Les Dourbes sont une localité de Digne-les-Bains et une ancienne commune française, située dans le département des Alpes-de-Haute-Provence en région Provence-Alpes-Côte d'Azur.

La localité est rattachée à Digne-les-Bains en 1974.

Toponymie Aucune étymologie n'a pu être attribuée aux Dourbes avec certitude. Il pourrait venir du nom latin du village, castrum de durbis (c'est-à-dire château d'un certain Durbis ou Dobis), pourrait faire référence aux aspérités du territoire ou désignerait le peuple des « Durbeuses ».

De nombreux habitants maintiennent que le nom serait dérivé des « Tourbes », les coulées noires suivant les orages, qui auraient été changé en « Dourbes » car le nom était trop péjoratif.

Plusieurs lieux-dits composent les Dourbes : le hameau de Vaumet (à l'origine Vaumeil, issu de vallis mellis, « l'endroit où l'on trouve des ruches à miel »), le Villard (issu du latin villa, désignant une habitation ou un groupe d'habitations), le hameau de Ville-Cris (villa suivi de Cris, qui pourrait être « Christ » mais pourrait avoir une autre origine), le Serre (désigne une crête ou un col de montagne) ou encore la Buja (de bujadou, petite lessive, pour un endroit où l'on pouvait laver le linge).

Géographie

Répartition La commune comportait plusieurs hameaux : outre celui des Dourbes, on trouve encore aujourd'hui Ville-Cris (ou Ville-Christ), Vaumet, les Guesses et le Villard. Une route reliait les Guesses et le Villard des Dourbes aux autres hameaux mais celle-ci a été emportée par le glissement de terrain de 2003. Le Villard est aujourd'hui accessible par la D569, alors que les autres habitations sont desservies par la D19. La commune des Dourbes avait une superficie de ..

Les communes limitrophes des Dourbes étaient Digne, Marcoux, Archail, Tartonne et Clumanc de l'autre côté de la barre des Dourbes, Bédejun fusionné à Chaudon-Norante en 1908, et Entrages.

Géologie et relief Établie au pied de la barre des Dourbes, la zone est aujourd'hui un point de départ de nombreuses randonnées à pied, à vélo ou à cheval.

Plusieurs phénomènes solaires sont liés à la barre des Dourbes :

Le Mourre du Piloutet est un rocher situé à gauche de la barre des Dourbes qui, à midi, est frappé par le soleil. Il servait de repère temporel aux travailleurs.vignette|250x250px|Ravin du pas de Tartonne (barre des Dourbes), photographié en 1892.|gauche Le Fau de neuf heures, autre point de repère frappé par le soleil aux alentours des neuf heures. Le traou de Saint Martin (trou de Saint Martin). Haut d'environ cinq mètres, ce trou naturel est percé dans la roche au sommet de la barre des Dourbes. Deux jours par an (le et le ) le soleil levant passe dans le trou pendant une petite minute. La légende raconte que Saint Martin serait passé par ce trou et, fatigué, se serait reposé sur un gros rocher (la pierre Saint-Martin). Ses pieds, les pattes de son chien, son bâton et les fers de son cheval auraient alors marqué des trous dans la pierre, qui marque aujourd'hui la fin d'un sentier de randonnée.

Faune L'intérêt populaire pour l'environnement local remonte à plusieurs décennies : au début du siècle, la zone est connue des amateurs de papillons qui viennent de loin (Europe et même Amérique) enrichir leur collections avec les spécimens locaux, parfois sous l’œil interrogatif des bergers dourbains. La variété de papillons la plus rare se trouvant aux Dourbes est le Zerynthia rumina honnoratii, qui a fait l'objet d'une tentative d'élevage infructueuse et a fini par disparaître à la fin du siècle. Certains dourbains se distinguèrent dans la capture et la vente de ces spécimen, notamment : « un guide-chasseur qui étal[ait] le produit de ses chasses avec un art exquis [...] c'[était] vraiment merveille de voir un cultivateur aux mains calleuses, habitué aux durs travaux des champs, mener à bonne fin un travail aussi délicat ».

