vignette|Muret de pierre sèche épousant la déclivité et le relief du terrain dans la combe des Amburnex, à l'ouest du crêt de la Neuve, sommet du massif du Jura, dans le canton de Vaud (Suisse).
La maçonnerie à pierres sèches (dite aussi maçonnerie à pierre sèche)Dans son Vocabulaires des arts et métiers en ce qui concerne la construction, publié en 1814, J. M. R. Morisot emploie l'expression « mur à pierres sèches » (p. 56) ; dans son Manuel de l'architecte et de l'ingénieur, paru en 1825, J. R. Delaitre écrit que « Les anciens bâtissaient à pierre sèche » (singulier) (p. 193) mais aussi que « Les murs de soutènement pour supporter le chemin (...) sont faits ordinairement à pierres sèches » (pluriel) (p. 109)., maçonnerie à sec, maçonnerie sèche ou encore plus familièrement « la pierre sèche ») est une technique de construction consistant à assembler à sec, c'est-à-dire sans aucun mortier à liant, des moellons, des plaquettes, des blocs, des dalles, bruts ou ébauchés, pour monter un mur de soutènement ou d'enclos, un arc, un voûtement.
Les maçons à pierre sèche professionnels du se désignent sous les appellations de « murailler »., de « murailleur » ou de « bâtisseur en pierre sèche » .
Clarification terminologique Maçonnerie à pierres crues L'expression « à pierres crues » ou encore « écrues » n'est pas tout à fait synonyme de « à pierres sèches » ; cette dernière formulation mettant l'accent sur l'absence de mortier et non sur le côté naturel, brut, non élaboré, du matériau. De même, « construction à pierres écrues » n'est pas synonyme de « construction à cru », expression qui désigne seulement une construction reposant à même le sol, sans fondation.
Maçonnerie à joints vifs La maçonnerie à pierres sèches est distincte de la « maçonnerie à joints vifs », qui désigne une maçonnerie de pierres de taille appareillées sans liant. Les pierres, extraites de carrière, ont leurs faces soigneusement dressées pour s'ajuster aux pierres qui les jouxtent. Ce type de maçonnerie est propre aux architectures savantes.
« Pierres essuytes » Un synonyme, en vieux français, de « pierres sèches » est « pierres essuytes », expression rencontrée dans des actes notariés nîmois du : « Essuyte » vient du participe passé latin exsuctus, « mis à sec », « desséché »Cabanes en pierre sèche de France, Edisud, 2004, .Paul Marcelin, Les bâtisseurs à pierre sèche et leurs œuvres dans la garrigue nîmoise, dans Comptes rendus de l'École antique de Nîmes, session, 1941, pp 74-103, en part. p. 85..
« La pierre sèche » Au sens strict, « la pierre sèche » (avec l'article défini) désigne le matériau (« la pierre ») et son mode d'emploi (« sèche »), de la même manière que « la pierre de taille », « la charpente en bois », « le pisé banché », etc., désignent les matériaux en question et leur mise en œuvre. On évitera donc d'employer cette expression métonymiquement à la place des expressions aux connotations plus étendues et plus élaborées que sont « maçonnerie à pierres sèches », « construction à pierres sèches », « architectures de pierre sèche.
Maçonnerie à mortier de terre Certaines cabanes et granges, aux murs prétendument à pierres sèches, sont en réalité bâties à l'aide d'un mortier de terre ou « mortier d'hirondelle », invisible en parement. Ce mortier a un premier rôle, qui est l'étanchéification de la maçonnerie à l’air ou à la pluie. Il a aussi pour fonction la prévention du poinçonnement, à savoir la fissuration ou l’écrasement des pierres sous les fortes pressions localisées exercées par les aspérités ou les arêtes des pierres immédiatement supérieures. Quoi qu’il en soit, le recours à un mortier de terre ne dispense pas de souder entre eux les deux parements à l'aide de boutisses traversantes (pierres parpaignes).
