Le Tabularium est un ensemble d'édifices d'époque romaine situé à l'extrémité nord-ouest du Forum Romain, sur les pentes de l'Arx, un des deux sommets de la colline du Capitole, comprenant un bâtiment d'époque républicaine qui devait servir de tabularium à proprement parler comme annexe du temple de Saturne et bureau officiel des archives de la Rome antique, d'une structure de soutènement à arcades et d'une terrasse occupée par trois temples, tournés vers le Forum Romain. Sous l'Empire, l'annexe du temple de Saturne est démolie et remplacée par le portique des Dieux Conseillers. Le complexe tire son nom du terme tabulae, les tablettes de cire en usage à cette époque et entreposées dans les bureaux des archives.
Localisation La colline du Capitole a été plusieurs fois réaménagée depuis la période antique, faisant disparaître peu à peu les vestiges romains sous les constructions plus modernes. Certains édifices antiques sont encore visibles et identifiables, surtout ceux situés dans la dépression connue sous le nom d'Asylum, entre les deux sommets de la colline, le Capitolium et lArx. Parmi ces ruines, les plus imposantes sont celles du Tabularium dont la façade domine l'esplanade du Forum dont elle ferme la perspective pour un observateur entrant sur le Forum depuis la Via Sacra.
Fonction
Les Tabularia : origine du nom Le nom de l'édifice provient des documents qui y sont conservés : les tabulae publicae, tablettes de cire utilisées comme supports d'écriture. Une inscription gravée sur un linteau et restée en place jusqu'au , copiée la première fois en 1378 puis peu avant 1448 et aujourd’hui disparue, nous a transmis le nom de l'édifice, celui de son constructeur ainsi que la date de construction.
Cette inscription devait être gravée sur une plaque de travertin et fixée au mur de fondation dans une niche peu profonde de de long et de haut, entre la porte condamnée par la construction du temple de Vespasien et l'édifice plus tard occupé par le portique des Dieux Conseillers. Cette position explique que l'inscription ait pu se référer à deux bâtiments indépendants mais proche géographiquement : substructionem d'une part et tabularium d'autre part.
Une inscription presque identique, mais sans la mention de l’édifice, est découverte en 1845 lors de travaux de déblaiement de la zone et replacée par l'archéologue Luigi Canina sur le côté nord-est du monument où elle se trouve encore aujourd'hui. Le terme Tabularium peut donc correspondre aujourd'hui à deux éléments différents. Il peut désigner d'une part par convention l'ensemble des ruines, c'est-à-dire à la fois l’édifice républicain disparu et la structure à arcades, mais il peut ne désigner que l'édifice républicain dont il s'agit de la fonction, agrandissement de lAerarium du temple de Saturne. Tabularium devient un terme générique donné aux bâtiments abritant des archives. Il y avait un certain nombre d'autres tabularia dispersés autour de la ville de Rome et dans d'autres villes romaines antiques, chacun en relation avec un siège administratif différent.
Le terme Tabularium pourrait donc être abusivement utilisé pour désigner un ensemble de bâtiments qui n'occupent pas tous cette fonction. Le tabularium proprement dit a rapidement disparu durant l'Empire mais ce terme, retrouvé sur une inscription, a été réutilisé par les archéologues des et s pour désigner un édifice qui n'a pas d'autre nom par ailleurs.
L'organisation du Tabularium L'édifice est utilisé pour entreposer les lois, les décrets, les traités promulgués par les magistrats et diverses autres archives d'État retranscrites sur des tabulae. À la fin de la République, le Tabularium devient le nouveau bureau officiel des archives de la Rome antique. Il est également utilisé comme siège pour divers bureaux administratifs.
Les archives publiques nécessitent un personnel spécialisé et sont d'abord administrées par les censeurs puis par deux questeurs. En 16 , Tibère les remplace par trois curateurs remplacés à leur tour sous Néron en 56 par deux anciens préteurs. D'autres employés, comme des scribes, des affranchis ou des esclaves publics aident à l’enregistrement des lois et décrets du Sénat qui ne sont considérés comme valables qu’une fois déposés et enregistrés parmi les actes publics.
Les tablettes en bois sont numérotées et rassemblées entre elles pour former des codices qui sont réunis en série et classés par ordre chronologique et selon les années. On leur ajoute une poignée de bois afin que leur épais volume soit plus aisément transportable. Des copies en sont faites et doivent être certifiées par le sceau de sept témoins. On ne peut les emprunter qu'avec l'autorisation du conservateur.
Un lieu de passage pratique Le Tabularium permet en outre de créer des points de passage entre le Forum Romain et la colline du Capitole. Ainsi, il permet de relier le temple de Saturne, où est entreposé lAerarium, avec les ateliers de monnaie de lArx. L'or et l'argent du trésor, après leur frappe, peuvent dorénavant être transportés via le Tabularium, par un corridor muni de fenêtres.
La terrasse et l'aire sacrée La partie du Tabularium qui a survécu jusqu'à aujourd'hui pourrait être en réalité une structure de soutènement (substructio) de temples d'époque syllanienne.
