Ils prennent rapidement le contrôle des Orcades, des Shetland et des Hébrides. En 839, ils remportent une grande victoire sur le roi de Fortriú Eóganan mac Óengusa et le roi de Dál Riata Áed mac Boanta, qui trouvent tous les deux la mort sur le champ de bataille. Au sud, les Vikings s'emparent de la Northumbrie en 867 et établissent le royaume de Jórvík. Trois ans plus tard, ils assiègent avec succès la forteresse de Dumbarton. Le royaume d'Alt Clut est plus couramment appelé Strathclyde par la suite.
Les colons scandinaves se mêlent aux populations gaéliques du sud-ouest pour former le peuple des Gall Gàidheal, qui donne son nom à la région du Galloway. Dans les Hébrides, Ketill au Nez plat s'impose comme roi dans la deuxième moitié du . Ce reflux des Scots pourrait avoir accéléré le processus de gaélicisation des Pictes déjà en cours et contribué à l'union des deux royaumes, dans des circonstances qui restent débattues par les historiens. Bien que Kenneth mac Alpin soit traditionnellement considéré comme le premier roi d'une Écosse unifiée, ce n'est qu'à partir de Domnall mac Causantin (mort en 900) que les sources d'époque parlent d'un « roi d'Alba ». Ce royaume d'Alba est le noyau du futur royaume d'Écosse.
Géographie
Géographie physique
Bien que l'Écosse n'occupe que le tiers de la superficie de la Grande-Bretagne, elle possède un littoral aussi long que l'Angleterre et le pays de Galles réunis (environ ) en raison de ses nombreuses îles, péninsules et lochs. Seul un cinquième du territoire écossais se situe à moins de au-dessus du niveau de la mer. Sa position sur le littoral atlantique entraîne des précipitations importantes : plus de annuellement dans l'est du pays et plus de annuellement dans l'ouest. Ce climat est favorable à l'apparition de tourbières. L'acidité du sol et les vents forts expliquent que la plupart des îles soient dépourvues d'arbres. L'intérieur des terres abonde en collines, montagnes et marécages qui rendent les déplacements difficiles et contribuent peut-être à la fragmentation politique au haut Moyen Âge. Cette période est également marquée par une détérioration du climat, avec des températures plus basses et des précipitations accrues qui réduisent l'étendue des terres cultivables..
Habitat
vignette|redresse|Carte des noms de lieux en pit- en Écosse.
L'influence romaine au-delà du mur d'Hadrien ne semble pas avoir eu d'effet majeur sur la répartition de la population. Les collines et promontoires fortifiés de l'âge du fer continuent à être occupés tout au long du haut Moyen Âge. Leurs défenses se composent souvent de murs en pierre sèche ou en rondins de bois, parfois avec une palissade. Leur nombre important pourrait refléter la nature péripatétique des monarchies et aristocraties de l'époque, dont les membres se déplacent régulièrement au sein de leur domaine pour mieux l'administrer et le contrôler. Les brochs des Hébrides, des Orcades et des Shetland continuent eux aussi à être occupés après la fin de l'âge du fer, mais ils sont progressivement remplacés par des maisons cellulaires de dimensions plus réduites. Quelques grandes halles en bois datant du ont été retrouvées dans le sud, comparables à celles construites par les Anglo-Saxons en Angleterre. Dans les zones de peuplement scandinave, le manque de bois de construction contraint à l'utilisation d'autres matériaux disponibles sur place, le plus souvent une combinaison de pierre et de gazon.