vignette|Armoiries d'une bonne ville, au chef d'azur portant trois fleurs de lys d'or, Bordeaux Une bonne ville est, dans la France de l'Ancien Régime, une ville bénéficiant de privilèges et de protections octroyées par le roi de France, assorties de l'obligation de contribuer au ban royal en fournissant un contingent d'hommes d'armes.

Les bonnes villes avaient le droit de porter des armoiries avec « un chef d'azur portant trois fleurs de lys d'or » (armes de France). Certaines d'entre elles, comme Marseille, Rennes ou Avignon, choisirent de ne pas l'inclure dans leur blason.

En diplomatique, l'expression est attestée dès le . À la suite de Robert Favreau, les auteurs s'accordent désormais pour considérer que la chancellerie anglaise est la première à l'avoir employée. Sa première occurrence connue figure dans une lettre datée . Elle figure ensuite dans une lettre du par laquelle le roi , duc d'Aquitaine, annonce l'arrivée de l'évêque de Norwich tant aux qu'aux . L'expression est reprise en , dans des lettres accordant aux habitants de Beaucaire le droit d'exporter des vins et du blé.

La bonne ville : point de vue institutionnel

Les relations entre le roi et une bonne ville peuvent prendre plusieurs formes :

dépendance administrative : le roi contrôle le gouvernement de la ville en vérifiant les magistrats et conseillers choisis. Il n’est pas dans son intérêt d’imposer un contrôle trop fort, et les bonnes villes sont trop nombreuses pour qu’il puisse le faire, mais il a intérêt à ce que les villes soient bien gouvernées et lui restent fidèles. fiscalité : en cas de besoin, la guerre par exemple, les bonnes villes sont tenues de contribuer à l’effort public. dépendance financière : les finances urbaines étant souvent fragiles, le roi contrôle les comptes des villes pour éviter les crises et garantir une économie urbaine prospère. aides royales : en cas de besoin précis, le roi peut apporter son aide ; c’est notamment le cas pendant la guerre de Cent Ans, lorsque le roi finance les fortifications des villes les plus menacées par les combats.

Le statut prend une importance croissante à la fin du Moyen Âge, à tel point que les villes qui ne bénéficient pas de cette qualité se battent pour l’obtenir. Les bonnes villes sont très nombreuses, mais aucune liste officielle n’a été établie.

La bonne ville : un système de relations Il faut tenter d'approcher la bonne ville autrement que par une étude étroitement institutionnelle. Gérard Mauduech déclare que la bonne ville n'a jusqu'alors été envisagé que dans ses rapports avec la royauté ou d'un point de vue strictement institutionnel. Selon lui, « l'erreur de l'historien jusqu'à présent est d'avoir voulu considérer la bonne ville du point de vue du roi ou d'y plaquer coûte que coûte une définition juridique » MAUDUECH, G., La "bonne ville" : origine et sens de l'expression., Annales E.S.C., 1972, p.1441..

Bernard Chevalier, quant à lui, caractérise la bonne ville à l'aide d'un modèle d'urbanisation très différent de la ville médiévale (qui, chronologiquement, la précède)CHEVALIER, B., Histoire urbaine en France , L'histoire médiévale en France. Bilan et perspectives, Seuil, 1972, p.35. . De 1350 à 1550, l'histoire urbaine a connu des crises violentes, suivies d'une consolidation. Ceci s'est traduit par une rupture au sein de l'évolution du fait urbain qui a amené un progrès décisif de l'urbanité. La ville impose ses modèles éthiques à la société, s'affirme comme un état d'âme et non plus seulement comme un lieu d'échange et de production. Une nouvelle page de l'urbanisation a été tournée au cœur des crises du . Il faut alors considérer la bonne ville qui ne se réduit ni à un fait topographique ou économique, ni à une institution (droit de s'assembler, de juger avec les échevins ou sans eux, de gérer les affaires communes) comme "un système de relations"CHEVALIER, B., Histoire urbaine en France , L'histoire médiévale en France. Bilan et perspectives, Seuil, 1972, p. 38..

