Robert Escarpit, né le à Saint-Macaire (Gironde) et mort le à Langon dans le même départementRelevé des fichiers de l'Insee, est un sociologue, professeur des universités, et journaliste français. Il est connu du grand public en tant que billettiste du journal Le Monde pour lequel il écrit de 1949 à 1979 une vingtaine de billets par mois.
Jeunesse Il passe toute son enfance et son adolescence en Gironde. À dix-huit ans, en 1936, voulant poursuivre ses études, il choisit l'anglais, plus par nécessité que par intérêt. Normalien, agrégé d'anglais (1942)., docteur ès lettres, il est professeur au lycée d’Arcachon (Gironde) de 1943 à 1945. Professeur des universités, spécialiste de la littérature anglaise, il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, partagés entre des essais littéraires ou sociologiques et des romans.
Journaliste Il est billettiste du quotidien Le Monde, critique littéraire pour de nombreuses revues, chroniqueur au Matin en 1983, puis à Sud Ouest Dimanche.
Professeur et sociologue Après la guerre, il devient secrétaire général, puis directeur de l'Institut français d'Amérique latine à Mexico. Il sera assistant d’anglais, puis professeur de littérature comparée à la Faculté des lettres de Bordeaux (1951-1970) et créateur du Centre de sociologie des faits littéraires en 1960 (devenu ensuite Institut de littérature et de techniques artistiques de masse, ILTAM).
Il est le directeur scientifique du Dictionnaire international des termes littéraires (DITL)DITL www.ditl.info, projet permanent fondé par l'Association internationale de littérature comparée poursuivi, à partir de 1988 par Jean-Marie Grassin.
Études et science de la communication Après ses études à l’École normale supérieure, il est d'abord professeur agrégé d'anglais et soutient sa thèse de doctorat dans cette spécialité. Puis il s'oriente vers l'étude de la littérature comparée qu’il enseigne à l'Université de Bordeaux à partir de 1952.
Après avoir étudié des œuvres littéraires et leurs auteurs, il s’intéresse aux lecteurs. « Pour mesurer les enjeux de l'écriture, il faut comprendre ce qu'est la lecture, la manière de recevoir le message écrit. C'est là une démarche proprement scientifique. »
Il publie dans la revue de l’université de Belgrade Filoloski Pregled, en 1963, un article qui s'intitule « L'acte littéraire est-il un acte de communication ? » après son ouvrage La sociologie de la littérature publié en 1958, réédité et traduit en 23 langues.
En 1965, il écrit à la demande de l’Unesco La révolution du livre. Cet ouvrage, traduit en 20 langues, analyse le phénomène du livre de poche ainsi que les conséquences de l’arrivée dans le monde de l’édition des livres bon marché. Dans la lignée de cet ouvrage, plusieurs de ses travaux à cette époque s’intéressent au phénomène de la littérature de massePar exemple, . Il constate vite que le problème du livre doit être étudié comme un problème de la communication par l'écrit. Il se plonge donc dans la littérature « communicologique », abondante depuis environ 20 ans aux États-Unis ou en Allemagne. Il est ainsi un des premiers à introduire et promouvoir en France une science de la communication.
Carrière et reconnaissance des Sciences de l'Information et de la Communication (SIC) En 1960, il fonde le Centre de sociologie des faits littéraires qui devient en 1965 l’Institut de littérature et de techniques artistiques de masse (ILTAM) puis, en 1978, le laboratoire des sciences de l’information et de la communication (Lasic), associé au CNRS. Ce centre sera reconnu comme le moteur de l’«École de Bordeaux », un temps dominante dans cette discipline.
En 1967, il est chargé de créer à Bordeaux le premier IUT du secteur tertiaire consacré à l'apprentissage du journalisme et des Carrières sociales, avec la formation Animations sociales et socioculturelles, qu’il dirigera de 1970 à 1975.
