Grandchamp est une ancienne commune française, située dans le département de l'Yonne en région Bourgogne-Franche-Comté, devenue, le , une commune déléguée de la commune nouvelle de Charny-Orée-de-Puisaye.
Géographie Le territoire de Grandchamp, qui appartient au sud Bassin parisien, est composé de sols argilo-calcaires du crétacé supérieur. Il est arrosé par l'Ouanne qui le divise en trois zones. Le nord-est est constitué d'un plateau, majoritairement boisé, qui culmine à 220 m dans la garenne de Château-Gaillard, tandis que le sud-ouest est occupé par un plateau moins boisé qui culmine au bois des Touches, à l'altitude sensiblement équivalente de 216 m . Entre les deux, la large vallée de l'Ouanne, qui descend jusqu'à 155 m au Moulin de Plancy, déploie ses belles prairies naturelles et ses peupleraies.
Le paysage est légèrement vallonné, les champs sont souvent bordés de haies bocagères. On y trouve de nombreux bois et des mares qui contribuent à entretenir la biodiversité.
L'énergie fournie naturellement par la rivière était exploitée dans le passé par quatre moulins. L'un situé en amont du village appelé la Forge, dans la seigneurie de La Grange, devait permettre une petite activité métallurgique mettant en valeur les quelques dépôts ferrugineux superficiels présents sur les plateaux. Le second moulin est dans le bourg même, le troisième, appelé le moulin du Foulon Brosset, est situé à la sortie du village et le dernier en aval dans la seigneurie de Plancy.
Lieux-dits et écarts
Les lieux-dits suivis d'un astérisque sont situés à l'écart de la route indiquée.
Communes limitrophes
Histoire
Moyen Âge Grandchamp est attesté dès le haut Moyen Âge. Vers l’an 638, Dagobert , roi des Francs, donne à la basilique de la dame sainte Colombe [abbaye de Sainte-Colombe de Sens] et du seigneur saint Loup de Sens sa villam Grandem campum in Gaustinensi. Deux siècles plus tard, l’abbé de Sainte-Colombe, Supplicius, obtenait de l’empereur Louis le Débonnaire, en date du , confirmation d’un précepte de son père Charlemagne par lequel ce prince rappelait que les rois Clothaire II et Dagobert avaient fait don au susdit monastère des villas quarum vocabula sunt Cersiacus et Grandis-Campus (Cuy et Grandchamp).
En 884, c’est au roi Carloman de confirmer, cette fois au profit de l’abbaye Saint-Germain d’Auxerre, la possession de quatre manses qui sont dans le pagus du Gâtinais, dans le village appelé Grandchamp, données à Saint-Germain par les nobles hommes Northgaudo et ses frères pour le salut de leurs âmes et pour le lieu de leur sépulture. Cette confirmation faisait suite à un privilège du pape Nicolas Nicolas dit le Grand, né vers 800, 105 pape (858 – 867), canonisé et à un précepte de l’empereur Charles-le-Chauve.
Au XIe s., à une date non précisée, Grandchamp apparaît dans une nomenclature des églises de l’archidiaconé de Sens, plus précisément parmi les quarante-neuf composant le Ministerium confié à cette époque au prêtre Frédéraire, qui inclut le futur doyenné de CourtenayIl s’agit d’une liste de 145 églises, paroisses ou prieurés, appartenant à l’archidiaconé de Sens, qu’un scribe écrivit au verso des feuillets 3 et 4 d’un sacramentaire à l’usage de l’Église de Sens. Datée tout d’abord du IXe s., cette liste est depuis les travaux de Léopold Delisle datée du XIe s. (Mémoire sur d’anciens sacramentaire, tome XXXII, des Mémoires de l’Institut national de France - Académie des Inscriptions et Belles-Lettres).. Sont également citées, entre autres, les églises de Sommecaise, Saint-Denis-sur-Ouanne, Saint-Martin et Champignelles (mais ni Villiers, ni Perreux, ni Malicorne ne sont encore érigés en paroisse, ces lieux n’existant peut-être pas encore). Cet archidiaconé recouvrait l’ancien pagus senonensis, l’une des cinq divisions territoriales de la civitas des Sénons, qui formait elle-même l’archidiocèse de Sens.