Histoire
thumb|Vue du Tabularium depuis le Forum. Le soubassement de l'édifice antique (substructio) dont la décoration ne se réduit plus qu'à quelques arcades et colonnes, soutient aujourd'hui le palais sénatorial dont la façade est de couleur ocre. Le contexte politique Au , Rome est le théâtre de luttes de plus en plus violentes pour l'accès au pouvoir et qui menacent la République. Depuis les Gracques en , plusieurs crises se suivent et de 88 à , des guerres civiles confrontent les partisans de Marius et de Sylla. Ce dernier finit par s'imposer et ressuscite une magistrature exceptionnelle tombée en désuétude : la dictature. Toutefois, son rôle en tant que dictateur est très différent des dictateurs précédents puisqu'il utilise ses pouvoirs afin d'entreprendre une réforme en profondeur des institutions romaines. Sylla abdique spontanément en , après avoir mis en place ses réformes, et meurt peu après.
La construction En , en pleine grande guerre civile romaine, le Capitole est presque totalement détruit par un incendie qui endommage notamment le temple de Jupiter qui date de plus de quatre siècles. Sa reconstruction s'impose et un vaste programme de réaménagement de tout le Capitole est lancé, incluant la construction de nouveaux bâtiments dont le Tabularium, destiné à abriter les nouvelles archives publiques de Rome, et la suppression définitive des fortifications de l'époque royale de cette zone. Les travaux sont placés sous la supervision du magistrat Quintus Lutatius Catulus.
La construction du Tabularium commence vers durant la dictature de Sylla, très probablement à son instigation, sous le consulat de Marcus Aemilius Lepidus et de Quintus Lutatius Catulus. Les travaux durent au moins jusqu'en , voire peut-être jusqu'en , année de la censure de Catulus, même si ce dernier abdique quasiment immédiatement. Ils sont achevés beaucoup plus rapidement que les travaux de restauration du temple de Jupiter Capitolin, édifice pourtant le plus important de la colline.
Une épitaphe découverte récemment sur la Via Prenestina a permis de restituer le nom d'un des architectes qui ont œuvré sous la direction de Quintus Lutatius Catulus et qui pourrait être l'auteur de l'édifice.
Le Tabularium sous l'Empire Le Tabularium est reconstruit puis rénové durant le règne de l'empereur Claude, en 46 L'édifice perd ensuite de son importance avec la création des archives impériales qui sont plus complètes. À la fin du , Domitien fait condamner une des entrées du Tabularium pour permettre la construction du temple de Vespasien.
Histoire post-romaine Le Tabularium a eu, dans son histoire, une continuité monumentale puisque malgré plusieurs modifications architecturales, il reste encore aujourd’hui les deux premiers étages du bâtiment. Cependant, sa fonction a souvent changé au cours des siècles.
Ce dernier est utilisé au Moyen Âge comme entrepôt de sel dans sa partie supérieure et comme prison dans sa partie inférieure. Durant le pontificat de Boniface VIII, entre 1235 et 1303, une tour est érigée à l'extrémité nord et un palais sénatorial est construit entre 1250 et 1325 sur les ruines du Tabularium, remplaçant le dernier étage antique.
Vers 1560, des travaux débutent sous la direction de Michel Ange, en parallèle avec des modifications sur le palais des conservateurs, pour revêtir le toit de statues. D’après Emmanuel Rodocanachi, « on mit une architrave de travertin au-dessus de la porte qui conduisait aux prisons, un mascaron sur une porte, un plancher dans la salle neuve du premier collatéral ; il y eut des ouvrages de charpente et de maçonnerie ; on travaillait donc tant à l’extérieur qu’à l’intérieur et fort activement ». La partie supérieure rénovée par Michel-Ange abrite aujourd’hui la mairie de Rome.
Le Tabularium reste un des seuls monuments du Forum Romain de la période républicaine à nous être parvenus dans un bon état général.
Description
Le Tabularium repose directement sur le tuf de la colline du Capitole. De forme trapézoïdale, il présente deux façades, l’une donnant sur le Capitole, et l’autre sur le Forum portée sur de hautes substructions mentionnées sur la plaque dédicatoire de Quintus Lutatius Catulus. Ces deux façades mesurent de long et sont épaisses de , tandis que les deux flancs du bâtiment mesurent chacun et convergent vers la place du Capitole. L’ensemble est construit en blocs de pépérin (une pierre volcanique) longs de et hauts de , disposés alternativement dans le sens de la longueur et de l’épaisseur.
Le plan et la disposition intérieure du Tabularium sont assez irréguliers car ils tiennent compte des constructions et des voies d’accès préexistantes comme le temple de la Concorde, le Clivus Capitolinus et les Scalae Gemoniae. Ils se heurtent de plus à l’écart de niveau d’environ qui existe entre l'esplanade du Forum et la plate-forme de la colline.
Le Tabularium comprend plusieurs niveaux mais seul le plus élevé est accessible de la place du Capitole. On ne connaît pas la hauteur originelle de l’édifice mais sont actuellement conservés.
L'édifice républicain tabularium Les salles de la partie inférieure du Tabularium sont reliées par un corridor à un bâtiment qui occupe l'espace entre les pentes de la colline et le temple de Saturne. Il est plus tard détruit et remplacé par le portique des Dieux Conseillers mais la structure du mur du fond, en blocs de tuf disposés en opus quadratum, est préservée au fond de la sixième salle du portique.
L'édifice a pu être utilisé comme une annexe de lAerarium Saturni. On y entreposait alors les lingots de métal et les pièces frappées dans l'atelier républicain Moneta qui devait occuper une série de salles dans le coin nord-est du Tabularium. Ce serait donc ce bâtiment qui est mentionné sur l'inscription par le terme tabularium et auquel la grande structure à arcades doit aujourd'hui son nom.
Les substructions