En 1968, le champ s'élargit avec l'ouverture de deux options, communication d'entreprise et, dirigée par Denise Escarpit, documentation. C'est ainsi grâce à Robert Escarpit que la documentation est devenue une matière légitimement enseignée dans les établissements universitaires.
En 1969, il crée l’Unité pluridisciplinaire des sciences de l’information et de la communication (UPSIC).
En 1972, avec d’autres auteurs, chercheurs et universitaires (parmi lesquels Jean Meyriat et Roland Barthes), il crée un groupe de pression dont l'objectif est d’obtenir une réelle reconnaissance universitaire pour les sciences de l’information et de la communication.
Cela aboutit à la création d'un Comité des sciences de l'information et de la communication qui deviendra la Société française des sciences de l’information et de la communication (SFSIC). Elle est la principale société savante dans ce champ disciplinaire.
En 1975, le ministère crée la Section des sciences de l'information et de la communication au sein du Comité consultatif des universités, qui deviendra la en 1981.
Robert Escarpit devient président de l’université de Bordeaux III et professeur en sciences de l’information et de la communication entre 1975 et 1978.
Recherches et théorie des sciences de l'information et de la communication
En 1976, il fait œuvre de pionnier, du moins en France, en jetant les bases des sciences de l'information et de la communication (SIC) dans la Théorie générale des sciences de l’information et de la communication. Il y expose la théorie mathématique de la communication de Claude Shannon et les grandes lignes de la cybernétiqueCette théorie avait déjà été succinctement présentée au grand public dix ans plus tôt dans le volume L'Électronique des Cahiers de l'Herne..
Cette étude, qui présente une vue d’ensemble des sciences de l’information et de la communication, reste aujourd'hui un livre essentiel pour tous ceux qui s’intéressent à ce domaine scientifique. Il affirme la nécessité de rendre compte à la fois des phénomènes de l'information, donc de la documentation, et de ceux relevant plus généralement de la communication.
La France est à peu près la seule à affirmer l'unité des sciences de l'information et de la communication. Robert Escarpit ne distingue pas information et communication : selon lui, les approches scientifiques sont diverses, ce qui explique le pluriel « sciences », mais leur objet est fondamentalement le même. Comme il le dit lui-même : « Pour moi, l'information est le contenu de la communication, et la communication le véhicule de l'information »Jean Devèze et Anne-Marie Laulan, Interview de Robert Escarpit en 1992, publié par la SFSIC.
Pourtant certains auteurs, comme Jean-François Revel (La connaissance inutile, Grasset 1988), ont cherché à distinguer les deux termes, en fondant cette distinction sur le critère de fiabilité de l'information.
Engagement politique Robert Escarpit milite à la SFIO au temps du Front populaire. Engagé dans la Résistance, il participe en 1945 aux combats du Médoc avec la Brigade Carnot. Il est rédacteur au Canard enchaîné pendant la guerre d'Algérie. Compagnon de route du Parti communiste français, Robert Escarpit est par la suite devenu conseiller régional d'Aquitaine (1986-1992) et conseiller municipal sur des listes du PCF.
Cofondateur des très marxistes-léninistes « Amitiés franco-albanaises », en , il publie dans le quotidien Le Monde sa vision de l'avenir des pays communistes alors en pleine transition liée à la perestroïka. Comparant les partis communistes à des églises utiles pour faire entendre une voix différente, mais victimes de leur fonctionnement bureaucratique et de stratégies de préservation de l'appareil, il cite longuement Ramiz Alia, successeur d'Enver Hoxha à la tête du Parti du travail albanais, qui réaffirmait en que « (...) le débat et la confrontation des idées, des solutions, des variantes, des pratiques, sont tout à fait normaux »Voir son article dans le Monde du 14 mars 1990, curieusement titré : « Pour un élu communiste non membre du Parti communiste les événements de l'Europe de l'Est posent quelques questions qu'il faut essayer d'envisager avec sang-froid. ».
