Marcel André Henri Félix Petiot, dit le docteur Petiot (alias « Wetterwald François », « Docteur Eugène » et « capitaine Henri Valery »), né le à Auxerre et guillotiné le à Paris, est un médecin, criminel, tueur en série et homme politique français.
En 1946, il est condamné pour meurtres après la découverte à son domicile parisien des restes de vingt-sept personnes.
Biographie Jeunesse vignette|redresse|gauche|Marcel Petiot. Marcel Petiot naît à Auxerre le , dix ans avant son frère Maurice, né à Auxerre, le (et décédé à Charenton le ). Il est le fils aîné de Félix Irénée Mustiole Petiot, alors âgé de , employé des postes et télégraphes d'Auxerre, et de Marthe Marie Constance Joséphine Bourdon, alors âgée de , sans emploi, mariés, locataires d'un appartement situé 100 rue de Paris à Auxerre, au dernier étageActe de naissance de la commune d'Auxerre.. Un oncle maternel par alliance est professeur de mathématiques au collège d'Auxerre. Marcel Petiot est issu de la petite bourgeoisie bourguignonne, son père étant devenu receveur des postes de Joigny.
Dès son enfance, il fait preuve d'une grande intelligence – à cinq ans, il lit comme un enfant de dix ans –, et une forte précocité – mais il manifeste des signes de violence : il serait allé jusqu'à distribuer des images obscènes en cours, à tirer au revolver sur des chats ou à en étrangler un après lui avoir plongé les pattes dans l'eau bouillante.. Ces récits ultérieurs sur sa délinquance précoce ne sont cependant pas attestés et ont peut-être été inventés pour un public friand de ces faits divers.
Internée à Sainte-Anne pour une pathologie psychiatrique, sa mère meurt lorsqu'il a douze ans. Il suit alors son père à Joigny où ce dernier vient d'être nommé receveur. Il est par la suite renvoyé de plusieurs écoles pour indiscipline. À dix-sept ans, il est arrêté pour avoir fracturé des boîtes aux lettres, non pour voler les mandats mais pour y lire les lettres et cartes postales. Il n'est pas condamné, un psychiatre l'ayant déclaré inapte à être jugé, à cause de sa psychopathie manifeste., inadaptée socialement et anormale.
Abandonnant ses études de médecine pendant la Première Guerre mondiale, il devance l'appel et s'enrôle dans l'armée le . Il est blessé au pied d'un éclat de grenade le . Accusé de vol de couverture à l'hôpital où il est soigné, il fait un premier séjour à la prison militaire d'Orléans avant d'être transféré dans le service psychiatrique de l'hôpital de Fleury-les-Aubrais où les psychiatres le déclarent neurasthénique, déséquilibré mental, dépressif paranoïaque et sujet à des phobies.
Il est tout de même renvoyé au front en 1918, blessé une nouvelle fois, et réformé pour troubles psychiatriques. La commission militaire de réforme de Sens fixe son invalidité à 40 % et le déclare réformé temporaire. Un an plus tard en 1920, à Orléans, une autre commission fixe à 100 % cette incapacité, ramenée à 50 % en . Le , une dernière commission conclut à une « psychose mélancolique », une « obsession de la persécution » et une « démence précoce ».. Les anciens combattants bénéficiant d'un accès facile aux études et d'une procédure accélérée, il obtient en trois ans son diplôme de médecine de la Faculté de médecine de Paris le , avec mention très bien ; sa thèse porte sur le syndrome de Landry..
Villeneuve-sur-Yonne vignette|redresse|Photographie du mariage de Marcel Petiot et Georgette Lablais, 1927. En 1922, il ouvre un cabinet médical à Villeneuve-sur-Yonne, où il devient rapidement populaire en offrant aux indigents consultations et vaccinations. Mais il se fait aussi remarquer par des tendances à la kleptomanie.