Le concept de système suppose que tous les éléments le composant entretiennent des liens mutuels, et ces rapports sont justement ce qui structure le tout ; aussi il évoque l'idée de relation. Dans cette optique relationnelle, le conseil de ville, institution urbaine par excellence, est un reflet privilégié du fait urbain. En effet, il se définit par les interactions qui ont lieu en son sein entre les différentes composantes de la société. Il est une entité relationnelle. Né dans un contexte difficile de guerre (s), les conseils de ville furent souvent le résultat d'une volonté de défense unifiée chez les habitants comme ce fut le cas à Reims. Cette volonté révèle une prise de conscience d'appartenir à une même entité : la ville. Cette conscience d'appartenir à une même entité ne définit-elle pas d'une certaine façon la bonne ville ? Par exemple, à Reims, si la guerre est à l'origine du conseil de ville, c'est parce qu'elle a unifié l'espace urbain jusqu'alors éclaté en divers bans. Le conseil urbain est à l'image de la ville close, il est un organe politique urbain unifié. Avant lui, le pouvoir municipal était divisé entre plusieurs seigneurs. Bien sûr, ces derniers font sentir au conseil leurs anciens droits et prérogatives. Toutefois, le conseil reste une manifestation d'une nouvelle conception du pouvoir municipal. C'est en cela qu'il est le reflet privilégié du fait urbain. Si l'enceinte est venue contrecarrer l'organisation féodale de l'espace rémois, le conseil, lui, a remis en cause le pouvoir politique féodal. C'est là un fait nouveau qui caractérise la bonne ville. Cette dernière ayant une structure spatiale différente, elle se donne un pouvoir qui puisse la représenter en son entier. C'est peut-être ici qu'est effleurée l'essence de la bonne ville. Le conseil en effet manifeste la prise de conscience des citadins d'appartenir à un même ensemble, à une même entité : la bonne villeHaramila Boufenghour, Le conseil de ville rémois dans la première partie du à travers son plus ancien registre de délibérations (1422-1436), mémoire de maîtrise dactylographié, Université de Reims, 1995, p.3. .

La bonne ville au

Consulat viager Sous le Consulat, le sénatus-consulte organique du () prévoit que . Par un sénatus-consulte du (), le Sénat conservateur en arrête la liste et l'ordre de préséance :

Premier Empire

Un nouveau statut de « bonne ville », largement honorifique, sera recréé sous le Premier Empire.

Sous le Premier Empire, les bonnes villes sont les villes dont les maires ont le droit et le devoir d'assister à la prestation de serment de l'Empereur.

Le sénatus-consulte organique du () prévoit que, . Vingt-huit sont actuellement françaises (y compris Nice), et huit sont des villes étrangères annexées. Le décret du () en fixe la liste et leur ordre de préséance : Le , leurs maires assistent au sacre de . Le décret du confère aux maires des bonnes villes, ayant dix ans d'exercice, le titre viager de baron.

élève d'autres villes au rang des bonnes villes : Gênes dès , lors de l'annexion de la République ligurienne ; Parme, Plaisance, Florence et Livourne en , lors de l'annexion du duché de Parme et Plaisance et du royaume d'Étrurie ; Montauban la même année, lors de la création du Tarn-et-Garonne ; Rome en , lors de l'annexion d'une partie des États pontificaux ; Amsterdam et Rotterdam en , lors de l'annexion du royaume de Hollande ; Hambourg, Brême et Lübeck la même année, lors de l'annexion des trois villes hanséatiques ; La Haye en ; et Nîmes en . Leur nombre est ainsi porté de 36 à 50, dont 30 sont françaises et 20 étrangères.

Les bonnes villes se voient concéder leurs armoiries : Rouen le ; Orléans, Metz, Nantes et Marseille le ; Anvers et La Rochelle le ; Lyon le ; Angers et Paris le ; Toulouse le ; Cologne, Bruxelles, Gênes, Dijon, Gand, Turin, Liège, Aix-la-Chapelle et Tours le ; Clermont-Ferrand le .

