Pedro Pablo Abarca de Bolea, comte d'Aranda (Siétamo, Huesca le - Épila, Saragosse le ) est un homme d'État espagnol du .
Pedro Pablo Abarca de Bolea fut ambassadeur de près du roi . Il devint en président du conseil de Castille, il expulsa les Jésuites en 1767 et limita le pouvoir de l'Inquisition d'Espagne en 1767 et resta président du conseil de Castille jusqu'en 1773 puis ambassadeur en France de 1773 à 1784ARANDA PEDRO PABLO ABARCA comte d' (1718-1798).
Biographie Milieu familial Pedro Pablo Abarca de Bolea y Ximénez de Urrea, qui sera le dixième comte d’Aranda, est né en 1719 à SiétamoSiétamo servait de seigneurie héréditaire pour sa famille, soulignant leurs profondes racines régionales et leurs privilèges féodaux., une ville fortifiée de la province de Huesca au sein du royaume d’Aragon, en Espagne. La lignée Abarca de Bolea était une branche ancienne et aisée de la noblesse aragonaise, avec des traditions remontant à la royauté médiévale d'Aragon. Le statut noble d’Aranda donnait accès aux réseaux militaires et ecclésiastiques, même si l’orientation aragonaise de sa famille favorisait une vision régionaliste au sein de la monarchie bourbonienne centralisée en Espagne. Etudes et début de carrière militaire Il commença ses études à l’étranger en Italie, s’inscrivant dans la coutume de la noblesse espagnole d’envoyer des héritiers dans des institutions étrangères pour leur raffinement. Il rejoignit le Collegio di Spagna, un séminaire affilié à l’Université de Bologne mettant l’accent sur la formation ecclésiastique des nobles espagnols, les préparant potentiellement à des fonctions ecclésiastiques ou administratives. Abarca de Bolea montra très tôt une inclination pour les arts militaires, dans le contexte des conflits européens en cours en Espagne. À dix-sept ans, vers 1736, à la fin de la guerre de Succession de Pologne — qui vit les forces espagnoles engagées en Italie — il abandonna ses études, s’engagea dans l’armée espagnole stationnée, rejoignit son père en service actif. Peu après, il s’inscrivit à l’École militaire de Parme, un établissement sous influence bourbonienne espagnole offrant une formation rigoureuse en tactique, ingénierie et artillerie. En 1740, pendant la Guerre de Succession d'Autriche, il était devenu capitaine, participant à des campagnes en Italie qui affinèrent ses capacités de commandement et établirent sa réputation au sein de la hiérarchie militaire espagnole. Il fut blessé à la Bataille de Camposanto le , ce qui lui permit d'accéder au grade de brigadier de l’armée. D’autres promotions suivirent, notamment la nomination comme maréchal de campagne en 1747 par Ferdinand VI et lieutenant-général en 1755 à l’âge de 36 ans. En , Ferdinand VI nomma Aranda directeur général du corps nouvellement unifié d’artillerie et du génie.
Gouverneur à Valence et en Aragon (1764-1766) En 1764, Pedro Pablo Abarca de Bolea, comte d’Aranda, fut nommé capitaine général du royaume de Valence, tout en servant comme gouverneur et président de l’Audience. Il mit l’accent sur des réformes pratiques pour renforcer la stabilité économique et l’ordre public, reflétant l’accent mis par l’absolutisme éclairé des Bourbons sur une gestion efficace des ressources. Aranda dirigea ainsi des améliorations agricoles à Valence, régulant la distribution de l’eau pour l’irrigation et supervisant la construction de canaux pour lutter contre l’aridité dans une région sujette à la sécheresse.
