vignette|redresse=1.4|Fête nationale du Québec, Montréal, 2017. La chanson québécoise est un ensemble d'œuvres musicales chantées en majeure partie en langue française, mais aussi en langue anglaise et en diverses langues autochtones parlées sur le territoire du Québec actuel.

Cette pratique, qui a gagné le statut d' dans les années 1960 et 1970, trouve ses racines dans le bagage culturel des colons français qui ont peuplé la vallée du Saint-Laurent dès le début du . Elle intègre au fil du temps différents genres comme la chanson folklorique, la chanson de variétés, la chanson country, le style chansonnier, le yéyé, le rock, le folk rock, le hard rock, la chanson pop et le hip-hop, sous l’influence entre autres des cultures française, britannique et américaine.

Parmi les noms les plus connus de la chanson québécoise figurent La Bolduc, Willie Lamothe, Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Ginette Reno, Claude Dubois, Diane Dufresne, Beau Dommage, Harmonium, Marjo, Gerry Boulet, Céline Dion, Jean Leloup, Daniel Bélanger, Les Colocs, Isabelle Boulay, Les Cowboys fringants, Marie-Mai, Malajube, Cœur de Pirate, Loud et FouKi.

Origines, Héritage français Les colons français qui peuplent la vallée du fleuve Saint-Laurent entre l’établissement de la Nouvelle-France et la Conquête arrivent avec un bagage culturel incluant des chansons. Cet héritage, aux racines médiévales et transmis en grande partie par tradition orale, consiste en un vaste répertoire de berceuses, de chansons d’amour, de chansons de labeur, de chansons à répondre, de chansons satiriques, de chansons grivoises et de chansons à boireJean-Nicolas De Surmont, La poésie vocale et la chanson québécoise, Québec, L’Instant même, 2010, p. 98-101.. Issu pour l’essentiel des terroirs normand, breton, poitevin, picard et francilienRobert Léger, La chanson québécoise en question, Montréal, Québec Amérique, 2003, p. 8-9., notamment par l’intermédiaire des Filles du roiCécile Tremblay-Matte, La chanson écrite au féminin de Madeleine de Verchères à Mitsou, Laval, Trois, 1990, p. 17-18., il comporte aussi de nombreux airs chantés ailleurs dans l’Europe francophone et occidentale. D’un tel amalgame résulte un mélange hétéroclite de traditions régionales, qui confondra les folkloristes des Élisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 438..

Usages, transmission et variations Divertissement fort répandu en Nouvelle-France, le chant berce la vie de tous les jours ; il accompagne les célébrations profanes comme religieuses, ainsi que le travail et la vie domestiqueÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 314-316.. Le botaniste et voyageur suédois Pehr Kalm remarque, au milieu du , que les femmes canadiennes chantent constamment en accomplissant leurs tâches quotidiennesÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 324..

Le répertoire de chansons apportées de France s’enrichit et s’uniformise au fil du temps, jusqu’à devenir pleinement « canadien »Conrad Laforte, « Musique folklorique canadienne-française », dans l'Encyclopédie Canadienne, 2014, www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/musique-folklorique-canadienne-francaise.. Si une grande part des chants perpétuent le souvenir de la mère-patrie, plusieurs airs sont adaptés pour refléter la vie dans la vallée du Saint-Laurent. Par exemple, « Sur la route de Louviers » se transforme en « Sur la route de Berthier »Robert Léger, La chanson québécoise en question, Québec Amérique, Montréal, 2003, p. 10-11.. Quelques créations voient le jour à l’époque de la Nouvelle-France, généralement des chants satiriques sur des mélodies préexistantes, comme « Le général de Flipe », qui dépeint l’attaque ratée de Québec par sir William Phips en 1690Élisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 317-318..

Les chansons des coureurs de bois et des voyageurs vignette|Les voyageurs.|460x460px|gauche Pour se donner du cœur au ventre durant leurs longues expéditions, les coureurs de bois et les voyageurs canadiens qui parcourent l’Amérique du Nord du entonnent des chansons, plus particulièrement à répondre ou énumératives. Des airs comme « Envoyons d’l’avant nos gens » et « Alouette » les aident à endurer la rigueur de leur travail et à maintenir la cadence lorsqu’ils rament. Ils chantent non seulement les misères de leur métier, mais aussi la souffrance de l’éloignement, par exemple dans « La complainte du coureur de bois »Élisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 428-432..

Cette pratique contribue à la sauvegarde d’une part non négligeable du répertoire folklorique français en Amérique, grâce à des observateurs qui consignent dans des recueils, à partir du début du , des chansons transmises par des coureurs de bois et des voyageurs, puis par des bûcherons, des draveurs et divers travailleurs natifs de la vallée du Saint-Laurent.

Les chants religieux À l’époque de la Nouvelle-France, le puissant clergé catholique se montre défavorable au théâtre et à l’opéra, ainsi qu’aux chansons profanes. Le chant religieux occupe donc une place de choix dans la sphère publique, par l’entremise des messes et des processionsÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 18.. Les hymnes, les psaumes et les cantiques ponctuent ces célébrations, de même que la vie quotidienne des religieux et, jusqu’à un certain point, des habitantsÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 50-51..

