thumb|right|Marquage nazi pour les prisonniers qui étaient considérés comme « socialement inadaptés ». thumb|Le triangle noir dans le contexte des autres marquages dans le système concentrationnaire nazi.

Le triangle noir était, dans l’univers concentrationnaire nazi, le symbole utilisé pour marquer les prisonniers des camps qui étaient considérés par ce régime comme (asozial en allemand) et (arbeitsscheu). Dans le système de valeurs du Reich, la notion d' désignait les personnes des couches sociales inférieures considérées comme incapables de s'intégrer à la et d'y apporter une contribution. Concrètement, cette catégorie désignait les individus considérés comme : les nomades, les personnes en situations de handicap psychique ou physique, les sans-abris, les chômeurs, les alcooliques, les femmes lesbiennes, les travestis, les prostituées, et en particulier, les Roms et les Sintés.

et en Allemagne nazie Dans la vision du monde développée par les penseurs nazis, les notions d'État et de société civile acquièrent une connotation biologique et médicale. Dans le contexte de l'essor du mouvement völkisch, le peuple (Volk) allemand est conçu comme une entité biologique plutôt que politique, et désigne une communauté organique déterminée par la nature, plutôt qu'une société composée d'individus indépendants et autonomes.

La communauté nationale est ainsi définie comme un corps social dont il faut purifier les éléments "nuisibles" et , susceptibles de provoquer la dégénérescence de la race aryenne. Associant darwinisme social et hygiénisme, les chercheurs en expertise raciale du Reich, institutionnalisés à partir de 1936 autour du Centre de recherche sur l'hygiène raciale ( ou RHF), ont développé le concept d', ou (), à partir duquel certaines catégories de la population ont été classées comme ou comme . Il s'agissait de Tziganes, de mendiants, vagabonds, chômeurs, prostituées et proxénètes, d'alcooliques, et de personnes avec des handicaps mentaux.

Dans le cas des Roms et des Sinté, la catégorie recouvrait un sens racial : les Tziganes étaient perçus comme des étrangers, voire comme des Juifs, métissés avec les plus basses couches de la société. Reprenant les accusations de criminalité adressées à l'encontre des populations roms depuis plusieurs siècles, les Nazis firent basculer l'ensemble des Tsiganes dans la catégorie de , telle que définie par les lois de Nuremberg. Cette classification servit de phase préliminaire à l'identification et au recensement des Roms par les chercheurs du RHF, à l'internement puis à la destruction de la population rom d'Europe.

Le terme était utilisé conjointement avec l'appellation (). Une loi contre les , contre les groupes sociaux marginalisés était prévue et en préparation, mais a été interrompu par la défaite de l'Allemagne nazie en 1945.

L'idée que des femmes lesbiennes aient été systématiquement persécutées parce qu'elles étaient asociales est contestée par les historiens Consulté le 10 juillet 2022.

Usage au sein du système concentrationnaire Selon le décret fondamental du pour la , quiconque pouvait être envoyé en camp de concentration dans le cadre d'une . par la police criminelle. Des vagues d'arrestation survinrent au printemps et à l'été 1938, dans le cadre de la campagne . Plus de , Roms et Sinti et ont été déportés vers des camps de concentration, dont au camp de concentration de Sachsenhausen en . Les détenus étaient marqués par un triangle noir. Avant la guerre, les représentaient le plus grand groupe de victimes dans les camps de concentration.

Les personnes désignées comme étant asociales étaient déportés vers les camps de concentration. Parmi les , seuls les Roms et les Sinté furent déportés vers des camps d'extermination. À Auschwitz, ils portaient le triangle noir accompagné d'un Z (pour , "Tzigane"). En , Himmler ordonna la déportation de tous les Roms et Sinti du Reich vers Auschwitz, achevant ainsi la mise en œuvre d'un processus de persécutions visant l'extinction des Roms allemands. En raison de sa forte densité, le camp tzigane d'Auschwitz connaissait le taux de mortalité le plus élevé de tous les camps du complexe d'Auschwitz. Sur , au moins y meurent. Au total, 75 % des Roms allemands et plus de la moitié des Roms d'Autriche furent tués par le régime national-socialiste.