Principal ministre (1766-1773) thumb|150px|Pedro Pablo Abarca de Bolea, comte d'Aranda. Les émeutes d’Esquilache éclatèrent à Madrid en à la suite d’un décret interdisant certains vêtements traditionnels, perçus comme un symbole d’ingérence et aggravant un mécontentement déjà nourri par la cherté du pain, les pénuries et le rejet des ministres étrangers de Charles III. La colère populaire visait le ministre Esquilache, dont la résidence fut attaquée, forçant le roi à quitter Madrid temporairement. Le comte d’Aranda fut appelé par le roi Charles III pour rétablir l'ordre : il déploya l’armée et réprime durement les troubles, au prix de plusieurs victimes, avant de stabiliser la situation. Esquilache fut finalement renvoyé et exilé, tandis qu’Aranda gagna la confiance royale : nommé président du Conseil de Castille, il devint le principal ministre du royaume et joue un rôle clé dans les réformes de l’absolutisme éclairé bourbonien sous le règne de Charles III d'Espagne.
Il mena d’importantes réformes administratives visant à renforcer l’autorité royale, rationaliser la bureaucratie et limiter les privilèges féodaux et ecclésiastiques. Son action s’inscrivait dans le projet bourbonien de centralisation de l’État, avec un accent mis sur le développement économique, l’amélioration de l’agriculture, la promotion des manufactures et la réduction de l’influence de l’Inquisition et des ordres religieux dans les affaires civiles.
Un axe majeur de son mandat fut toutefois la politique anti-jésuite. Aranda attribua aux jésuites une responsabilité dans les troubles de 1766 et convainquit le roi de décréter leur expulsion en 1767. L’opération, conduite avec rigueur et secret, entraîna l’exil de plusieurs milliers de jésuites de l’Espagne et de l’empire colonial, ainsi que la confiscation de leurs biens au profit de la Couronne. Cette mesure, controversée dès l’époque, visait autant à affirmer la souveraineté de l’État sur l’Église qu’à éliminer une institution perçue comme un frein aux réformes éclairées.
Plus largement, Aranda fut une figure centrale du despotisme éclairé espagnol. Il défendit une modernisation autoritaire de l’État, fondée sur la centralisation, l’efficacité administrative et la promotion du progrès économique et scientifique, tout en maintenant le cadre absolutiste. Son action contribua à réduire l’emprise du clergé sur l’éducation et la vie publique, à soutenir la libéralisation économique et à diffuser les idées de l’Ilustración, illustrant la volonté de réformer la monarchie espagnole sans remettre en cause son fondement monarchique et catholique.
Ambassadeur en France (1773-1787)
En , le roi nomma Pedro Pablo Abarca de Bolea, comte d’Aranda, ambassadeur en France, poste qu’il occupa jusqu’en 1787 et le retira effectivement de toute influence directe sur les affaires intérieures espagnoles suite à son rôle important dans l’expulsion des jésuites. Durant son mandat, Aranda observa de près la cour française et les alliances bourboniennes, rendant régulièrement compte à Madrid des dynamiques de pouvoir européennes et des menaces potentielles aux intérêts espagnols, y compris la force navale britannique et les vulnérabilités coloniales. Il soutint activement une aide espagnole limitée aux colons américains pour saper le pouvoir britannique, notamment en autorisant des livraisons secrètes d’armes, de munitions et de fournitures via les ports français dès 1776, malgré la neutralité officielle espagnole jusqu’en 1779. Il considérait l'indépendance américaine comme une opportunité pour l’Espagne bourbonienne et la France de reprendre des territoires perdus lors de conflits antérieurs, tels que Gibraltar et la Floride, et milita pour une action coordonnée contre la Grande-Bretagne, bien qu’il restât prudent quant à l’indépendance totale des États-Unis, préférant une dépendance affaiblie qui pourrait servir les intérêts espagnols dans les Amériques.
