Zelda Sayre ( – ), ou Zelda Sayre Fitzgerald, plus connue sous le nom de Zelda Fitzgerald, née à Montgomery en Alabama (États-Unis), est une romancière américaine. Elle est également connue comme l'épouse et égérie de l'écrivain Francis Scott Fitzgerald, la postérité ayant surtout conservé la mémoire de leur relation tumultueuse.
Zelda Fitzgerald fut une icône des années 1920 . Après le succès du premier roman de celui-ci, L'Envers du paradis, le couple devint célèbre. La presse américaine vit en eux l'incarnation des Années folles et de l'âge du Jazz : jeunes, riches, beaux et pleins de vie. À la recherche de sa propre identité artistique, Zelda écrivit des nouvelles et des articles de magazine avant de vouloir devenir ballerine, ce pour quoi elle s'entraîna en vain.
La tension de son mariage tumultueux, l'alcoolisme de Scott et son instabilité croissante augurèrent de son admission en sanatorium en 1930. On lui diagnostiqua la schizophrénie. Alors en traitement dans une clinique du Maryland, elle écrit un roman semi-autobiographique Accordez-moi cette valse, publié en 1932. En 1936, Zelda fut internée dans l'hôpital psychiatrique Highland d'Asheville en Caroline du Nord. Scott meurt à Hollywood en 1940, un an et demi après sa dernière rencontre avec Zelda. Elle passe les années suivantes à l'écriture d'un second roman, qu'elle ne finira jamais, et à peindre frénétiquement. Elle meurt à l’âge de 47 ans dans l’incendie de l’hôpital psychiatrique d'Asheville qui fait huit autres victimes parmi les patients.
L'intérêt pour les Fitzgerald resurgit peu après sa mort : le couple devient le sujet privilégié d'essais, de livres populaires et de films. Après avoir été un emblème de l'âge d'or du jazz, des Années folles et de la génération perdue, et à la suite de la parution d'une célèbre biographie, écrite par et parue en 1970, qui la dépeint en victime d'un mari autoritaire, Zelda Fitzgerald devint une icône féministe.
Biographie Famille et enfance Née en 1900 dans une famille aisée de Montgomery en Alabama, Zelda Sayre est la plus jeune de six enfants. Sa mère, Minerva « Minnie » Machen (–), la nomma ainsi en référence à deux histoires peu connues : Zelda: A Tale of the Massachusetts Colony de Jane Howard (1866) et Zelda's Fortune de Robert Edward Francillon (1874). Dans chaque histoire, Zelda est une gitaneSally Cline, Zelda Fitzgerald: Her Voice in Paradise (2003).
Enfant dynamique, elle est très gâtée par sa mère mais son père, Anthony Dickinson Sayre (1858–1931), membre de la Cour Suprême de justice d’Alabama et avocat reconnu, est un homme froid et peu accessible. La famille descend de pionniers de Long Island, installés en Alabama avant la guerre de Sécession. À l'époque de sa naissance, la dynastie Sayre est une famille éminente du Sud. Son grand-oncle, John Tyler Morgan, servit durant six mandats au Sénat des États-Unis ; son grand-père paternel dirigea un journal à Montgomery ; son grand-père maternel était Willis Benson Machen, qui fut également sénateur du KentuckyNancy Milford, Zelda: A Biography (1970)Matthew Bruccoli, Some Sort of Epic Grandeur: The Life of F. Scott Fitzgerald (2002).
Zelda est une enfant très active, qui partage son temps entre la danse, des leçons de ballet et les sorties. En 1914, elle entre à la Sidney Lanier High School où elle se montre brillante sans toutefois s'intéresser aux cours. Dès son enfance, son attitude audacieuse et son esprit se font remarquer. Elle devient rapidement l'un des centres d'attention de la ville. Elle continue de pratiquer le ballet au lycée, tout en participant à la vie sociale. Elle boit, fume et aime s'entourer de garçons.