Dans d'autres camps, les Roms et les Sinté portaient un triangle marron.

Réappropriations communautaires

Les Roms et les Sinté La reconnaissance du génocide rom fit l'objet d'une grande mobilisation de la part des Roms allemands. Les Roms et Sinté déportés rencontrèrent de nombreuses difficultés pour obtenir une juste compensation, et ils ne furent considérés comme victimes de persécutions raciales par la RFA qu'à partir de 1963.

Dans les années 1970, les activistes roms attirèrent l'attention sur les persécutions que leur peuple avait subis pendant la guerre. En 1974, Vinzenz Rose, Sinto et l'un des premiers acteurs du mouvement émergent des droits civiques roms, fit ériger un mémorial à Auschwitz-Birkenau pour commémorer les personnes assassinées dans le . En 1979, des membres de la minorité rom organisèrent un premier rassemblement international pour commémorer le génocide, au mémorial du camp de concentration de Bergen-Belsen.

À Pâques 1980, un groupe de Sinti a mené une grève de la faim au mémorial du camp de concentration de Dachau qui a attiré l'attention du monde entier.

Le symbole du triangle noir est alors repris par ces différents groupes comme un des emblèmes du génocide rom.

Les handicapés Le triangle noir a été repris par certains groupes britanniques militant pour les droits des personnes handicapées. Les campagnes de ces groupes concernent des sujets comme la couverture médiatique et les politiques gouvernementales, les changements apportés aux prestations d'incapacité et à l'allocation de subsistance pour personnes handicapées. La est créée pour suivre les décès liés à l'aide sociale dus aux coupes budgétaires du ministère du Travail et des Pensions.

Les lesbiennes L'appareil légal allemand ne comportait pas de délit de lesbianisme, le paragraphe 175 du code pénal concernant uniquement les relations sexuelles entre hommes. Il était donc impossible de condamner pénalement une femme pour ce motif dans ce pays. Ainsi, l' indique que . Dans sa thèse sur la persécution des homosexuels par l'Allemagne nazie, l'historien et sociologue allemand Alexander Zinn rejette l'idée que les lesbiennes aient été persécutées par le Reich.

À l'inverse, le code pénal autrichien comportait un article réprimant et condamnant spécifiquement les relations entre femmes – cet article resta en vigueur à la suite de l'Anschluss, en 1938.

Il est difficile d'établir combien de femmes lesbiennes ont été internées en raison de leur sexualité. Dans les registres des camps, la mention "lesbienne" figure toujours comme addendum, et jamais comme motif premier d’internement. La plupart des lesbiennes déportées le furent en raison de leur appartenance à un autre groupe, notamment juif ou rom. Les autorités relevèrent rarement leur sexualité. À Ravensbrück, on a pu identifier trois femmes lesbiennes dans les registres d'entrée du camp : dans deux des cas, le motif de l'internement était avec comme addendum. La troisième femme, quant à elle, est qualifiée en premier lieu d'.

Au sein de la communauté lesbienne, le triangle noir s'est pourtant imposé comme un symbole de revendication et de lutte contre les répressions et les discriminations qui leur sont infligées en raison de leur lesbianisme. Il figure notamment sur le drapeau labrys, emblématique du mouvement féministe lesbien. Le triangle noir fait ainsi l'objet d'une problématique mémorielle concernant la question de la persécution de l'homosexualité féminineRégis Schlagdenhauffen, « Les lesbiennes sont-elles des victimes du nazisme ? Analyse d'une controverse mémorielle », Revue d'Allemagne, tome 42, , 2010..

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Antitziganisme Samudaripen Histoire des Roms Aktion T4 Lesbophobie

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