En , le comte d'Aranda envoya conjointement avec la Couronne française « deux millions de livres tournées destinées par les deux Cours à aider les colonies anglaises d'Amérique », qui devaient servir à acheter, entre autres fournitures, en bronze, et avec leurs baïonnettes pour les États-Unis d'Amérique naissantsLa ayuda española a la independencia de los Estados Unidos sale del olvido. Cette aide secrète cruciale des deux pays contribua à assurer le triomphe initial des rebelles à Saratoga en 1777Marblehead, Gardoqui y los fusiles en salazón.
En , le comte d'Aranda proposa un plan de transformation politique de l'Amérique espagnole. Le projet était motivé par une analyse géopolitique réaliste : Aranda craignait que les idées républicaines et indépendantistes des Treize Colonies ne se propagent aux possessions espagnoles en Amérique, affaiblies par un centralisme excessif, des inégalités sociales (entre péninsulaires et criollos), et une dépendance économique vis-à-vis de la métropole. Il s'inspirait des réformes bourboniennes antérieures (comme celles de José de Gálvez), mais allait plus loin en proposant une décentralisation radicale pour prévenir des révoltesLe comte d'Aranda voyait l'empire espagnol comme vulnérable face à la montée en puissance de la Grande-Bretagne et des États-Unis, et plaidait pour une restructuration en une confédération monarchique, évoquant un modèle similaire au futur British Commonwealth (bien que ce concept soit anachronique). Le mémoire, adressé confidentiellement à , était une mise en garde prophétique : sans réforme, l'Espagne risquait de perdre ses colonies, comme cela se produisit effectivement au début du . Des versions publiées au pourraient être apocryphes ou exagérées, mais les archives confirment l'existence d'un document original, conservé aux Archives d'État de Simancas (Espagne).. Le roi d'Espagne n'aurait conservé directement que des appuis en Amérique du Sud, Cuba et Porto Rico, et il serait devenu empereur et suzerain de trois rois choisis parmi les infants d'Espagne et lui payant tribu : celui de la Nouvelle-Espagne, qui lui enverrait des barres d'argent ; celui de Terre-Ferme (Colombie et Vénézuéla), qui s'acquitterait en épices et en tabac ; et celui du Pérou, qui expédierait des lingots d'or. était trop prudent pour accepter ce projet mais on a parfois considéré qu'il était prémonitoire et aurait peut-être évité aux pays de l'Amérique espagnole les sanglants chapitres de la conquête de leur indépendanceYves Bottineau, Les Bourbons d'Espagne (1700-1808), éd. Fayard, décembre 1993, p. 328.Manuel Tuñón De Lara, « Légende et réalité de l’hispanité », revue Esprit , octobre 1958, p. 470-480.. Aranda révisa ou compléta ce projet en 1786, en insistant sur la nécessité d'une réforme constitutionnelle pour implémenter cette fédération, mais sans changements majeursLe Comte d'Aranda : Une vision réaliste des enjeux géopolitiques de l'Espagne au , Mémoire de géopolitique du Comandant José Izquierdo Navarrete dans le cadre du Diplôme d'Études Approfondies, Directeur : Hervé Coutau-Bégarie, Directeur de l'École Pratique des Hautes Études, juin 2001..
En , le comte d'Aranda pour peupler la Louisiane face aux Anglo-Saxons, entreprend d'obtenir du roi de France de pouvoir y établir les derniers Acadiens qui restaient non-assimilés en France. Les transactions avec Vergennes aboutissent en : les frais de transports seront payés par l'Espagne, la France réglera ses arriérés de pensions aux Acadiens. Sept navires vont être armés et partir de Nantes en 1785 vers La Nouvelle-Orléans. On peut avancer le chiffres de qui ont été transportés ainsi sur le Bon Papa et le Saint-Rémy armés par Jean Peltier Dudoyer, la Bergère armée par Joseph Monesron Dupin, la Caroline, commandée par Nicolas Baudin, le Beaumont, l'Amitié et la Ville d'Arcangel. Il fut rappelé un an avant la mort du roi le .
Bref rappel au pouvoir en 1792