Sous l'étiquette du Parti radical-socialiste, il est élu conseiller municipal en 1925 puis maire en . Il épouse le , à Seignelay, Georgette Valentine LablaisMention marginale sur son acte de naissance, fille d'un commerçant local propriétaire du restaurant parisien Chez Marius, situé 5, rue de Bourgogne. ; leur fils unique GerhardtDit Gérard Petiot (lequel, se mariera au consulat de France de Rio de Janeiro, le 10 novembre 1958, avec sa cousine Ghyslaine Solange Marguerite Petiot fille de Maurice Petiot née dans le arrondissement de Paris, le 17 juillet 1931). Il finira par changer de nom. naît le . Rapidement, Petiot est cité devant les tribunaux pour plusieurs délits (fausses déclarations à l'assurance maladie, détournements de fonds). Son avocat, maître René Floriot, lui évite à chaque fois la prison ferme. Révoqué de son mandat de maire, en 1931, il se fait élire conseiller général mais est définitivement privé de tout mandat électif, en 1934, pour avoir trafiqué son compteur électrique.
Dès ce moment, plusieurs affaires inexpliquées suscitent des rumeurs, dont la disparition de sa bonne Louisette et l'incendie de la laiterie où est morte Debauve, patronne de l'entreprise.
Poursuivi par la justice pour divers délits, il part s'installer à Paris en 1933.
Paris À son arrivée dans la capitale, Petiot ouvre un cabinet médical au premier étage du 66 rue de Caumartin - au-dessus d'un magasin d'objets de piété. Son entreprise est d'autant plus florissante qu'il organise une grande publicité, digne d'un charlatan, pour s'attirer des patients souffrant des maux les plus divers. Il vante sa pratique de l'électrothérapie. Il se prétend aussi spécialiste en désintoxication, ce qui lui permet de délivrer des ordonnances de complaisance à des toxicomanes ou morphinomanes sans risquer d'être interpellé pour trafic de stupéfiants.
En 1936, il est arrêté pour vol à l'étalage à la librairie Gibert Joseph, dans le Quartier latin. Il affirme à ses juges qu'. Déclaré aliéné mental, il échappe à la prison mais est interné d'office à la Maison de santé d'Ivry pendant sept mois. La question de son état mental se pose alors : est-il fou ou a-t-il simulé la folie pour éviter la prison ? Un premier expert psychiatre le déclare mais un second conclut à .
Rendu à la liberté le , il reprend ses consultations.
L'affaire Petiot vignette|redresse|gauche|Vue de l'entrée du 21 rue Le Sueur, article en une de La France socialiste, 13 mars 1944. Le cabinet macabre vignette|Cour du 21 rue Le Sueur : on distingue des traces de travaux en cours (cliché Préfecture de Police, avril 1944). vignette|redresse=0.5|Portrait photographique du docteur Petiot (Le Matin, 14 mars 1944). Le , il acquiert — ou loue — un hôtel particulier, à Paris, au 21, rue Le Sueur, connu pour avoir été la propriété du prince Colloredo-MansfeldLa France socialiste (journal collaborateur), Paris, 13 mars 1944, — sur Retronews.Le bâtiment comprend un seul étage avec quatre fenêtres sur rue, et un toit ouvert également de quatre fenêtres ; au niveau du trottoir, on distingue les trois soupiraux du sous-sol — Photographie du fonds Roger-Viollet, 24 mai 1944.Dans cet hôtel vécut la comédienne Cécile Sorel. Détail piquant : à cette époque sort sur les écrans le premier film de Clouzot, intitulé L'assassin habite au 21. Il y entreprend d'importants travaux : il fait surélever le mur mitoyen pour empêcher toute vue sur la cour et transformer les communs en cabinet médical. Lors de fouilles ultérieures, la police découvrira une cave insonorisée intégralement aménagée comportant : des doubles portes ; une pièce triangulaire équipée d'un judas permettant d'observer l'agonie des victimes. Après les avoir droguées en leur administrant une piqûre sous prétexte de vaccination pour le voyage, il les faisait entrer et leur demandait de patienter une heure ou deux. Avant de quitter ce cagibi, Petiot jetait des boules de cyanure de potassium dans un seau hygiénique contenant de l'acide sulfurique dilué dans de l'eau distillée (ce mélange dégageait un gaz mortel) et calfeutrait les interstices, les asphyxiant dans cette chambre à gaz de sa confection« Désolé, mes WC sont bouchés », disait-il pour justifier la présence de ce seau. Cf ; un puits rempli de chaux vivePlans de la maison de Petiot..
