L’Aster est un missile antiaérien et antibalistique franco-italien conçu dans les années 1990 par la division missiles d’Aérospatiale (intégrée depuis dans MBDA). Le nom « Aster » vient de « Aérospatiale terminal » et également du nom d’un archer grec.

Deux versions initiales ont été développées : Aster 15 pour l'autodéfense qui permet d'intercepter à 360° les avions, drones, missiles de croisière jusqu'à plus de et une altitude de . ; Aster 30 pour la défense de zone qui permet d'intercepter à 360° les avions, drones, missiles de croisière au-delà de et une altitude de . Il offre dans sa version Block 1 une capacité contre les missiles balistiques d’une portée allant de (catégorie du Scud B) et pour sa version Block 1 NT jusqu`à . Son coût unitaire est estimé à 2 millions €.

Les systèmes d'armes employant l’Aster peuvent être terrestres ou navals. Ils sont développés en coopération entre la France, l’Italie et le Royaume-Uni.

Historique Développement initial vignette|gauche|Les seize silos de missiles antiaériens Aster du porte-avions Charles de Gaulle. Le développement du missile sol-air Aster lancé au début des années 1980 s'explique par la volonté de la France et de l'Allemagne de remplacer leurs missiles MIM-23 Hawk. Ce développement est rapidement rejoint par l'Italie qui doit également remplacer ses missiles Hawk et MIM-114 Nike Hercules et par le Royaume-Uni qui doit remplacer ses missiles Bloodhound. Ces quatre pays doivent en outre remplacer les missiles sol-air navals Masurca, SM1-MR, Sea Slung et Sea Dart équipant leurs frégates..

Pour répondre à ce besoin, la France lance le programme SYRINX qui permet la notification de contrats de pré-développement du missile Aster à Aérospatiale et du radar Arabel à Thomson-CSF avant d'être renommé programme FSAF pour « Famille des systèmes Surface-Air Futurs » à la fin des années 1980.. Ce nouveau programme est rendu possible par un nouveau concept de pilotage terminal proposé par la division missile d'Aérospatiale..

Si l'Allemagne abandonne le programme au profit des missiles MIM-104 Patriot et SM-2 américains et que le Royaume-Uni renonce à remplacer ses Bloodhound, la France et l'Italie signent en 1987 une lettre d'intention concernant le développement du missile Aster alors que le Royaume-Uni reste intéressé par la version navale du missile.

Création d'Eurosam et suite du développement Le groupement d'intérêt économique EurosamSAM pour « surface to air missile ». est créé en pour assurer le développement du programme FSAF., il rassemble Aérospatiale et Alenia Difesa devenus MBDA et Thomson-CSF devenus Thales. Le partage des tâches industrielles crée des frictions entre Français et Italiens, mais le contrat de développement des missiles Aster est signé un an plus tard.

Deux variantes du missile Aster sont prévues dès le début du développement avec une version longue portée appelée « Sol-air moyenne portée » (SAMP) déclinée en version navale (SAMP/N) et terrestre (SAMP/T) et une version d'autodéfense appelée le système « Sol-air antimissile » (SAAM).. Cette dernière version est développée en priorité pour remplacer les missiles navals Crotale et Aspide afin d'assurer l'autodéfense des porte-avions Charles de Gaulle et du porte-aéronefs Cavour.

En un missile effectue la première interception d'une cible évoluant à d'altitude et à la vitesse de , le test final de l' ayant lieu en . Le programme Principal Anti-Air Missile System (PAAMS) est lancé en , permettant la fusion des systèmes SAMP/N franco-italien et du Local Area Missile System (LAMS) britannique. En , la fusion d'Aérospatiale avec Matra engendre des tensions avec Thomson-CSF., qui sont surmontées par l'engagement de vendre les missiles Aster exclusivement avec des radars de Thomson-CSF pour une durée de dix ans..

Mise en service et modernisation En a lieu le premier tir opérationnel d'un missile depuis le porte-avions Charles de Gaulle, avec douze ans de retard sur le planning espéré en 1987. Le missile du SAMP/T effectue son premier tir opérationnel en et est déployé à partir d' sur les frégates FREMM.

La modernisation du missile commence dès avec le développement par la France d'une nouvelle version du missile appelée ., l'Italie rejoignant le programme en .. La fin de l' voit la revue de définition préliminaire de l'. avec un premier tir de qualification mené en ..

La modernisation du missile commence en avec le développement d'une nouvelle version du missile appelée avec une portée doublée...

Production Les missiles Aster sont produits par MBDA à la Selle-Saint-Denis depuis 2006 en s'appuyant sur une large chaîne industrielle de sous-traitant rassemblant notamment Roxel, Avio, Thales, Selex ES, Safran ou encore Simmel, le e missile Aster y est produit en novembre 2012..

En avril 2024, le ministre des armées français Sébastien Lecornu somme MBDA d'augmenter la production des missiles Aster. Cela passe par des ordres de réquisition pour forcer l'industriel à constituer des stocks de matières premières, une priorisation des commandes militaires sur les commandes civiles et une simplification des procédures douanières entre la France et l'Italie. Cet ensemble de mesures permet à l'industriel d'envisager la baisse du temps de fabrication des missiles de 42 mois en 2022 à 18 mois en 2026, le tout en augmentant la cadence de production de 50 % dans le même temps...

En , délégué général pour l’armement Emmanuel Chiva annonce devant l'Assemblée nationale les résultats de la montée en puissance de la production des missiles Aster. Ainsi de 80 à 100 missiles doivent être livrés à la France en 2025 au lieu des 32 missiles prévus initialement grâce aux efforts conjoints de la Direction générale de l'Armement, de MBDA, et des armées françaises, tandis que la production de 300 missiles produits par an est visée en 2028..