En règle générale, les prêtres reçoivent alors une formation musicale de base pour entonner les prières, comme le « Pater Noster ». Le chant à l’église se complexifie graduellement, avant d’être confié à des chantres laïquesÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 92-97..

L’influence autochtone Le chant représente une partie intégrante des cultures autochtones de l’Amérique du Nord, mais leur apport au fonds de chansons des descendants des colons de la Nouvelle-France demeurerait faibleJean-Nicolas De Surmont, La poésie vocale et la chanson québécoise, Québec, L’Instant même, 2010, p. 23-25., en dehors de quelques parodies réductricesRobert Léger, La chanson québécoise en question, Montréal, Québec Amérique, 2003, p. 10.. En raison des visées assimilationnistes des Français, ceux-ci résistent à un transfert culturel provenant des Premières Nations.

En revanche, dans leur œuvre de christianisation des Autochtones, les missionnaires catholiques français élaborent des traductions de chants religieuxÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 255-280.. Par exemple, le père Jean de Brébeuf compose en 1647 le cantique en langue wendat , sur l’air d’Jean-Nicolas De Surmont, La poésie vocale et la chanson québécoise, Québec, L’Instant même, 2010, p. 23..

Développement d’un répertoire national, Suites de la Conquête La Conquête rompt le lien entre les habitants de la vallée du Saint-Laurent et la France. Cette rupture et l’isolement culturel qui s’ensuit ont pour effet de favoriser la conservation des chansons folkloriques d’héritage français, en l’absence d’échanges réguliers qui bonifieraient ou altéreraient le répertoireÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 439.. Le fort taux d’analphabétisme au sein de la population assure également la perpétuation de la tradition orale pendant le siècle qui suitCécile Tremblay-Matte, La chanson écrite au féminin de Madeleine de Verchères à Mitsou, Laval, Trois, 1990, p. 19.. Des Français de passage au Canada, comme Alexis de Tocqueville en 1831-1832, y notent avec étonnement la persistance de vieilles chansons françaisesÉlisabeth Gallat-Morin et Jean-Pierre Pinson, dir., La vie musicale en Nouvelle-France, Québec, Septentrion, 2003, p. 428-429..

Toutefois, l’établissement du régime britannique dans la nouvelle Province de Québec permet la diffusion de l’imprimerie, qui, par l’entremise de journaux et de brochures, ouvre la porte à la reproduction de textes et de partitions de chansonsJean-Nicolas De Surmont, La poésie vocale et la chanson québécoise, Québec, L’Instant même, 2010, p. 26-28.. Les immigrants anglais, écossais et irlandais qui arrivent à partir de cette époque apportent également des pratiques musicales, comme les reels et les jigs (gigues), que les Canadiens français intègrent en quelques décennies à leur répertoireRobert Léger, La chanson québécoise en question, Montréal, Québec Amérique, 2003, p. 9-10..

De la transmission orale au recueil de chansons vignette|Chansons populaires du Canada, Ernest Gagnon, 1865.|506x506px Les premières recensions de chansons traditionnelles canadiennes-françaises paraissent au tournant des années 1820. Elles sont l’œuvre d’étrangers de passage au Bas-Canada ou d’Américains charmés par les chants des voyageurs qu’ils rencontrent dans le Midwest. Par exemple, en 1823, le marchand de fourrures d’origine britannique Edward Ermatinger rassemble onze chansons avec mélodies et paroles, traduites en anglais, dans l’ouvrage Collection of Voyageurs Songs.

Les Canadiens français font paraître peu de recueils de leurs propres airs folkloriques avant le milieu du . Publiée en 1865, la collection Chansons populaires du Canada du compositeur Ernest Gagnon est longtemps considéré comme le recueil par excellence en ce domaine. Une centaine de pièces y figurent avec texte et partition, de même qu’avec des commentaires ; Gagnon jette ainsi les bases de l’étude du répertoire traditionnelGordon E. Smith, « GAGNON, ERNEST », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 14, Université Laval/University of Toronto, 2003– , www.biographi.ca/fr/bio/gagnon_ernest_14F.html..

Les recueils de chansons édités au permettent de constater que le bagage culturel français des habitants francophones s’est perpétué au Canada après la conquête britanniqueRobert Léger, La chanson québécoise en question, Montréal, Québec Amérique, p. 22.. Notons par ailleurs que des auteurs, comme Philippe Aubert de Gaspé dans Les Anciens Canadiens (1863), citent des chansons populaires pour planter le décor de leurs histoires.

Prise de conscience identitaire Les années qui précèdent et qui suivent la rébellion des Patriotes de 1837-1838 marquent le moment où la chanson signée apparaît au Canada français, bien qu’elle coexiste encore longtemps avec celle de tradition oraleJean-Nicolas De Surmont, La poésie vocale et la chanson québécoise, Québec, L’Instant même, 2010, p. 106-107.. Œuvre de poètes dans un premier temps, qui mentionnent l’air sur lequel doit être chanté leur texte, elle émerge à la fin des années 1830 dans des publications comme La Revue canadienne, L’Album littéraire et musical et Le MénestrelLuc Bellemare, « Musique pop au Québec (Canada français) », dans l'Encyclopédie Canadienne, 2015, www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/musique-pop-au-quebec-canada-francais..