À partir de 1942, il propose un passage clandestin en Argentine à des personnes craignant d'être poursuivies par la Gestapo. Les candidats à l'évasion sont invités à se présenter chez lui, de nuit, munis d'une valise contenant bijoux, espèces et argenterie. Sous le nom de « docteur Eugène », il recrute deux rabatteurs : un coiffeur, Raoul Fourrier, et un artiste de music-hall, Edmond Pintard.
Et une femme : Fina dite Eryane, née Rudolphina-Ana Kahan en 1896 en Bucovine, Roumaine, infirmière, chanteuse de cabaret, prostituée, Juive. Eryane a négocié le départ de douze personnes dès la fin : Maurice Wolff, son épouse Lina née Braun, et Rachel Marx sa mère. Tout trois originaires de Königsberg, sont logés en attente à son domicile parisien, au 10 rue Pasquier. Puis succède la famille Basch, amie des Wolff : Gilbert Basch, son épouse Marie-Anne née Schenker, les parents de celle-ci Chaim Schenker et Franciska Ehrenreich, ainsi que les Arnsberg, couple du beau-père. Après quoi entre le et le , quatre prostituées ayant un pied, par leurs proxénètes, du côté de la Gestapo française de la rue Lauriston, disparaissent tour à tour : Annette Basset, Claudia Chamoux, Gisèle Rossmy, et Joséphine Grippay. On ne retrouvera jamais leur trace.
Sans atteindre l'Amérique du Sud, les prétendants au voyage disparaissent mystérieusement - y compris même Yvan Dreyfus, un prisonnier transformé en indicateur par la Gestapo pour infiltrer le réseau qu'elle soupçonne d'appartenir à la Résistance.
Une première victime disparaît le : Joachim Guschinow, fourreur juif voisin de Petiot, qui cherche à quitter la France pour l'Argentine, pour . Il aurait apporté plus d'un million de francs en espèces et des pierres précieuses dans ses vêtements et sa valise, ainsi que quelques manteaux de fourrure destinés à l’ouverture d’une boutique à Buenos Aires..
Visant d'abord les personnes seules, Petiot s'en prend bientôt à des familles entières, en leur proposant des « tarifs de groupe ». Les victimes sont essentiellement des Juifs, mais aussi des malfrats désireux de se faire oublier, des prostituées et leurs souteneurs. Parallèlement à ces disparitions, d'autres individus connaissant le docteur, et risquant de le dénoncer, s'évanouissent dans la nature.
Les services allemands identifient enfin le réseau grâce à un second indicateur, un Français nommé Beretta. Petiot est arrêté le puis torturé pendant près de huit mois à la prison de Fresnes, mais il n'avoue rien parce qu'il n'entretient aucun lien avec la Résistance. Il est libéré le , faute de preuves. Il décide alors de faire disparaître des indices compromettants.
Découverte du charnier vignette|Une du journal Le Matin, . Plan des locaux sis au 21, rue Le Sueur et photographies de la fosse et des calorifères. Le David King, Death in the City of Light : The Serial Killer of Nazi-Occupied Paris, Kindle, 2011, « Preface »., les pompiers sont alertés par des voisins incommodés, depuis plusieurs jours, par des odeurs pestilentielles provenant d'une cheminée de la maison à l'abandon située 21, rue Le Sueur. Ils fracturent une fenêtre et pénètrent dans l'immeuble. Ils sont vite alertés par les émanations et le ronflement d'une chaudière. Descendus dans la cave, ils découvrent sur le sol des corps humains dépecés, dont certains brûlent dans une des deux chaudières à bois d'où provient la fumée..
Ensuite, il existe plusieurs versions des faits : une première prétend que Petiot, qui ne demeure plus sur place, serait arrivé à bicyclette tirant une remorque recouverte d'une toile., se serait fait passer pour son frère Maurice ou pour un résistant, aurait constaté les faits (affirmant que tous les corps étaient ceux de nazis ou de collaborateurs que son frère ou lui-même avait tués), mystifiant ainsi les policiers qui l'auraient laissé partir ;