Histoire

Moyen Âge On trouve des références aux Dourbes dès 1035Michel de La Torre, Alpes-de-Haute-Provence : le guide complet des 200 communes, Paris, Deslogis-Lacoste, coll. « Villes et villages de France », 1989, Relié, 72 p. (non-paginé) .. Le hameau principal serait établi sur une motte castrale datant du Parc naturel du Luberon, Autour de l’An Mil en pays de Forcalquier, catalogue d’exposition, 2007, ..

Époque moderne

Seigneurs des Dourbes Les seigneurs des Dourbes ont vécu pendant près de 300 ans dans le « château » des Dourbes, en fait une bastide située à l'entrée du village et dont l'existence est attestée depuis le siècle. Le premier seigneur des Dourbes attesté est le comte de Provence, en 1248. Lui succèdent entre autres Bertrand des Dourbes (1270), Olivier et Pierre Salvage (1309 et 1351), la famille Forvolio (Louis en 1540 puis François, Jean et Françoise), la famille Pontis (Guillaume en 1629 puis François, Guillaume, Jean), la famille Fermier (Joseph en 1720 puis Gaspard et Louis), puis la famille Taxis (Pierre en 1751 puis Rose, Jean et Joseph).

À la Révolution française, au moins un des deux pigeonniers du château, symbole du pouvoir féodal, est détruit par les habitants. Le second est détruit vers 1946-1947 et ses pierres sont utilisées pour paver une route.

Vie pastorale Le village vit au rythme d'une « intense activité pastorale » : y sont élevés ovins, caprins, bovins et chevaux, tandis que les habitants exploitent les ressources de la zone (bois mort pour le chauffage, lavande...). Les habitants possèdent souvent quelques ruches pour consommation personnelle.

En 1787, les érudits Claude-François Achard et Charles-François Bouche décrivent le village, qui compte alors quelque 250 habitants :« Le climat de Dourbes est extrêmement froid en hiver, & excessivement chaud en été. Les fièvres putrides font les maladies les plus communes. Les habitants sont peu civilisés, mais ils ne font jamais du mal à ceux qui ne les chagrinent pas. Le sol est bon, malgré les gros rochers dont il est parsemé. On y recueille des grains & des légumes que l’on porte au marché de Digne. Il n’y a que deux habitants qui cardent la laine ; les autres sont uniquement occupés au travail des champs. Le territoire est coupé par plusieurs ruisseaux, qui sont à sec pendant l’été. Les hameaux de Villars [Le Villard] & de Momet [Vaumet] ont chacun une source abondante, mais il n’y a de l’eau que dans ces hameaux. Le Village & les autres maisons de la campagne en manquent. »Après la Révolution française, le village subit l'achat des terres communales par l'Administration du reboisement des forêts, achat dont les 77 hectares sont rétrocédés en 1891 à la suite de l'opposition du conseil municipal, témoignant de l'importance des terres et de leur exploitation pour la vie des Dourbains.

Dès 1819, le bétail qui paît sur les terres des Dourbes fait l'objet d'une taxe sur les bestiaux. Ces derniers sont marqués, et ceux qui introduisent des animaux étrangers sur les terres font l'objet de procès intentés par la commune.

À l'entre-deux-guerres, la lavande devient une ressource importante pour la commune à la suite d'une hausse de la demande et de l'augmentation de son prix d'achat. Il s'agissait de plants poussant anarchiquement sur les terrains communaux. La lavande était ensuite descendue à Digne-les-Bains afin d'être vendue au distillateur. À Digne, les Dourbains descendaient également au marché au bois du cours d'Arès vendre des fagots de bois et des feuilles de fayard, ces dernières étant utilisées pour fourrer les paillasses.

Religion et enseignement La fête de la Saint-Jean y est célébrée et appréciée, notamment par les jeunes : on y célèbre une messe puis une procession le matin, qui se termine par un passage sous la statue du saint pour sa protection et son intercession. L'après-midi, chômée, est l'occasion pour une partie de pétanque ainsi que la traditionnelle course (à pied, vélo ou en sac), à l'issue de laquelle les gagnants reçoivent gâteaux ou petits cadeaux.

