Un Témoin de Jéhovah est considéré comme « renvoyé » (ou « excommunié », jusqu’à il y a peuLe nouveau terme est apparu avec le livre "Organisés pour faire la volonté de Jéhovah" édité en 2005.) s'il persiste à agir contrairement à l'enseignement qui lui était prodigué chez les Témoins de Jéhovah, ou s'il s'est retiré volontairement. Dans la majorité des cas, cette excommunication implique une rupture immédiate et complète du lien social (qu'il s'agisse de membres de la famille ou pas) imposée par ses anciens coreligionnaires.

Selon les Témoins de Jéhovah, cette disposition serait une application des principes moraux que leur interprétation de la Bible implique, ainsi qu'un moyen de les protéger des influences contraires. L'excommunication n'est pas automatiquement déclarée en cas de non-respect de ces principes. Chaque cas est examiné par un minimum de trois anciens.

Un gouvernement « théocratique »

Les Témoins de Jéhovah croient que le Christ a été intronisé de manière invisible en 1914, et qu'il exerce sa domination depuis le ciel. Un corps dirigeant appelé Collège central, composé d'une dizaine de membres (nombre qui varie en fonction des décès et des nominations nouvelles) se trouvant actuellement à Brooklyn, est garant de l'enseignement et de l'ordre théocratique. Il dirige l'ensemble des Témoins de Jéhovah par l'intermédiaire de la Société Watchtower, des surveillants itinérants et du courrier que la société adresse personnellement aux anciens des congrégations.

Les Témoins de Jéhovah reconnaissent cette théocratie. Ils se considèrent comme ne faisant pas partie du « monde ». Ils doivent donc obéir à un ensemble de règles émanant de la société Watchtower, qui est selon eux la seule organisation interprétant et appliquant correctement la Bible. Ainsi, ils rendent des comptes au système de discipline religieuse mis en place par cette organisation, et ce, même dans les cas graves relevant de la justice du « monde » (notamment dans le cas des affaires de pédophiliecf.Charlie Hebdo N° 331 du mercredi 21 octobre 1998 page 6 :LE 25 FEVRIER 1998, le tribunal correctionnel de Dijon a rendu un jugement dans une affaire mettant en cause trois jéhovistes accusés de non-dénonciation de crime (viol sur mineure), alors qu'il "était encore possible de prévenir ou de limiter les effets".(…) Ces sectateurs, en leur qualité d'"anciens", s'étaient constitués en "juridiction religieuse", avaient convoqué le Témoin de Jéhovah violeur pour qu'il leur raconte les faits. Ensuite, ils gardèrent le lourd secret pour eux.(…) Tout ce petit monde bien discret a été condamné, pour non-dénonciation de crime, à trois mois de prison avec sursis...,Liste des affaires de pédophilie traitées en interne au mouvement des Témoins de Jéhovah)Les Témoins de Jéhovah et la République, UNADFI.

Les règles à observer

Les anciens ont la responsabilité de la pureté des congrégations. Afin que « l’esprit du monde » ne pénètre pas dans les congrégations, ni ne les « souille », ils « reprennent et redressent les transgresseurs ». Si une personne commet ce qu'ils considèrent comme un péché grave et qu'elle ne se repent pas, ou si elle adopte une doctrine contraire à celles qui sont enseignées par l'organisation, elle est alors excommuniée par les anciens.

Parmi les péchés relevant de la discipline religieuse chez les Témoins de Jéhovah se trouvent, entre autresLa vie quotidienne, UNADFI Risques d’atteinte à l’intégrité physique encourus par les adeptes de sectes Thèse de médecine, 2007 :