Un prieuré fut créé sur la route de Grandchamp à Champignelles sous le vocable de saint Val, sans que l’on sache si l’une des deux abbayes précitées, Sainte-Colombe ou Saint-Germain, en fut la fondatrice. Pierre de Courtenay, frère du roi Louis VII, au moment de partir pour la seconde fois en Terre Sainte en 1179, d'où il devait ne pas revenir : « donne à la même église de Rosoy et aux saintes moniales de CloixPrieuré de filles fondé à Marchais-Béton par les moniales de Rosoy-le-Vieil le quart et la justice, c'est-à-dire tout ce que j'avais, dans la forêt de Saint-Val ». Ce texte suggère que le prieuré de Saint-Val était devenu par le malheur des temps une simple dépendance du modeste établissement monastique de Cloix. Saint-Val, comme Cloix, avait disparu depuis longtemps lors de l'édition en français du pouillé de l'archidiocèse de 1648.
En , la cure de Grandchamp faisait partie des très nombreux légataires de Guillaume de Courtenay, seigneur de Champignelles, à hauteur de cinq sous « pro servicio faciendo ».
Quatre seigneuries se partageaient le finage de Grandchamp : La Grange, les Brossards, Plancy et Grandchamp proprement dit. Plancy, situé entre le village et Saint-Denis, comprenait une motte, disparue mais encore mentionnée sur la carte de Cassini, un moulin et un domaine agricole. La Grange dite « au Roi » porte le nom de ses seigneurs du XVIe siècle : les Le Roy1) Les Le Roy, seigneurs de La Grange-au-Roi : la famille seigneuriale d'Irancy aux - siècles s'appelle Le Roy, apparemment d'origine picarde (à Valines). Y aurait-il un lien, cependant ? 2) Une ligne plus loin, Philbert de Brétigny, sans doute fieffé aux Brossards : tire-t-il son nom de Brétigny-sur-Orge, dont une ancienne église était dédiée à saint Phil(i)bert/saint Filbert, et où un seigneur s'appelait Philbert de Brétigny, peut-être au siècle (cf. abbé Lebeuf : Histoire du diocèse de Paris : Paroisse de Brétigny, p. 340-345) ?.
Un fief séant à Gandchamp, mouvant de la châtellenie de La Ferté-La-Loupière (sic) et tenu par Philbert de Brétigny, est cité comme tel dans l'aveu et dénombrement rendu au roi en 1389 par le comte de Joigny. Il doit s'agir des Brossards qui est la seule seigneurie de la paroisse de Grandchamp mentionnée dans les « Coutumes générales du bailliage de Troyes en Champagne » au titre de la châtellenie susdite.
Les villageois de Grandchamp étaient en effet assujettis à des coutumes différentes selon leur domicile : La Grange appliquait la coutume d'Auxerre (mais cela était contesté), Les Brossards celle de Troyes, tandis que le village et la Motte suivaient celle de Montargis-Lorris.
Époque moderne Le premier seigneur de Grandchamp dont nous ayons connaissance est Jean Le Roy, mort entre 1520 et 1530. L'un de ses deux fils, Guillaume, capitaine d'une compagnie de cent arquebusiers (1569) s'est marié avec Jeanne de Salins. C’est en qualité de seigneur de La Grange-aux-Rois (-au-Roi) (ce nom venant, on l'a vu de la famille seigneuriale Le Roy), de Vauvillon et des Berthelots, qu’il se fait représenter par maître François Le Roi à la séance d’ouverture de la rédaction de la coutume d’Auxerre le en l’hôtel épiscopal. Sous le nom de « monsieur de La Grange-aux-Rois qui demeuroit dans la Puisaie », il est sollicité en pour commander aux troupes qui s'apprêtaient à reprendre le château épiscopal de Régennes aux huguenots qui s'y étaient réfugiés après leur éviction de la ville d'Auxerre. Ambroise Challe précise : « Un vieil officier qui avait fait les campagnes d'Italie, Guillaume Roy, seigneur de La Grange aux Roy, vint de la Puisaye avec une compagnie de cent arquebusiers. Le canon ayant fait brèche, on put, à l'aide d'un train de bois qui descendait la rivière et que l'on fit entrer dans le canal qui formait le fossé du château, monter à l'assaut et la place fut emportée ».