Seconde Restauration Sous la Seconde Restauration, cette dignité fut maintenue aux vingt-neuf bonnes villes de l'Empire situées en France (y compris Montauban et Nîmes, mais sans Nice redevenue étrangère). Onze nouvelles cités s'y ajoutèrent entre 1816 et 1821.

Par différentes ordonnances, élève les villes suivantes au rang des bonnes villes : Antibes, Cette ( Sète), Carcassonne, Avignon, Aix ( Aix-en-Provence) et Pau en ; Vesoul et Toulon en ; Colmar en ; Cambrai en ; et Abbeville en .

Enfin, par une ordonnance du , fixe définitivement la liste des quarante bonnes villes et leur ordre de préséance : Comparée à la situation sous l'ancien régime, la liste comprend 12 anciens sièges de Parlements sur 13 (excepté Douai), 9 Chambres des Comptes (sans Bar et Nevers), les 9 Cours des Aides (notamment Clermont-Ferrand et Montauban), 21 intendances sur 34 (on note en particulier l'absence de Poitiers), et 1 Conseil supérieur sur 4 (Colmar).

Ces villes avaient le privilège d'envoyer leur maire au sacre du roi – ce qui se produisit effectivement au sacre de , le – et de mettre un chef fleurdelisé dans leurs armoiriesMichel François, « Les bonnes villes », Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 119, 1975, pp. 558-559. Une quinzaine d'autres villes, comme Beauvais, Limoges et Poitiers demandèrent sans succès à être ajoutées à la liste..

La monarchie de Juillet, instaurée en 1830, prétendit changer les fleurs de lys contre trois étoiles d’or, mais cet usage fut éphémère ; il réapparut brièvement sous la Seconde République (1848).

Notes et références

Voir aussi

Textes officiels http://www.digitale-bibliothek-mv.de/viewer/image/PPN848631250/455/, dans .

Consulat viager qui désigne les villes dont les maires seront présents à la prestation de serment du citoyen nommé pour succéder au premier consul, dans . portant réunion des départements du Pô, de la Doire, de Marengo, de la Sezia, de la Stura et du Tanaro au territoire de la République française, dans .

Premier Empire contenant désignation des villes dont les maires assisteront au serment de l'empereur, dans . concernant la réunion des arrondissements de Gênes, et les députations à fournir au Corps législatif par les départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins, dans . concernant les titres, dans . qui réunit à l'Empire français les duchés de Parme, de Plaisance, et les États de Toscane, dans . qui ordonne la création d'un nouveau département sous le titre de département de Tarn-et-Garonne, dans . portant réunion des États de Rome à l'Empire, dans . qui met les villes d'Amsterdam et de Rotterdam au nombre des bonnes villes, dans . portant que la Hollande, les villes hanséatiques, le Lauembourg, font partie intégrante de l'Empire français, dans . qui élève la ville de La Haye au rang des bonnes villes, dans . qui élève la ville de Nîmes au rang des bonnes villes, dans .

Seconde Restauration qui met la ville d'Antibes au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui met la ville de Cette ( Sète) au rang des bonnes villes du royaume, lui accorde des armoiries, et décore du titre de vicomte de La Peyrade ( Lapeyre), fils (Joseph-Marie-Étienne Ratyé), maire de ladite ville, dans . qui réintègre Carcassonne au rang des bonnes villes, dans . qui élève la ville d'Avignon au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville d'Aix ( Aix-en-Provence) au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville de Pau au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville de Vesoul au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville de Toulon au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville de Colmar au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève la ville de Cambrai au rang des bonnes villes du royaume, dans . qui élève Abbeville au rang de bonne ville du royaume, dans . qui détermine l'ordre suivant lequel bonnes villes du royaume prendront rang, dans .

Bibliographie . . . . .

Liens externes .

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