Le fait d'accepter une transfusion sanguine. Depuis 2000, les Témoins de Jéhovah qui sont dans ce cas sont considérés comme des "retirés volontaires"<ref>Rapport 2001 de la MILS (p. 94 et annexes): Cette déclaration destinée à "tous les Comités de liaison hospitaliers" , rappelle brutalement qu’un Témoin de Jéhovah "acceptant volontairement et sans regret une transfusion sanguine… indique par ses propres actes qu’il ne souhaite plus être un des Témoins de Jéhovah". Les fidèles qui acceptent des soins comportant une transfusion sanguine s’exposent donc à une exclusion du mouvement.(38 Déclaration du à tous les comités de liaison hospitaliers , traduite de l'anglais, reproduite en annexe du présent rapport.)</ref>, ce qui correspond à une exclusion dans les faits, sans passer par le « comité de discipline religieuse ».) ;

Le meurtre, incluant l’avortement et le suicide ;

Les conduites sexuelles dites impures.

L’apostasie, c'est-à-dire le fait d'enseigner des doctrines contraires à l’enseignement donné, de contester ou simplement de discuter la valeur de n’importe lequel des enseignements de la Société Watchtower ;

Boire trop d'alcool ;

L’usage du tabac et autres drogues ;

Les activités contraires à ce qu'ils considèrent comme la neutralité chrétienne, incluant le fait d’effectuer un service militaire, de voter pour un parti humain, etc. ;

Le fait de fréquenter un excommunié, même si ce dernier s'est retiré volontairement. Cette mesure est atténuée lorsqu'il s'agit d'un membre de la famille.

L’idolâtrie et toute pratique jugée liée à la "fausse religion", dont le fait d’adorer ou simplement d’arborer des représentations ou symboles religieux (par exemple une croix), politiques (saluer un drapeau, chanter un hymne national) ou festifs (fêter Noël, un anniversaire) ;

Le fait de travailler pour une religion autre que celle des Témoins de Jéhovah (par exemple, réparer une église si on est maçon).

Le comité de discipline religieuse

En cas de manquement à ce règlement, deux cas de figures se présentent : le Témoin de Jéhovah, rongé par ses remords, se confesse de lui-même ; ou bien il est dénoncé par des membres de la congrégation connaissant sa faute. La dénonciation est encouragée au sein du mouvement. Des opposants aux Témoins de Jéhovah pensent que cela entraîne une surveillance mutuelle, tandis que les Témoins de Jéhovah y voient le moyen d'aider leurs coreligionnaires.

Les anciens débattent alors de l’utilité de former un « comité de discipline religieuse » et désignent ceux d’entre eux qu’ils estimeront les plus à même de régler l'affaire, leur nombre pouvant varier de trois à cinq.

Le jour du comité, les anciens vont demander au « pécheur » de confesser sa faute, puis poser toutes les questions qu’ils jugeront nécessaires, parfois très intimes, pour établir les faits et évaluer le repentir de l’accusé. Si la culpabilité est établie, ils vont reprendre le pécheur en lui démontrant la gravité de son péché, le congédier et analyser entre eux les faits et l’attitude de l’accusé pour rendre leur verdict.

Réprimande et excommunication

Réprimande : La réprimande est la conséquence d'un péché grave commis par un Témoin de Jéhovah. C'est le comité de discipline religieuse qui reprend le pécheur . Dans certains cas particuliers, la réprimande peut être publique. C'est le cas où une faute serait ou risque d'être connue de beaucoup et qu'il est jugé préférable de montrer que le problème a été réglé par la congrégation. Une simple annonce indique « Untel a été repris », sans plus d'informations. Il arrive qu’on retire au pécheur certains « privilèges », comme celui de participer oralement aux réunions. Les Témoins de Jéhovah seront alors encouragés à limiter leurs relations amicales ou récréatives avec la personne ainsi « reprise ».