Guy Le Roy, frère de Guillaume, apparaît en 1531, en qualité de seigneur de Grandchamp à la rédaction de la coutume de Lorris-Montargis. On peut lui attribuer le portail Renaissance de l’église paroissiale de Grandchamp (armes bûchées (martelées : cf. Wiktionnaire), datées 1546) et la création de trois foires annuelles accordées par Henri II en 1548. Il figure dans l’église, à genoux, en tenue de gentilhomme, implorant son saint patron. Il eut deux filles, Jeanne-Michelle et Jacqueline Le Roy de Grandchamp, qui épousèrent respectivement les deux frères, Joachim et Henri de Saarebruck-Roucy, d’une branche bâtarde de cette illustre Maison (fils de Louis, seigneur de Sissonne (1465-av. 1536), bâtard de Jean VII de Roucy : cf. Racines&Histoire, p. 17-19 et Geneanet Pierfit). Joachim de Roussy, capitaine de 50 hommes d'armes, est seigneur de Grandchamp du chef de sa femme et c'est en cette qualité qu'il est appelé le à séance d'ouverture de la rédaction de la coutume d'Auxerre, conjointement avec sa belle-sœur Jacqueline Le Roi, veuve d’Henri de Roussy, en son vivant seigneur de Sissonne et de Grandchamp, chambellan d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre. Le procès-verbal de cette réunion nous informe des différentes contestations qui se sont élevées, notamment au sujet de Grandchamp :
« Par lesdits Fernier et Fournier, avocat et procureur, pour lesdits Messire Joachim de Roussy et aussi pour les manans et habitants audit Grand-Champ a été dit que ledit lieu de Grand-Champ est mouvant des baronnies de Thoucy et Champinelles, lesquelles baronnies ensemble ledit lieu de Grand-Champ ont été de tous tems régies et gouvernées sous ladite coutume de Montargis et de Lorriz, protestans audit nom comme dessus ».
Peu après, les terres de Grandchamp et de La Grange-au-Roi sont vendues par les Roucy à Paul Choart de Buzenval, gentilhomme ordinaire de la maison du Roi de Navarre, futur Henri IV, puis conseiller de sa Majesté en ses conseils d'État et privé, enfin ambassadeur de France (cf. Gustave Baguenault de Puchesse, en ligne sur JSTOR). Envoyé tout d'abord auprès de la Reine Élisabeth d'Angleterre, il mécontenta cette ombrageuse princesse et fut alors envoyé en Hollande. Sa correspondance d'ambassadeur en Hollande (1594-1606), conservée à la BNF, a été publiée. Paul Choart, célibataire sans descendance, légua Grandchamp à sa sœur Françoise Choart, épouse de Pierre François Della Robbia (~1540-1609), contrôleur du domaine royal à Paris, seigneur de Puteaux, fils de Girolamo Della Robbia (1488-1566), céramiste, architecte et valet de chambre du roi.
Pierre François Della Robbia et Françoise Choart eurent deux fils : Hierosme et Charles, nés respectivement en 1576 et 1582. Le constructeur du château et des communs est très probablement Hierosme (1576-1654), écuyer ordinaire de la Petite Écurie, seigneur de Grandchamp et de la Grange-au-Roi, mort sans postérité d’Antoinette Grenier. Des épis de faîtage en grès vernissé dans les communs, portant la date de 1642 et chiffrés RC, marquent probablement la fin des travaux.
Son frère cadet Charles Della Robbia, qui fut conseiller au Grand Conseil, avait également dû hériter, partiellement du moins, de Grandchamp. De Diane Le Picard, fille d’un intendant de police, il eut un fils Guy, mort jeune, et une fille Françoise, née en 1615. C’est à l’âge de dix ans, en 1625, que Françoise Della Robbia hérite de son père Charles et de son frère Guy. Mais elle ne reçut Grandchamp de son oncle et tuteur Hierosme qu’au décès de celui-ci en 1654. Françoise épouse à seize ans Charles Le Maistre, futur capitaine aux galères du roi, fils de Jean-Jacques Le Maistre, auditeur puis maître des Comptes, écuyer ordinaire de la Petite Écurie du roi à Versailles. Le contrat de mariage est daté à Grandchamp du .