Voûte encorbellée et voûte clavée se rencontrent combinées à l'emploi d'un mortier d'argile, de terre argileuse, de marne, dans un type d'architecture populaire situé un cran au-dessus de la simple cabane : le pigeonnier, la bergerie, l'habitation saisonnière, etc. La voûte encorbellée acquiert alors, pour sa part, une petite force de tension au lieu de travailler principalement par la compression engendrée par la pesée verticale. Parfois même, le mortier sera non plus du mortier d'argile mais du mortier de chaux.
Outre les nécessités d'étanchéification et de prévention du poinçonnement, on peut invoquer une troisième raison au recours à un mortier : une commodité et une rapidité d'exécution plus grandes : il n'est plus nécessaire d'être minutieux dans le choix, l'agencement et l'équilibrage des pierres et, qui plus est, on s'évite un travail fastidieux de calage des moellons.
Caladage vignette|droite|120px|Chemin encaladé, vers 1900, Bonifacio (Corse-du-Sud). En Provence et en Languedoc, le terme « caladage » désigne le pavage, à l'aide d'éléments non normalisés, de sols de cours de maisons, d'aires à battre, d'écuries, de rues de villages (surtout celles en pente). Ces surfaces pavées, ou « calades », sont constituées de panneaux de pierres posées de chant, en rangées serrées, les interstices étant occupés par de la terre qui assure la cohésion du panneau. La présence de terre, s'ajoutant au fait que la calade est une structure horizontale et non verticale, rend abusive l'assimilation de la technique du caladage à celle de la maçonnerie à pierres sèchesLa maçonnerie à pierres sèches : vocabulaire, rubrique « Caladage »..
Utilisations La maçonnerie à sec est (ou était) employée dans les campagnes pour la confection d'une part de murs extérieurs, dits « murs en pierre sèche » ou « murs secs », d'autre part de murs porteurs et de voûtements d'abris ruraux (cabanes en pierre sèche) et de bâtiments annexes de la ferme (poulailler, soue, aiguier, etc.) Yannick Lasica, François Naudot, Étude du marché national de la pierre sèche, section « Le patrimoine existant », janvier 2015..
Murs extérieurs, tas d'épierrement Sous l'étiquette de « mur extérieur », on classe le mur de clôture, mur de haute élévation entourant une propriété et fermant la vue sur celle-ci ; il s'oppose au muret ou mur basAlix Brochen et al., Les Mots de la Maison, Guide House Book, Éditions Eyrolles, 1995, rubrique « Mur », pp. 172-173. ; le mur de démarcation, ou de séparation, entre deux parcelles ou propriétés distinctes ; s'il est bas et n'arrête pas la vue, on parle alors de « muret » ou « murette »Alix Brochen et al., Les Mots de la Maison, Guide House Book, Editions Eyrolles, 1995, rubrique « Mur (ou murette) », p. 174. ; le mur de soutènement de terrasse agricole, mur enterré sur sa face en amont et servant à soutenir la poussée des terres d'une terrasse ou d'un remblai ; il rend cultivables des zones pentues et réduit l'érosion due au ruissellementLa maçonnerie à pierres sèches : vocabulaire, rubrique « Mur de soutènement ». ; le mur de soutènement de routes et chemins en pays montagneux servant à préserver ces voies des éboulements et glissements de terre ; ses principes et règles sont décrits dès 1693 par l'ingénieur des ponts et chaussées Henri Gautier dans son Traité de la construction des chemins (1693)Description et facsimilé du livre sur le site de la bibliothèque numérique patrimoniale des universités toulousaines..
Sont souvent associées à ces murs des aménagements ou structures fonctionnelles diverses : apié (masc.) : appellation provençale du rucher (en pierre sèche ou non), succession d'alvéoles ou niches à ruche, réservées dans un mur ; assousta ou sousta (fém.), termes nissarts ou provençaux (issus du verbe s'assousta, « se tenir sous ») appliqués aux renfoncements, couverts ou non, réservés dans des murs en pierre sèche pour servir d'abri temporaire au travailleur des champs dans les Alpes-Maritimes et le Var ; cargadou ou descargadou (masc.), termes nissarts ou provençaux, traduisibles par « chargeoir » et « déchargeoir », qualifiant de petites aires caladées de sur 2, entourées sur trois côtés par une murette en pierre sèche et ayant servi, dans les Alpes-Maritimes et le Var, à entreposer les olives, voire le raisin, en attente de leur transport au village ; rond à garennes (masc.), à Aubigny-lès-Sombernon en Côte-d'Or, nom donné aux lapinières en pierre sèche. passages à eau, à gibier, ou encore des compte-moutons (contador), ouverts à la base des murs et des passages à berger au sommet (échancrure et marches).