Dans un article sur la danse à son sujet, on la décrit comme ne s'intéressant qu'à la natation et aux garçons. Elle aime attirer l'attention, notamment en apprenant la danse afro-américaine qu'on nomme le Charleston ou en arborant des maillots de bain de couleur chair pour alimenter la rumeur qu'elle nageait nue. La réputation de son père lui servait de rempart contre la mise à l'index. Alors que les femmes du Sud de l'époque se devaient d'être délicates, dociles et accommodantes, le mode de vie de Zelda provoque des remous dans sa ville de Montgomery où elle alimente les potins et les ragots, tout comme son amie d'enfance et future actrice à Hollywood, Tallulah Bankhead. Dans le trombinoscope du lycée, sa photo était accompagnée de la légende suivante :
Rencontre avec Francis Scott Fitzgerald
thumb|F. Scott Fitzgerald en 1921, par Gordon Bryant pour le magazine Shadowland.
À 18 ans, Zelda rencontre Francis Scott Fitzgerald à la fin de la Première Guerre mondiale alors qu’il est en garnison près de Montgomery, ce peu après la fin du lycée, à une soirée. Une cour endiablée s'ensuivit, mais celle qui était l'emblême de la femme libérée des années 1920 continua de fréquenter d'autres hommes. En , F. Scott termina son premier roman, L'Envers du Paradis (This Side of Paradise).
Leur relation fut assez mouvementée. F. Scott lui reprochait des infidélités. Elle lui enviait ses qualités d’écrivain mais le considérait faible et indécis.
Mariage et notoriété thumb|right|Durant leur lune de miel, le couple fut renvoyé du New York Biltmore Hotel pour ivresse.
Ils se marient en 1920, mais leurs relations s’enveniment du fait de l’alcoolisme croissant de Scott (sa femme et lui-même s’adonnent à la boisson durant les années 1920) et la dégradation de la santé mentale de Zelda.
Le couple s’installe d’abord à New York, où il rencontre les plus grands hommes de lettres américains. Par la suite, Scott ayant acquis une renommée considérable en tant qu’écrivain, le couple effectue de nombreux voyages notamment en Europe. Durant cette période, Zelda et Scott incarnent l’esprit des années 1920. Ils apparaissent régulièrement dans la presse et sont célébrés au même titre que les têtes d’affiche des plus grands films de l’époque.
Alcoolisme et départ pour l'Europe Mais les fêtes sans fin et les quantités incroyables d’alcool consommées commencent à dégrader leur relation comme leur santé. Ils dépensent presque tout l’argent que Scott gagne, soit par an, ce qui représente une somme considérable pour l’époque. Vers 1925, l’alcoolisme de Scott est connu de tous (il a même son contrebandier attitré). Quand il n'écrit pas, il passe son temps à boire jusqu’à l’évanouissement et rentre chez lui en taxi.
Ils partent ensuite pour l'Europe, en expatriés de la génération perdue. Scott se sert de leur relation pour nourrir son travail et vole même des bribes du journal intime de Zelda pour nourrir ses héroïnes de fiction. Scott reçoit des louanges pour ses nouvelles et pour son grand roman Gatsby le Magnifique. Le couple est tiraillé par la jalousie, le ressentiment et l'acrimonie.
Hemingway À Paris, Scott Fitzgerald, maintenant écrivain entièrement reconnu, rencontre Ernest Hemingway qui est au début de sa carrière. Scott aide Ernest à promouvoir ses écrits. Ils deviennent très bons amis (bien que cela ne dure pas). Dans sa biographie, explique que Zelda n’aime pas Ernest Hemingway dès le début. Zelda le décrit ouvertement comme « un faux jeton » et « faux comme Judas » et considère son caractère macho et dominateur comme une simple façade.