En , l'Ukraine obtient une licence de production pour l' devant armer les quatre SAMP/T NG commandés simultanément., alors que le président français Emmanuel Macron propose dans le même temps à l'Allemagne de coproduire le missile Aster 30 B1NT..

Missiles vignette|gauche|Système PIF-PAF. Le missile Aster est constitué de deux parties principales, l’accélérateur (booster) et le terminal. Ce missile existe en deux versions : et . Les deux missiles possèdent des accélérateurs différents et sont destinés à des missions distinctes : l’ est prévu pour l’autodéfense alors que l’ est destiné à l’interception..

Le missile est lancé verticalement, et part immédiatement en direction de sa cible grâce aux informations du radar. Il dispose d’une antenne lui permettant de communiquer avec la conduite de tir de son système de lancement. Dans sa course finale, l’autodirecteur électromagnétique le guide au plus près de la cible. L’agilité du missile repose sur un mode de pilotage innovant dénommé PIF-PAF : « pilotage en force - pilotage aérodynamique fort », qui donne une grande manœuvrabilité (respectivement et ) à toutes les altitudes et une grande précision de trajectoire. Le missile atteint très rapidement une vitesse élevée : econdes lui suffisent pour atteindre dans le cas de l’.. Le missile a une portée de et une altitude maximale de . Le vol de l'engin dure donc quelques dizaines de secondes, il pèse et mesure de haut pour de diamètre.

Un des avantages importants du SAMP/T par rapport aux systèmes concurrents est l'absence de limitation angulaire (couverture à ) permise par le tir vertical du missile. Le système peut en effet comporter jusqu'à six lanceurs verticaux, contenant chacun jusqu'à huit missiles . Si l'on prend l'exemple d'un autre missile comme le célèbre Patriot, ce dernier assure la protection d'un secteur angulaire de et nécessite donc la présence de trois batteries pour obtenir une couverture omnidirectionnelle...

Modernisation Le missile , dont le développement est lancé en , a un nouvel autodirecteur en bande Ka (contre un précédent en bande Ku) ainsi qu'un nouveau calculateur. Le passage à ce nouveau type d'autodirecteur affine le pilotage du missile pendant sa phase d'interception ce qui lui permet d'engager des cibles plus manœuvrantes et rapides et ainsi d'augmenter ses capacités face à des missiles balistiques d’une portée de à .... Il passe donc d'une couverture des menaces de type Missile balistique à courte portée (SRBM) à une prise en charge des missiles balistiques à moyenne portée (MRBM) et des missiles hypersoniques qui se déplacent à des vitesses dépassant plus de cinq fois la vitesse du son (, soit quelque ). Il peut traiter des cibles à d'altitude et dans un rayon de .

Le , l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armements (OCCAR) notifie à Eurosam l'avenant au contrat du programme B1NT, officialisant ainsi la participation de l'Italie... Il commencera à être livré à l'armée française début 2026, intégré dans la nouvelle version du SAMP/T (SAMP/T NG). L’Ukraine sera sans doute la première à l'utiliser : un premier système lui sera livré cette même année afin de le tester en conditions réelles.

Versions du système d'armes Systèmes navals vignette|Chargement d'un missile Aster sur le destroyer britannique. vignette|Au premier plan, la frégate singapourienne Formidable, dérivée de la . Le missile Aster en version navale est ensiloté dans un système de lancement vertical Sylver, le missile Aster 15 est majoritairement lié au Sylver A43 tandis que le missile Aster 30 est uniquement lié au Sylver A50. Il peut être interfacé avec une grande variété de radars:

Radar Arabel du porte-avions Charles de Gaulle et des frégates de classe Al Ryiadh, Radar EMPAR du porte-aéronefs Cavour, des frégates de classe Horizon et des bâtiments de débarquement et de soutien logistique Kalaat Béni Abbès et Al Fulk, Radar des destroyers Type 45, Radar Herakles des FREMM française et des frégates de classe Formidable, Radar Multi-Function Radar Active (MRFA) des FREMM italiennes, Radar Kronos Grand Naval des corvettes de , Radar Kronos Dual Band des patrouilleurs de classe Thaon di Revel, Radar Sea Fire des frégates FDI.

L'association du missile Aster et du VLS Sylver est issue des retours d'expérience de la guerre des Malouines qui change la défense aérienne navale suite aux pertes de la Royal Navy à cause des missiles Exocet argentins. Cette mission passe de la défense de point à courte et très courte portée à une bulle de protection élargie autour des unités précieuses des flottes de guerre, en particulier contre les missiles antinavires. Par exemple, une frégate de classe Horizon peut créer une bulle de sécurité totale, incluant le porte-avions Charles de Gaulle, jusqu'à une distance de face à une attaque saturante grâce à sa capacité de tir de dix missiles Aster en moins d'une minute et grâce à sa capacité à guider un total de vingt-quatre Aster en vol simultanément contre douze cibles différentes..

En janvier 2026, le Royaume-Uni étudie la compatibilité entre les missiles Aster et les systèmes de lancement verticaux américain Mk41 devant équiper les futures frégates britaniques Type 26 et Type 31 pour gagner en flexibilité et en capacités d'évolution.

Systèmes terrestres

Le système sol-air moyenne portée/terrestre (acronyme SAMP/T) est un programme franco-italien développé par Thales et MBDA pour le compte de l'Organisation conjointe de coopération en matière d'armement destiné à assurer la défense terrestre de zone. Il permet de se défendre contre des menaces aériennes conventionnelles comme des avions ou des missiles de croisière. C’est de plus le seul système de défense européen doté d’une capacité antibalistique..

Missile air-air dérivé