Provinces et régions Robert Escarpit, né en Gironde dans une commune riveraine de la Garonne, s'est revendiqué Gascon, ainsi dans le texte "Comment peut-on être gascon ?", publié dans l'ouvrage collectif, qu'il a dirigé, sur la Gascogne.
Robert Escarpit s'est intéressé aux permanences, dans les changements des provinces d'Ancien Régime devenues régions françaises du XXe siècle. En particulier, aux composantes du Sud-Ouest que forment les provinces adossées aux Pyrénées, d'ouest en est : le Pays basque français (nord), la Gascogne, le Languedoc, les Pyrénées-Orientales (pays catalan nord).
En schématisant, la Gascogne est délimitée par l'océan Atlantique, la Garonne (plutôt l'Ariège en amont de leur confluence) et les Pyrénées. Le Languedoc est situé, lui, entre la Garonne, les Pyrénées et le Rhône.
Écrivain Auteur notamment d'un Précis de la littérature anglaise (1953), de Sociologie de la littérature (1958), de la Révolution du livre (1965), il a reçu en 1960 le prix de l'humour pour Peinture fraîche. Il a publié plusieurs romans, notamment le Jeune Homme et la nuit (1980) et Un si beau jour pour mourir (1992).
Il publie en 1964 un de ses romans les plus connus, Le Littératron, où on trouve la formule : « L’audiovisuel ça marche, l’audiovisuel ça paie, les finances crachent, les commissions votent… ». Le littératron sera suivi, après 1968, du Ministricule qui, avec les mêmes personnages, se moque du monde politique et des affairistes.
Dans les années 1980, il écrit des livres pour la jeunesse qu’il illustre lui-même : la série des Rouletabosse (les vacances, les enquêtes).
En 1984, devenu professeur émérite, il publie la trilogie Les voyages d'Hazembat (Marin de Gascogne, 1984 ; Le prisonnier de Trafalgar, 1985 ; Vents et Marées, 1986).
Canular En 1953, avec l'accord de Jean Bruel, directeur-fondateur de la compagnie des « bateaux-mouches » parisiens, Robert Escarpit rédige une biographie de Jean-Sébastien Mouche, dont il fait à la fois le collaborateur du baron Haussmann, l'inventeur des bateaux-mouches et le créateur d'un corps d'inspecteurs de la police spécialisés dans le renseignement, les « mouchards ». Une réception en l'honneur du centenaire de Jean-Sébastien Mouche vit même la présence du président de l'assemblée nationale de l'époque, Edouard Herriot.
Œuvres Le lieu de publication est Paris sauf indication contraire. Certains de ces livres ont été numérisés par Internet Archive et par FeniXX. Essais 1935 : Les Londiniennes (Presses coopératives, Bordeaux) 1948 : Historia de la literatura francesca (Fondo de cultura económica, Mexico et Buenos Aires) — en espagnol 1952 : De quoi vivait Byron ? (Deux-Rives) 1953 : Précis historique de la littérature anglaise (Hachette) 1954 : L'Angleterre dans l'œuvre de Madame de Staël (Didier) 1954 : Guide anglais, avec Jean Dulck (Hachette) — édition anglophone sous le titre de Meet Britain, 1957 1955 : Rudyard Kipling : servitudes et grandeurs impériales (Hachette) 1957 : Lord Byron, un tempérament littéraire (Le Cercle du Livre) — sa thèse en deux volumes, 1956–1957 1957 : Contracorrientes mexicanas (Antigua Librairia Robredo, Mexico) — en espagnol 1958 : Sociologie de la littérature (Presses universitaires de France, Que sais-je ?) — huitième et dernière édition, 1992 (en ligne) 1959 : Les Deux font la paire (Fayard) 1959 : Guide hispanique (Hachette) 1960 : L'Humour (Presses universitaires de France, Que sais-je ?) — dixième et dernière édition, 1994 1961 : La Définition du terme littérature, projet d'article pour un dictionnaire international des termes littéraires (Centre de sociologie des faits littéraires, Bordeaux) 1961 : École laïque, école du peuple (Calmann-Lévy)