Le ressentiment de Zelda pour Hemingway est peut-être dû en grande partie à la jalousieLors d’une soirée, elle feint de se jeter d’une falaise de trente mètres parce que Scott était occupé à discuter avec Isadora Duncan et de ce fait l’ignorait. Rétrospectivement, l’estime de Zelda pour Hemingway a été reconnue d’une certaine manière, étant donné ce qui a été écrit ces dernières années concernant l’aspect fétichiste de l’écriture d’Hemingway et son obsession pour le rôle des genres. Une des ruptures les plus sérieuses entre Scott et Zelda a lieu quand cette dernière se convainc, sans aucune preuve tangible, qu’Hemingway est « une folle » et que Scott et lui ont une relation homosexuelle.
Dégradation physique et mentale La naissance de leur unique enfant, Frances « Scottie » Fitzgerald, en 1921 n’a pas de conséquence apaisante sur leur vie et bien que Zelda adore l’enfant et lui écrive fréquemment, Scottie est quasiment élevée par des nurses et reste souvent éloignée de ses parents.
En 1924, durant leur premier voyage en France, où ils louent la Villa Marie dans le quartier de Valescure à Saint-Raphaël, Zelda a une courte aventure avec un jeune pilote de l'aéronavale basé à Fréjus, Édouard Jozan. Aventure qui constituera le climax fictionnel du roman de Scott Gatsby le Magnifique, où Scott se retrouve sous les traits de Tom, Zelda représentée en Daisy et Édouard Jozan sous ceux de Gatsby. La confrontation réelle n'aura jamais lieu mais accentue la possessivité de Scott, qui enferme Zelda dans la maison pour l’empêcher de le voir à nouveau ; par la suite, il embellit l’histoire en déclarant que Jozan s’est suicidé. Il est possible que Zelda commence à sombrer psychologiquement à ce moment-là.
Elle écrit un certain nombre de nouvelles en 1925, mais beaucoup d’entre elles sont publiées par Scott sous son nom ; trois autres histoires, écrites juste avant sa première dépression, sont perdues. Scott s’inspira fortement de la personnalité intense de sa femme dans ses récits, reprenant des passages de son journal. Elle s'en plaint dans une revue :
À Paris, le couple vit au rue de Vaugirard entre avril et . Entre 1928 et 1929, ils sont entre Nice et Paris. Ils s'installent ensuite au 10 rue Pergolèse entre 1929 et 1931.
Alors que Scott délaisse son épouse pour écrire, la jalousie et la possessivité de celui-ci augmentent. A 27 ans, Zelda tente de développer un talent bien à elle, s'entraînant jusqu'à 8 heures par jour pour devenir danseuse classique, passion de jeunesse pour laquelle on lui avait reconnu du talent. Scott s’oppose totalement au désir de sa femme de devenir danseuse professionnelle, considérant cela comme une perte de temps. Cela a pu contribuer à son épuisement physique et mental.
Internements psychiatriques Sa dépression s’accompagne de troubles obsessionnels compulsifs. En 1930, son mari la fait interner dans un hôpital français où elle est diagnostiquée schizophrène. Au cours de ses diverses hospitalisations, elle subira de nombreux cycles d'électrochocs. Cependant, son dernier psychanalyste, le Docteur Irving Pine, a estimé (trop tard) qu'elle souffrait en fait d'un trouble bipolaire qui ne fut jamais soigné convenablement. Il émit l'hypothèse après sa mort, que le harcèlement moral que lui infligeait son mari ainsi que les traitements psychiatriques eux-mêmes seraient à l'origine de ses nombreuses dépressions et crises de nerf. Ses troubles de santé mentale auraient donc été exacerbés par des éléments exogènes.
Écriture de
En 1932, alors en traitement à la Phipps Clinic de l'hôpital Johns Hopkins près de Baltimore, Zelda connaît une phase créative. Durant les six premières semaines, elle écrit un roman entier et l'envoie à l'éditeur de Scott, Maxwell Perkins.
De retour en Amérique, Scott s'installe à Hollywood où il tente une carrière de scénariste et commence une liaison avec l'éditorialiste .