À ces murs s'ajoutent les tas d'épierrement agricoles, parfois parementés, dont les appellations locales sont clapas en Languedoc, clapier en Provence, chirat dans les monts d'Or lyonnais (Rhône), murée dans le Mâconnais, murger dans la Côte-d'Or, la Nièvre, la Haute-Saône), murzaie en Vendée, cayrou dans le haut QuercyLes noms des cabanes en pierre sèche, dans Patrimoine 30, revue semestrielle de l'ASPAHG, No 10, juin 2003, pp. 17-25..
Murs porteurs et voûtes d'abris ruraux Il s'agit en général de bâtisses très typées architecturalement et morphologiquement (du fait même de la fonction qu'elles remplissent) : l’agachon (masc.), dans le Var, dans l'Hérault (sur le plateau de l'Auverne), affût de chasse à meurtrières de tir ; l’aiguier (masc.), citerne creusée dans la roche et alimentée par un système de récupération des eaux de ruissellement ; la plupart des aiguiers sont couverts d'une voûte de pierres sèches soit encorbellées, soit clavées ; la galinière (fém.), cabane de plan circulaire et à toit conique de lauses, à usage de poulailler, se dressant dans les fermes ou en plein champ, dans le haut Quercy ; le grangeon (masc.), grange en pierres sèches dans le Vaucluse et les Alpes-de-Haute-Provence ; le jas (masc.), grande bergerie en pierre sèche des monts de Lure et d'Albion dans les Alpes-de-Haute-Provence ; le pailler (masc.), à usage de grenier à paille dans le Nebbio, essentiellement dans les Agriates (pieve de Tenda en Haute-Corse) ; la tine (fém.), dans la garrigue de Nîmes (Gard), cuvier en maçonnerie qui est couvert par une voûte de pierres sèches encorbellées et sert d'entrepôt provisoire de la vendange ou de la récolte d'olives.
Tunnels de carriers, mines Il existe, dans le massif des Monts d'Or (département du Rhône) des « tunnels » de pierre sèche, anciennes voies d'accès voûtées à des carrières..
En Provence, les galeries de captage d'eau de source, les « mines », ont une voûte clavée en pierre sèche.
Restanques, perrés, puisards, pierrées, culées de passerelles, digues, murs pare-avalanche La restanque (en provençal restanco, « retenue », « barrage ») est un mur en pierres sèches, parementé sur les deux côtés, barrant le lit d'un torrent intermittent pour provoquer un atterrissement en amont tout en laissant passer l'eauLes appellations des terrasses de culture dans la France du Sud : fables et vérités, pierreseche.com, CERAV, Paris, 20 août 2002..
Les perrés, revêtements en pierre que l'on aménage sur les rives de fleuves et de digues de retenue, sont parfois en maçonnerie sèche plutôt qu'en maçonnerie hydrauliqueAlphonse Alexis Debauve, Manuel de l'ingénieur des ponts et chaussées, fascicule, « Des eaux comme moyen de transport, navigation fluviatile et maritime », Paris, Dunod, 1878, p. 122..
Dans la construction d'un puisard, trou en forme de puits pratiqué au milieu d'une cour ou d'un jardin et couvert d'une pierre trouée pour pouvoir évacuer les eaux pluviales et les eaux ménagères, la chemise est ordinairement en pierre sècheLa maçonnerie à pierres sèches à travers les écrits des et , pierreseche.chez-alice.fr, 24 octobre 2024..
Une pierrée, petit chenal souterrain, ou découvert au niveau du sol, servant à rassembler les eaux et à les diriger d'un endroit à un autre, se rencontre construite à pierres sèches.