Excommunication : Si la personne menacée d'excommunication ne montre pas de repentir, ou si elle se retire volontairement de l’organisation, elle sera alors excommuniée de la congrégation. Une annonce sera faite aux membres de la congrégation, comme quoi « Untel n'est plus Témoins de Jéhovah ». Dans ce cas, les fidèles devront cesser de fréquenter cette personne. Adresser la parole ou saluer un excommunié est fortement déconseillé (avant 1974, cela était même clairement interdit). En ce qui concerne les relations familiales, il est demandé aux Témoins de limiter au minimum les contacts avec les excommuniés. Si la personne excommuniée vit sous le même toit, il sera demandé de couper tout contact spirituel avec elle. Dans le cas contraire, cela impliquera la plupart du temps la rupture la plus totale. Tout lien sera rompu tant que la personne excommuniée n'est pas réintégrée. De plus, la société Watchtower encourage ses adeptes à observer la plus grande prudence envers ceux qui sont considérés par elle comme des « apostats », afin d'éviter qu’ils ne « contaminent la congrégation comme la gangrène ». Plusieurs documents de la Watchtower comparèrent cette mesure à la peine de mort prévue pour les apostats dans l'Ancien Testament.

Réintégration Il existe aussi toute une procédure d’appels pour ceux qui souhaitent être réintégrés dans le mouvement. Une personne qui a été excommuniée peut être réintégrée si elle démontre de façon évidente son repentir, c'est-à-dire si elle montre pendant un temps raisonnable qu'elle a renoncé à sa conduite considérée par la communauté comme « pécheresse », et qu'elle accepte de se conformer aux directives de l'organisation. Les anciens veilleront à laisser passer suffisamment de temps (peut-être des mois, une année, voire davantage) afin que l'excommunié puisse prouver la sincérité de son repentir. Quand le collège des anciens reçoit une demande écrite de réintégration, dans toute la mesure du possible c'est le comité de discipline religieuse qui a excommunié la personne qui doit s'entretenir avec elle, voir si son repentir est sincère ou non, et finalement décider si elle peut être réintégrée ou non.

Si la personne qui demande sa réintégration a été excommuniée dans une autre congrégation, un comité de discipline religieuse local pourra se réunir avec elle et examiner sa requête. Ensuite, ce comité prendra contact avec le collège des anciens de la congrégation qui a excommunié la personne et lui fera ses recommandations. Les comités concernés coopéreront afin de rassembler tous les éléments et de prendre une décision collective. Toutefois, la décision de réintégrer ou non la personne sera prise par le comité de discipline religieuse qui avait pris la mesure d'excommunication. Si certains membres de ce comité ne sont plus dans cette congrégation ou ne remplissent plus les conditions requises, on désignera d'autres anciens de la congrégation pour les remplacer.

Si le comité de discipline religieuse est convaincu que l'excommunié est sincèrement repentant et doit être réintégré, on annoncera sa réintégration dans la congrégation où il avait été excommunié. Si la personne est à présent dans une autre congrégation, on y fera également la même communication. On dira simplement : « [Untel] a été réintégré parmi les Témoins de Jéhovah ».

Différentes dénominations

Les Témoins de Jéhovah, depuis 1952, utilisaient généralement en français le terme d'exclusion (traduction de l'anglais disfellowship) pour désigner l'expulsion de leur organisation, qui était décidée par un « comité judiciaire » (judicial comittee). Le terme excommunication apparaissait de temps à autre, mais il n'a été généralisé qu'avec la parution en 2005 du livre Organisés pour faire la volonté de Jéhovah, qui rebaptisait également « comités de discipline religieuse » les comités judiciaires. Cette modification est d'ailleurs propre à la langue française, les termes utilisés en anglais étant toujours les mêmes.

Apparemment, le but est d'éviter toute apparence d'interférence avec le système judiciaire séculaire, et de rendre la critique de la pratique plus difficile par l'utilisation d'un terme traditionnellement usité dans nombre de confessions religieuses, qui se veut sans doute plus modéré que « exclusion ».

Origine

La question de la coupure sociale avec un excommunié n'a pas été prévue dès l'origine de celui-ci. En effet, les témoins de Jéhovah n'ont pas toujours rejeté ceux qui pensaient différemment, comme le prouve La Tour de Garde (éd. angl.) du avril 1920, pp. 100, 101 :