Les processions sont un élément important de la vie religieuse locale. L'archiviste Guy Reymond a recueilli l'histoire d'une procession faite en 1922 : « Cela faisait un an et demi qu'il ne pleuvait plus. Au mois de mai, les gens du Village sont partis exceptionnellement en procession avec les statues des Saints. Ils sont montés en pèlerinage à Saint-Pancrace pour demander la pluie en passant par la Rouvière puis par le chemin de Feston. Au retour, il pleuvait tellement que tout le monde est parti en courant pour se mettre à l'abri ! » Les sermons, et souvent les chants, peuvent être dits en langue provençale.vignette|Le Villard des DourbesLes premières traces de la présence d'un instituteur au village remontent au début du siècle. À la fin du siècle, deux écoles existent : une au village, l'autre au Villard. En 1830, le conseil municipal alerte cependant sur l'état de l'enseignement aux Dourbes : « L'instruction de la jeunesse dans cette commune est dans un état déplorable et l'instituteur n'y est que présent que cinq ou six mois dans la plus mauvaise saison de l'année. Les enfants ne sont point envoyés à l'école faute de moyens. Ceux qui ont les moyens, bien souvent n'y peuvent pas venir par le mauvais temps, cette commune étant tout disséminée et presque la moitié éloignée d'une heure de chemin du chef-lieu de l'école [...]. ». L'école du Villard, quant à elle, ne semble pas être durablement investie par un instituteur ou une institutrice avant le milieu du siècle.

Passages Le village étant sur la route menant de la vallée de l'Asse à Digne, il voyait passer les paysans allant vendre leur production ou acheter du bétail à la foire de Digne. Ainsi, à l'entre-deux guerre, le village accueillait une auberge nommée la Ganare (saoul en patois) et un bistrot, ouvert les dimanches et jours de fête et établi dans une ancienne auberge.

Les scouts locaux, au début du siècle, font régulièrement des excursions aux Dourbes et à la barre des Dourbes. Ils participent occasionnellement à la vie religieuse du village, en participant aux liturgies de la Saint-Jean ou à la célébration de Noël. D'autres visiteurs se lancent dans l'ascension de la barre des Dourbes, comme ce groupe d'excursionnistes venus depuis Digne et Cannes en : « les intrépides marcheurs, dont beaucoup de dames, sont ensuite montés jusqu’au col de la Faille, à d’altitude ».

Époque contemporaine

Années 1930 : arrivée du téléphone et de l'électricité En 1932, le conseil municipal décide d'un emprunt dédié à l'installation de l'électricité aux Dourbes. Les débats sont houleux car la démarche est peu commune, tant qu'un soir, après avoir dîné chez le maire Paul Richaud, deux habitants se disputèrent, lanterne à la main, sur le chemin du retour. L'un s'exclame alors « Té, tu la veux pas la lumière ? » et fracasse la lampe contre la roche. Les branchements sont malgré tout réalisés par la famille Auzet entre septembre et .

En 1936, un article raconte une des premières veillées de Noël illuminée, à laquelle des scouts avaient participé : « après [une] montée épique à travers des chemins transformés en torrents, encombrés de neige et de boue, eut lieu dans l’église illuminée de mille ampoules électriques, la veillée précédant la messe de minuit. Toute la population, des Dourbes au Villard, était là ; elle réserva un accueil des plus chaleureux aux routiers ruisselants comme des fontaines ». L'éclairage public (cinq lampadaires) n'arrive cependant qu'en 1955.

Le téléphone est installé aux Dourbes dans les années 1930, offrant un service téléphonique et télégraphique.

Éducation L'école du village ferme en 1932 puis, face aux plaintes des habitants dont les enfants doivent parfois subir 1h45 de trajet aller sur une route dangereuse, rouvre en . Après quelques fermetures et réouvertures, l'école est définitivement fermée en 1979. Le bâtiment abritant l'école du village, ainsi que la mairie, est aujourd'hui un refuge pour randonneurs..